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Full text of "Histoire géographique, politique et naturelle de la Sardaigne"

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HISTOIRE 

DE LA SARDAIGKE. 



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lh I s t O ir e 

? GÉOGRAPHIQUE, 
POLITIQUE ET NATURELLE 

DE LA SARDAIGNE. 

Par DOMINIQUE ALBERT AZUNI, 

Ancien Sëaateur et Juge au Tribunal d* Commères 
et Marilime de Kice ; Membre dei Académies de* 
Sciences de Turin , îlaples , florence , Modène , 
Corrare , Alexandrie , Kome , Trieste ; du Lycée 
des Sciences et Arts de Marseille , de celui du Com- 
merce el des Arli de Fans, et de la Société de 
l'Aiiique intérieure. 

Qui (UDI pirenlti , Hri libcti , prapiurpii , fuuililKi ( 
CICMKO,d>Offiuii, Jib. I. 



TOME PREMIER. 



A PARIS, 

Chez Lbtbauit, frères , Libraires, quai Ma[;.^,.H„, 
et à SrR.iSBOURQ , chez les mêmes. 




AH X. — ( 1802 ). 

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,-reM„G001^lc 



AVERTISSEMENT. 

J_j£s circonstances dans lesquel- 
les se trouvaient, en 1798, lesdi' 
vers états deTEurope, et la France 
en particulier, m'avaient paru fa- 
vorables pour la publication d'une 
Notice sur l'ile de Sardaigne, que 
les événemens pouvaient entraî- 
ner dans le torrent des révolutions 
politiques qui se préparaient. Je 
me hâtai de jeter sur le papier 
quelques idées smtX Histoire géo- 
graphique, politique et naturelle 
d'un pays intéressant à plusieurs 
égards , et très-peu connu. 

Cet Essai se sent un peu delà 
précipitation avec laquelle je l'ai 
composé, et plus encore de la né- 
gligence avec laquelle il a été iia- 

LHireM„G00glc 



primé. Les fautes fjrpographi- 
quesy fourmillent; depuis, je me 
Suia appliqué, non - seulement à 
les faire disparaître, mais encore 
à completter un ouvrage dont je 
n'avais donné qu'une esquisse.Par- 
mi les nombreuses additions que 
j'ai faites, l'on remarquera des con- 
sidérations politiques d'une haute 
importance, et un plus grand dé- 
veloppement de la partie d'his- 
toire naturelle que j'avais traitée 
d'abord avec trop peu d'étendue. 
Encouragé par l'accueil favo- 
rable que mon Essai a reçu du 
public (i) et des gens de lettres ; 



(l) Voyez les extraits de cet ouvrage dans 
ie Magasin Encyclopédique du i^'. pluviôse 
an 7, a?. 173 dans la Décade philosophique, 



ilri^a^b, Google 



II) 

éclairé même par les utiles avis 
que M. Sonnini m'a donnés sur 
l'histoire naturelle, et dont j'ai tâ- 
ché de profiter (i), je puhlie au- 
jourd'hui avec confiance mon tra- 
vail sur la Sardaigne, sous un au- 
tre titre , parce qu'en effet il forme 
un ouvrage absolument différent 
du premier, et en même tenis 
beaucoup plus considérable. 

Il a d'ailleurs l'avantage de pré- 
senter ime carte géographique de 



dmo nivôse an 7, n*". lo j dans le Publiciste^ 
du.31 pluviôse aa 7; dans le Moniteur, et 
dans presque tous les jnurneaux de Paris. 

(i) Je saisis avec empressement cette occa- 
sion de témoigner publiquement ma recon- 
tiaissance à ce savant et célèbre naturaliste, 
pour les secours que j'ai trouvés dans ses lu- 
mières et dans son amitié. 



ilri^a^b, Google 



la Sardaigne , et de ses îles adja- 
centes , qui n'avait pas encore été 
gravée : elle est faite sur l'origi- 
nal qui était soigneusement gar- 
dé dans les archives du comte 
Bogino , ancien ministre du roi ; 
et je la dois à la générosité de M. 
, le comte Balbo , savant distingué, 
qui a bien voulu me la communi- 
, quer avec cette franche libéralité , 
qui caractérise l'honnête homme 
et le vrai philosophe. 



||rl^e^^,GoOl^lc 



INTRODUCTION. 

Xi'lLB de Saidaigne^ quoique ^fuée 
à peude distance du continent de l'Eu- 
rope >■ est cependant si peu connue , 
que lûen des gehs la confondent très- 
souvent avec les états de Piémont, 
peut-être parce que le souverain qui 
réside à Turin porte le titre de roi 
de Sardaigne. 

Ceux même qui ont fait une étude 
' particulière de lagéographie, connais- 
sent à peine la situation et le nom de 
iquelques-unesde ses villes principales. 
Il n'y a qu'un petit nombre de per- 
sonnes qui, ou par leur commerce, ou 
par la résidence qu'elles y ont faite, 
ont été à portée de la connaître par- 
faitement ; mais elles n'ont pas com- 
muniqué au public les connaissances 
qu'elles y ont acquises j et àçe mo- 
zaent^ la Sarfkigae est aussi incoor- 
h 

LHireM,, Google 



VK , . ^ ■ ■ ■-,-.■•, 

nue en Europe, que la plus petite île 
de l'archipel Indien. ' 

Il n'y a en français d'autres écrits 
sûr de royaume, qu'un petit' (mVi-dgfe 
qui a pour titre ; At Santaùghé-pàH" 
/^mphe de lu fkiîk^ pùhUé à là Haye," 
en i^ïS. Cet ouvragé eotitiètit'utt 
jtfojet qui' avait été doftné, dans -le 
tems> pour Qccoltlét lès intérêts de$ 
flecteuit Palalin et de Bavière, attit-^ 
quels on proposait cette île ett déïioiii'J 
magement. Mais l'autem aiiortyia* a 
tellement exagéré ses dèscri{>li6ns, qu'il 
paraît que son but était WoitiS dé dire 
la vérité , que d'en imposer au dôHgféS 
de Gertfuydembéi^, bù se négociait 
l'acoommodeuént déjà conirtiettijé ft 
la Hayo. .: 

Nous avons à la véiité des histoires . 
générales de la Sardaigne , en difî^- 
fënlès langues, conmie celle de Cai'- 
'vCtlo, ,&é Vico ,àà Para, en espagnol; 



iiBiiiaOb, Google 



de VltaUs et Hé Maikelf en latin; de 
Gaijxkno. et de Çambùigl, en italien; 
mais îln'^ en a aucune dans laquelle 
on aperçoive cet esprit philosophique . 
qui dist ingue le vrai du faux , l'inproy a- 
ble du vràîsemblatle, et qui sacnfîe 
le fabiiléux et l'inutile. Tous ces ou- 
vrages ont lé défaut dé s'occuper asse^ 
peu dé la recherche de la vérité-, et de 
se perdre dans des détails puériles sur 
tous les obifets mînùHeùi t^i se p!ré- 
sentènt, t^ôiqûé étHan^ers à leut' But 
prinfct^al, au point qtié là lecture n*eii 
iest pas soutenable. D*ii'ineurs,l*état 
de là Sârdaï^e ,'telle t^é ces Instorièns 
nous la présentent, diffère trop dl 
l'état àcltiel, pont» que la curiosité et 
rinstfûtitroh^ soient pleinement satis* 
faîtes. 

Quand des écrivains modernes au- 
raient teiaté de donnief une Ijûstofre 
de ce rojàurae, avec plus de méthode 
h 9 



.m,,GooqIc 



et de précision, leurs travaux ne 
rendraient peut - être pas inutile 
l'ouvrage que je publie aujourdliuL 
Commet dans toutes ses parties, sans 
outrer le bien, sans déguiser le mal, 
fl ne doit sa naissance qu*à des. évé- 
nemens qui n'existent que depuis peu, 
ils ont tellement influé sur sa compo- 
sition, qu*on peut assurer que sans eux 
ce travail n*aurait pas été connu. 

Ignorer ce qui existait avant nous, 
dit Ciceron, c*est être toujours dans 
l'enfance (1)1 et ne pas se soucier 
de savoir ce qui se passe dans le tems 
où nous vivons, et de ce qui nous 
environne, c'est vouloir rester de sang- 
Êoid dans un étal d'ignorance et d'a- 
patbie qui ne convient qu'à des sau- 
vages. 



(1) Nescirs ^uid anlea Mina nsaccidwit , id e 



..snieObyCoOl^lc 



L'origine de la nation sarde; l'état 
physique de cette île; celui de son 
gouvernement ancien efmoderne; la 
cause de sa grandeur et de sa déca- 
dence à chaque époque ; les abus ou 
les avantages de chaque principe d'ad- 
ministration ; le fgrce et les ressour- 
ces des productions naturelles ; la ré- 
forme à opérer dans plusieurs bran- 
ches de législation civile et politique 
de ce royaume, tels sont les objets 
que je me suis proposé de traitée 
dans cette histoire. La SardQ^e en-». 
visagée sous ces points de vue, mérite 
l'attention de ceux qui s'occupent de 
l'économie politique et de l'histoîie 
jiaturelle, objets principaux de mon 
travail, d'autant mieux que les prin- 
cipes dé la première , et les détails de 
la seconde, relatifs à ce royaume, ont 
été inconnus jusqu'à présent. 

Ce sont les lois d'un état qui forment 
les hommes et les rendent ce qu'ils 
b3 



, L-ooi^lc 



5ontj c'est-à-dire industrieux, ousans 
génie, ehtreprenans ou timides^ actifs 
OH paresseux,. 

Je suis très-éloigné de blâmer l'at- 
tention que le gouvernement piémon- 
tais a eue de rétablir en Sardaigne deux 
universités pour y enseigner les scien- 
ces. Nous devons, j'en conviens, aux 
études qu'on y a cultivées avec tant 
de succès ^ l'adoucisseipent de nos 
mœurs, et la civilisation du peuple; 
mais n*est-il pas honteux poiu" une 
nation aussi spirituelle et aussi sensée 
que la nôtre , que nous ayons montré 
tant d'empressement pour des objets, 
qui, malgré toute l'importance qu'on 
veut leur donner, sont toujours infé- 
rieurs aux connaissances qui influent 
directement sm\le bonheur et la ri- 
chesse des nations ? 

Si au lieu de tant de chaires de 
théologie, de jurisprudence, de lan- 
gues orientales , qu'on a établies dans 

L) il- raM>, Google 



cesdeuxuDÎveralés, on salait proposa 
d'en ériger une d'économie politique, 
il est hora de doute que, depuis cette 
époque , la Sardaigne aurait déjà 
fait d@ grands pas vers son amélio-^ 
ration , comme elle parait les avoir 
foils tere les sciences morales et vers 
la jurisjmideiice. 

. Je ne prétends pas renouveller ici 
le paradoxe trcp fameux conlre Ta- 
4ilité des science : il s'appuie sur des 
-accusations plus singulières que fon- 
dées. Attribuer à nos connaissances 
;ce qui rie doit retomber que siur l'a- 
bus qu'on en a fait, ce n'est que le 
résultat d'une mauvaise logique. Cet 
abus prouve en même tems, et leur 
-excellence, et la perversilé de la na- 
ture humaine. C'est vouloir augmen- 
ter celle-ci , que de confondra celui- 
là avec les choses qy'il corrompt. 
' - Si le zèle inspiré par le vrai patrie-^ 
tisme peut autoriser ijn reproche à la 
. b 4 

1);,- -.M, Google 



nation dont on est mèmbr*», j'oseraidiie^ 
que SI nous ne méritons pas ]e nom 
che de paresseux qu'on nous a donné 
quelque fois j trèsi-injustement, nous 
méritons, au moin» avec raison, celui 
d'insoucians sur nos vrais intérêts. 

La nature a fait en Sardaigne pres- 
que tous les frais, et Thomme n'a que 
de légers efforts à employer pour jouir 
de ses libéralités. Pourquoi donc né* 
gliger les avantagés innombrables que 
jious offre l'heureuse situation de notre 
patrie? Contens de recevoir des Ti« 
vournoifi, des Génois, des Marseillais 
et des Espagnols , les marchandises 
dont nous avons besoin , nous regar- 
dons avec indifférence ces étrangers 
industrieux venir s'enrichir chez nous, 
à nos dépens , et proËter de notre 
^riorancet 

Vobjet printipal de mon travail, est 
de rappeler la nalion sarde à l'étude 
d@ r^coTiomie politique, et de Texci- 

LH.-reM,C001^lc 



Xll| 

ter â porter tous ses soins vei-s Vagri- 
cukure , le conimerce , la navigation 
et les manufactures, en un mot, à se 
vouer à Tactivité et à Findustrie. Là 
position de cette île , au centre de la 
Méditerranée, entre les deux grands 
contînens de l'Europe et de 1* Afrique; 
la multiplicité de ses productions , dont 
le superflu considérable peut être an- 
nuellement exporté; la surelé de ses 
ports; la richesse de ses mers, doivent 
l'avertir qu'elle est destinée, parla 
nature, k tenir un rang distingué par-» 
mi les nations commerçantes de Tu- 
nivere. 

Eli portant mes vues sur les res- 
sources locales , et sur les nombreux 
rapports que les Sardes peuvent avoir 
avec l'étranger, que de résultats inté- 
ressans ne s'ofïtent-t-il pas à sa vue, 
et pour l'homme d'état, et pour le na- 
turaliste, et pour l'habitant indus- 
trieux, dont les Calculs et les q>écu- 

LH.-reM„G00glc 



XïV 

lations tendant à-la-foJ$ à raccroisse^- 
ment de sa fortiyie, et à raméliora- 
iion de sa patrie ? Puisse le tableau 
que je vais lui présenter de ses res- 
sources , éveiller son émulation , le 
seul ressort qui lui manque. 

La mulitude des objets que je m'é- 
tais proposé de traiter, rp^effraya d'a- 
bord, mais sans me décourager dans 
le projet que je méditais depuis long- 
temSj de faire connaître l'état ancien 
et actuel de cette île. Au défaut de 
monumens et d'annales non ^quivo- 
.ques de ce pays, je me suis vu forcé 
d'y suppléer j en réunissant avec au- 
tant d'exactitude qu'il m'a été possi- 
ble, les f^ils les plus iijtéressans de 
l'histoire ancienne, qui pouvaient avoir 
des rapports sûrs avec la Sardaigne. 
J'ai redoublé de persévérance et de 
Jatigues, en cherchant dans les écri- 
vains grecs et latins, tels que Pausa- 
nias, Aristçte, Hérodote, Diodorede 

LH.-reM„G001^lc 



XV 

Sicile, Strabon, Solinus, Pline, Tite- 
LivG, Salluste et autres, des lumières 
relatives à mon objet. 

L'histoire moins reculée , JQ l'ai pui- 
sée dans les annales plus accréditées 
du moyen âge, dans les archives du 
royaume, d'où j'ai tiré les pièces jus- 
tificatives que je rapporie à la fin du 
premier volume, el dans les Mémoires 
du marquis de SainI - Philippe ( i )• 
Pour les derniers événemens , j'ai suivi 
avec exactitude les journaux et les rap- 
ports que les états - généraux ont fait 

(I) MemoiiatparaserpiralaHisloHadeEspagna, 
en el rvgno de Philippe V, par D. Vinceat Bacallar 
M. de S. Philippe. Le roi d'Eipagne fil relirer tous les 
«xemplaires de ces Mémoires , et obligea son fiU de lui 
reinellre ce qui resrail du mantucrit, paregard pour plu- 
tieuis maitonaditliflguées en Espagne , dont on parlait 
«vec trop de fraDchise. La Tamille Masooes y Bacallar , 
faérirîère du marquis de Sainl-Fliiljppe, possède en en- 
tier ce prëcieus manuscrit que j'ai eu enlre les mains, 
le marquis de Salnl-Fhi lippe est aussi l'auleur de l'ou- 
vrage intitulé ; Monarchie des Hdbreux , que les savanj 
eathnent beaucoup, à juste litre, 

I!,, .,.,i,Googlc 



XV) 

imprimer h cette occasion, pour don- 
ner de la publicité à leurs opérations. 

Ayant en horreur la flaterie, je me 
garderai bien de me rendre méprisa- 
ble à mes propres yeux, en parlant 
le langage de l'adulation (i). Sans 
intérêt, sans crainte et sans espé- 
rance, ma situation m'a mis en état 
de ne flaler personne; aussi je me suis 
permis de nommer tous ceux qui ont 
eu part dans les affaires , et qui ont 
mis ce royaume sur le penchant de sa 
ruine. Si Ton retranchait de Thistoire 
le récit des fautes des hommes, à quoi 
se trouverait -elle réduite? Je déteste 
la célébrité qui s'acquiert par un lan- 
gage bassement adulateur ; j'oserai 
donc être indépendant et juste. 

Je n'ai pas non plus le dessein de 



( i) Fnmam esse historiée legem, ne quldJaUi dicen 
aiidsat, ne^uasuspicio grafiee in tcnbendo, negu9 
fùnultatis, Cicero , Do OibL lib. II. 



..oogic 



couvrir mon sujet de fleurs. Simple 
dans mes idées, sincère dans mes ré- 
cits, je dirai le vrai comme je le con- 
çois, D s'agit ici dç notre mère com- 
mune} de sa félicité et de son bonheur, 
affaire trop grave pour s'amuser à 
l'embellir. Toutes mes couleurs sont 
dans mon ccbutj et c*estlui seul que 
je prétends répandre dans cet ouvrage; 
car c'est mon âme et la gloire d© 
mes concitoyens que j'ai coasulfé en 
piéditant sur ma patrie. Me patries . 
impulU amor. - 

Q^ant à la partie del'histoirç natu- 
relle, outre mes observations parlicu- 
lières, et les connaissances locales que 
j'ai, de npire île, j'ai consulté les ou- 
vrages de CettiCi) -et de GemelU (3). 



(1) CetU , qiiadrup^î , anfibi , uccelli di Sarde^na , 
3voLi»>ia,Sa:9wû, 177e. 

(2) "QemelU , riôorimeata délia Sardegiu , 2 valum. 
ïn-4''. Xorino 1776. , 



..rireM,,G00glc 



A regard de la minéralogie, je më 
suis servi en partie du mémoire que' 
le savant comte Balbo a inséré ààni 
le quatrième volume des Mémôiteii 
de l*académie des sciences de Turin j 
pour les années 1788 et 1789, extrait 
des écrits (^ui lui avaient été com- 
muniqnés par M. Belïy , ancien di- 
recteur des mines en Sardaigne. Leâ 
tenseignemens particuliers que j'ali ei\û ' 
de la part du célèbre chevalier de 
Napion, qui y a fait naguères' uii 
voyage relatif à la minéralogie, p'af • 
ordre du roi , m'ont encore été d'un 
grand secours. 

Si j'ai commis des erreure, elles né^ 
sont qu'involontaires; ce sera à'rties 
compatriotesdè m'en avertir, et je né 
manqtterai pas de 4ea -conter diaprés 
leurs observations ( i ). Mais qu'ils 

(i) NoD vincimifr quando afleruolur nobis meltora, 

- sediDstTaimur.C)'pn'anus,episl.'jtadÇuiniuiTi/hi/rtm. 

Je doDne ime preuve non é<}uivo^uti âe ce septiùient 



i-reM,, Google 



XIX 

soient sincères et de bonne foi en 
me les faisant appercevoir; car l'a- 
mour de la vérité, et la gloire de mon 
pays m'ont fait seuls entreprendre ce 
pénible travail. Je n'écris que pour es- 
sayer de contribuer à votre bonheur, 
ô mes concitoyens , et je n'ai d'autre 
envie que de bien mériter de vous 
et de la patrie. 

dans la correction que j'ai faite de quelques erreurs oîi 
i'^latB tombé en publiant mon essai , et dont des Gom • 
patriotes estimables m'ont averti par des renseiguemei» 
sArs. Leur modestie, en me faisant parvenir des notes 
sans signature , m'ôle la satisfaction d« les nommer, •! 
de leui en témoigner ma reconnaissance. 



ot,, Google 



,1, Google 



b, Google 



c. 



..snieObyCoOl^lc 



HISTOIRE 

GÉOGRAPHIQUE, 
POLITIQUE ïT NATUTIELLE, 

DE LA SARDAIGNE, 
PREMIÈRE PARTIE. 



CHAPITRE PREMIER. 

Géographie de la Sardaigne ; son climat; 
sa populatloTi; mœurs, habillement de ses 
habitons i monnaies i poids et mesures; 
antiquités s langues. , 

XJ'ÎLE de Sardaigne, qui depuis plusieurs 
siècles porfele titre de royaume, est située au 
milieu de la Méditerranée (i), avec plusieurs 



(i) Is Sardaigne est à 5o lieuea de l'Afrique ; à 70 
de la Sicile ; à ^delfaples; à3o de livounie; ^-38 
de Gènes ; à loo de la Fraore ; k I20 de l'Espagne ; 
k 80 de Minocque-, à S.deLt Corse. 

Tome I. A 



, Kl, Google 



iles adjacentes , dont les plus considérables 
sont connues sou? le nom A'Asmara, de Ros- 
sa , de Tat'olara , de Madalena , de S. An- 
iioco, et de S. Pierre. La Sardaigne est situi'e 
entre le 39^. degré de latitude nord , et s'é- 
tend de quelques minutesau-delà de deux de- 
gre's (i). Ainsi, sa longueur du midi au nord , 
est de cent soixante - quinze milles d'Tfalie, 
et sa largeur d'orient en occident, de cent 
milles. Sa circonférence , suivant la carte 
annexée à cet ouvrage, la plus exacte qui ait 
encore paru , et d'après les mesures des Por- 
tulans, est de 700 milles (2) : son étendue su- 
perficielle est d'environ ir,5oo milles quarrés, 
de yS au degré. 

Cette île est arrosée par deux grandes 



(i) On n'a pas encore déterminé exactement la lali- 
hwie de U Sardaigne. Lea dilKrentes cartes géographi- 
ques de celle île ne aoni pas d'accord sur ce point. Lcr 
chevalier Chuberl , capilaine do vaisseau au service do 
^France , jugiia , il y a queli^ues années , la lalilude de la 
TÎIIe de Cagiiari de 3^ deg, i3 min. 20 secon. , quoique 
la latitnde de l'île , selon loules les caries , soit quel- 
gué chose de plus de deux degrën. 

(2) Les anciens histotiensôiil fort varié sur l'clcndu» 



(3) 

rivières anciennement nommées Ty'rsus él! 
Cedrus , et par plusieurs aulres moins 
considérables, quî s'écoulent en direction 
contraire aux deux précëdentes ( i ) Elle» 
portent toutes aujourd'hui le nom des^ villes 
qu'elles baigaeat. Ainsi la première , ( qui 
depuis sa source à Monteacuto près de JBud- 
duso au sud-est de l'île, parcourt un espace 



de la Sardaigne. Selon PUne elle a 188 rnilU pas à l'o-* 
rient, 122 mille au seplentrioD, 1^70 raille à l'ocoidtnl, 
74 mille au midi, et 56d raille de tour. Les mesures 
doDoées par Martinus CapcUa, différent peu de celles- 
ci. Suivant Strabon elle a 220 mille de long sur 98 de 
large. Pausanias luï donne 1 120 slades de long sur 470 
de large , c'est-à-dire , ■ 140 niille sur 5g. Orme aSo 
mille de long. Mercator leo mille de long sur 70 de 
large et 3oo da circnîl^ ^^j/û/w approche de celles qu« 
nous avons tnarquéesea ces termes ; Varias deTniim in- 
génies apud scriptores dimensiones ; verior tamgn.est 
70P TnUUariumSiciUœprorsùsassimilisetaffomiis. An. 
Sardiaîœ , pag. 4, in apparat. 

(l) les autres rivières moios considérables , égale- 
ment connues par les anciens gëograpbes qui leur-don-* 
naienl d'autres noms , sont sacarjlupius , aujourdtiiii 
Ttume Santo près de Sassari ; le Temo , aujoùid'bui 
fleuve de Bosa; \eCcdrinus, aujourd'hui fleuve d'0/i(fn<7i 
Je Bittas , ou fleuve de BHH, et le Termus , aujourd'hui 

'^— ■ A,;'^ 



(4) 

de quatre - viogt milles jusqu'au coucbant, 
où elle se jette dcbis la mer, } s'appelle suc- 
cessivement ^tfnt/«m', Sediîo et Onstano. 
La seconde qui porte aujourd'hui le nom de 
FlumendosOy a sa source à Genargevto, et 
en traversant la Barbàgie , se jette dans la 
mer près de Muravera (i). 
• Ces deux rivières, par un cours opposé, 
semblent diviser toute l'île dans sa longueur; 
elle est de plus divisée en deux parties qu'on 
appelle Caps, 

En tirant une ligne de l'ouest au ûord-est 
sur Bonarcado , Sedillo, Olienaet Posada^ 
tout son continent est partagé en deux par- 
ties égales; l'une louroée entièrement au 
midi , et l'autre au nord. La portion qui re- 
garde le midi s'appelle Cap de Cagliari ; 
celle qui est ver» le nord, contient les Caps 
de hogudoro et de Gallura (i). 

On donne aussi une autre dénomination 
aux deux parties méridionale et septentrio- 
nale qui composent le continent de la Sar- 

(i) Quelques écrivains ont prétefldu ,iiiitisMii5 au-^ 
cuti fondement , que la Sardaigué s'appelait ancisone— 
menl Cedregna, duDomdece fleuveOrfrw». 

(2) Olivea-Pi^tiice à la Carlade Logui' 



(5) 

daigne , en appelant la première Capo di 
5oï;o ;c*est-à -dire Cap Inférieur, et la 
seconde Capo di Sopra' ou Cap Supé- 
rieur. Cetle dénomination est fondée en réa- 
lité ; car eu allant do midi au nord , on 
monte toujours plus ou moins sensible- 
ment , quoique la partie septentrionale 
soit réellement plus élevée que l'autre , 
tandis que dans la partie méridionale l'on 
trouve la plus grande plaine de l'îlr. C'est 
par celte, raison que la partie septentrionale 
paraît montueuse et élevée , et la méridio- 
nale plus plaine et plus basse. Cependant , 
les confins de ces deux Caps supérieur et 
inférieur ne sonit pas encore bien définis. On 
désigne plus aisément aujourd'hui les deux 
parties de la Sârdaigne sous la dénomina- 
tion de Cap de CagUari et de Cap de 
Sassari, d'autant plus que ces deux villes 
sont les deux chefs-lieux de tout le continent 
de l'île. 

1-e cap de Gagliari est composa 3è deux 
grandes parties : le' Campîdano et X'OUastra, 
Le premier contient la grande vallée qui 
s'étend depuis Cagliari en droitiïrè , jusqu'à 
Monreale ; et là, tournant vers Ùristaiid, se 
prolonge jusqu'à flirtf/crc^M. Une bi-anche de 
cette vallée s'étend, à gauche , vers /^/e«ûj-, 
.A3 



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(6) 
l'espace' de trente milles : ellecûtoieau cou- 
chant les moDtagnes â^Arbus; au levant, 
une chaîne de collines (]ui s'étendent jus- 
qu'à i'Oliastra , et depuis CagUari jusqu'à 
Aies , sont comprises sous la dénomiaation 
dç Campidano. UOliaSira est une longue 
côte mai:itime à l'est, trèa-montueuse. Outre 
ces deux griandes divisions , il y en a trois 
'aut;res i plus petites, qui.,' avec le Campi- 
dano et VOlia^ira, forment la totalité dil' 
cap : ce sont la Barbegia-Belfi , la Sar- 
bagia-Oîolay, et \a. Barbagia-Seulo , an- 
ciennes habitations des bfrbftresdel' Afrique 
appelés Barbaricini , célèbres dans l'his- 
toire de Sardaigne par leur idolâtrie,' leur 
indépendance , et par les épîtres que Saint- 
Grégoicç écrivit à leur syjet. 

La. (laîlura et le Logudoro forment 
l'autre cap. La première, dans la partie la 
plus avancée de l'île, en face de la Corse , est 
aussi moptqeuse que l'p/wf/ra. La , se- 
conde comprend tout le reste du cap qui, 
peut-TétTe à cause d,e sa Ç;r|ilité pu des mines 
d'or QU'oQ y exploitait autrefois , a pris. son 
novc\ dçLogfidoro, c'est-rà-dire lieu d'ofi 
l^lon .qiiel{juç3 écrivains. La^urface de celte 



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(7) 
île, garnie de colHaeset de montagnes (i) , 
aussi fertiles, que les vallées et les plaines , 
procure des byvers très -doux, et des élés 
tempérés, par le retour périodique des vents 
du nord qui rafraic hissent l'atmosphère : 
aussi le climat est-il d'une telle salubrité, que 
la vie des habitans y est plus longue qUe dans 
plusieurs parlies du continent de VEurope. 
Les deux tables suivantes , çxtraîteS des dé- 
pôts mortuaires des deux villes cApitales, 
placées presque aux deux extrémités de l'Ile, 
fournissent des preuves non équivoques de 
mon assertion. 



(i) Le» montagnes les plus élevées de ceroyaumCj 
sont celles àe Zimbarra dans \a Galliua;de VUlanova 
eiiire Alguer et Bosa ; deOenar^eJlfn entre fOliaslra éÉ 
le Barbagie; el dans les mânves Blirbagies, celles d'^érizzo 
et de Fonny , dont tes sommets sonl presque louta 
l'année coaverls de glace. 



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(9) 

En r<*fléchissant sur le résultat de en 
deux tables, on voit que la proportion des 
octogénaires sur la totalité des ttiorts dans 
l'espace de dix ans , est presque de quatre 
et demi pour cent. Cette proportion est 
des plus fortes que l'on connîiisse, puisque 
dans le nombre de 28,994 morts , que M. 
Dupré de Saint -Maur , de l'académie fran- 
çaise , a observé , partie dans la ville de 
Paris , et partie dans le Coratat, pour dé- 
couvrir la durée de la vie humaine , il ne 
trouva que 502 octogénaires , ce qui ne fe- 
rait tout au plus que deux et un tiers pour 
cent. 

Il y a , à la vérité , dans la Sardaigne des 
endroits où les eaux stagnantes produi- 
sent, dans les chaleurs de l'été , un air mal- 
sain , qui occasionne à ceux qui séjournent 
dans ces parages, des fièvres putrides très- 
violentes , connues dans le pays sous le 
nom d'intempérie (i); mais le reste de 
l'île jouit de la plus grande salubrité. D'après- 
la première observation, quelques histo- 



( I ) Afjuenza tract., de febre ÎDtemfierie. Carbooi 
Foëma de sardoa intempérie 1774, Iraduîl en vers 
italîeM par l'abbé Piaua , 1774, ouvrage trèa-esliiné et 
écril^vec éldgance. 



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riens ont jug^ le climat de la Sardaigne 
malsain , sans distinction (i). Des écrivains 
modernes prenant ces exagérations pour des 
faits réels , ont décidé (jue le pays était inha- 
bitable (2), sons se douter qu'ils ne faisaient 
que copier dçs assertions eirronées et sans ré- 
fléchir que sur la terre il n'y a pas une seule 
contrée qui n'ait quelque canton sujet aux 
mêmes accidens que quelques parties de la 
Sardaigne. Y aurait-il du bon sens à dire que 
le climat de la Toscane est mîtlsain , parce 
qu'on ne peut habiter en été les environs de 



( I ) Faiisanias jn Phoc. lib. X. , cap. VII, Siliiis 
ilal- lib. XII. Strabo géograph. lib. V. Cicero lib. II , 
ëpist. 3 ad Quiutum f'ralrem. 

(2) Un écrivain moderne, densun ouvrage, iDliliilé: 
Sur quelques contrées de î Europe , on Le/tres du checa- 
lierde*** àMadame la comtesse de***, a pTéleada àoa- 
ner une idée précise de la Sardaigne dans la lettre XI 
du fome 1". .Après avoir rapporté (jiielquesfables an- 
ciennes sur l'origine de la nation Sarde , il fait la peintura 
la plu» effrayanle du climat de celte île , quV/ compara 
k un tombeau; îl ne flalle pas pins les habilans , qu'il 
assimile h des barbares. A la suite de quelques vers 
aussi décousus que sa prose, îl raconte une andc- 
dole un peu sale pour lesoreilles de M''^ la comleuté 
sa correspondante , et il finit par donucr 6a quatre mot» Ici 
tableau des fiâauces du roi, aussi plaisamment qu'ils 



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(") 

Orosseilo et ]a Maremma , sans êlre at(à> 
(]ué de la fièvre? Parlera-t-on de l'insalu- 
brité de la Lombardie et du Piémont, parce 
que, dans les chaleurs, on est atteint de la 
fièvre à Mantoue, à Novare, à Tortone, à 
à Verceit , à Alexandrie ? Dira - 1 - on que 
la France est inhabitable , pendant les mois 
de juillet et d'août , parce qu'à Aries , en 
Provence , en Languedoc , à Bordeaux , à 
Nice même, on rencontre des endroits très- 
malsains ? 

I^ climat de la Sardaigne ne peut être que 
très-favorable au bien être de ses habitans, 
puisque le cours de chaque saison y est régu- 
lier et tempéré j puisque toute sa surface est 
en tout tems émaillée de fleurs et de verdure, 



fdit ses autres descriplioos. Ce chevalier anonyme a 
Irès-bien Fait de prendre pour. épigraphe de son ouvrage 
pes deux vers de la fable des Figeons de La Fûtilain^i 

Quiconque ne voit guère , 
b'a guère 1 difC aussi*' 

Car n'ayant rapporte au sujet de la Sardaigne que des 
contes puérils ;on peut présumer qu'il ne l'a jamais vue , 
OU qu'il ne çoilguère. 



,-Ki,Gooi^lc 



02 ) 
au point qu'on y laisse paître le bétail , mêmef 
au cœur de l'hiverj puisqu'elle est si fertile 
en toutes sortes de productions , qu'il est dif- 
ficile de trouver ailleurs des fruits qui , en 
saveur et en quantité, puissent le disputer à 
ceux de la Sardaigne. 

Plusieurs étangs vastes et abondans en pois- 
sons de toutes espèces ( i ) augmentent la 
beauté du pays. Celte abondance provient 
de la communication ^e ses eaux douces 
avec celles de la mer , tout autour de l'ile, 
-plus poissonneuse que dans tout le reste de 
la Méditerranée. 

I,es plus considérables de ces étangs sont 
ceux de Santa-Giusta , de Cabras et de 
Sassu , près' d'Orisiano ; celui qui est au 
couchant de la ville de Cagliari , de Caîlgo 
près d'Afguer; l'autre de Palmas , près 
d'Iglesias ; et le dernier, de Platamona , 
entre le village de Sorso et Porlo-Torre. 

Des sources thermales jaillissent en plu- 
sieurs endroits de cette lie. Les anciens ha- 
bitans attaqués peut-être de plus de maladies 
que de nos jours, ou plus soigneux de leur 
santé, faisaient un grand usage de ces bien- 

(i) Stagna pUcutfnfûsima tes appelle t>oliiius ÏD 
Polyslh. cap. XI. 



..BnieOb, Google 



(i3) 

foils de la nature , comme il paraît par I« 
ruines des superbes édifices qu'on voit aux 
thermes de Fordongianos et à BenetuttL 
Aujourd'hui les bains les plus recherchés , 
sont ceux de Sardara , où il y a un bâtiment 
pour les malades , tous les autres sont entiè- 
rement négligés (i). 

Oo ne sait dans quel endroit dç la Sar- 
daigne l'ancienne superstition avait placé 
les fontaines merveilleuses qui conservaient 
la vue aux innocens , et aveuglaient les vo- 
leurs et les parjures lorsqu'ils s'en frottaient 
les yeux ou qu'ils en buvaient. Il en est de 
ces fontaines comme des femmes à deu?L 

■ (l) Sunt qitoquein Sardinia balnea mulla oeleber- 
rima , et callidarum fontium , tametsi inco^ce ea non 
curant ; quo Jàctum est ut omnia conciderint , et eix 
vesligia qucedam iupersunt. Pulcherrima balnea, eaque 
negtectajacent inter castrum Montis regalls etoppidum 
Sancll Gapini. Sigiïm. Arquer, in dcscrjpt, Sard. 
pag. la. Carrillo dans sa relalioa espagoolede ce royau- 
me , pag. 40 , dit lamême chose dsDS les termes sui- 
vans : Say muchos hagnos en el reyno de agua caiiente, 
y templada, en parlicular en el coalado de Gocca/J, 
que auTi se yeen sas lettras en piedra , de Jos malea 
que curaban, con grandes JabriCas del tiempo delos , 
Bomanos, que en esta yvaii curiosos , que hoy se veen 
s{UTvinas,queporlapoca curiosidad de lot naturaletf 
te van perdiendo. 



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( H ) 
prunelles dans chaque œil , que l'on disait 
trouver dans l'ile , et dont Jules Solinus n'a 
pas fait difficulté de faire mention dans son 
Opuscule des difiFérentes histoires (i). 

Douze ports de mer placés le long des côtes 
de l'île , ajoutent aux autres avantages dont 
elle jouit si abondamment. Ce sont ceux de 
CagUari , de Sassari , ou Porto-Torre ; 
d'A}guero\i Porto-Conte, Ae Bosa, d'Igle- 
sias, de Casiel-Sardo , de Tortoly , de Po- 
sada , de Terra-Nova , de Longo-Sardo et 
à'Orisiano et Porto - Pahiias. Les ports 
principaux et les plus sûrs, sont ceux de 
Porto -Conte, Porto - Palmas , Terra- 



(0 Solinus , A^ariar. Hist cap. IX ibid. .- Vontes^ 
sane callidi el salubres aliquot locis effervescunt , qui 
medelas adfèrunf , aul solidant ossajracfa.... Sed qui 
oculh medentur , et coarguendis valent Jhribus. Nam 
ijuisijuis sacramento raptunt negat, îumina aquisal- 
trectat , ubi petjurium non est , cernit clariàs. Si per- 
Jidaahhuit. , detegiturjitcinus ccrcifale, etcaplm ocu- 
lis admissitm ienebrisjatefuri ecl. Jean Camserlis dans 
ses co m mon la ires sur Solinus, en se moquant de celle 
histoire fabuleute , ajoule assez plaisamment : Im'ga- 
rentfiHjus genensjontes hoc tempore iitinam lerrart* 
omnem f ut ferrore saltem pœnœ à fût menâaciis ûc 
pciy'uriis homines obstinèrent. 



L)i.-reM„C001^lt 



(.5) 
Noua, et celui de Cagliari.ljR golfe dt^ ce 
port, (]ui est au midi de la ville , et qui a la 
circonférence de trente-cinq milles , est re- 
counu pour uu des plus vastes et des plus 
sûrs de l'Europe , à cause d'un banc de sable 
qui ferme les deux tiers de son entrée, en- 
sorte que des flottes très - nombreuses peu- 
vent s'y mettre à l'abri , hiverner et se radou- 
ber , sans craindre ni vents , ni tempê- 
tes ( I ). 

Tous ces ports ainsi que les autres pointes 
avancées en mer , et les îles adjacentes , sont 
munis de tours, garnies d'artillerie , pour se 
défendre-des insultes de l'ennemi , et sur-tout 
des corsaires de Barbarie ; les bâlimens 
ëtrangers poursuivis par ces brigands , y 
trouvent asile et protection. Au moyen des 
signaux que ces tours se communiquent, soit 



( i] Lorsque Charles V, fit sa fameuse expifdilion mari- 
time contre Tunis el la Goulette, il donna au pori de Ca- 
gliari le lendez-vous g'^aëral aux vaisseaux des puissan- 
ces coalisées ; et s'y trouvèrent efTectivement en même 
temsIesvaisseauxd'Espagne, de Portugal, de Saples, 
de Sicile, les galères de G eues, du pape, de Malthe elde 
Venise. Celle flolle immense séjourna long-lems dans 
report, sans aucun accident f'âcbeux , ely fui approvi- 
sionnée poiirsii mois. 



.irireM,, Google 



( i6 ) 
avec des feux la nuit , soit par la fumi^e le 
jour, des avis circulent promptemeat tout 
àl'enlour de la Sardaigae (i). 

Les terres de l'ile sont féodales , commu- 
nes , ou particulières. Les premières appar- 
tiemieot à un fief; le possesseur qui ne s'est 
point afiranchi , paie uoeredevance annuelle, 
qui varie selon les clauses et les termes in- 
sérés dans l'investiture. Les communales sont 
possédées par les municipalités, qui les cèdent 
gratis à ceux qui offrent de les cultiver. Les 
• particulières , sont celles que l'on possède en 
toute propriéjé , sans être assujéties à aucune 
redevance f-éodale, municipale, ou royale. 

Malgré cette distinction , les terres de l'Ile 
£ont presque toutes communes , ou du moins 



(i) Jje% tours qui entourent la Sardaigi]e,rureDt é[a- 
bliespar les vice-rois espagnols D. Miguel deMuncada, 
le marquis de Aytona , et achevées par le comte del 
Keal. Elles sont au nombre de qualre-vitigl-quatorze; 
chacune a des soldais el un cuporal appelé alcayde , et 
des munitions au dépens du royaume>,Il serait très- 
facile cl très-à-propos d'élablir, par le moyen de ces 
tours, des télégraphes selon la nouvelle mélUode adop- 
lëe si utilement en France. PoUr la commodité des navl- 
galeurs , on trouvera â la Sn de ce volume une table de» 
noms de ces toura , et des districts gù elles sont situées: 
elles 



..BnieObyGOOl^lC 



( >7 ) 
elles doivent être regardées comme (elles 
dans le fait, en conséquence de la malheu- 
reuse habitude dans laquelle on eit depuis 
long-tems , de laisser forcément les terreins 
ouverts, et exposés à la merci de tout le 
monde, quoiqu'ils soient destinés à l'agricul- 
ture , ce qui est réglé de la manière suivante. 
Tous les terreins destinés à la culture, sout 
ou fermés ou ouverts. Les premiers sont con- 
nus sous le nom de Tanche , du mot sarde 
Tancave , qui signifie fermer ; et ils sont 
réellement entourés d'un mur , ou d'une haie 
de clôture. Les seconds s'appellent Viddaz' 
zone , Sidatone ou Vidalone , selon les dif* 
férens dialectes de l'île. Ceux-ci sont divisés 
depuis long-tems par une ligne idéale, en 
deux ou plusieurs régions , selon la grandeur 
respective des terreins. Une seule de ces 
régions est destinée chaque année à être en- 
semencée , tandis que l'autre reste inculte, 
et seulement affectée à la pâture libre du 
bëtail. Les terres de la région ainsi destinées 
 la culture de l'année , sont réparties parmi 
ceux qui se présentent pour les cultiver, ce 
qui s'exécute , ou parla voie du sort , ou par oc- 
cupation préalable, ou d'une autre manière, 
suivant l'usage établi dans l'endroit, lorsque 
le» terreins sont communs ; ou par élection 



.1, Google 




C>8) 

des propriétaires , lorsqu'ils appartiennent 
aux particuliers. L'année suivante, l'on met 
en culture l'auire région , et ainsi succes- 
sivement les autres, lorsque le terrein est 
divisé en plusieurs portions; mais les ter- 
res qui se reposent et qu'on laisse en friche, 
doivent toujours rester ouvertes à la pâture du 
bétail , jusqu'à ce que leur tour soit arri- 
vé , quoiqu'elles appartiennent à des particu- 
iiers. 

Cette désastreuse communauté de ferres, 
inconnue aux anciens Sardes , qui avaient 
porté l'agriculture à la plus grande perfec- 
tion dans le tems qu'ils étaient sous la domi- 
natioa des Romains, fut introduite dans 
presque tous les états de l'Europe, après 
l'irruption des barbares. Ce qui est arrivé, 
sans doute , depuis que les peuples de l'an- 
cienne Germanie s'étemt' emparés de presque 
tous les états de l'Europe , sous difFérens 
noms de Goths et de V'andales , appor- 
tèrent avec eux la méthode qu'ils avaient 
apprise des Scythes et des Gèles , de cul- 
tiver les champs une seule année , et dp les 
abandonner ensuite pour en cultiver d'autresj 
coutume que ces conqucrans, ainsi que 



..BnieOb, Google 



( -9) 
Horace nous l'a rapporte (i), observaient 
eux-mêmes , par une distribution annuelLe 
des terreins qu'ils destinaient à la culture j 
selon ce que dit César ( 2 ) , et de la même 
manière qu'on le pratique encore en Sar- 
daigne. 

Une méthode aussi ruineuse, Aé\k abolie 
en Angleterre, dans quelques provinces de 
la France , et dans plusieurs de l'Italie , est 

(i) Campeslres meliàs Scytbœ, 

Quorum plausira vagai rite trahunt domos , 
Viviint , el rigidiGel» , 
ImmetatB i^uibus jugera libéras 
Fnigesel Cererem feruot ; 
I?ec cuif lira place) longior annua 
Derunclumqne laboribus 
' ^quali recréât sorte vicarîus. 

HoRAl. lib. m , ode 34. 

(2) Agnculturn non sUldenl , majorque pars victiu 
éonim intacte et caseo, et came coosjslit; nequequis- 
.guam agri modum cerlum , aul fines proprias (labet; 
sed magistratus ac princeps in annos sîngiilos genlïbiis , 
cognalioaibasque hominum , qui unï coieruni , quan-- 
lum«is,etquo loco visum est , àtlnbuunl agrl , atque 
«nno postalio transire cogunl. Ejus rei militas aOerunt 
causas , ne assiduâ consuéliidine capii , sludinm balli 
gcrertdi agricullura commuleal , etc. Cses. <ie bello 
Call. lib.VI. 

B 3 



NBnieOb, Google 



(30) 

une des causes les plus remarquables de la 
diminulion de l'agriculiure dans cette ile ; et 
c'est par cette malheureuse communauté des 
pâturages , très - rigoureusement observée 
presque dans tout le royaume, que l'on n'y a 
pas introduit jusqu'à présent l'usage des prai- 
ries artificielles, pour avoir du fourage en 
hiver j aussi le bétail domestiquey est maigre, 
et la race très-petite. 

Les bergers ou pâtres sardes forment 
comme un peuple de nomades dispersé sur 
la sui*face de l'île , loin des lieux habités y 
sans autre but que d'exister , et sans autres 
règles que leurs convenances. Les uns sont 
propriétaires de leurs troupeaux , comme il 
y en a plusieurs dans la Gallura et dans la 
Narra; les autres ne sont que dépositaires, 
à la charge de tenir compte au proprié- 
taire de la moitié du profit, condition qui 
â pour toutç garantie la conscience du pâtre , 
et la bonne-foi du propriétaire , son asso- 
rié. Ces pâtres errent d'un endroit à l'autre ' 
avec leurs troupeaux, mais toujours suivis 
de leurs famille» et de leurs hordes. Ils 
construisent des cabannes , les abandonnent 
pour en bâtir d'autres , sèment quelquefois 
un peu de blé ou d'orge autour de l'endroit où 
ils se trouvent, se nourrisseut de gibier , bol- 



,-VeM,Gooi^lc , 



(51 ) 

vent du lait , fabriquent des fromages'qu'ih 
envoient rendre dans les villes voiànes , et 
passent ainsi toute leur vie à la campagne. 
Chique famille vit isolée d'une manière pa- 
triarchale. Entouré d'eufaiis qui l'estiment 
et qui le révèrent, le père est aiissi le prêtre 
de la famille, puisque l'éloignement des villes 
ne permet que très ■ rarement d'assister aux. 
cérémonies religieuses qui se célèbrent les di- 
manches dans chaque paroisse. Là , tant de 
vices que la corruption des villes nous fait 
trouver aimables, sont punis de la mésestime 
et même de l'opprobre. Aussi trouve- t • on 
parmi ces pâtres des hommes dont les mœurs 
peuvent servir dp modèles à ceux qui ont 
reçu une éducation cultivée» 

La Sardaigne a trois archevêchés et six 
évêchés : il y en avait dix-huit avant la 
réunion ordonnée par le pape Alexandre VI, 
et mise en exécution par le pape Jules II. Il 
y a en outre huit collégiales avec deux 
cents quatre-vingt-cinq chanoines et bénéfi- 
ciers , et trois autres avec soixante - huit 
bénéficiers de la même espèce. 

En considérant les victoires que les Ro- 
mains remportèrent sur les Sardes dans le 
sixième siècle de Rome , c'est'à-dire , depuis 
B 3 

'. r., ■...'|.,C001^|C 



( 51 ) 
Tan 5i8 jusqu'à l'an 578, il parait que la 
Sardaigne perdit , dans le seul espace de 
soixante ans , cent cinquante mille habitans 
dans les différentes balailles que les armée» 
roDiaînes lui livrèrent pour les soumettre à 
leur domination (1). Malgré ces pertes con- 



( I ) La Sardaigoe avait perdu vingl mille hommes 
par les victoires i^u'y remportèrenl \es consuls Spurin* 
et'Til. ManliusTorqualiisen l'anutiede Rome Srg et 
520. Elle en p«rdJI trois mille en 5£2 , lous le consul 
TA. ou MaaJus Fomponius ; i^uaraDle~sept mille sous le 
consul Sempronius GracchuSi> Les qiialFe premières 
époques soûl rapporlées par Sigonius Jnjizslos et triian— 
pfio3 Romanorum, pag. 22Hi\a dernière est eïpliquëo 
dans rinscriplion laiâsëe par ce consul l'aun^e 578, dans 
]b tems de la dëesse Malula, rapportée parTile-Live, 
liv. SLI. Injine vers. , el par Keineiius Jn sj-ntagtna 
inscript, ùnliq. tom. I. pag. 339. 

Ti, Sempronii. Gracchi, 
Pro COS. jnipeïio. auspi'cioqiia. 
Legio. exercilusq. PopuH. 
Ilom. Sardiniam. subegit. 
In. ea. proviucia. Hostium. 
Cœsa. aut. capta. LXXX. 
He. publica. leticîssime. geala. 
^ iXtqtie. liberalis. vectigalibus. 

Kci. pôblicieq. restilulia. 
"Exercilooi. Salvom. 



..rireM>,G001^lc 



(13) 
sidérables, Polybe ne. fait aucune diflBculté 
delui donner la dénomination de riche, tcUit 
par sa nombreuse population, que par l'ex- 
cellence de ses fruits (i) ; d'où il faut con- 
clure que celte île ^taît considérablement 
peupl(?e en ce tems là. Les anciens géographes 
sont d'accord avec les historiens, pour pré^- 
senter ce. royaume comme très-peuplé et 
très-riche. Peutinger , Cellarius et Claver 
confirment cette vérité, en nommant dans 
cette île dis-huit grandes Tilles florissantes 
■au tems de Ptolémée et d'Antonin qui en 
donnent le description très - détaillée ( 2 ),j 
entr'aulres les fameuses villes de Sulci.f 



Alque. ïncolumem. 
PlonUsiinum. prseda. 
Domnm. reportavît. 
' Tlerum tr'iumphans. Îd. 

TJrbem Romam. redul. • 
Cujtis. rei. ergo.' 
Hanc lohulain. 
DoHum. Jovi.dedi(. 

(i] Sardinia insiila , magnitudioe et multiladine ho- 
miDum el omDÎwn fruotuum geqeie esoellena. Polyb» 
lib.I. 

(a) Flotomœus in Geographia. Antonioa in Ttinera- 
rio, V SatdÎDia. 



, -..iiiCooi^lc 



(=4) 

d' Ofbia,âe Nova, de Phausanîa ou FausinOf 
de Turris Sybissonis, et de Cagliari , àont 
Pausanias, Sirahon, Claudien, César, Cîcéroa 
el Saint- Grégoire font menlion , comme exis- 
tantes dans le tems où ils écrivaient (i). 

Les Sardes , possesseurs d'un sol riche , 
habitans fortunés d'un climat également à 
l'abri des explosions volcaniques des pays 



.(i) Posf Amtœum Tberiin SardÏDÏam ex Hispanîa 
transmiseninl , duce Horace , à qiio Ifovam urbem 
Iforam vocaruat. Pausanias , Graccia velus in Pkoc, 
lib. X. cap. 7. Urbes in ea simt complures, cjuanim 
|>r»ctpnœ Capolis el Sulchi. Slrabo Geographia lib. V^ 
His rebuKgealis( CœsaT ) XJticœclasaem coasceodil, et 
posl djeiR lerliani Cavales in Sardiniatn pervenit. Ibl 
Sulcilaitox , qiiiid J)4a.sidium , ejuaque classera recepe- 
raal, copiisqiie jiiveranl, BSceDliim millibds mulctal, 
el pro deciimia octavas pendcre jubel , bonaqiie paiico- 
rutDTeadil. Cœs.dc. Sc//o-^/c. Parsadit anllqua duc- 
los Cailhagine Siilcbos. Gaudianus de Bello Gildon. 
Has scito litlerasmesolaSBccepissepOsI illasquas Ifiiis 
naulaalKilit 0/i>ia datas. Cicero lib. IL Epist. S.ad Q, 
Jralrem. Ad jaDnarium prœaulem Calavilamim anno 
DXCIV pervenit ad nos in !oco , qui înlrà provinciam 
&B.\di\a\avi\ Chamahia dîcilur, cunsueludinem fuisse 
ëpiscopum ordinaudi, sed hune pro rerum necessitale 
lougis aboleviase lemporibus. if. Gregorii Epist. XXIX. 
lib. ly.iiidi. ta.. 



.p-iieObyCOOl^lC 



( 35 ) 

méridionaux de l'Europe, et des frimats 
éternels des régions borëales , devraient se 
multiplier à l'infini. 

La population est- le bien et l'arantage 
unique 'où doivent tendre et se réunir tous 
les soins, tant politiques que civils, d'un 
gouvernement sage et prévoyant. Tous lés 
moyens d'augmenter la populatiou se ré- 
duisent à un seul : celui d'étendre les moyens 
de subsistance. D'après ce principe , je ne 
vois que l'agriculture qui puisse éfablir et • 
multiplier les produiis d'un terrein qui ne 
nous est pas disputé. 

L'invasion des barbares sousiaquelle la Sar^- 
daigne a succombé plusieurs fois (i); le fléau 
de la peste qu'elle essuya en 1609 et 16S2, 
et le défaut de bonne administration, ont 
contribué puissamment à diminuer sa popu- 
lation de quatre fois moins de ce qu'elle était. 

D'après le recensement fait d'ord re du gou- 
vernement par diocèses, à différentes épo- 
ques , on a trouvé que la population de celte 
île était 

En 1751 de 327,128 âmesft 

En 1751 de 360,392 âmes. 

En 1790 de 4.56,990 âmes. 

(i) Voyezle chapitre suivant. 

1" ■ ■ • 

L)i.-reM,G001^lc 



(36) ■ 
Celte augmentation de population a pro- 
duit également l'augmentation des droits 
royaux sur l'exportation et autres.produita 
nets pour les finances j ce qui prouve évi- 
demment les améliorations progressives du 
pa,ys, comme on peut le voir par la note 
ci-après' , extraite des livres des douanes du 
royaume. 

Droit royal sur les exportations, 

liT. dePi^oat<i}. 

De 1721 à 1744 189,411 

De 1745 à 1755 ...... 202,oi5 

De 1756 à 179Û ...... 440,000 

Produit net des Salines. 

De 1721 34,000 lir. 

De 1755 60,000 

De 1790. . 280,750 

Gabelle du tabac. 

De ,1721 35,204 liv. 

De 1755 78,354,., 

De 1790 ........... 265,028 



(i) Ta livre de Piémont fait une livre et 4sds de 
France. 



rreit,, Google 



Droit sur la pêche du corail. 

De 1721 4,23o liv. 

De 1755 6,900 

De iy<p 20,000 

Les premières améliorations sont toujours 
les plus lentes et les plus difficiles. On voit par 
ce petit tableau qu'elles sont déjà faîtes en Sar- 
daîgne, et que l'on est à l'époque où la popu- 
lation et la richesse augmentent dans une pro- 
gression croissante (i^.Quels progrès n'aurait- 
pas fait ce pays si inléressant à plusieurs 
égards , si une bonne administration avait 
secondé les dons de la nature dont il est 
comblé ? Et que ne res(e-t-il pas à faire en- 
core sur une surface susceptible d'une popu- 
lation de plus de deux millions d'àraes,' k 
ne -compter que mille habitons par lieue 
quarrée ; évaluation plus faible que celte de 
plusieurs parties de l'Jlalie ^ ' de la France et 



(i) D'après celle (k'mcDStiliIîon , chacun peiil guger 
fiii soi-même combieo est élotgni de la r^alil^ ce que 
Monlesquieii a dit dans le cliap. III du Kv. XVIII de 
son Esprit dqs Lois, où ayaol rapporté le lexle d'Aris- 
Ipte , De Mirand. aud. , il ajoute : La Sardaigne ïiélaU 
point rétablie du tcm$ (tArislote, elle ne Fgst point en- 
core aujourdhui. 



L) il- raM>, Google 



(a8) 
de l'Angleterre , où l'on compte jusqu'à deux 
mille cinq cents habitans par lieue quarrëe » 
-c'est-à-dire, par cinq- huitièmes à-peu-près 
d'un mille d'Allemagne ? Si la Sardaigne 
était peuplée autant que son étendue peut 
le supporter, et en proportion de quelque dé- 
partement de la France ou de quelque pro- 
vince d'Angleterre , et si elle étoit soumise à 
une administration, sage et prévoyante , elle 
pourrait contenir très-aisément trois millions 
d'habitans. 

La Sardaigne, dans sa direction du Nord 
au Sud , a ses rivages plus ou moins exposés 
à la force des vents. Celui à l'Ouest en 
éprouve deux , dont l'impétuosité est ex- 
trême : le Maestro ou Nord -Ouest , et le 
Libeccio ou Ouest-Sud-Est. Le rivage à 
l'Est en reçoit aussi deux domiiiaas : le Gn?- 
co ou Nord-Est , et le Siroco ou Sud-Est, 
qui est le fléau des pays méridionaux. 

Plusieurs- monumens anciens dont on 
admire encore aujourd'hui les ruines dans 
cette île , comme des cliefs-d'œuvre d'archi- 
tecture , tels qup des aqueducs ( i ) , des 



(i) £a ville de Caglian avail anciennemeDt un aqueduc 
qui lui apportait l'eau de Sancla Maria de Siligna ;\\ 
élatlde ta longueur de i]ualre heures et demie de che- 



L)i.-reM.,G001^lc 



('9) 

ponts ( I ) et autres édifices publics ( 2 ), 
sont les ouvrages des Romains, et servent 
à démoatrer la grande puissance qu'ils y 
ont exercée. Mais les restes précieux d'une 
plus iiaute antiquité ont entièrement dis- 
paru. Les ravages du tems et ceux de la 

initi , de ta hauteur de dix palmes satdes , et d'égale lar- 
geur. L'ancienne ville de ITora avait aussi sua aqueduc 
près de Cap-Pulœ où il passait pour porler l'eau dans la 
ville. L'aqueduc de Torres conduisait l'eau de la foo tains 
près de Sasaari , appelée A^a chiara , et parcourait la 
longueur de douze milles, soutenu par des arcs que i'oa 
voit encore en grande partie assez bien conserves. 

(l)Pamiî les différeDs ponts de construction romains 
' on admire encore celui qui est près de Porlo - Torre 
sur la rivière de Fiume santo, et l'autre sur l'ancien 
Jïraiu, aujourd'hui fleuve A'Oristano, comme des 
chefs -d'ceuvres d'architecture ; ils sont très - bien 
conservas. 

(2) La ville de Cagliarî avait un capîtole , un (empis 
Aéd'ié i .Apollon , et autres édifices pub lies Aoat De Arva 
fait mention dans son ouvrage De Sancfis Satdiniœf 
XÀb. I.Jbl-5,ea ces lerrae» : Erat Apollînis eapifolium 
ta urbe Calaris , ad orientis planiclem littori maris pro- 
pinquam, et uriis porta, citm illustri platea , quœarea 
tettipli erat, via sacra , vel ApolHnis dicta ad^ntem 
quern appellabant nocum. Sr'tat adhuc non contetn- 
tiendurrtjragmentum, laterilio extructum opere.Vojes 
Procopius, De aedific.Lib. VII. cap.*^. 



.irireM,, Google 



(3o.) 
barbarie des premiers siècles, ont concouru j 
dans ce royaume , à détruire des travaux 
quiavaienl coûté tant de peines et de travaux. 
Quant aux autres monumens, tels que ]es mé- 
flailles , les idoles, les vases, les pierres gca- 
vées, ils sont aujourd'hui très-rares. Les sour- 
ces de ces précieuses antiquités ont été insensi- 
blement épuisées par ceux qui depuis une suite 
d'années ont gouverné cette île avec le seul 
principe, pour ne pas dire la rage effrénée, 
de la dépouiller de ses richesses ( i ). Malgré . 



(i) Je puis assurer avoir vu de mon lems faire quatre 
précieuses collectious d'anliquit^a , outre les morceaux 
rares que depuis long-lemsoo envoyait i Turin pour le 
cabioet du roi. La première conslslail en vases, idoles et 
. autres morceaux antiques que M. ÂudiCredl , de Nice , 
{il dans le tems qu'il 4lail directeur-gtla^ral des gabelles 
à Cagliari. Mais cet homme n'ayant qu'une intelligence 
précaire des anilquilés , ne fit outre usage de sa belle col- 
lection , que d'eu vendre les morceaux en détail à son 
retour, cl d'en faire des cadeaux à la cour. I>a seconde a 
^të laite par le comte Corvesy de Nice, régenta l'au- 
dience royale de Cagliari : elle était riche en mëdaillea 
grecques et romaines , dont la plus grande partie en or 
el argent. le comte Corvesy, qui ^tail distingue par det 
connaissances très-étendues eu bonne liltëralure, et qui 
n'attachait aucune vue d'intérêt ou de simple vanité à 
celle belle collecti&n , l'aurût sans doute fuit servir au 



L)i.-;eM>,G001^lc 



(3i ) 
cela, de vr^s amis de la patrie viennent do 
faire le sacrifice à l'insIructioD publique 
d'une précieuse collection de médailles et 
d'autres morceaux antiques , pour en former 
un musée, à Cagliarioùil commence à être 
de quelque mérite. 

La monnaie particulière dé ce royaume 
est la livre de 20 s. , qui vaut i livre I2 a. de 
Piémont : le ducat de 2 liv; 16 s. égal à 4 liv. 
98. 7 den. 12 ob. de Piémont; le Carlino 
monnaie d'or de 24 liv. de Piémont; ledemi- 
Carlino valant la moitié ; la Doppielta d'or 
5 liv. ; l'écu d'argent 2 liv 10 s. ; le demi-écu 
la moitié et le quart de même. 

cMveloppemeiit des faits hisloric^aes auxquels ces aott- 
quilës ont rapport, si depuis six ans la mort n'eut pas en- 
' levé ce savant àla pairie qu'il honorait, et à la république 
des lettres qui se promettait beaucoup deses lumières. La 
troisième, en médailles, a ë lé faite par Is chevalier Celle, 
pigmentais, vice - intendant général à Sassari. la 
quatrième, en pierres gravées, des plus précieuses 
qu'on ait jamais vues , el en médailles en or des plua 
rares, a été exécutée par M. Tabas , de Turin , secré- 
taire du gouverneur de Sassari. Ces deux dernières col- 
lections ont été faites par pure et simple ambition , et 
par la sotte vanité de paraître possesseurs de monumeus 
très-énigmagtiques pour eux ; semblables à ceux qui se 
forment une vaste bibliothèque d'ouvrages , dont les 
titres sonisourenlla seule chose qu'ils connaissent. 



i-reM, Google 



( 30 

La livre de poids eu Sardaignc est compo- 
sée comme la française de 16 onces, et porte 
8192 grains poids de marc ; aiosi 100 Uv. 
Sardes font 88 liv. 1 1 onces et demi de Paris. 
Le quintal est de 104 Uv. ^galà 1 14, ^ onces 
ï6 gros de Piémont. 

La mesure pour les marchandises est le 
Palme de 110 lignes du, pied de roi : ainsi 
îoo palmes de Sardaigne font 21 aunes de 
France , et 100 aunes de Paris font 476 pal- 
mes Sardes. Le blé et les légumes s'y me- 
surent par Stai'clîoi l3 Stavelli foni 3i éma- 
nes de Piémont; 100 Stai'elU correspondent 
à36sept.îï de Paris: 100 sept, à 272 StaveUi' 
de Sardaigne. Il y a en outre le Rasera de 
trois Stavelîi et demi. 

I,a Sardaigne n'ayant point encore de che- 
mins faits , on n'a pu établir la dislance me- 
surée d'un endroit à un autre dans l'intérieur 
de l'ile <, on ne la connaît que par le nombre 
d'heures ou par le tems que l'on emploie dans 
les voyages, 

* L'hospitalité y est exercée comme un ac- 
te de religion. Tout particulier aisé se fait ua 
espèce de devoir de loger chez soi les étran- 
gers qui voyagent dans l'intérieur de l'Isle , 
où en conséquence de cette belle coutume oa 
ne trouve nulle part , des auberges pubhques 
pour 



,-reM„G001^lc 



(33) 
pour les voyageurs, et le plaisir de loger uq 
étranger chez soi est si grand, qu'on le re- 
cherche jusqu'à l'émulation, (r) 

Le sarde est d'une constitution très-robuste, 
il a Je corps leste et délié , le caractère gai , 
sensible et patient. (2) Il est courageux mê- 
me jusqu'à la lémérité , susceptible d'un vé- 
ritable attachement , mais d'une haiue im- 
placable lorsqu'il a été offensé. Son esprit 
est fin et pénétrant, très-propre à l'étude des 
sciences et des beaux aris, qui, depuis, leré- 
tablissement des universités , y ont fait de» 
progrès étonoans. La vivacité de son imagi- 
nation le porte naturellement vers le mer- 
veilleux, avec beaucoup d'enthou^asnie; de 
sorte qu'il est passionné pour la-poesie. Aussi 
y a-t-il en Sardaigne de très-bons poëteç ; .e^ 
parmi le peuple, même celui qui ne sait paB 
lire , 00 en trouve qui improvisent des vers 
en langage du pays avec autant de facilité 
que d'esprit. .,. , 

(1) Âbunddt Sardiaia cunclis ad victum necessariis , 
adveDaaamanisretsarishumaUiteraccipiuDt. •/•2(r<?f^âr/. 
Earopeie i'taput Vljbl. 1 5S: -Voyez te chapitre jy cii 

(2) Sardi autem sùnt corpft^e rotiiulo «1 iaborum ps- 
û.mayts.Jacet,loc. tit, 

Jomel. C 



..ri^e^^,G00glc 



( 34 ) 

Les femmes sardes sont très - spirituelles 
parfaitement bien faites , ayant de beaux 
yeux noirs, de belles dents , de beaux bras, 
une belle gorge , et la taille déliée et fine. 
Elle sont en général sages, fidèles et cons- 
tantes en amour j mais jalouses à l'excès et 
capables de tout entreprendre pour se ven- 
ger, de l'infidélité d'un amant ( i ). Elles 
aiment beaucoup la danse et montent volon- 
tiers à cheval. 

On ne peut rien voir de plus agréable 
et de plus intéressant que les demses sardes. 
Elles sont de deux espèces : l'une est ap- 
pelée eu langue du pays Badda pasiu- 
Tina , danse pastorale , qui s'y exécute à 
pas de deux : l'autre porte le nom de Bad- 
da tondu, danse ronde, lorsque plusieurs 
dansent en semble, les hommes et les fem- 
mes se tenant par la main en rond et dan- 
sant à peis mesurés au son d'im instrument 
nommé sas troubeddas , ( espèce de cha- 



(i) Les Sardea ne sont pas toiit-à-faîl étrangers à 
se seutiment raffiné qui, comme dans les lems da 
chevalerie , rend les femmes l'objet d'une passion soup- 
çonneuse , mais pleine de respect, et conduit le' 
hommes à flatlei la yanîld du beau sexe aux dépenda 
âe leur liberté. 



, .,..1, Google 



(35) 

lumeau ou de musette , ) ou au son de plu- 
sieurs Toix concertées qui chantent des chan- 
sons analogues aux fêtes du tems en dia- 
lecte sarde, ou à l'impromptu selon le thème 
que le poëte reçoit de sa belle. Chaque pays a 
sesdanses, etlaSardaigne de Ce côt^-là a tou- 
jours été bien partagée. Il y a par-tout des 
danses nationales qui ne peuvent être que 
fort anciennes , fit sont pour ainsi dire hé- 
réditaires. II ne faut pas de maîtres pour 
les apprendre , la seule imitation «uiSt pour 
les exécuter. Aussi 'voit -on chez nous les 
enfans depuis le premier âge, danser le pas- 
turina et le bal tondu avec beaucoup d'a- 
grément et d'aisance. On oublie les danses 
composées qui demandent de l'étude et de 
la précision. Les nôtres, plus simples, plus 
gaies et plus faciles ne s'oublient point, parce 
qu'on les répète souvent à tout âge , même 
dans le plus avancé ; aussi chaque fête les 
ramène, chaque partie de campagne les fait 
naître au son du plus simple instrument -qiril 
puisse exécuter la mesure d'une pastorale j 
ou de trois voix concertées qui marqueht 
la même mesure. 

L'habillement du peuple a quelque cliosç 
<de ciuieux «t d'extraordinaire , d'uitaAt 

C 3 

L)i.-reM„G00glc 



(36) 

plus qu'il a cnnlinué d'être le même de* 
puis que cette île est connue. Sur une ca- 
misole de laine , géhëralemcnt d'ëcarlale , 
ou de molletoB blanc, on endosse quatre 
peaux de mouton bien tannées et cousues en- 
semble qu'on appelle co//ir«(î fait eo forme 
de gilet «ans manches , très-large et long jus- 
qu'à la moitié des cuisses , croisé de la cein- 
ture en bas et ouvert à la poitrine, oùil est 
arrêté par des crochets en aigent ou autre 
métal selon les facultés de la personne. Une 
jarge ceinture de cuir , brodée en soie re- 
tient le collette au milieu du corps, et sert 
aussi à soutenir un gros couteau que l'oa 
porte au côté gauche. Les culottes très-larges 
«ans être arrêtées aux genoux où elles arri- 
yeotj sont d'une étoffe de laine légère qu'on 
fait dans le pays et qu'on appelle FuresU 
Les jambes sont garnies de brodequins de 
cette même étoffe ou de peau de mouton 
noire. Outre le colleti.e uniforme et com- 
mun à tous les paysans du royaume, 11 y 
a des contrées , comme dans fa partie de l'est 
et^u nord-est de l'île où l'on porte une es- 
pèce de casaque courte faite à marque-taiile, 
du même Furesî ; dans d'autres comme du 
icôtéde .Sassari., ils ont unie espèce de tc- 
'idingotte (jui va jusqu'aux talons , avec ua 



..oogic 



(37) 
capuchon pointu comme celui de» capucinï, 
et de. la même étoffe noire ; la tête de ceux- 
ci est couverte d'un bonnet de laine blanc 
ou noir. Dans le Campidano , on porte une 
capotte courte de peau de mouton avec le 
poil et sans manches. Les cheveux sont en- 
veloppes , d'une bourse de toile blanehe j 
surmontée d'une calotte de drap brun foncé 
ou noir. C'est ainsi qu'Elien suc le rapport 
de Ninfodo'rej (i) a décrit cet habillement 
Singulier qui se conserve toujours parnai le 
bas peuple, et c'est celui dont les anciens écri- 
vains ont voulu parler , lorsqu'ils ont fait 
mention de la masirucca des Sardes , 
comme Ciceron , qui en oppose la grossièreté 
à la pourpre royale et donne aux habitans do 
cette île le nom Ae Mastrucatos (2); Vaxiorï 
en l'assimilant à celle -dont les Getules se 
■servaient (3) ; et Tite-Live, en désignant. 



(r) jEIous , Hist. Anim. lib.XVI. c»p. 34. 
■fa) Quem purpura regalis non commovil, cum 
Sardorum mastruccateaXavïL Cic. tnjiagin. oraf.pro 
Scauro,el inOrat. pro prop. consul. ibi..'Rci inSardï-. 
dinia ciim Maslmcath lalrunculis à propiastore usa 
cohorte auxiliarîa gesta. 

(3) TJt fructum ovis è ian» ad vestlmenlHiTi, sût 

C 3 



,-raM>, Google 



(38) 
certaini 'peuples de la Sardàigne sous le 
nom de PelUtos (i). 

Le» femmes des paysans, sans avoir un 
habillement extraordinaire comme les hom^ 
mes , ont cependant un ajustement tout par- 
ticulier , et qu'on peut appeleï national. Un 
jupon de Uine ou blanc ou ëcatlate , se- 
lon les endroits , avec beaucoup de plis à 
la ceinture, fait ressortir leur taille mince et 
déliée. Vn corps fait avec des baleines, cou- 
vert d'étoffe plus ou moins riche ^ ouvert 
en devant , à moitié fermé jsar un lacet , 
donne de l'aisanse à la gorge qui parait avec 
avantage bous une chemise toute piissée, et 
assès échancrée pour découvrir la plus gran- 
de partie de la poilrine. Un quarré de mous- 
seline ou d'autre étoffe en couleur , qui dif- 
fère selon le pays , pointé^égligemment sur 
la tête , laisse assez voir les cheveux tressés à . 



capra pilos DtîiiisIrBt ad astun luuticum , et ad bellica 
tormenta , el ad Tabrilia rasa. Netjue noD quedanftia- 
liones harum pelljbus simt vestils , ut in Gelulia el in 
Sardinia. Varro de R. R. lib. JI. cap. II. 

( t ) Harsicora lum forte profectiis eral in peUilot 
Sardosad juvenlutem armaodain. TU. Liv. HUt. Ub. 



..rireM>,G001^lc 



(39) 
la grecque , et le visage que les femmes «'i- 
magiDent ou feignent de cacher aux regards 
des curieux. Le reste des habitans est habillé 
à la française, comme dans tous les pay> 
d'Europe. 

Les langues que l'on parle en Sardaigno 
peuvent se réduire à deux : la langue tout-à« 
fait étrangère, et la langue nationale. La lan« 
gue étrangère, est celle d'Alguer, qui est car 
tatane, cette ville ayant été dans son origin* 
une colonie de Barcelonais. On doit considé- 
rer aussi connue étrangère la langue que l'on 
parle à Sassari , à Castel-Sardo , à Tempio , 
à Sorso, à Agios et à Sennori, qui est abso- 
lument un dialecte bien plus toscan que tous 
ceux dont on se sert dans plusieurs contrées 
d|Italie (i) Dans la langue proprement dite 
sarde , la base principale est le latin ( 2 ) , 

' (l) En preDanI pour basslxlangne pure toscane, «t 
en se servant d'un double D à la place d'une double U, 
comme dans cavallo , bello, cabaddu, beddu; en fi- 
niseant le* mol> «n I ji la place é*R , comme dans vene , 
umane, veni, umanl; en U à la place d'O , comme 
dans sano , danno , sanu , danrm; en A «ccenhii 1 U 
place A'arr , comme dans andare , amare , andà, amà t 
et quelques aulres changemena ii-peu^>rès aembiablea 
on a une régla tùn pourparkl ce dialecte eu peu de 

(2) C'est dans cotte langue , qui eat la plua ancienne 

U.rraM,,G00glc 



( 40 ) . 

on y a mêlé beaùconp de grec, d'italien," 
d'espagnol , quelque peu de français , autant 
d'allemand, et tant ^d'autre» mots qui n'ont 
aucun rapport avec les langues connues. Au 
reste , la langue noble du pays , celle dont on 
se servait dans les tribunaux , dans les 
(écoles et dans les actes publics, a été la cas- 
tillane , jusqu'en 1764, époque à laquelle 
la cour de Turin ayant rétabli les deux uai- 
versltés de Sassari et de Cagliarî , ordonna 
qu'on se servît de la langue italienne à la 
place de la castillane. C'est depuis ce règle- 
ment , que cette langue y est aussi familière 
qu'en Toscane, et qu'on la parle avec autant 
d'aisance que de pureté. 

Pour ne rien laisser à désirer sur l'état ac- 
tuel de la Sardaigne , je vais en donner une 
description topographique selon sa division 
principale en deux cap^ , lesquels sont com- 



le du pays, el que l'on parleencore aujourd'hui 
dans quelques coDlr^es de l'!!e , i^ue la Caria de Logu , 
SDcieoDe charte de la Sardaigue , a él^ composée, 
j'en rnpporle queli^ues (ragmens ï la fin d&ce volume , 
m. 1. Irès-ciirieux , mûine pour le sujet ^ui avait uni 
les vues de la duchesse Ëléoore qui l'a promulguée* 
Voyez à ce sujet l'ouvrage inléressaul de l'abbé Mad<iit 
mû a pour liUc ; Saggia sullœ.Un§uaE Sarda. 



..BnieOb, Google 



(41 ) 
pos^8dedépartetneiis,etdes«îgn«urir8, sous 
le nom des rilles ou des contrées dont iU 
- preoneut leur déQomiaation. 



..Bn:e.t.,G001^lc 



(40 



CHAPITRE II. 

ha ville et cap de CagUari, son port , ses 
fortifications , ses édifices , ses tribu- 

, naux y ses magistrats, départemens.y 
pilles j et seigneuries qui en dépendent. 

LjAgliari, capitale de tout le royaume 
de Sardaigne , est aussi le chef - Ueu de la 
partie méridionale , coDuue sous le nom de 
Cap de Cagliari, le plus considérable de l'île 
par sa population et par sa richesse. Celte 
ville au 89 deg. i3 min. 20 secon. de lati- 
tude et au 37.deg. 7 min. de longitude, est 
située au bord de la mer, sur la pente d'une 
colUne, au fond d'un grand golfe qui porte 
son nom. Elle est composée de quatre par- 
ties : du Châleau qui est sur la hauteur 
., de la colline, et de trois faubourgs appelés 
la Marina, Stampace et Villanova ; ce 
dernier a lui - même un petit faubourg , 
sous le nom de son église paroissiale, de S. 
Tennera , ou Saint - Avendres ( i ). Le 

(i) Ssmun code M S. conseivé aux archives de 1» 



i-KirGoOl^lc 



(43 ) 
Château , kabité par le vice-roi , let magis- 
trats et la noblesse, est remarquable par la 
quantité de beaux édifices qu'il contient , et 
«ur-tout par une superbe église toute revêtue 
de marbres précieux , avec trois chapelles 
souterraines où sont exposées plusieurs re- 
liques de martyrs richement décorées. Il est 
en outie très-bien fortifié par des murs et 
des remparts que les Pisans y construisirent, 
avec deux tours appelées de S. Pancrazio , 
et de l'jE/if^nïff. Philippe II, roi d'Espagne, 
y ajouta d'autres fortifications, et le gouver- 
nement piémontais y a fait construire par la 
suite une citadelle assez bien conçue , au 
point que cette place est aujburd'hui très- 
forte , et regardée comme une des plus consi- 
dérables de la Méditerranée. 

Cette ville est la résidence du vice - roi , 
du général des armes , qui est aussi gouver- 
neur né de la ville et du cap; de l'archevêque 



ville de Pise , n". lo3 , fol. a3o , que j'ai entre les maios, 
it eal fail meDlion de la ville de Cagliari dans les tenrïes 
suirans : Càlaris mettopoïis hujus insulae... sita est ad 
moiiiem. Pertus maris hic est insignis, in tjuo naves om^ 
nis generis in orientent et occidentem prûficiscenles..u., 
Continft aulem in se quatuor civUales , quarum média 
proprii dicilur Cafalis , relîquee saburbia. 



L) il- raM,, Google 



(44) 
qui est m^fropolilain , primat de Sardaigne 
et de Corse; du magistrat suprême de l'au- 
dience royale (i) j du conseil d'état ; de l'ia- 
lendant-général; de la trésorerie générale; 
du tribunal des contestations entre lès ma- 
gistrats ecclésiastiques et civils; de l'admi- 
nistration générale des Tours ; du tribunal de 
commerce; des Cartes ou états-généraux, et 
des Stamenti. Elle a en outre une université 
fondée par Philippe IV, roi d'Espagne (2) , 
et rétablie par le roi Charles Emmanuel, 
en 1764; une bibliothèque publique, un mu- 
sée d'antiquités , un hôtel des monnaies ; 
quinze couvens de religieux , cinq de reli- 
gieuses, un séminaire , un collège pour l'é- 



(i) L'audience royale esl composée de deux cham- 
bre»' appelées sale; l'une civile et l'autre criminelle. 
Toutes les deux sont présidées par un chef qui a le tilr© 
. de tégent la grande chancellerie; elles ont chacune 
quatre juges , un avocat fiscal, et des subsliiuts , ita 
■vocal des pnuvresel des subslitul3,un procureur fiscal, 
deun secrétaires , et un procureur des pauvres, Tom 
les antres tribunaux de l'île ressorlissenf. à celui -cî, 
et dans [^usieurs cas, les parlies peiiventy porler leur» 
causes, et de-B, au conseil suprême de la Sardaigne 
établi à Turin. 

(1) DBiintfinCapil. rrgniScrdiiiiœ,^ag.S. 



..rireM>,G001^lc 



( 45 ) 

ducation des nobles, uue cath^rale, dont 
l'ëglise est une des plus riches en marbre et 
des plus belles qu'on puisse voir , et trente- 
huit églises; un hôpital, inie fabrique de la- 
bac , une autre de poudres à feu, uo théâtre 
assez beau , et des salines. Son port, que nous 
avons décrit dans le chapitre précédent , tient 
au faubourg de la Marine où il y a> un su- 
perbe édifice destiné à recevoir les marchan- 
dises d'importation que les négocians peu- 
vent y déposer gratis : on y entre par 
douze portes , qui donnent accès k autant de 
nefs , pour éviter la confusion des dépôts , 
et donner de l'aisance aux vaisseaux , qui 
peuvent par ce moytn charger et décharger 
plusieurs en même tems, sans se gêner l'un 
l'autre. Il y a aussi un Lazaret pour la qua- 
rantaine des bâtimëns arrivant des pays sus- 
pects. La direction de ce Lazaret est confiée 
à uo magistrat suprême de santé.- 

La municipalité de cette ville a SojOoo liv 
sardes de rente et un magasin avec le fond 
permanent de 28,000 estéraux de blé, desti- 
nés à l'approvisionnement des boulangers , 
en cas dç cherté de cette denrée. Ce magasin, 
régi par le censeur-général, est sous l'inspec- 
tion immédiate d'ua magistrat Sippçlé giunta 



..gniaOb, Google 



(4<i) 

générale dei Monti granatici , ptindéc par 
le vice-roi. 
La ville de Caglîari est très aâicienoe , mai» 
' les historiens ne sont pas d'accord sur son 
origine. Diodore de Sicile croit qu'elle a été 
fondée par lesPhocéeps (i)jPau8anias(a) et 
Claudien(3) par les Carthaginois. Quoiqu'il 
en soit de la variété de ces opinions, il est 
hors de doute que cette ville a joui du droi| 
de bourgeoisie romaine (4) et a été célèbre de 
tout tems (S). Elle a succombé sous le fléau 

(i) B'iodoT. in Bihlioth.ftistAih. S. 

(2) Fausanias, De fêter. Grœc. région, lîb. X. 

cap. 17. 

(3) Urbs lybiam contra Tyrio fundatâ poteoli , 

Tenditur io longum Cavalis , leoueinque per undas 
Obvi dimittit fracluramilamiDaGollenn. 
EfEcilur portua médium mare ; tutaqiie venljt 
Omnibus inguDtî mansuescunt stagna recauu. 
Haac omni peliere manu ; prorisque rcductis , 
Guspeosa zepbiros expectani classe faveut eja. 

Claud. I>e Bello GOdonico. . 

(4) Hinius , Hisl. nat. lib. III. cap. 7. 

(5) tJrbiuin quondam celeberrimœ Cavalis , iiune 

Cagliari , Italis et Sardis Caller. Utbiuai dudc cla- 

rissima Calarîs, caput insulte, porlu nobilis. Clurer, 
Jnirod. adgeograp- lib. III. cap. 43. 



, •r.ii.jGboi^lc 



(47) 
de la peste dans l'arant-demier siècle , et elle 
a souffert trois sièges dans le dernier, c'est-à- 
dire, en 1708 , en 1717, en 1794. Lorsque ce 
royaume passa sous la domination de la cour 
de Turin, en 1730, la population de cette 
Ville n'était que de i5,ooo âmes j aujourd'hui 
on la porte jusqu'à 35,ooo (1). 

Les départemens . contrées et seigneurie» 
qui composent le cap de CagUari , sont les 
suivans : 

Judicature de l'Oliastra. 

Contrée de Sarabus. 

Baronie de Saint-Michel. 

Contrée de Parte Usellus. 

Baronie de Monréale. 

Contrée de Parle Montis. 

Contrée de Marmilla. 

Baronie d'Uras. 

Contrée de Barbagia Ololai. 

Contrée de Barbagia Seulo. 

Contre de Curatoria Siargus. 

Baronie de Posada. 

Baronie d'Orosei. 



(l) Voyez à ce sujet l'ouvrage de mon savant com- 
palrlole, le cheralier Cossu, qui a pour tilre : Dçtta 
citlà di CagUari , notizie compendiose sacns etprtifane 
1780. 



L) il- raM>, Google 



(48) 

Contrée deVillaSalto. 

Barouie de Serdi:uia. 

Baronîe de Furtei. ' 

Contrée d'Austris. 

Baronie de Monastir. 

Contrée de Barigada de Jossa Parte. 

Contrée de Sedilo et Canales. 

Contrée de Barigada de Sxisu parte. 

Contrée de Las Plazas. 

Contrée de Trexenta. 

Marquisat de Villaxidro. 

Marquisat de Sameissi. 

Marquisat de Laconi. 

Baronie de Quarta. ' 

Contrée de Mandrolisîei. 

Contrée de Barbagia Belvy. 

Partie d'Ozier Real. 

CampidanoMilis. 

Campidano Simaxis. 

Campidano Maggiore. 

Marquisat de ViUasor. ». 

Baronie de Géssico , aujourd'hui Marqui- 
sat de S.-Tbomas. 

Baronie de S.-Panfaleo. 

Baronie de Samazzai. 

Baronie de Senis. 

Villages hors de district , appartenant à 
différens seisaeurs. 

CHAP. 



- . - ■ I ■ ■ - i' 

C&APlTRE II I. 

La ville et cap de Sassad ; ses fdrtifîca* 
fions ; ses édifices j ses tribunaux } ses 
magistrats ; départemens , villes et sei- 
gneuries qui en dépendent. 

J_iA ville cle Sassari , où j'ai eu le bonheur 
de naître, est la capitale du cap qui porte 
actuellement son nom; elle est située au nord- 
est de l'île , au 26^. deg. ( 5 min. de longitude , 
fet au 39^. deg. io min. de latitude. 

Cefte ville est bâtie sur la pente d*une col* 
line très-douce , entourée de petite côleaux , 
qui ajoutent à la salubrité du climat, et pré- 
sentent le coup 7 d* œil le plus délicieux (i). 
Ëllç est éloignée de douze milles de la mer, 
et d'aillant dé Porlo-Torre , Vers le nord do 
l'île , en face de l' Asinara et de la Corse , à 
l'endroit où était située l'ancienne ville mé- 

(l) Sassaris nrbs omnium maxima , sita est in loco 
«menisshno el lotius iiisulœ«aluberritDa. PaulusJ'oPiiUf 
Bistor. 

Tome ï. D 



■(S») 
Iropolitaine de Torres (i)^ Cette colonie Ro» 

maine ayant été détruite par les .Sarrasins (3), 
les habitaos allégeât sVtabUr â Sas»ari , et y 
firent la translation du siège episcopal en 
1441 (3). L'enceinte de la ville, qui a un 
mille et' demi de circonférence, est fermée 
par des murailles gothiques très-éle.vées et 
flanquées de tours quârrées d'une hauteur 



(l) Torris , vel Turris I.jbiMOiiis Sardiniae nlelro- 
polis , et primaria in ora septeotrigais , qu» ad Corsî- 
cam a|cr«dtt , sqIo lequsta àant DMDeti , ei portus sus- 
FerrarUisingeogr. 



(2) Aujourd'hui il na reste plus dans ce( endroit 
ç^u'une superbe église avec im s^ctuaire ou chapelle 
ioulenains où sont enrennées les reliques de Sainl- 
tifivino auquel le temple est dédié. I>es particuliers de 
8asaari j ont quelques maisons de ^aisance où ils vont 
patser le prinlenis. 

(3) Ex hac igitur bulla apparet quars bujus modi 
frânslàtio fada fuerit et quo terupore iufldeiissîmani et 
flc^Hissimamcivilalem Sassaris, et sane oierito, cum 
iâter omîtes Sardinias civitaies , tiim felici aura , et fti^ 
gida , Uim ilorloniia amenilate , tum fontiutn multifu- 
diae, tum omnis^genens fruclibns gaudeal. Id banc 
iivgo MDcla merropotilMiK ecclenœ TVimum IransUta 
MI.DiRMS ÎB ApodixiXnM. eciles. S. Nicohei Sassam 
anai 1441. 



, -...ivCooi^lc 



(Si) 

considérable. Cinq portes donnent accès clans 
la viHe : un grand château , aussi d'architec- 
ture gothique , situé sur le sommet de la col- 
line, et composé de bastions, de cinq tours, 
et de fossés qu'on y ajouta en i5o3 avec un 
chemin couvert, lui sert de fortification. 

Rien de plus agréable à la vue , que les 
allées d'arbres qui entourent cette ville, cùnsi 
que les promenades publiques. Elles aboutis- 
sent toutes à des fontaines richement déco- 
rées en marbre et en statues , ou à des cam- 
pagnes couvertes de jardins d'orangers et 
de citroniers. Quoiqu'éloignée des rivières, 
Sassari abonde tellement d'eau douce , que 
l'on compte dans ses environs jusqu'à quatre 
cents sources. La fontaine appelée de Rosello, 
à cinquante toises de ïa ville , hors la porte dé 
Macello, mérite d'être remarquée par la 
magnificence de sa construction. 

Cette fontaine, placée au* bas d*une des- 
cente et entourée d'arbre», a la forme d'ua 
paralIéKpipède , de la longueur de 2û pieds 
de Paris, de la largeur de r^ et de la'hauf 
teur de 5q : elle est toute revêtue de mar- 
bre blanc depuis sa base jusqu'à la dernière 
corniche. De chaque grand côté s'élancent 
trois jets d'eau , et un à chacun des autres 
côté». Aux quatre angles on voit quatre stk- 

D 2 



rrkb, Google 



(Si) 
tues de marbre de la hauteurde sept pieds, 
représentant les quatre saisons , et qui jettent 
aussi de l'eau eu abondance. Sur le premier 
parallélipipède , il y en a un autre plus étroit 
^ui soutient cinq tours , dont quatre sont 
décorées des armoiries de la ville j la cin- 
quième , au milieu , et qui fait face à la des- 
cente, porte celles d'Arragon. L'édifice est 
couronné par deux arcs de marbre ipassif , 
croisés entr'eux , qui portent au point de 
contact la statue équestre, en marbre, de 
£. Gai'ino. Ces deux arcs reposent sur le se- 
cond, parallélipipède) vers le centre est une 
statue représentant un fleuve coucbé du côté 
. de la ville , et entouré de quatre tours qui s'é- 
lèvent du point d'union des arcs. Ce monu- 
ment , par la beauté de son architecture , la 
■richesse de ses marbres, et l'abondance de 
ses eaux , peut égaler 1^ plus beUes fontaines 
de Rome. 

Cest à Sassari que résidte le gouverneur du 
cap du même nom : quoique militaire , par 
une politique inconcevable , il préside le tri- 
bunal civil et criminel qui porte le nom de 
reale govemazione , c'est-à-dire royal gou- 
vernement, au nom duquel se rendent toutes 
les sentences et décrets du magistrat II y a 
en outre un tribunal de commerce appela 



..Bn:e0 6,GoOl^lc 



C 53 ) 

Consulat; une vice -intendance générale ; ^ 
une vice-trésorerie ; unç université rétablie 
en 1768 , et une fabrique de tabac qui est la 
plus considérable du royaume j un arche- 
vêque qui prétend être primat de Corse ; une 
cathédrale' dont le portail est d'une très- 
belle architecture ; un chapitre ; cinq pa- 
roisses ; vingt - quatre églises ; di^ couvenà 
de religieux ; trois dé religieuses ; un sémi- 
naire ; un collège pour l'éducation des nobles 
et un hôpital. 

Parmi les édifices qui méritent d'être con- 
sidérés dans celte ville, on remarque le pa- 
lais du gouvernement j celui de la municipa* 
lité ; celui de l'archevêque j l'université pla-- 
cée à l'ancien collège des jésuites^ le nouveau 
palais du duc de l'Asinara d'une très-bella 
architecture 3, l'église de Sainte Marie de 
Betlem; calle des Augustins; celle de» Ser- 
vîtes" , et l'aiicienne église des Jésuites , ainsi 
que Je collège. Sa population était en 1720, 
&e i3,oog âmes : aujourd'hui elle est à-peii- 
près de 3o,ooa (i). ' . ' ' 

(i) Voyez ^'excellent ouvrag» du cliovalier Gow»»» 
Delta çUtàdi Sossari notizione' compendiose sacre .e 
profane, délia oïità di Soisari , 1783. Ouwago très,- 
infércssanl , comme Joas ceux qiji «odI «ords dff U 

D3 



( 54 ) 

hçi départemens , contrées et wigoeuries 
qui coipposent le cap de Sassari soBt les sut- 
yans : 

Contrée de Oallura. 

Çpattée de la Plaoargia de fiosa. 
. Contrée de Cugleri campm daoB Le Mar- 
quisat de Sietefuentes. 

Coqtrée de Marguiue. 

Contrée de Bitli. 

Contrée de Goceano. 

Marquisat de Sietçfueptes. 

Marquisat d'Oranï. 

Çpntrée de Mpnteâcpto. 

.Contrée de Costa de Vols. " ' 

' Contrée de Bonvey. 
. Bargnie de Jave. 

Marquisat de Mores. - 

Baronie de Ploague. 

Marquisat de Monte Maggiore. 

Contrée de Monte Leone. 
• Marquisat de Cea, aujourd'hui comté dç 
Villanova Monte Santo. 
, Marquisat de Torralba. 



plnwfl de ce si|vïP( éçriv^n, faoïa eslÎBoablé ami ex 
conejtpjçn- 



,-reM„G001^lc 



( a ) 

BaDsnie d'Iterî. 
Contrée d'Aaglooa. 
Contrée de Bomaiia. 
Contrée de Nuoro. 

Comté de Saint-Gorge. ' "^''' 

Villages bors de diïttict, ap^artéaans à 
différeus seign&urs. ^ 



-.A I Ij,: ■ : M'û-t 



. Hiicl 






D4 

. UiBiveM,, Google 



(S6) 



CHAPITRE I y. 

Situation , étendue , population et pro- 
.. . ductions" des îles adjacentes. 

ji^ARMi ses îles adjacentes , celles qui mé- 
riteot quelque considération , sont cellçs de 
Tavoîara , AeXAsinara, àe S. Pietro,de 
S. Antioco et de la Madalena , comme 
étant les principales et les moins inhabitées. 
I^s autres, quoique de peu d'importance, 
doivent être décrites , a6n de ne laisser rien 
à désirer sur l'objet de mon ouvrage. 

La Tavoîara, qui a trois lieues et demie de 
circuit , est située au nord -est de la Sardaigne; 
elle est dépeuplée d'habitans, mais remplie 
de chèvres sauvages de la même espèce que 
les domestiques, quoique d'un poil moins, 
long , d'une grosseur extraordinaire , et dont 
la chair est d'un goût exquis : elles y sont en 
si grande abondance, que les chasseurs eu 
tuent plusieurs miUiïTS par an. 

Cette île était renommée du tems des 
Bomains , par la quantité de coquillages 
qu'on y trouvait , propres à la teinture de la 
pourpre , dont la couleiw ét^t plus vive que 



,-Ki,Cooi^lc 



( 57 ) 
celle de l'Orient C^). Selon Magin , le géo- 
graphe , elle portait anciennement le nom 
d'Hermea , et elle est entourée de petites île» 
appelas les Morreres. 

L'^^iffura, connue des anciens sous le nom 
d'Ile d'Hercule, a lo lieues de circonférence: 
elle est située au nord-ouest de la'Sardaigne, 
en face de Porto-Torre. Cette île est très- . 
riche en pâturages , et ses côtes en poissons de 
■toute espèce: aussi elle est habitée par quan- 
tité de bergers et de pêcheurs qui y ont des 
cabanes £xes. Les montagnes dont elle est 
'couverte sont remplies de sangliers, de cerfs," 
de chèvres sauvages , et de faucons très-es- 
■ timéa. On .y a établi dernièrement une Ma- 
^dragoe au parage, dit Trabbiicada, pour la 
pêciie du thon. Après avoir appartenu-, de 
tems immémorial à Sassari , là ville la céda 
il y a quelques années, au marquis de Mores, 
qui la possède aujourd'hui à litre de' Duché. 
C'est près de cette' île, que les Génois per- 
dirent une bafaille navale en 1409 contre les 
Arragonais. 

jS'are Pietro , anciennement appelée ' l'île 

(r) Voyez t'exceïlenle dUserlalion de Paul Karra, 
çanfé , qui a pour litre : De paria ïecllone adagi-tinc-^ 
' (Hm iàniiniaca, 



,-reM.,G001^lc 



( 58 ) 
des Aloves, à cause de la grande, quantité 
d'oiseaux de cette espèce dont elle était 
peuplée, a pris ce nom depuis qu'on y a bâti 
une superbe église dédiéo à Saint-jPierre. Elle 
est située au 8ud-6ueçt de la Sardaigoe , à 
très-peu de distance de l'Ue de S, Antiocû : sa 
circonférence est de «jx lieues. Les Tabar- 
quins chassés pîir les Turcs de la petite île 
de Tabarqué, sur le» «ôtes d'Afrique, se 
retirèrent dans celte île en 1736 , et ils y bâ- 
tirent la ville de Caria - Fonte ■, avec un 
château assez fort pour la défense du port. 

Avant que la colonie pût s'établir dans 
. cette île,, il fallut détruire une quantité pro- 
digieuse de lapins qui la rendaient inhabita- 
ble par les ravages qu'ils y faisaient. Les 
habitans sont en grande partie pêcheurs i^e 
corail; on y cultive' des terres qui sont ttèa- 
fertiles j il y a aussi des salines et une Ma- 
dragne , dite de Calavinagca- : cette île ap- 
partient, aujourd'hui a U faniillo G^mtfese 
qui la possède à titre dç dyché } sa distance 
de la Sardaigne est d'environ une lieufc 

S.-Antioco , décrite par quelques géo- 
graphes comme une péninsule, .estjéelle- 
raèpt une île au sud - ouert de la Sardaigne, 
à laquelle «He était unie du tep^sdes Romains 
par un pont de briques dont au voit encoïe 



,-re.t.,G001^lc 



( 59 ) 
Ip3 dëbris au-dessous du niveau de la met. 
Cette île est appelle MœUboldes par Pto- 
lom^; Enosina par Pline, et Plombia par 
d'autres. La plupart de ces noms désignent 
les mines de plomb qu'on y trouve. 
■ Elle a pris le nom de 5. Antioco , d'un* 
saint qui y mourut en exil dans le i^'. siècle 
de l'égUse : on y voit encore les ruines de l'an- 
cienne ville de Sulci. S. Antioco a 7 lieues de 
contour ;' une madragne , appelée de Cîila- 
saponijdeuK tours, dont uneà Calasetta, et 
l'autre à Canai près du bois où l'on trouve 
des cherauK sauvages (i), une saline et un 
ëtang.II y a quelques annéesque la cour de 
Turin y envoya une colonie de Piëmontaisj • 
maislemauvais système de sonétablissement, 
fit que les nouveaux colons , mal choisis , ne 
purent s'y fixer. Depuis quelques années oa 
y a établi-deûx colonies qui prospèrent con- 
sidérablement : la première porte, le nom de 
S. Antioco j elle est composée de Sardes, 
particulièrement Iglesiens , et compte déjà 
1 5oâ habitans : la seconde , composée de fa^ 
milles Tabarquiennes et Piémonteiises , n'a 



(I) Voyes railicle deschev«ux', tome II de cet 
ouvrage. 



i-reM, Google 



( 6o ) 
pas prosp<*ré comme l'autre , par la faute des 
administraf^urs de l'ordre mililaire de Sf. 
Maurice et de St. Lazare à (^ui cette île ap- 
partient aujourd'hui : cette colonie ne compte 
(jue 600 habitans. 

• La Madaîena occupe presque tout Tin- 
tervalle qui sépare lii"-Sardaigne de la Corse, 
lequel est encore diminué'par plusieurs îles 
qui remplissent le détroit appelé par les 
mSiVio^ Bouches deBonifazio. Celteîleestla 
plus considérable de toutes celles appelées 
Taphrienes par les Grecs (i) , et Bucinarke 
par les Latins. Elles sont au nombre de dix {1), 
sans y comprendre beaucoup d'îlots et d'é" 
cueils qui forment comme un petit archipel 
dans une mer profonde. lïepuis quelques 
années , plusieurs familles de pâtres s'y sont 
élablies, et elles y prospèrent par lecommerce 
du bétail qu'elles font avec la Corse , et par 
culture du blé. Le gouvernement y entre- 
tient ordinairement deux demie-galèr» pour 



( I ) A ^uibus frelum ipsiim taprhos oominaliir. 
PlinÎH» , Hisl. Nat. lib. ITI , cap. 6. 

(2) La Madakoa, la Cabrera, ta Bizzola , Sauta 
Marie , Spargi , Isola^Piana , Il Cavallo , Il Budello, 
Jl lavezzo , Santo SlePanot 



, •Ki.,Cooi^.lc 



(61) 
empêcher la contrebande qui, malgi'^ cettd 
précaution j s'y fait toujoiirs avec la Corse > 
la Giprara et l'Elbe. 

Près de la c6te occidentale de la Sardaigne; 
en tirant au midi , se trouvent deux petites 

_fles , dont l'une s'appelle Coscia dl Donnay 
et l'autre Malavento. Elles sont en face de 
la ville d'Alghet, entre le ^ap Morargio et 
le cap St. Marc , séparée du continent de la 
Sardaigue d'environ 3 milles. La première « 
quiest la plus grande, peut avoir une lieue 
et ua quart de circonférence , et l'autre une 
demie-lieue. Elles ne sont fertiles qu'en her- 
bages pour l'entretien des bestiaux. On y ea 
voit une assez grande quantité en hiver, siit^ 
tout de chèvres qm y sont gardées par des 
bergers chargés du soin de ces troupeaux. 

Après avoir passé l'île de St. Anlioco , près 
du cap Tavolara , au sud-est de la Sardaigne, 
on découvre les ilôts de Toro et de Vacca^ 
c'est-à-dire , le Taureau et la F'ache. J'ignore 
l'ori^ne de ces noms , car ils s'appelaient an- 

' ciennement Plumbeas. Ils sont à dix milles 
du continent de la Sardaigne, distants l'un 
de l'autre de cinq milles , peu fréquentés à 
cause de leur stérilité. 

A 3o milles de-là on voit l'île Rossa , qui 
portait ancienœraent le nom de Pinthon. 



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(6=) 
Vis-à-vis , le cap Carhonara , on rencontre 
les ilôts nommés Cortelazzo , qui sont au 
levant de la Sardaigne , et éloignés de trois- 
milles dudit cap. On apperçoit ensuite les 
Sanguinœne, qui ne sont proprement que 
des écueils au nombre de trois : ils semblent 
se toucher et forment une figure triangulaire. 
Pour les petites îles Serpentières , dont une , 
selon le géopraphe Magin, se nommait autre- 
fois Ficcaria , elles sont à l'entrée du golfe 
de Cagliari, tout contre le cap Ferrato. En- 
face de Porto-Torre se trouve la petite île" 
Piana entre VAsinara et le continent. Riche 
en pâturages elle n'est habitée que momen-' 
tanément en été par les bergers qui y vont 
faire paître les brebis et le» chèvres. 

Non loin de l'Asiuara se trouve la petit© 
île de St, Theranie , qui portait ancienne- 
ment le nom de Diabaiej elle n'estcomposée 
que de rochers et de sables, et ne produit que 
de mauvaises herbes sauvages ; ce qui la 
rend absolument déserte et abandonnée. 



.p-iieObyCOOl^lC 



(63) 



CHAPITRE V. 

Origine de la nation Sardes tems fabu- 
leux i opinions des historiens s conjec- 
tures de l'auteur. 

JLouTES les nations, jalouses de placer 
l'ëpoque de leur origine dans la profonde 
obacucité des siècles les plus reculés, ont 
rempli les premières pages et les fréquentes 
lacuaes de leur histoire , d'un tissu de fables 
aussi grosàères qu'invrztisemblables. Cette 
manie a dùigé la plume des écrivains qui ont 
commencé le tableau des fastes de la Sar- 
daigne. Echo» des traditions apocriphes; ou 
moins tbucliés des modestes attraits de la 
simple vérité,' que de l'éclat éblouissant du 
merveilleux , ils ont préféré , pour flater la 
natitÏD, d'honorer son berceau, en l'environ- 
iiaot des épais nuages de ta pitis haute anfi- 
quité. 

Les uns remontant jusqu'aux tems post-di- 
luTiens, nous montrent nos ancêtres dans la 
poslirité de Javaa , neveu de Japhet, et petit 
Devrai du patriarche du genre humain, après 
la cata.^ro(^ du globe. 



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(64) 
D'autres placent la couronne du nouvel em-f 

pire surle front des dieux de l'Olympe , de» 
demi-dieux et des hëros , têts qu'Hercule et 
le chef du sang romain , arrivés dans l'île à 
la tête des colonies de Thébains, de TrdyenSj 
de Phéniciens j d'Egyptiens , et de tant d*au- 
' tre8émip;rations helléniques, que l'on suppose 
avoir peuplé toutes les côtes fertiles de la 
Méditerrannée* 

La vanité nationale altérant encore, à ]a 
longue, les élémens fabuleux de ces brillantes 
origioes , prit plaisir de se doqner elle'même 
le change sur cet important objet. Elle aima 
mieux attribuer à la bienfaisance de divini- 
tés favorables la connaissance de plusieurs 
inventions utiles , que d'en laisser la gloire au 
génie et à l'humanité dés fondateurs de là 
colonie. . 

La confusion augmenta lorsque les dépo- 
sitaires du cuite et l'acclamation des habi- 
tans placèrent sur les autels, à côté des dieux 
natiouaux , les héros dont lê courage ou la 
générosité avait procuré et conservé im éta- 
blissement aussi intéressant; et il ne fut plus 
possible de discerner quelques traits de vérité 
perdus dans les pompeuses assertions de la 
fable , quand on vit au canon des divinités 
de la Sardaigoe «e mêler la aomenclature des 
hommes 



..oogic 



(65) 
Jtommes extraor4inaires,et à des àm«s h^- 
rpïqups , qui lui avaient apporté la notioB 
des découvertes et l'usage des arts les pins 
nécessîtires à la vie. 

Ainsi altéré jusques dans sa première ra- 
cine f notre histoire perdit toute son autorité : 
et les observations curieuses que la pTiysiqiie, 
la morale . et le ^cpij de? ^P? doif ept te- 
nir de sa maip, ofi pràtien lurent plus qu'ua 
recueil iddigeale âfi : traditikais suspeetes y 
«u de dtfpôls n-roaé«. :< ' 

Toutes mes re^erches pour découvrit 
l'origine des premiers habitans de !* Sardai- 
gne f et le non) qui lui fut alors donné pM 
l'idiome nittionaj, oiit été ^bsolnrnen^ i^Uf 
Ules. On iot^roge ^nr^O siMEces dsox^ats 
ies tfaditioiis les plusancien^Sftia'ti'en tire 
lien de -précis. Eil^ supposent seulement, 
d'après le témoignage de quelques écriTains, 
que les premiers Grecs qui abordèreijj' dsios 
l'île , frappés de sa figure , à laquelle on 
trouva la formé de la plante du pied d'un 
liomme , lui donnèrent le nom d'icknufa et 
àeSandaîiotin, ou Sandaliotls (i) , et qu'ils 
la trouvèrent habitée par des Tyrrheuiens. 



Tome I. E 



,1, Google 



(66) 

On pourrait opposer à cette dernière tra- 
-ditioc que la plupart des îles ud peu ëloi- 



de comparer la formedtrchac^ue contrée jti]uelque petit 
objet connu , doot l'œil put aisément saisir le contour. 
C'est ainsi qu'il» comparèrent i'^bruzzo à une feuille 
je chânè; lé Pèlopotièse & une feuille àe platane ; la 
"Mésopotafhie à' Ane gdlèi'e. C'est aiOsi que les anciens 
nommèrent la' Sardaigiie IchkUsa^àx! la ressemblance 
qu'ils y lrouvèrenl.av£o'le:piedi, c'esl-ft-^ire Ixm , 
vestige, plante du pied e\ de.m«J*r, île; et aussi San- 
.^ffitQlt^.i ^^ .mtfixiarJenielle, sandale. Fausanias, 
De. lie f.0rœc. Région., iib. lo.in Phoc, s'exprime à 
ce spjet d^ns les termes .suivsns : Qui illuc è Grœcis 
commercit causa ddiiavigarunt , Ichnusani, quodjbf^ 
'indm habetinsuîdJiumamvestigiifadpeliarunt. Pline, 
■^ni cillant des auleuTS anciens , doilt les écrits se sont per^ 
id<iï,;.di't:afissi. d'aprèfs eux., Sist. Nat. Ub. i,cap.'ji 
Sfird^am Timasu» Sandaliotla appelïavU, ab effigie 
solee j Myrlilus,.Ichnusanp, d similitudfne vestigii. 
Claudien dit le même chosq.dsns les vers suivass Dw 
'£ello àildonico. 

Huïnanae spèciem plantes sinuosa figurât 
tnsula ; Sardiniamveleresdixere colonî. 
Ainsi que Siljus Italicus , Iib- XII. 

insula (luclisopo circiimvaliala profund» 
Castlgaluraqiiîs , cotnpressaque gurgite lerrai 
Ënormciscohibelnudœsub imagiac plant», 
îndé Icknusa prius Grscis mcœorata colonîs. 
- Mflfgre toutes ces nulorîtéc, et tant d'autres sembla- 



..rireM.,G001^lc 



(«7) 

gti^es des coQfinens , avaient été dtpnvéen 
désertes jusqu'au tems de la guerre deTroyes; 
époque à leiquelle le désir de faîre^ (^es çoi^^ 
quéleset d'envahir de. nouvelles terres cocp-i 
mença h perfectionner l'jart fie la na,viga-; 
tion. Mais ne: serait-il pas sans vraisemblaocç 
et sans exemple dan3 aucun Eiècle y ,<^,og 
ait abordé à une terre de l'étendue ett^e,!^ 
fertilité de la Sardaigne, sans la trouvei^ 



blés que je pourrais rapporter k ce sujet , Bochart , dans 
sa Gcographia sacra, chap. i , no. 3l,acrudëmoiïlrrtr 
avec une tradition inutile, que le nom Sarde n'était 
qu'un synonime d'Xchnusa et de Sandaliotis ; que o'é^ 
(ait le nom phénicien Saad ( vestigiuoi , gressus] pror 
nonce Sarad, avec l'interposition de l' B. épenth^ tique, 
dont il rapporte cent exemples à la file ; que celte ori- 
gine du nom était préférable à celle qui se tire de Sardus, 
fils d'Hercule , etc. , mais cette opinion a éié viclurieu- 
sem en t combattue et même ridiculisée par Philippe ïk 
Torredans sou ouvrage Monumenla veteris AtttU, cap. i, 
pag. 6, dans les termes suivons : Atipse (Bochart ) ea 
libidine , qua nomîna regioKum ^ populorumque origi~ 
nés ubique ad Sebrœorum , Phœntcumquc litigua a<?r 
cersere consuevil , Quod invenerit in hebreo saad esst 
gressum et vtstigium , indejbrmatum Sardiniœ nomen 
commenlu) esl... Mirum estprofecto Bochartum, uniuf 
VOCulœ sane detortœ pTtesidio et îongius quœsita ana- 
logia,tanquamsiabove ofum ducerejas-esset , aliam 
omninQ onginatton^m tibijingerepotiùsset. 



, .,.,1, Google 



(69) 
habitée ? Depuis l'époque de la guerre de 
Troyes, jusqu'à nos jouri} remarque à cette 
occasionApoHodore(i) , outrouye beaucoup 
de confusion dan» l'hisloirede ce» barbares , 
à cause du mélange des nations. « Des 
« peuples entiers ont disparu de la surface 
« de la- terre , dit le célèbre Sonnini ( 3 ) ; 
« d'autres laissent à peine qiwlques traces de 
« leur aocienne existence et de leur consti- 

< tution primitive. Plusieurs pays ont été en- 
« yabis successivement par des nations diffë- 
■f leQtee^quieacontractantdesalliaDcesentre 

< elles et avec les naturels , ont donné nais- 
V sauce à des rac« tellement mêlées ^ qu'il 
« est impossible de décider si eltes appar- 
ie tiennent à une nation plutôt qu'à nne 
« autre. Ici , des colonies de conquérans ont 
« chassé les hommes de leur terre natale j 
« là , plus féroces encore , ils ont exterminé 
« les races paisibles dont ils venaient en* 

< .vahir le territoire. » 

Malgré l'embarras où nous sommes pour 
avoir des pr«ives authentiques de l'histoire 



(1) Frogm. Apollodor. apod Strab. lib. XIV. 

(2) Sonoini , addilios & l'article Viiriëtés dans Vta- 
jtictt humaine , insérëe dans le lotne XXI , pog, 41 de 
son édilion de l'fiïsloÎFe naliH^le de Su&od. 



..gniaOb, Google 



d'une si haute antiquité , il faut coDTenir 
que très - ordiDairément le nom d'un pay» 
dérive de celui des peuplades qui s'y éta- 
blirent les premiètes , ou de celui des 
chefs qui les conduisaient. Ces notions peu- 
vent , au moins , quelquefois servir à fixer 
l'opinion sur le fondateur d'une colonie , 
en même tems q'uelles ouvrent le chemin 
à des conjectures pour conn<dtre les pre- 
miers habitana d'un pays. La déaomina- 
tioù d'Ichnusa , et de Sandaltotin , sou» 
laquelle fût connue la Sardaigne , tirée de la 
configuration de ses côtes , ne donne au- 
cune Iumit3>e. Les anciens historiens n'étant 
pas même d'accord entr'eui sur cet objet , 
ils ne font qu'augmenter les incertitudes. 
Plusieurs d'entr'etix ( i ) cependant s'accor- 
_dent à reconnaître pour la colonie la plus 
considérable de l'île , celle que 'Jolaus y 
mena. Les oracles , disent-ils , annoncèrent 
celte émigration , elle , fut méditée , préparée 
et conduite parle sang le plus pur de l'an- 
tiquité ; il yarriva commeen triomphe ,et se 
{^aça au centre de l'île. Cet événement fut 



(l) Arisl.deMirand. audil. Diod. Sic.Iîb.TV. cap, 
33. Strab. Geop. Ub. V. iSallust. in ft»gm. lib. 11^ 

HUtor. 

E3 



..rireM>,Q00glc 



l'époque de \à. oÏTilisatidn de la société , du 
commencement de l'agricultiire , de l'éta- 
blissement des Tilles, de l'origine de la na!- 
tion , et il laissa après lui une mémoire éter- 
nellr de cette heureuse réTolution. 

f ausniiias ( I ) , donnant plus d'étendue 
à ses rapports sur la Sardaigne , s'explique 
dans les termes siiÏTans : « Les premien 
ï étrangers qui s'y établirent, furent lesLy- 
■» biens , conduits par Sardus , fils de Mace- 
» rides , qui , en Egypte et en Lybie, avait 

> Ir surnom d'Hercule..,. C'est pourquoi l'ile 
» quitta son premier nom pour prendre ce- 
» lui de cet illustre étranger. Les anciens 

> insulaires ne furent néanmoins pas chas- 
ï ses , ils se virent seulement contraints de 
ît recevoir ces nouveaux botes , qui ne s'en- 
» tendant pas mieux à bâtir des villes , ha- 
» bitèrent comme eux dans des cabanes , 
» ou diuis les premiers antres que le hasard 
» leur fit trouver. Quelque tems après, 
3» Aristée aborda en cette île avec une troupe 
» de Grecs qui avaient suivi sa fortune. On 
j> dit qu'il était fils d'ApolIcHi et de la nym- 

.V pbe Cyrène, et .qu'inconsolable du mal- 

(i) Famanias De veteris Gracise legîonibus, Ut>. 3^ 
op. 17. 



..rireM.,G001^lc 



(?■ ) 

» heur arrive k Actëon , il quitta la Grèce , 
» renonça à sa patrie , et alla chercher un 
» établissement en SardaigDe(i). 

» D'autres prétendent que , dans le même 
> tems, Dédale craigpantlacolereetlaptiis- 
» sance de Minos , s'enfuit de Crète et se 
y- joignît à Arïstée pour l'aider à établir sa 
» colonie. Mais on ne me persuadera point 
» qu'Aristée qui avait épousé Autouvé , fille 
» de Cadmus , £iit pu être aidé dans aucune 
ï entreprise par Dédale , qui vivait dans le 
» tenu qu'Œdipe régnait à Thèbes ( 3 ), 

(i) Ce Irait d'hkloire, mdié de fables, est rapport^ 
par Silius Italiens glir.XrV, dans les verssuïvaas: 

Adfluxere etiam et sedeis pojucre coactas , 
Sispersi pelago , post erula pergatna Teucri, 
îïec parvum decvis ,'advecto cum classe palenia 
Agmiac Tespiadum , terris lola dedisli. 
r Fama e^t , cum laceris Acteon flebile insmbris 
Su[^Uciam)iieret,spectatGQiii fonleDIaDie, 
Atlonitum Qovîlate malt , fugîsse parenteo^ 
Pçr Fréta Arijtssum , et aardos isse recessus. 
C^renaa monstrasse feruot , nova lillora matrem. 
(a) Outre la réflexion de Pausanias , Gognot dans 
ses excellentes Observations , lib. II , pag. 207 sur ce 
sculpteur grec , a démontré clairement que tous les 
grands monumens qui lui sont attribués n'ont jaDiais 
«nst^. 

E4 

UirreM,, Google 



> Çdoi^ii'il en soit , les ôrecs- qtfAïièfe* 
» ïneda Avec lui , rie bâfirmt iIoq plus au- 
3> cune ville en Sardeigae , apparèmmeot 

> parce qu'ils étaient trop faibles et éb trop 
S) petit nombre pour pouToir veiUr à bdut 
>. d'un pareil dessein. 

» Après Aristée Tint une peuplade d'Ibè* 

> riens , conduite par NoraX, Ceux-ci bâ" 
V tirent une ville > et du nom de leur chef , 
y> l'appelèrent Nora. On prétend que c'est 
ï la première qui ait été bâtie en cette île j 
* et l'on croit que ce Notax était fils do 
» Mercure et d'Èrithée , fille de Géryon. 
a» Cette peuplade fut suivie d'une autre , 
» commandée par Jolaus et composée do 
s Thespiens , auxquels s'étaient joints quel- 
y> ques peuples de l'Attique. Us fondèrent 

> les villes d'Olbia et d' Agylé. Cette der- 
» nière fut ainsi nommée parles Athéniens, 

> soit du nom de quelqu'wiede leur tribus, 

> soit du ntHn 'à'^igyleus , un d«a chefs de 

> la colonie.... 

» Après la prise dé Ti'oyes , les Troyens 

> qui purent échapper au sac de cette 
» fiialheureuse ville , s'étant dispéwéè , 
» jriusieurs s'enfuirent avec Enée ', une 
» partie fut jetée par les vents en Sar- 
» daigne , où , reçue favorablement par le» 



.-.«lyCOOi^lC 



(73) 
9 Gïec8 qm y étaient établis , elle ne fit pliw 
9 avec eUx qu'un seul peuple. Les barbares 

V ne firent la guerre ni aux Grecs , ni auX 
» Troyeds , premièrement parce que , depuis 
» cette jonction , la force ^tait égale de part 
D et d'autre; et en second lieu, parce que le 
» fleuve Thyrsus qui traverse l'île , séparait 
» les deux arméea , et qu'aucune des deux 
» ne voulait traverser ce fleuve en présence 
» de l'ennemi. * 

» Aprèi un long espace de tems les Ly- 
» biens firent une Beconde descente en Sar- 
)> daigne , mais avec des troupes plus nom- 

V breuses qu'auparavant. lU n'eurent pas 
» plutôt abordé qu'il» attaquèrent les Grecs , 
ï> et les ayant vaincus , ils les passèrent tous 
» aii fil de l'épée , ou du moinsil en échappa 

> bien peu. Quant aux Troycns , ils se réfu- 

> gièrent dans les plus hautes montagnes, 
» dont les rochers en pointes et lés précipices 
B leur servirent de remparts ; ijs s'y maintin- 
» reot si bien qu'ils subsistent encore à présent 
» 90ti8 le nom d'Iliens ; mais avec le tems', 
» ils ont pris l'armure , l'habillement , les 
î> mœurs , et même la figure des Lybiens. » 

Ce rapport de Pausanias , quoique entre* 
mêlé de fables , selon l'usage du tems dans 
lequel il écrivait , ne laisse pas cependant dg 



,-,-Ki,Cooi^lc 



(74) 
répandre qnelques lumières sur Ttistoire de« 
premiers tems de la Sardaigne. Si les , an- 
ciens moniimeos échappés aux ravages des 
siècles , peuvent servir à rectifier ou à con- 
firmer les faits dont les anciens nous ont 
~ transmis la mémoire confuse et altérée par 
des fictions , il est hors de doute que la mé- 
daille et l'inscription que j'ai sous les yeux 
venant à l'appui de l'histoire , me traceot la 
route que je dois suivre pour arriver au but. 
Les auteurs anciens varient à la vérité sur 
le nom des premiers Colons qui peuplèrent 
la Sardaigne ; mais tous s'accordent à recon- 
naître Sarâus » qui avait en même tems le 
surnom d'Hercule ( i ) , pour le premier qui 
y soit arrivé à la tête d'une colonie de Grecs 
ou dp I^5'b'08î au moins pour celui qui 
eut le plus de succès dans l'établissement, de 



(i) Varron dans Serv. Xn. 8. S64 compte jusqu'^ 
quaranle-qualre personnes qui onl porlé le n^m d'Her- 
cule , et remarque que les anciens «urnomm aient ainsi 
tous ceux qui avaieni exécuté de grandes entreprises. Il 
aurait du ajouter, de grandes entreprises relatiTeiau^ 
dëcouvertes de nouveaux pays , aux élablissemens des 
Golouies et au commerce de lerre et de mer. C'est par 
celte considération qu'on a pu donner à ce Sardus le 
surnom d'Hercule. 



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(75) 
Cette colonie. C'est depuis ce momeat que 
cette île , selon l'opiaion la plus conunuDe , 
quitta son ancien nom à'Ichnusa et de San- 
daliotis , pour prendre celui de cet illustre 
étranger , afin d'honuorerle premier auteur 
de sa civilisation (i). Il reçut d'abord , pour 
cette raison , le nom de Père des Sardes , 
Sardipiter (2) , et on frappa des médaille» 
avec la ygende Sardus Paier ; puis il fut 
mis au rang des Dieux , selon l'usage des 
.anciens peuples , par la consécration d'une 
statue de bronze , dont l'hommage fut rendu 



I (t) SarduscoloDÏamLybiumTrAniunmdediiceDdam 
suscepit .* quare priore nomiae obsoli.'to , est de Sardi 
nomlDe appcllala. Fausaaîast De veteris Grceciap re- 

■gionibus , lib. X . in Phoc. cap. 17. d". 10. V oyez auMÏ 
Aristota D« admir. audit Sirabon lib. V. Diod. de 
Sic. lib. V. ^Xiaun In Poljsth. cap, 4, et autres. Siliut 
Ilalicus s'exprime ainsi dans les vers tuivans : 



MoxLybici Sardus generoso sanguine fîdens 
Herculis ex se mulavit nomioe lerrœ. 

(2) Selon le rapport de Ptolomée le géographe , Sar- 
dus avait encore dans son letns des temples en Sardaigne, 
sous le nom de Sardipiler , c'est-à-dire , notre père 
Sardus , cotnnne on disait Jupiter pour notre père Jou, 
on noire père Jaoh. 



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( 7« ) 
public, en l'envoyant au temple de Del- 
phes (i). 

(i) "Philippe à Torre dans sod ouvrage Monumenla 
peteris AntU. part. I. cap. t, n". lo , après avoir esa- 
vcàni avec beaucoup de crïlji^ue l'opiaioD de loua les 
anciens qui avaient écrit à ce sujet , s'exprime 
daas les lermei suivans : ^ud Sardot salis consfat, 
maxima reUgione cullum Jiùsse Sardum nocatum- 
e/ue Palrem. Quippe in ea insula locus Jiiit hoc 
nomine Saf AîtsTOfas iip» apud Ptolemerum Geogr. lib. 
JII, cap. lir. maie pertente Pelro BerHo Sardopa- 
toris fanum;' nom ut notât Salmasîas , exercil. ïb 
Solintim^ pag; 93 , Zufi'iicitltif est ^ifi^ wntm'p, sci~ 
hcet Sardus pater. Conduit noster nummus, ubi di-^- 
série legiturSarà. Paler , et alius quem Hblstenius iif 
Adool. ad Orlel. pag. 168 , se fidisse afud J«coh Sir» 
mondnm cum inscriptione : CAPAOrnATPOC Filius hic 
/rorf^iiT/ur Herciilis I.ybîci , àquo narrât Pausaniaa 
în Phocicis , infer alios jam indicatos scriptores , Sar- 
tios populos Twmen accepisse , subditque suo avo Del- 
phis slelisso ejus slatuam ex œre , çuam SaTàiilluc in 
iemplum Apollinis pridem transrm'serant. Hinc quotjue 
AtiusBalbus ejus provinciœ , in quaprettorjùerat , re- 
figionem induens sitnulac/irum Sardi palris" nummis 
expressit. En modo quo Conuficius Ut obserpatFulvius, 
tjttia Africœ praiHnciœ preeerat, Jovis Ammonis , tjui 
iii Afiica colebatur , imaginem cudit denario , qui 
npud eumdcn primus est in tabjpag. g3. 

Voyez aussi Kasche , Lexicoo iioiv. Tei nummarJ» 
pi<g- i25t. Gronovius a fait graver un médaillon dp 



.,reM.,G001^lc 



( 77 ) 
Cette mÀlaille est à-la-fois un monument 
du culte rendu par les Sardes à leur premier 
instituteur, qu'ils appelaient du nom de père, 
et de leur reconnaissance pour le préteur 
AtiuS'Balbus , qui avait bien gouverné la 
Sardaigpe. Ils crurent , dans ce type , ho- 
norer le bienfaitnur de l'ile , en associant son 
nom à celui du hévo* dont la mémoire y 
était toujours en ai grande vénération (i). 

Sardipater , dans le premier lotne de ses Auliquitëa 
grecques. Ne connaissant pas l'orîgÎDal , je ne paitx dire 
s'il est vrai ou suppose. Le savant Millin , cooseivaleur 
des antiques et médailles au Muséum de la bibliothèque 
nationale de France, m'a communiqué trois médailles 
en bronze qui existent, dans celle riche colieclion , de 
la classe dei consulaires de. la famille ATIA- ; la 
première a une tète juvénile couverte d'une espèce de 
bonnet surmonléd'uneaJgrelledene<i%lumes ou rayons 
et le sceptre à côté , avec la légende SARD. P. revert , 
taie icnbsrbe , tournée 4 gauche, avec la légende M. 
ATIUS BALBUSTfi. T,a2*. ,mÊme forme , lêleplus 
Jgée, avec la légende SARDUS PATER, r^ver* , 
ATIUS BALBUS PB. La troisième , même forme, 
léte vieille , conservant toujours la mêmeressembisnce , 
légende SARDXfS PAT. rej^w ATIUS BALBUS PR. 

(i) Telle est l'explication que MoreUi a donné de 
cette médaille dans son Thetaums nummimaticus, tant. 
XI. pag. 37. dans les termes suivans: Ita</ue (Satdi) 
non modo ostendere foluerunt gratos sese esse ergà 



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(78) 

L'inscription ■ trouvée en 1S67 , en creu- 
sant les fondalions d'un boulevard au fort 
de Cagliari , qui portait ancien ttement le nom 
de ,ToIe , sert d'appui à mes conjectures ; car 
on voit par sa lecture que les Sardes , dans 
■ tous les monumens qu'ils voulaient transmet- 
tre à la postérité, ne cherchaient qu'à per- 
pétuer le souvenir de leur fondateur 5ar(iuf , 
en lui donnant toujours le nom d'Hercule 
pour ses exploits immortels en faveur de la 
nation (i). 

Quoique ces deux mjDnumens , conformes 



memoriam op/imi quondam prcetoris sut , verutn etiam 
cum antiquo gentû suce conditO'-e illum comparant , 
sardo pidelicet heroe , ^uem patrem ( ut apud Ro- 
manos erat Marspiter et liberpater ) nuncupant , 
el cuj'us efflgiem in al/era nummi parte signarunt... 
Et hinc miîhtm videtur esse dubium , quin ad honoretn 
ejusdem Sardi palris peiiineat ^aidopaloris fànum 
'Z»fifxmtf^t aftt quod Plolemcca memoratur Ub. 3. 
cap. 3. pag. 69 , alque in Sardinia ai eodem colio- 

(I) DTVO HERCULI. 

POST CATACLFSMUM, 

BESTAXJRATORI. COHSEflVATORI, 

PROPAGATOBI, 

CIVITAS. JOLE. 

D.P.D. 



L)i.-reM„G001^lc 



(79) 
0X1% rapports des anciens historiens , soient 
assez précis pour donner une idée du pre- 
mier fondateur de la nation Sarde , ils ne dé- 
signent pas cependant areo certitude quels 
ont pu être les colons qui accompagnèrent - 
ce chef j pour peupler la Sardaigne et l'éta- 
blir eu état de civilisation. 

En co"nsidérant les espèces dequadrupède» 
qui habitent cette lie, et en les comparant 
avec ceux des autres parties des contineiis 
Voisins , je me suis arrêté à des conjectures 
qui m'ont presque conduit à deviner la vé- 
ritable ori^ne de la colonie et de la nation 
Sarde. Mes réflexions ne paraîtront pas bori 
de propos à ceux qui pensent que les ani- 
maux ayant du servir par-tout aux besoins , 
et aux caprices de l'homme (r), ils ont du 
aussi le suivre par tout où il portait ses pas. 
Je ne borne pas mes idées aux quadrupèdes 
domestiques , puisqu'ils existent également 
dans tous les endroits habités; mais je con- 
sidère les espèces sauvages que les hommes 
ont du transporter avec eux dans le nouveau 
pays qu'ils voulaient habiter , ppur pouvoir 



(ij Voyez ma dissertation tullo slalo naturaje delt 
tomo. part. t. 



..BnieObyGOOglC 



(8o) 

se procurer la nourriture ou le plzdsir de I4 
chasse dans une nouvelle terre. 

La similitude de ce3 animaux dans difierens 
pay^, fait naître le soupçon d'idenlilé d'une 
contrée avec une autre ; elle donne Ueu à de^ 
comparaisons et à des recherches , dont Iç 
résultat peut répandre la lumière néceseatr? 
pour éelaircir les doutée de l'histqire eue 
l'origine des peuples ; ainsi par Ui ressem- 
blance entre les animaux de deux pay», on 
peut conjecturer que la même nation les a 
Guccessivement peuplés. 

En suivant ce principe, et en confrontant 
le système des quadrupèdes sauvages de lit 
Sardaigne , avec le système (Je ceux qui 
existent en Italie , on voit une grande difi'é^ 
rence entr'eux , par la diversité des espèce^ 
qu'on trouve dans ces deux contrée» quoi- 
que si rappochées l'une de l'autre- 

Le A/bf/y?07i se présente le premier ppttf 
faire la "comparaison. Cet animal, en ef- 
fet , est entièrement inconnu en Italie , ei 
il est certain qu'il n'y a jamais existé j et 
l'Italie a, même dans les parties Igs plus 
voisines de la Sardaigne , le chevreuil qui 
«9t entièrement étranger à cette île (1 ). Crtie 

{ I ) Voyez te «ecood rotunte de «eHe biaioir.' V. 
Mouflon el Chevrsuil. 

comparaison 

A.oogic 



(8t ) 

compaTaisoD peut s'étendre àlaFraDce,àl'E3- 
pagne, et aux côtes d'Afrique , où le système 
des quadrupèdes sauvages est différent du 
nôtre. Le Moufion.qiii n'a jamais existé dans 
ces deux grands continens , se.trouve telJe- 
mfent naturalisé dans les contrées de l'Orieût, 
que Brisson , dans son règne animal , a cru , 
par cette raison , pouvoir lui attribuer la dér 
nomination de Cfl^ïro Orientalis (i),Cb.ypte 
est un des endroits où se trouve cet ani- 
mal , suivant la relation de Dapper (2) ; 
Belon l'a reconnu en Grèce , et il nous ea 
a donné la description (3). 

Le ife^o^^ores^^fifiraitdonc, d'après ces con- 
sidérations, pour assigner aux quadrupèdes 
de Sardaigne une origine orientale. L'Ictis 
d'Aristote , connu en SardaigW sous le nom 
de Boccamele (4), est le second animal sau- 



(i) Il est très-douteux que Xargali de Sibérie soit 
le monnoD. Voyez ce que j'en dis daDsle second vo~ 
\avae.\. mouflon, 

(2) Dapper, Description des lies de l'Archipel, 
pag. 5o. 

(3) Belon, Hist.nat. 

(4) Voyez le tome II de cet ouvrage , chapitre II , 
paragraphe VlUite la Boccameiç ou Dotma di muro, 

Tomel. F 



,-e.t,, Google 



( 80 

rage qtti se tcoure abondant dans notre iîe j 
cependant , il est entièrement inconnu aux 
naturalistes modernes qui ont décrit les ani' 
tnaux des deux contînens voisins ; et Aris-* 
foie , en le décrivant, n'a pu le voir qu'en 
Orient. D'où l'on peut croire que ces cleux 
animaux n'ont pu être transportés en cette 
tie que des anciennes contrées de la Grèce ^ 
et qu'ils y sont venus à la suite des hommes , 
qui, des parties btieutales, passèrent enSar- 
daigne pour la peupler* 

I,a colonie grecque dut s'augmenter rapi- 
dement d'une foule d'étrangers que la situa- 
tion heureuse de celte île , dans le point 
central de la Méditerranée j la douceur de 
son climat , l'abondance de ses production» 
et la richesse de ses mines, y attiraient de tous 
côtés. ï^ë uns seront arrltés en eokmies pa* 
cifiq u es y les. autres en troupes armées pour 
en disputer la possession à ceux qui les 
avaient précédés. Ceux qui y ont débarqué f 
avec plus de forces et de succès, ont été le9 
Carthaginois et les Romains , mais il est iu' 
contestable qUe ces conquérans n'établirent 
pasenSardaigne une nouvelle nation, puis- 
qu'ils la trouvèrent déjà habitée et floris- 
sante. 

Mie iivait done été peup^ par c«uk qui 



,-reM.,G001^lc 



(83) 

y arrivèrent dans des tems antérieurs, qui oc- 
cupèrent une grande étendue de terrein , bâ- 
tirent des villes , établirent l'agriculture , et 
formèrent enfin une nation pourvue de tous 
les moyensde J) rospé rite. Ceux-ci durentdonc 
nécessairement y introduire les animaux 
de leur pays , non-seulement pour leurs be* 
soins , mais aussi pour les plaisirs , et d'à- ■ 
près le goût de leur ancienne patrie , afin 
de se procurer, dans leur nouvelle habita- 
tion, les même agrémens dont ils avaient 
joui dans leur terre natale. Les quadrupèdes ' 
qui ne se trouvent pas dans les pays voi- 
sins de la Sardaigne , y vinrent donc du 
rnême endroit que les premiers Colons ■ 
c'est-à-dire, de l'Orient/ 

S'il en est ainsi , les mœurs orientales , les 
liages et la langue des anciens Grecs , se 
sont nécessûrement introduits en Sardaigne, 
et durent s'y maintenir, au moin^ en partie , 
jusqu'à nos jours , malgré ]e tems et le com- 
merce arec les nations des autres parties du 
globe. Le résultat des observations à ce sujet 
est , autant que je puis le désirer , en faveur 
de mes conjectures. 

Il ne faut pas cherelier ces ressemblances 
de nation à nation , dans les villes , sièges 
de l'inconstance et des caprices des bommcs ) 
Fa 

i),,-Ki„Goog|.c 



( 84 ) 

mais il faut parcourir les campagnes et le* 
villages , pour les trouver encore: existantes^ 
C'est là où les mceiirs sont tellenlent orien^ 
tale$ et grecques, qu'elles reproduisebt toutes 
les habitudes de ces anciennes contrées : 
même manière dans l'abillement, dans la 
vie animale , dans les arts rustiques , dans les 
fêtes , et dans plusieurs autres rapports. 

Les coturnes de cuir que les paysans du 
Campidand portent à leurs jambes nues , est 
la chaussure dans laquelle UUsse trouva 
Laerte (l). Le couteau que chaque villa-" 
geois porte en Sardaigne , à sa ceinture de 
cuir qui retient la masiruguâ , espèce d'ha.-' 
billemeùt grec , est encore en usage dans 
toutes les contrées du Levant , sous le noirt 
de dagan. Le premier pain des Grecs a été 
de farine d'orge j et on s'en nourrit encore 
aujourd'hui dans quelques endroits de l'île 
qui paraissent avoir été les premiers habités ; 
mais que le pain dont on fait usage , soit 
d'orge ou de blé , sa forme est généralement 
ronde et applatie , de l'épaisseur d'un demi- 
doigt î et ce n'est qu'à cette forme que peut 
apparteairVexpressiondela/rac/iondupaiD, 
usitée en Orient, selon le témoignage de l'E- 

(1) Bamera , Odysi^ , Uv. XXIV. 

v. : .,.,1, Google 



(85 ) 
ctiture (i). Homère dit fréquemment dans 
rOdissée , que le pain ëtait l'ouvrage des fille» 
parmi les Grecs j et ce travail, en Sardaigne, 
est réservé aux mains délicates du beau 
sexe, nie présente à table, enveloppé dans . 
du linge blanc , selon la manière rapportée 
par le prince des poètes , qui , nous rendant 
compte de occupations des femmes Grecques, 
les peint uniquement renferméçs dans les 
soins domestiques , ou dans la pratique de 
cert£iins arts qui ne demandent ni force ni 
courage , mais seulement l'effort patient de 
l'adresse manuelle. 

Si l'on considère l'hospitalité en luagechez 
les Sardes , on se rappelle agréablement les 
Voyages de Télémaque en Grèce. L'hôte 
chez qui l'on arrive dans notre île , sao^ 
être connu , reçoit l'étranger avec cordialité, 
l'introduit dans sa maison , conduit les che- 
vaux k .l'écurie, et fait apprêter le re- 
pas ; mais les femmes qui ont seples le soin 
de tout prépar-er, se retirent ensuite dans 
leur appartement , et ne reparaissent que 
pour desservir et souhaiter bon voyage à l'é- 
tranger , à qui l'on offre , sans intérêt , au 



Ct) Si. Luc csp. X3^V,ihid. injraçfione panis. 

F3 



ireM,, Google 



(86) 
moment de son départ , des provisions pour 
sa route jusqu'au preïnier gîte. 

C'est dans le Levant et dans plusieurs en- . 
droits de la Sardaigne , que deux morceaui 
de férule , frottés l'iin contre l'autre , avec 
rapidité , servent de briqiïet et d'amadou 
pour allumer du feu (i) ; c'est également 
daijs ces deux pays que des chanteurs par- 
courent les fêtes champêtres , où, au son de 
■ leurs voix , les hommes et les femmes , ert se 
'tenant par la main , s'unissent en rond pour 
danser (3^ : et c'est enfin dans ces deux pays 
où des femmes nommées pleureuses , sont 
appelées dans la cérémonie des funérailles , 
pour faire, dans des chants lugubres, les 
louanges du défunt , en se frappant et s'ar- 
rachant ïeS cheveux autour du cercueil , en 
signe de douleur et de désespoir. 

Cette ressemblance de ïnœurs et d'habi- 
tudes orientalesetsurlout grecques, est encore 
remarquable par une infinité de mots grecs , 
qui , conservés dans ia langue sarde (3) , 

(l) Touraeforl , Voyage au Levant. 

(â) Hurore loc. cit. 

(3) Les Sardes ont conservé beaucoup de terme» de 
la langue grecque qui élail ùotrefoiscelIedeces'JDSU- 



..BnieOb, Google 



' ( 87 ) 
ne peuvent être regardas que comme unrest* 
de mœurs et d'habitudes plus étendues daoa 
l'ançiea tenu ; et elles sont aujourd'hui assez 
prononcées pour confirmer mes conjecture» 
sur l'origine des peuples qui vinrent peupler 
cette lie,, et dont j'ai conçu la prenuère 
idée , à la ressemblance du sistême des qua- . 
drupèdes dans les deux contrées. 

Je conviens que des histoires qui prennent 
leur source dans les tems héroïques , et par 
conséquent fabuleux, n*ont pas ordinaire- 
ment de force pour établir solidement des 
.faits transmis par des traditions qui s'altèrent' 
à mesure qu'elles parcourent les siècle^. 
Telle serait pour la sévère critique, l'arrivée 
de Sardufi , surnommé Hercule , à la tête 

laires. Je citerai eotr'au 1res les mois dont ils se servent 
encore aujourd'hui , comme lico pour' lécher , c'est 
A«â;« en ancien grec; schinas sauler, en ancien grec 
vxipi ; anghelos anges , en ancien grec affyiA*; bam- 
hague coton , les grecs modernes appellent le colon 
Ciif^aKi i barras charge , en grec ancien Crfit ; isco 
savoir , c'est I7«yv des grecs anciens dans le même 
sensiITomereaditàcesujetîra»; m«oj milieu , il n'y 
a pas d'autre terme en grec ancien que celui ,«1^»* 
Les savans , M", de Villoison , Grégoire et Milliu , 
que j'ai consultas 1 ce sujet , m'ont confirmé daoa mon 
opinion, 

F4 

UiBiveM,, Google 



(88) 
d'une colonie de Grecs , en Sardaigne ; mais 
puisque des monumens irrécusables , le sys- 
tème des quadrupèdes , les usages, les mœurs 
et les langues sont en accord avec l'arrivée de 
la colonie et avec l'établissement de la ija- 
tien ; puisque des fictions ingénieuses mènent 
souvent sur la trace de la vérité , et occa- 
sionnent des recherches intéressantes , qui 
donnent quelquefois des résultats cerlains et 
utiles , on nq peut pas se dispenser d'accorder 
un degré de vérité aux rapports que les an- 
ciens nous ont donnés sur les premiers habi- 
tans de cette île , et beaucoup de probabilité 
à mes conjectures. 

Examinons actuellement ce que l'histoire 
nous a transmis de moins incertain sur les 
différentes puissances qui , dans la suite , 
8'emparèreat j tour-à-tour, de la Sardaigne. 



,-reM.,G001^lc 



(89) 



CHAPITRE VI. 

Gouvernement des Carthaginois j des Ro- 
mains ; des Empereurs d'Orient j des 
Vandales; des Goths s des Juges et Rois 
Sardes; des Sarrasins ; des Républiques 
de Pise et de Gènes; des Rois d'Arragon 
et d'Espagne. 

jLih première puissance étrangère que l'his- 
toire nous montre , s'emparant de la Sar* 
daigne et la dominant souverainement, est , 
sans doute la Carthaginoise ; mais dous ignc- 
roDs à quelle époque elle en fit la conquête , 
et commença à y régner. 

On, Sait , qu'après le retour d'Alexandre le 
Grand de sa fameuse expédition dans les 
Indes , plusieurs peuples envoyèrent àBaby- 
lone leurs ambassadeurs , pour lui faire la 
cour et le complimenter sur la monarchie 
universelle à laquelle il paraissait toucher. 
Tels furent les Carthaginois , les autres na- 
tions libres d'Afrique , les Espagnols , les 
Gaulois j les Italiens , les Siciliens et les 

LHire^t,, Google 



(9= ) 
Sardes (i). L'wpoque de celte célèbre am« 
bagsade étant fixée à la CXI V olympiade (2), 
elle nous prouve qu'alors la Sardaigne n'était 
pas encore sous la domination de Carthage j 
car sans cela les Sardes n'auraient eu ni le 
droit , ni la liberté d'envoyer , en leur noïn , 
des ambassadeurs à Alexandre, 

Après la mort de ce conquérant , les Car- 
thaginois qui, par la richesse de leur com- 
merce , et par la force imposante de leurs 
flottes , s'étaient assurés l'empire absolu de la 
Méditerranée, pensèrent que la posseslon d'un 
pays aussi fertitfe que la Sardaigne et 
aussi voisin du centre de leur domina- 
tion , était trop nécessaire à leurs vues , pour 

(i) Ab ulliinis liltoribu» oceaoi Babylonîam rever- 
tenti, DUnùalur legalîonas Carlhaginensimn , csalero- 
rumqiie AfricÈecivitalum, sed etHJspaniarum, Galliœ, 
Sicili» , Sardifùœ, non nuUas quoqne ex Ilalia eju» ad-t 
venlum Babylonipe opperiri, Adeo unîvorsum terrftrum 
orbeni DominU sui lerrar invaaeral , ul cunci» gentes 
velulidestiaalosibi régi adularenlur. Jiistinus Hislor. 
lib, XH. cap. XIII. Voyez aussîDiodore, lib. XVII, 
D". Jl3,el Paulus Avoaius , lib.HI.cap. 16, 

(a) le commencement de l'ère. ctjrélienne itant 
fixé , selon l'opinion la plus commune , à l'année 4000 
de la création , ta CXIV olympiade , doit se rapporter 
à l'année 3677, et ainsi & l'an 333 , avant noire ère. 



..rireM>,G001^lc 



( ■;') 

ne pas prendre tous les moyens possibles de 
s'en emparer 3 ils y réussirent enfin , malgré 
la vive résistence qu'ils essuyèrent de la part 
de ses habitans , qui jouissant d'une entière 
et douce indépendance, ne voulaient, en 
aucune manière , s'assujétir à personne (i). 
Mais contraints de céder à la force, ils 
furent gouvernés , selon Eratostliène (2) , 
par un singulier droit des gens que Car- 
thage y établit après la conquête. Elle fai- 
sait noyer tous les étrangers qui osaient tra- 
fiquer en cette île. Son droit politique n'était 
pas moins extraordinaire : république fière 
et soupçonneuse , elle défendit aux Sardes 
de cuîliver les terres , sous peine de mort , 
et ne ieïir permit de profiler d'autres produc- 
tions de la terre que de celles qu'elfe donnait 
natïireHement(3). Onvoit aussi dans le traité 
qui finit la première guerre puniqtie, que 
.Carihage fut principalement attentive à se 

(1} Ab hoc itaque tellua eiciilla , et rrucliferis arbo- 
ribtiscon»ilafint, ntcerlalim dérticeps iasula (Safdî- 
nia ) appelerelur. Nam ubertale frngum usqiie adeo 
celebris evasit , ut Carthaginenses postmodum aiicli , 
milita polinndsB «jus desiderio cetlamiiia susceperint. 
Diodor. lib. IV. BibHoih. hist. n». 29. 

(2) Eratosthencs in Sirabon. lib. XVII. pag. 802. 

(3) Ntinc viîro liaud qtiaquam hujus inodi -vigoro 



..BnieOb, Google 



(9î ) 
conserver l'empire de la mer , et Rome celui 
de la terre. Hannoo, dans la négociation qu'il 
ouvrit avec les Romains, déclara qu'il ne souf- 
fïirait pas même qu'ils se lavassent les main» 
dans les mers de Sicile; il leur futdoncabsolU'< 
ment défendu de commercer en Sardaigne j 
en Afrique , on ne leur permit que le port de 
Carlhage, encore neleury préparait-on pas 
un commerce fort avantageux , puisqu'il 
leur était défendu de rien prendre , ni de 
rien acheter à l'atlérage , que ce qui serait 
nécessaire pour le radoubs de leurs vaisseau:^, 
ou pour les sacrifices ; et ils éteiient même 
obligés de partir j, au plus tard , au bout de 
cinq jours (i). 

rerum copia et fôrliliUle posiquam à CarthagiDenûbns 
fueril occupata i cum ipsi veleres iUos omoes colonoa , 
partim ejecerint , parlim tnjcidariiit ; pœnamque d*îq- 
ceps mortis addideriot cuicuiuque implantarit quîd- 
piam quate aniea ; pneterquam quod ipsa lellus aponla 
fTodaseiit. Aiiil.De jéémirandis eudi/ion, 

( i) Amit^itia eslo populo Romano, sociisque et 
Caribaginensjbuï, Tyriis atque Uticensibu» , eorumque 
BQciU-. Idem Romanî in locTs ubi Carlhaginenses im- 
peraol faciuDto. Tn Sardinia alquç Africa nuUi Komq- 
norum socibrumve negoliantor , neve oppidum possï- 
deDlo , nibil emuato prœler rss ad sacra et ad navigia 
liecesMtias,înlra dîem quiolum iodç abilo. Paljb. lih. 3, 



..BnieOb, Google 



(93) 

Mais ces deu* nations , après avoir soti- 
tais tous les peuples qui les séparaient , se 
firent une guerre terrible ; et peut-être que 
l'histoire ancienne n'offre point de spectacle 
.plus beau , plus intéressant , et à '^ la ' fols 
plus instructif que la rivalité de ces deux 
républiques. I^ dessein , de la part des Car- 
thaginois , d'empêcher Rome d'user , en 
Commerçant , du droit le plus légitime et le 
plus naturtl , devint la Source de toutes les 
guerres j et les premier se croyant trop 
puissans , eurent l'impoUtique de charger \b 
Commerce de lois tyranniques , dans l'es- 
poir de mettre Rome hors d'état d'en exercer 
aucun. 

Dans le même traité de paix , dn céda à la 
république de Carthage , la possession de 
toute la Sardaigue ,• ainsi que celle d'una 
partie de la Sicile ; mais le commerce de la 
première fut absolument interdit aux Ro- 
fiiains , et celui de l'autre ne leur fut permis 
qu'en se soumettant aux droits que payaient 
les Cartliaginois. Rome , au contraire , cons- 
tamment appliqua à établir sa puissance 
par la conquête de toute l'Itcdie , croyait 
être assez puissante avec son seul courage , 
pour l'exécution de ce dessein j mais il fallait 
aussi, pour affermir cet ouvrage , exclure | 



rrkt,, Google 



(94) 
bannir ou vaincre toule autre puissance assez 
forte pour traverser son système. 

I.e projet de la conquête de l'Italie , ^tant 
rempli , alors les vues de Romains, sVten- 
dirent avec leur domination. Si l'austf^rité 
de leur gouvernement entretenait, à cette 
époque , une noble indifférence pour les ri- 
chesses , et si ce sentiment dura chez eux 
jusqu'à la décadence de leurs mœurs, ils sen- 
taient aussi qu'il était dangereux de laisser 
aux Carthaginois la liberté de les accu- 
muler -à leur gré. 

La possession des îles de Sardaigne , d^ 
Sicile et de Corse , pouvait procurer aux 
Romains des avantages aussi grands que 
ceux dont Carthage jouissait par son com- 
merce. Depuis que Rome avait porté. ses 
armes hors de l'Italie , elle paraissait moins 
attachée à ses anciens principes de modéra- 
lion qui avaient préparé sa grandeur. La pré- 
somption qui accompagne toujours les longs 
succès , commençait à persuader aux Ro- 
mains qu'ils n'aveiient plus besoin des mêmes 
ménagemens que leurs pères avaient gardés 
scrupuleusement envers les autres peuples , 
et qu'ilétaittems de profiterde tous les droits 
que donne la réputation des armes , pour se 
faire de nouveaux sujets. 



..BnieOb, Google 



(95) 

Aussi , voyant que Carthage , occupa k 
réduire ses armées rétoltées , n'était pas en 
état de se défendre contre les. étrangers , le» 
Romains s'empfErèrent de la Sardaigue , entre 
k première et la seconde guerre panique (t). 

Le consul L. Cornélius Scipion , fut des- 
tiné à cette entreprise (2). Après avoir ré- 
duit la Corse à l'obéissance de la république , 
il passa en Sardaigne. Il reacontra sur sa 
route la flotte des Carthaginois , qu'il mit en 
fuite. Il avait dessein d'attaquer la ville 
d'Olbia ; mais se sentant trop faible , et 
trouvant cette ville -en état de se défendre j 
il renonça à ce siège et retourna à Rome 
pour en ramener une armée plus nom- 
breuse. 

Scipion fut plus heureux à son retour. 



(i) La première guerre Punique commença l'an dâ 
Rome 48^ et oe fiiiîl que l'an 5io ; ainsi l'iulervalle àa 
la première à la seconde guerre Punique es! de aS ans, 

(2) ]!.an <1e Borne 493, et avant J. C.2$g, sous (• 
Consulat de L. Cornélius C. Scipion et d'Aquiliug 
Florus, le sénat laissa à celui à qui la flotle ^chérait , iai 
liberté de passer dans Is Sardaigne , s'il le jugeait à-^ro- 
p08. te sort donna cadëpeflement à Scipion, il pac'il 
aussitôt : ce fut la piemiira expédition cantra la Sar- 
daigae. 



,- -.M, Google 



Ayaot vaincu clans une bataille rangée le 
général de Carthage quiy futtuë (i), il prit 
aussitôt la ville et mit la plus grande partie 
de l'île sous le joug de la République (s). 

La suite' de cette victoire éclatante fut la 
cession de la Sardaigne et de la Corse , à la- 
quelle les Carthaginois se virent réduits par 
un traité avecles Romains (3), qui contrai- 



(1) ScipioD fil faire à Hanoon des funérailles hono- 
rables , bien persuadé que cel acie d'humanitë i l'égard 
d'un ennenii relèverait l'éclat de sa victoire. Cette géoé- 
rositë du consul s'accorde parraîtemenl avec sa probilë 
et avec sa vertu attestées par une înacription antique qui 
lenfenneun éloge complet,. en marquant que Scipion 
parmi les gens de bien ienail le premier rang; elle 
est conçue en ces fermes: HOWC. OINOM. PLŒ- 
BVMEI COSEHTIONT. DVONOB.VM. OPTI- 
MUM. ¥VISSE ViaOM. Ce qui s'écrivait selon la 
langitfe des âges postérieurs : Hune unum plurimi con- 
tenfiurU bonorum optimumjùisse firum. 

(2) ScipioGorsicamelSardiniam vaslaTil,ii)ultaqu« 
mUlia inde captîvommabduxil, triumphumegït. l.''utrop, 
De primo Bello Punîco Itb. II. Voyez Florus , Fronlîn, 
Valer. Maxim, et Zonara: tous s'accordent à dire que 
Scipion , en celle occasion , détruisit enlièTemenl la ville 
d'Olbia , et s'accagea celle de Cagliari. Voyez Jean. 
Cuspianus in Scbol. ad âaxtum Rufum. 

C3) Poljbiua Hi»t. lib. III. 

gnirent 



..oogic 



gùreBi' éoeore l*s Caïtbaginois de le soii»' 
GPire àdfi» eoeditidiis dont Icar orgueil aa 
àvA pasmoÛM s'irfiter que leur eUpidit<$. ^ai< 
ce traité, ils furent obIigé5<d'a.bandonQgr}^ 
Sardaigae*^ et de payer aux Roihàins'dbUx 
nulle deux eents talens; Ainsi les Cartba^»^ 
Qois perdireal et leUrs^riclItcSEes'et leur eoUtu» 
Bïeree , qai «» étaifl la source, poai: avoïP 
voului s'érige 6W fa«tiçu^ exciosiVa de I'u-j; 
Bivess. Ai^ \ei Roinamas' deviapeAt mciitmet 
de lai SaffdaigDë, ci ce fui eeVle réfKub&qae) 
si vakttf et si'opiileûf»,; quven perdît hi pofiw 
sessioni' ; 

L'ad 49S(,4e3 Gartha^not» profitant- dffTît 
névolte de' difftireatee conIsféeS' de l'île qu'ilV 
avaient soulevée contce les Rotliailievd^baTJ! 
quèrent en Sardaigne pour favoriser le mou- 
vement, et Uvrèreat bataille à l'armée Ro- 
maine ,, qmi- était commandée pap le ûbiieillr 
C. Suli^tw&-Partepeqlus V itiâi*' ils: y ptfdi-f 
jfeat douze mille hk>mme»,--^ (ïn8St4«»P utf 
grand nombre de prisonnierr, partrti lèSrjudlif 
sfl trouvèrent Asdrubal,,surQominé Cal vus , 
et- MagoQ, distingué» parleur Haiesàocer^et» 
pa*- leunS: ettiploits' inili1aii>esi' 

i;ain;de^Rbme Sikj', d'ailttieS-réVttltfe^-VfOti* 
jourâeicit^es et' protégées par les Catltiîigi-' 
noî«'„ troublëEeat lctr-trckD(|iimité de-' Ut^ Stu-- 

■ Tomeï. G 

.' L),.-raM>, Google 



■ / 
(98) 
daigne , mais le consul T. Manlius-Torqua- 
tus battit complèteDient les ennemis en dif- 
fëreos combats , et mérita trois fois les 
honneurs du triomphe (i). 

Malgré toutes ces dëfaitra, la Sardaigiie 
ne paraît pas encore avoir été à cette ëpoi^ue , 
entièrement soumise à la domination Ro" 
maine, puisque ce ne fut que l'an S^t de 
Rome, qu'elle , ainsi que la Sicile et la Cwse 
furent réduites en provinces Romaines, après 
les victoires des consuls Sp. Carvilius-Maxr- 
mus, et M. Pompon) us-Matho (2). Aussi, à 
cette époque, elle commença à être gouvernée 
par des préteurs , dont le premier fut M. 
Valèrius, qui réunit également la Corse sou» 
son gouvernement (3-). 

(t) ^rdinia inter rooLum Africs frtude Romanorura 
alipeodio etiam auperinposito inlercepla. Lifius, !iè. xt. 
£1 f^elleluî, Sardidiff ioler prîmum etsecDndnm bellum 
puaieiiHi , duelu T. Maalit Tonpiaû soi. cerlum re- 
cepit imperii jugutn. 

- (2) Esni famen non omifino i T. Manlio subacram 
fubse indicaol teqnenles Iriumptti : nam anno sequenli 
Sp. Corvilius Maximus , el biennio post M. P43mponîn» 
l^tfao consules ; de Sardis iriutnpharUDl , u( ex tabulia 
capi loi iois constat. Paiwifiù , Imper. Hom. cap. XlT^. 

iS) Sardinia et Sicîlia ntreqne nsula m Remanant 



(99) 

Rome , depuis ce tems , gouverna paisible- 
ment laSardaigne , taoldtparun prêteur, tan- 
tôt par un proconsul. Elle y établit deux, colo- 
nies , uoe sous le nom de Turris Libysonia , 
dont Plioe fait meotion (t) , et l'autre ap« 
pelée par Ptolémée Colonia Vestîpolis (2), 
et la garda toujours sous le titre de province. 
Tel fut l'ëtat de la Sardaigne jusqu'à l'époque 
où elle passa sous la domination des empe- 
reurs d'Orient qui y envoyaient un général . 
commandant. 

La domination de l'empire d'Orient fut ■ 
souvent troublée par les Vandales, qui, de- 
puis Mecklembourg , ayant occupé plusieurs 
provinces de l'Allemagne ^ s'étendirent dans 
toutes les contrées méridionales de l'Europe , 
et vers le milieu du V^. siècle , envahirent la 
Sardaigne^ aussi elle fut comptée dès l'an 484, 

pQtestatera redacla , iîsdem lemporibux proviocia Pacte 
#sl : cuin eodem anuo Sardiniam M. Valerius , alteram 
C Flaminiua prie tores sorliti sudI. Solinus, MisLcap. 
deSicilia. Coraica vero... iiliaquItRufus, SartJiDiee at^ 
tributa est , atque ex duabus una provincïa racla' , atqu* 
uno Sardinite nomiae insigoata. Sigonius, De antlq.jw 
pTO». lib. Icap. 4. Voyez la loi % H. De origine juris. 

(r) PliniusHist.nat.Iib.in. cap.VII. 

(») Ptolam.O«>grap.«Btiqu«. 

Qa 

. 1);,- Kl, Google 



e V» ) 

pouclâ sgptièmsdeftpvoviDCosjYatvialeftan' 
nexéçs au royaume d'ACrûjue (i)^ 

Les Sardes qui gémissaieBt depuis <^]que 
tpm» sous le joug d'une oatioB ausû^banbare , 
eDV;oyèreDt secrettement des ambassadeurs 
^Léon., em^pereur d'Orient, qui', déjp fa- 
tigilé-de l'insoLeDoe de leuc trui GeusedB , Gt 
parttir pour la Sardaigne , l!aa 4681 de uotne- 
^., une armee.SDUg.les oiidnee.de- ]\^rcelin, 
qui paiTÎot biâotât à battre Ips Vandales , et 
à les chasser de l'île (2). 

Cependant , ils continuèrenl à tourmenter 
ia. Saïdaigne, par leurs incursions, tantôt 
sous un chef-, tantôt sous un autre; mciis 
ayant essuyé plusieurs défaites de la part 
des Sïffdes et de l'armée que les empereurs 
y entretenaient', ils furent à la fin chassés 
par Bélisaire , qui mit' complètement en- 
déreute- Gelinaèr-e- leur der-nier- roi , et fit 
reotrw la-Sftrdaigne,. aiofti que les, autre» 



HçHoVaqda!.lit!,njetiy. 

(2) Iico î^lur bunc metuent , omoibus modis aitii 
conciliatum misif in Sar.dim4mM{LTce|UDupx>.«H^anÀ 
YaadalU liberarel , quod breviter ac facile fâctum fuit. 
Procop. De Bello Van<ial.IJb, lïicqp. V. 



, -...lyGooi^lc 



'( «« ) 

.prbviDcies d'Italie, sons ik àoiiâaxùotx Ah 
4'empereur Justiaien(i). 

Cette îfe qui « croyait hewreuse seWB h 
gouvernement édi femperèUïS d'Orient ■, bfc 
tarda pas à retomtier sotis le joug d'une aUtrfe 
natitMi ■enctorfe phis barbate Kjue !efe Vandalfe». 

Twtila, roi des G oths , A\i l'an 541 , ptfuï 
succédera Evàric, releVa teurdamihaliott^ 
et profitAtet de l'absence de Bélisaiït, il battit 
ïes Grecs en Italie et s'empara de la Sardai- 
gne vers l'an 647. 

L'eunuque Narsès qui succëife. à Béliiàiî* 
dans le commandemeat général des armées 
impériales , rétablit l'konnear des Grecs ^ 
défit,eiï 55s> les Oslrogoiiis^ combattant «ou» 
les titdres du méttie Ttitila qui f perdit k 
Me (i) , et il àfcheva , teh 553 , de tiièttt* m 
déroute le testé dé ces peuplés , côiïimàtitiés 
par Teïas , leur dernier roi j alors, la Sar- 
daignê, ainsi que lee autres provinces d'ï- 



(l) Vejez la prBure d». I , k k fin , àim une lelir» 
^ue Geliffière écrit à soa fière Zizeo -, rap^rtéfe par 
l'ara , lib. I, pog m, 

( 2 ) La bataille Ait âAaaée au Méitiè endf'olt où 
Camille avait vaînau Us OàdldU; utithHig pftr eé nui<- 
tii Susia Çalloru/tt. 

G 3 



., Vil, Google 



(103) 

talie furent réunies à l'empire d'Orient ^i). 
L'empereur Justinien , voulant réparer les 
dommages que la Sitrdaigne avait soufiTerts 
dans le lems qu'elle était occupée par les 
■ -tarbares ; et désirant pourvoir à la sûreté de 
l'île qui. était cootihuellemeat tourmentée 
par des peuplades appelées Barbaricini , 
établies sur les montagnes (s) et qui viveiiént 
de rapines , ordonna au préfet prétorien de 

(i) ProcopiusDe Bollo Goth. Ub. IV. cap.26, a8, 
S93a,33ei34, 

(2) Cet&ient des AfVicains faisant partie de celle 
horde de barbares (jui ruranl poursuivis par le codsuI 
tomain Tib. Serapronins Oracchus , el qui craignant ses 
armes , sp rërn^èreol sur les montagnes qui conservent 
encore le norn de Barbagie. Petil - être que ce sont les 
inême.s "aibares reliras sur les inontagnes dgnl parle 
Paiisani^s Ilevpter. Grœ. reg. lïb. X. n". 10, en ces ler- 
ines: nhm Trnj'anî, cum in morftana/n Tnsulœ regionerft 
coTifUpissejif , ibiqve se rupium eorifracfibiij , el valla 
jacfamuniHonihustutatiessent, Iliensium nomenadhuc 
retinent jjàcie ilUquidem , armatura , totaque eictus 
Totione Afrit persimiies. Dante a Tait mention de cea 
peuples dans son Purgatoire, chant XXIII par les 
vers suivans : 

Che la Parbagia di Sardigna astai 
l^elle fi^rnmine me è piit pudica, 
ÇhelaBarbagiadov'io lalasciai, 



.,reM.,G001^Jc 



X "S ) 

l'Afrique, à qui la Sardaigne était réunie , 
d'y envoyer Ùd général avec des troupes suf- 
Hsaotes pour lenîr en bride ces peuplades , 
et maintenir la tranquillité dans l'île (l}. 

Vers l'an 5y4 , les barbares poursuivis et 
vaincus par le duc Z aborda , ca[Mtaine-ge- 
néraldela Sardaigne, ayant résolu de refton- 
cer à l'idolâtrie , se convertirent à la foi ca- 
tholique , avec leur chef, nommé OspUone} 
par ce moyen , ils obtinrent la paix , et se 
soumirent à l'empereur (s). 

Au commeucement du huitième siècle , 
Vemjàre d'Orient se trouvant mal affermi 
par le chatigement continuel de ceux qui 
S''en emparaient , les forces et le crédit des 
empereurs s'affaiblirent , au point qu'il ne 
leur fut plus possible de donner des secours 
à l'Italie ni aux lies adjacentes , contre les 
incursions des Sarrasins qui s'étaient éta- 

' (i) lege z. Cad. de Offic. pmr. prEBt. Afric. ibi. Jn 
Sardiuiaaulem jubemusdiicem ordinart-, elcumjuxU 
moDles , ubi Barbaricsc gentes vidsniur aedere , haben- 
les mililes pro cmlodia loco.um, qneolosel ibi tua 
tsagniludo praevideril, ut omnos dit ige nier pro corn- 
' nUsis 3U89 cusiodite provinciîs invigileol. 

(a) Voyez les Epiires du pape St. Grégoire, lib 
JII,ëdil. de Paris, 1686, 25épit. 27 înd. 12, rapportée» 
^ la fin , n". a. 

G4 

LHi-reM,, Google 



C ÏA4 ) 
bU^ en E^agfle. ' La Sof dfiji^c ?e 'trouva 
^oc à cette époque libre et réduite à elle- 
pâme , puisque elfe ne pouvait plus tirer da 
secouns <çles empereurs d'Oriept , qui D'é- 
tAJeni pas en état d'y eoyoyer des troupes 
pour lu g^raotir de l'iavasioa des Maures 
d'f)$p4gfl.e jfjoiH jel|e c^^t menacée : ainsi y 
d»i)s J'aonée 8|0, dépourvue de for^ies, elle 
fut eq paFIi^ eDVfthie , ^insi que 1^ Corse , 
p?r ppe e»c«Jre trèS'fioosidémblB de ce$ 
peuples , et soumjse preisque tQUtç çfltjàre À 
Ipuv diji^natio.n (j). 

Les iS^fdes ne pouvast p\^ suppwter le 
jpug des.^ai-fa^ifîs , s'arjnèreat d'eus'mémf^s 
(;t les ch4s.sèrpat de to«te l'îje l'an 8ï3 (&)' 
ÇeuK-ci y Fetournèfent , faisaot voile des 
riyages de l'Afrique , arec un «FiqeiïieBt 

(i) Mauri de to4a Hispaaia , msKima cla&ie compa- 
ra , priuiu fùrJiiiuj)! , il^inil^ Coiùcua apfui»mal • 
Hully itiVMlop'tsaJdw ip!«iUia feoe tuttm aab^geTM»t. 
SS't^'-^.-^^n-al. MrifHC-, »a an. DCCCX. îuHIa, BiH. 
à^Stpegri» , dit à ce propos , ïa\. i lo : No htllo autfaot 
giave qiiee&criva |)or Ciouàtanle , iqiiehuviesse sida en 
algvu litipqpo tods Ula àa 8aFd(tBa .sojusquada debasodol 
jugodc losinfidAlt«,y la faite qtiegaBaroa Icshasido 
lap (.-osJksh ,goeal pipciodi.-9ii »iigi«e)odu>lria,l<tba 
halladp Ip quiJ el yajor uo pudierq. 

C») Iginardadan.DCCCXIII. 



,-eM„Gooi^lc 



( îo5 ) 
plus oonsîd^raHe ; mais une tempête fit- 
rieule fit périr sur les côtes de la Sardaigae 
fxot de Jeurs xaistemix (t). 

Les Sarrasins contiiniant toujours leurt 
«ftaqqes contre cette île , et le» habitane 
craignant d'être à la fin écrasés par ces 
barbâtes , eiivoy«srent , l^rcnée 8i5, des am- 
bassadeurs h l'empereur et roi de France 
I^uîs-le-Débonnaire, pour le prier de rece- 
roir les Sardes au nombre de ses sujets , et 
de les défendre des continuelles incursions 
des Maures. L'offre fut agréée , et depuis ce 
(ems , ta Sardaigue fut considérée comme 
étant sous la protection des empereurs d'Oc- 
cident (2). 

La protection impériale ne fut pas d'une 
graode utilité à la Sardiaigne , puisqu'elle 
ne cessa d'être tourmentée par les attaques 
éternelles des Maures d'Afrique ; et c'est de- 
puis cette époque , que les Saf des eurent re- 
cours à leurs propres forces pour s'en ga- 
rantir: ils s'armèrent sous la conduite dcleurs 
chefs auxquels ils donnèrent d'abord le titre 

(0 Voyez l'Epitre IV du pope léonlllà l'empe- 
reur Charlemagoe. 

(a) Egioardjlococitoadan.DCCCXV. . • 



( io6 ) 
de Juges, selon la coutume de ce fems (i). 
Ils livrèrent plusieurs batailles aux Maures, 
qui furent entièrement battus et contraints 
d'abandonner l'île par- la grande perte qu'ils 
y essuyèrent (2). C'est depuis cette Tictoire 
éclatante que la Sardaigue a ajouté à ses 
armoiries quatre têtes de Maures , en faisant 
allusion à quatre corps qu'on trouva parmi 
les morts , et qu'à la richesse de leurs turbans 
et de leur armure j on prit pour quatre rois 
Sarrasins. 

L'empereur donna par la suilfi à ces juges 
le titre de comtes, comme il l'avait donné 
aux commandans ou gouverneurs des autres 
provinces d'Italie , qui s'étaient mis par le 
même motif sous sa protection (3^ ; mais il 

(r) MuralorijAnliqnit. Mcdi. œv! , tom. I, Dîsserl. 
nir.col.399. 

(a) MaHrJSurtliniam qtioque agrcssi , commissoqiie 
ciim Sardis praaiio piilsî, el vieil, et multis .siioniiii 
omissifl recepeiiinf. Aiit. Moiiachus Beaedict. in Hisl. 
Francor. lib. IV. cap. 99. 

(3) Efîinard, ad Aniinm DCCCXXVItl, en par- 
UdI de rcxpédilion cODire les Maiire.i , iiiite par Booi- 
facecomlede Liiqiies, A\{ : ihi assumto secum Jratre 

Benreiithario, et aliis <}uibusdarn comitibus de Thuscia, 
Corsica etStrdî'iia, 



I!,,- Kl, Google 



parait aussi qu'en s'emparanl de toute l'nu» 
torité de leurs districts , ils préférèrent tou- 
jours de se donner le, titre dejiigse4, car nous 
les trouvons ainsi nommés auùècle neuvième 
dans la vie du pape Nieoias V*. (i) 

L'ambition ^pn inspire tout à ceux qui ont 
la. force en main , persuada à ces juges de se 
donner de^ns la suite le titre de rois, comme 
nous voyons que l'a fait l'an 900 Berlingerio 
ou Berertgano , dans une charte qu'il expé- 
dia en date du 12 mars , en ces termes : e^ 
dominas Berlingerius , rex dei gratiâ ^ do- 
minas de Corsica et de Sardinia , etc. {2). 
Depuis l'époque dç l'établissement de ces 
juges, on voit la Sardaigne divisée en quatre 
parties et en autant de dynasties ; et les chefs 
se donner le titre de row , çomvat juges et 
rois d^ CagUari ; juges et rois de Torres ; 
juges ei rois à'Avbôrea. ; juges-et rois de 
Gallura (3). 



(i) DeinsuIaSardinîaecircîteraDDumDCCCIjX'V", 
relalionem venisse , quod judices ipsius insulse cum 
]>ppula gu berna lioDJb us suis subjeclQ , etc. ^aslas. ia 
vj'la Nicolail, 

(2) Muratori autiquil. Medi avi loœe II j Bîssert. 
XXXII, col. 106.5 

Ç3j Mqthœi Sard. sacra cap. II. paragraphe 9. 



, .,.,i,Googlc 



.( i<=8 ) 
La ctrûte de l'Espagne souB la dommalion 
des Maures d'Afrique faciUta ûxi roi Muset , 
la conquête de la Sardaigne ; l'an looo il s'em- 
para de la ville de Cagliari après uœ vigou- 
reuse résistance de ses babitans tfisi se^déf^- 
■dirent long - tenis avec beaucoup de cou- 
rage co. 

Ije pape Jean XVIIÏ touché de ia maibeu- 
reme situation de la Sardaigne, publia Tas 
Ï004 une buîie par laquelle il invitait les 
puissances calboliquesà la délivrer de la do- 
minalion des Maures, et leur en promettait 
la possession (3). 

La république de Pise , déjà puissante par 
mer, et qui l'année précédente ioo3, arec 
BPS seules forces navales, avait b^ttu les 
Maures sur les côtes de la Sardaigne , sous 
les ordres de Victor Kicuochi (3) , fut la 
première à marcher au secours de l'ile après 
la publicalion de la bulle du pape. Elle réus- 
sit à délivrer le royaume du barbare Muset , 

(l) Tarcagnolta lïb. IX , part.- H, pag. 85. Trislan. 
Calch. Hist: MediolaQ.'lib. If. Annal. Pisan. adaunum 

1000. 

(s) Malhœi loc. cil. paragraphe 10. 
(3) Eoncioni Hisl. Pisana MS. lib. IL 



..BnieOb, Google 



( H>9 > 

wi délnnsant sa flotte , quoique avec beau- 
coup' de perte du côté des vainqueurs (i). 

Muset. retourna en Sapdaigne en toi6, et 
llattaqua avec des forces plus considérables y 
mais les Pisane ne se sentant paâ assez fort» 
pour combattre les Sarrasins, s'allièrent avec 
la républiqpe de Gènes , et par ce moyen , eu 
. 1017 , les deux armées réunies, battirent 
complètement les Maures , firent prisonnière 
la femme de Muset , et le forcèrent d'aban- 
donner enlièrementl'ile (2). 

Laconquèle de la Sardaigne fit naître desr 
contestations entre les- deux républiques qui 
avaient concouru à sa délivrance. Elles s'ea 
rapportèrent à la décision de l'empereur 
Frédéric Barberousse , qui jugea la grande 
question en divisant la Sardaigne en deuK 
paptie8:égales (3) 



(j) Bieviar. Hisl. Pisan. à devico.Tom. TI, Sigonius^ 
de aegno lialise, lib. VIT. col. 478. Pa^ ad an. MXYI^ 

^?. iQ. 

(2) Yoy«zceque j'âi.dit.à ce anjel dsns.moniOa-' 
Wage.; Syst&naunii^rsel des f^riacipes dudi»itmari» 
lime de lEurope. Tome I. pag, 204 et seij. éd. de Paris 
1799. 



(3) Troiici.&Qaalîl'îsam,pag< i&' 



,- -.M, Google 



(■w) 

Les deux républiques acquîescèlVDt à cette 
■ décision , et Muset ayant de nouveau attaqué 
la Sardaigne en io32 j elles agirent de con- 
cert pour résister aux fioutelles forces du 
barbare, armèrent une flotte combinée, rui* 
nèrent la sienne, et le firent prisonnier (i). 

Cette victoire jetta de nouveau la discorde 
entre les deux républiques victorieuses. Cha- 
cune voulait exclusivement posséder la Sar- 
dftigne pour prix de ses exploits et de ses dé- 
penses. Elles se battirent à ce sujet avec la 
plus grande opiniâtreté, et chacune d'elles 
tâcha d'envahir par la force la portion de 
Tautre. 

On eut de nouveau recours à l'empereur 
Frédéric Barberousse pour juger le diflerenti 
'mais en attendant cette décision , et pour se 
venger des Pisans, les Génois firent procla- 
mer et couronner à Pavie , le i^*". aoiît 1 164, 
roi de Sardaigne , Barisone, juge d'Arborea, 
à condition qu'il possédAait le royaume à 
titre de fief dépendant de l'empire; qu'il paie* 
relit un tribut annuel à la république, et fe- 
rait présent à l'empereur de quatre mille 



(i) Frevtar. Hist. Pîs.loc.cil.Tcoiiciloc.cil. 



,-re.t,, Google 



( ■!< ) 

marcs d'argent. Barisone se soumît à tout (i ), 
et les Génois !ui prêtèrent la somme qu'il - 
devait donner àl'empereurCa^. 
■ LesPisans, justement irrite's d'un procédé 
aussi arbitraire , s'allièrent avec les autres 
juges de l'île , saccagèrent les terres de Bari- 
sone, e\. les Génois en firent autant, par re- 
présailles, sur la Ville de Torres (3). 

Tandis que les deux républiques étaient 
occupées à faire valoir leurs prétentions, 
l'empereur Frédéric ayant oublié qu'il avait 
donné la Sardaigne au roi Barisone , en ac- 
corda l'investitiure au duc Guelphe VI , son 



(I) TronciADUaliPiâani ad anu. MCLXIV. Voyez 
la plècG L la fia de l'ouvrage n". lit. ' 

(à) Bariaone promit de remboarser la somme qu'on' 
lui avait prélée, avaal de débarquer dans son royaume; 
mais soil que ses nouveaux sujets ne Aiisent pas couten* 
de l'avoir pour roi , soit qu'ils fussent séduits par les 
Fisaos, il ne put trouver l'argent qui lui était nécessaire 
pour s'acquilter ; et le consul Piccamiglio qui l'avait ac- 
Gompagaé , le ramena à Gènes , où ou le donna en garde 
à quelques-uns des principaux bourgeois. Il y demeura 
huit ans, et n'en sortit que lorsqu'il eut payé ses dettes. 

(3) Annol.Pisan. ad an. MCLXIV. Callw. Annal. 
GêDuens. lib. I et IT. Sîgonius , Db regno Ilaliœ ad an. 
1 164. col. 769. 



..BriieObjGoOl^lc 



( ira y - 
oncle, frère d« Henri le Supwrbe-, dordec 
Saxe et de Bavière, celuiqui «loana Sclli noitc 
à la fameuse faction de» Guelphes^ Les Fiv 
saiQS , surpris de cet acte d'autorité , ettï»05*è- 
rent à l'empereur une ambassade asecderi-- 
ches présens, pour rentrer en posaeàsiotf db 
la Sardai^e. L'empereur, oubUant l'invM^ 
titure accordée à son oncle , redonna , pEUr 
son, diplôme expédié à Fraoefort au moie.de " 
mai ii6S , la Sardaigne à la fiépublique de 
Piee en entier et à perpétuité , à condition de 
lareconnaîtrecomme fief dépendant dé l'emr- 
pire j et il chargea le prince IHderic d'om 
jurer l'exéculioo (i). 

Les Génois, offensés de cette investiture, 
ne manquèrent pas de troubler la possession* 
des Pisans , en faisant révolter contre eux 
les juges de . <?ag-//ari' et à'Arhorea, <ïte qui 
produisit une guerre ouverte entre les- deux 
juges de Torres et dé Gaîlura ,, qui restèrent 
fidèles à la république de Pise (a). 



(i) L'original démette chulS' de-Fi^déric>exiBl«-ea— 
cgre.aux archives de Florence: j'enTappoils^iiw^KifMal 
à la fin de l'ouvrage. Voyez la pièce n*. IV. 

(ï) Tronci Annal. Bis. aAa». MCLXVr,LXV It 
el UCIX. CafTar. Aonal. Genueus ad dd. an. 

Pendant 



t "â ) 

' t*eDdaQt qiié les deux républiques enne- 
tmes,aiDsiquelesjuge& alliés se disputaient , 
les armes à la main, U possession de laSar- 
daigne, l'empereur Frédéric II, désirant 
faire rentrer cette île bous sa dorainalion^, 
profita des circonstances et du trouble géné- 
ral dans lequel se trouvait ce royaume, poUr 
persuader à la princesse jâdélasie , Veuve et 
béritjèré A^U^aldo, dernier roi de Galltifa 
et de Torres, d'épouser son fils bâtard , oonf 
taé Mnzo ou Enùo. 

Adélasie, afin de rentrer en grâce avec (e , 
pape Grégoire tX , qUi avait excomipuoié son 
Hiari , pour avoir eqvalii la province de Ca-. 
.gUarîf a^aif f^ùt, au»Ntôt aprèe sa morl^ une 
donation de ses étale à l'église Romaine, l'aa, 
t3^ j entre le» maine d' Alexandrie ^ légat du- 
pape : celui - ci cepeddast le» rendit Bur-ln-, . 
champ à cette princesse et â ses descendans , 
à condition qu'elle s'obligerait à payer an- 
nuellement au trésor du pape quafré livrts 
d'argent ; et que si elle venait à mourir sans ' 
enfans , lesdites proviaces resterwitfiirf déva- 
lues à la chambre apostolique ((). ' ' 



,-<l) HêyBaW..loir. TT. wl an.. », 17 »» s(;i4,Mw*l. 
aoliif.iited.awi'i ,tonï. TI. iÎHpETt.71. . , \ ., 

Tome T. H 



■M,, Google 



("4) 

Le pape , pour mieux assurer ces disposi- 
tions, proposa en Mariage à Adélasie ^ ua 
noble Guelphe de l'ancientie famille Pofca- 
ria; mais la princesse, guidée par l'ambilion 
d'avoir pour mari le fils de l'empereur, dont 
l'appui lui procurerait bientôt la possession 
de tout le royaume, se rendit à l'invitation im- 
përiale , et épousa Enzio la même année ( t ). 

Ce prince qui gouverna «a femme et ses 
états en vrai tiran , vint à bout de s'empa- 
rer des autres dinaslies , et se fit couroonerf 
par son père, roi de toute la Sardaigne. Son 
règne ne fut pas cependant de longue durée; 
car étant passé en Italie , en 1149 , où l'em- 
pereur l'avait nommé vicaire de la Lombar- 
die , pour aller au secours des Modéuois , il 
y fut pris , et conduit à Bologne , où il mou- 
rut en prisop le 36 de la même année (2). 



(i) Matbtei Sard. sacra cap. II, paragraphe 35. Gat- 
»no , BisL di Sar<l. lib. III. cap. 6. 

. (2) ■ Era inBologaaprigîoDeuofïglio diFrederico 
» ïmperalore , il <|uale Tu per nome Eaiochefure, il 
» qnaleiBologoesisiaVerBoopresoinEallaglia, ebuoD 
k lempo era slato in pregioqe. Queslî in questo tempo 
■ mori , et fu sollerat alla qhresa de' frati predîcalori io 
» Bologua, « con lullo che l'averano io Frîgione, 
> ii fecero i Bolognesi grand' onore. > Faolin diu 



..rireM>,G001^lc 



( "5 ) 

L^empereur étant mort , qnelques jour» 
après , la répubKque de Pise reprit la poss'e»-^ 
sioD de la Sardaigne^ qu'elle distribua en 
quatre dinasties comme auparavant , en don' 
nant la jouissance de celle de CagUari à 
François Conti; celle â'ArboTcay à Jeaa 
yisconli , comte dé Capraja ; l'autre de Gaî- ■ 
luTa, à un autre Viscontî , et la quatrième de 
Torres , à Vernagallo , personnage très-dis- 
tingué , et qui avait bien mérité de Ja patri'ç 
pour avoir repris la Sardaigne aux Juges qui 
s'étalent révoltés contre Pise , ap^ès l'excom- 
tûuni cation que !e pape Grégoire avail lancée 
contre la Bépublique , en la déclarant déchue 
delà doDiioation de l'ile (r). 

Les Pisaos qui, depuis, étaient resiés pai- 
sibles possesseurs de la Sardaigne, malgré le 
, courroux des papes, ne purent échapper à 
la fin à leur VeDgeance. 

En 1299, BoniFace VTII ayant besoin da 
l'appui du roi Jacques II d*Arragon , pour 



Piero in Cronica ad au. 1271. pa^. 39. Voyez Troocâ 
Aooali Fis- ad aa. 1271. Villaai Chron. FJoreat. lib. 
VI. cap. 38. 

(0 Tronoi Aanal. Pu. ad au. 1280. UglieHi lom. X. 
•ol. 122. 

Ha 



.M,,Googlc 



( "6 5 
contraindre le prince D. Frédéric, proclamé 
roi de Sicile ; d'oWir à l'église de Rome , et 
de renoncer à ce royaume, qu'il croyait lui 
appartenir souverainement ( i ) , le pontife 
hii promit pour récompense, non-seulement 
l'investiture du royaume de Sardaigne, dont 
il loi expédia snr-le-champ la bulle, mais jl 
le déclara gonfalonier de l'église et capitaine 
■général des armées destinées pour la con- 
quête de la Terre sainte contre les Maho- 
rnétam. Ije roi Jacques accepta volontiers ce 



. ■ (I) I.a prélenlion du saint sidge sur ce royaome csï 
fondée, selon Earenins.lom- XI Ann»!. ai m. 1073, 
Mrum donation qu» (DharleiMgne «o Si 4 l'église. 
Mais Milreqn'atocs le» Svraains en étaient les mailrea , 
tl que awrltimagne avait mauvaise gcace de doneer ce 
qui n'ëlail pas i lui , cet empereur ne pouvait faire une 
telle donaliop sans I» clause sairtjim Imptril. Oulro 
cela, jamais le pape n'a été en possession de celle ile, 
qtfila pourBol donnée, dit-il, «UJ roi. d-Arragon; 
^tCiiOlles de donations de choses qu'on ne possède 
pas, paraissent ridicules au-delà de tout ce qu'on peut 
imaginer. Cest «e qui a iiirdiie , que o'éBil meins 11» 
jjon nn'une permission de s'en eraparersi L'on pouvait 
Cet acte peut - il loudor un droit ? Aussi U maison de 
Savoie pos.sède-Mlle aujourdl.ui la Sardaigne à titre d. 
'royaiima bérëdiUlre et indépendant , et le papi mto» 
a reconnu le roi de Sardaigne en cette qualité. 



..oogic 



( "7 ) 

■ double -emploi , promit tout ce que le papo 
voulut ; et Cit^ment V, successeur de Bonifaçe, 
ne Bt ailcuue difliculté , ep i Sop , de lui con- 
firmer la même investiture (i). 

I.e roi Jacques, malgré toutes ses préroga> 
(îves , ne put cependant te résoudre à s'em- 
parer de la Sardaigne qu'en ïSaS. En consé- 
quence des démêlés qu'il eut aveo la répu* 
blique de Fise, il expédia, de Barcelone, ane 
flotte considérable , sous les ordres de l'infant 
D. Alphonse , et qui aborda au golfe dft 
Palmas le 14 juin de la même année. Lft 

^ prince prit possession du royaume au nom 
de son père et battit les Pisans, qui firent tous 
leurs efforts pour s'apposer aux, entreprise» 
de Tarmée caialaoe; mais après trois ans de 
guerre, ils en furent entièrement chassés t 
cependant ils n'évacuèrent totalement la Sar- - 
daigne, qu'après un traité de paix, du 24 avril 
1826 ( 2 ) , par lequel la république de Pige 



(i) Kaynald . Anoal. Ecoles, ad açn. i3o^. cap. 24, 
, VjOjez la pièce n". V. à la fiD de l'ouviage. 

(z) Zurila, Annal. ÂnagoD. tona. II, lib. Vl. cap, 
43. Vj[laDi,.Hi»l.¥loreuh lib. IX,cap. Say-Tronci, 
»d, à. na, 

H 3 



, -...ivX^iOOi^lc 



( 1,8 ) 

renonça à tous ses droits sur le royaume, en 
faveur des rois d'ArragoQ (i). 

Cest depuis celte époque que les rois 
d'Arragon et ensuite les rois d'Espagne, leurs 
successeurs, gouvernèrent la Sardaigne par le 
moyen d'un capitaine - général de guerre, 
auquel ils doupèreqt en 1478 le titre de vice-f 
Toi. 

L'an i354, plmieurs filles de Sardaigno 
sVtant r,évoltées par les intriguei des Pisans 
et des Génois, le roi D. Pierre y passa avec 
une forte escadre, battit les iosurgeus, et 
les villes rentrèrent dans l'obéissance. Il y 
tint en personne les premières assemblées àet 
états, appelées Cartes , composées, selon le 
système de Catalogne , des trois ordres, du 
royaume (2), et da^ns lesquelles il établit àt% 



(i) Vvyez ce Irailé dan» )e corps diplomatique du 
chevalier Sal Borgo , pag. 180. 

(2) Ces CorUt , ou ^latA^^n^raux, devainnt se lenir 
tous les Irois aDs ; tpais ordinaireineDl on ne le» assem-- 
blait quç de dix en dis ans. Les trois ^lal.i sont 
appelés stamenti. Le mililaire compreod tous fe» 
possesseurs de fiers el tous les nobles du royaume ; la 
7107- ■■, est composé des députés des villes et des villages 
•ujelsà la jiinsdiclioD royale; X'eccl^siastûjuetsifotaiÀ 
|i^r les archevêques, évèques, abbés el ciiapibes, 



..oogic 



(1.9) 

statuts concemaDt la sûreté et la conserratioa . 
de l'ile. Outre les églises qu'il y fit rëtablir, il 
.en fit bâtir de nouvelles; réunit leA évêques à 
leurs sièges, et en institua de nouveaux dany 
les eodroits où il les jugea nécessaires. Ce 
f rince fonda aussi des chapitreset des collégia- 
Jes avec des revenus convenable» : il bâtit des 
monastères et des couvens, en les dotant pout 
l'entretien des reli^eux qui devaient s'appli- 
quer à précber l'évangile. Il établit les règles 
d'un gouveroement aussi sage que doux , et 
publia des loix pour le bien de ses sujets* 
£nfîn ce monarque disposa du temporel et 
du spirituel avec tant d'équitéetde prudence, 
qu'après son départ , et même après sa mort^ 
la Sardaigne jouit , fort long - têms , d'une 
grande tranquillité, en observant la.police et 
les -réglemeos qu'il y avait établis. 

I^s Sardes et les Catalans lièrent dès-lors 
imesi étroite amitié, que la ville d'AIgher 
en Sardaigne, située près de Porto-Conte^ 
■où les bâtimens, arrivantde Catalogne, ve- 
naient aborder , fut nommée Barceîonetfe 
par les Catalans mêmes ; et non - seulement 
■les Barcelonais et les Algherais jouissaient 
Téciproquemeùt de tous les privilèges des 
■deux villes , mais il y avait toujouc» dans U 
juagistrature de Barcelone ^ un cit. d'AIgher, 
^ 4 

, II, .L.OO'^lc 



( I20 ) 

comme on en voyait ud de Barcelone dan^ 
celle à' ^/gher. 

Par-cetfe liaison avec les ^tats'd'Arragon 
fel d'Espagne , le commerce de la Sardaigne 
augmenta considérablement; maîa on peut 
dire ausei que la nation dominante n'y perr 
daitrien. I^ couronne d'Arragon, plusieurs 
fois réduile à de dures extrémités, tant par 
)es malheurs de la guerre, que par la disette 
des vivres, reçut de l'île de si grands secours, 
que les Arragonais donnèrent aux Sardes le 
nom àejrèrfs. 

Malgré tous les changemenfl arrive'» par la 
Buite à la couronne d'Arragon , la Sardaigne 
persista toujours dans spn dévouement et ,sa 
pdélitô envers ses monarques ; et ne leuc 
donna jamais le moindre chagrin , quoique, 
en plusieurs occasions , elle eut lieu de se 
plaindre du mauvais gouvernement de ses 
vice - rois , qui la désolaient par leurs pil- 
lages , et quelquefois par leurs cruautés j 
au contraire , elle porta très-patiemment -le 
|oug, se soumit à toutes les impositions 
jusqu'à' la dernière extrémité, pt se montra 
toujours disposée à se sacrifier pour les be? 
foins de ses souverains :«t si la Sardaigne 
«e rendit facilement à l'armée autrichienne 
FP 1708, la faute doit en être attri|iMép k 



_.ooglc 



ceux. q\û la gonreraaieot au nom du roi 

d'Espagne, comme nous le verrons dans Ip 
phapitre ^uiv^ut* 



L)i.-raM,,G00glc 



( I«) 



C H A P I T R Jï. V I I. 

Affaires de la Sardaigne depuis 1701 jus- 
qu'à 1720. 

Xj'AN 1700, le roi d'Espagne Charles II 
étant mort , et le duc d'Anjou, second fils dm 
dauphin , fils de Louis XIV, ayant succédé , 
en vertu du testament de Charles , à la, cou- 
ronne d'Espagne , sous le nom du Philippe V, 
le royaume de Sardaigne, comme les autres 
états de la monarchie , lui prêta le germent 
de fidélité en 1701.. 

Malgré l'attachement que les Sardes , en 
général , avaient montré pour le nouveau roi, 
quelques familles des plus illustres du royau- 
me , à l'exemple de plusieurs autres d'Espa- 
gne, favorisaient le parti de l'archiduc Char- 
les d'Autriche, qui avait aussi pria le nom 
de roi d'Espagne , et s'était reh#u à Barce- 
lone, en 1705, où ce prince fcsait sa rési- 
dence. 

Les conjurés s'y tenaient très-cachés , car 
^tant partisans de la famille de f^il/asor, 
ennemie secrète de la France , ils étaient for- 
cés de se conduire avec uae extrême circoos- 



, Ki.jCooi^ic 



( 123) 

pectlon. Leur mauvaise intention ^accrut 
lorsqu'ils crurent pouvoir espérer d'être sou- 
tenus par d'autres familles de l'île : car ce 
fut dans ce tems , que le marquis de F'alero, 
TJce-roi de l'île, 6t arrêter le. marquis de 
l^îlîa - Clara , D. Joseph ZatriUas et D. 
Saîi>ator Lochi, juge de l'audience royale, 
qu'il fit embarquer sur un vaisseau français 
et conduire à Toulon. Il fit ensuite arrêter ua 
médecin, membre du magistrat de la ville de 
Cagliari : tous ces prisonniers étaient vérita- 
blement innocens, quoique lés apparences 
fussent contp'eux. 

Un religieux de l'ordre de la Merci , nom- 
mé Triocas , se trouvait a Sarragosse lors- 
qu'on, y apprit que l'archiduc Charles avait 
été proclamé à Madrid, roi d'Espagne. Ce. 
moine s'jmaginant sur cette nouvelle , que 
l'Espagne était perdue pour le roi Philippe 
V, se servit de ciuelque pouvoir qu'il avait 
des personnages dont je viens de parler , et il 
présenta, en leur nom , à l'archiduc , un mé- 
moire que ce prince envoya au marquis de 
las Minas , pour qu'il le fit examiner par le 
conseil d' Arragon qu'il avait forméà Madrid. 
Ce mémoire contenait la demande du mar- 
quis de Villa-Clara pour obtenir le gouver- 
petQent des caps de Cagliari et de ■ Gatlur^ 



i-reM,, Google 



( "4 ) 
dont D. Vincent Beallar était.pourvu; une 
autre demande de D. Salvator IxjcM, pour 
la place de régent provincial au conseil d'Ar- 
ragon,' et une troisième du corps des-magis- 
trats de la ville , pour être confirmés , encore 
une année , dans leurs fonctions. 

La présentation de ce mémoire à l'arclii-^ 
duc était une espèce de reconnaissance des 
droits de ce prince ; et pour des sujets qui 
TÎvaiefit en Saidaigne, c'était sans doute ud 
crime , mais, dont le moine Trincas était seul 
coupable. Quoiqu'il en soit, l'arrestation du 
marquis de )^z7/a-C!/ar(i, blessa presque toute 
la noblesse qui tenait à la maison Zatnillas , 
une des plus illustres de l'île ; ce qui fit aug- 
menter lei nombre desméconténs, et l'op n'ath 
tendait que le moment favorable pour éclater. 

Le même Trincîis donna encore à l'archi? 
iduc une liste de ceux qui ^outenaieat son 
parti. Les mémoires de ce moine imprudent 
qui mettait tous ses ami» au rang des parti- 
sans de la Maison d' Autriche, tombèrent 
«ntre les mains du roi Philippe à la reprise 
de Madrid : il les envoya au vice-roi , M. de 
Valero, pour en prendre connaissance et châ» 
fier les coupables. 

Lé caractère douxctpacifiquedu vice-roi 
jie lui permit pas de sévir contre tant de per« 



,-Ki,Gooi^lc 



( It!5 ) 

sonoes distinguées, surde simples soupçons, 
peut - être aussi lui cacha - 1 - on la vérité : 
ainsi pouvant dès-lors exiler, au moins ceux 
qui furent depuis la cause de sa perte , il les 
laissa tranquilles, méprisant, disait-il, leur 
peu de pouvoir, ou plutôt n'ayant pas assez 
de troupes pour attaquer la conjuration. 

Les partisans de la Maison d'Autriche en 
Sardaigne n'igooraient pas les vrais motifs 
de cette conduite^ et la crainte qui les agitait 
les fit songer à prendre des mesures pour leur 
siireté^. 

Quelques mois après et vers le commence- 
ïiieat de l'année 1708 , le marquis de la Ja- 
maïque, D. Pierre de Portugal y Colomb 
succéda au marquis de Valero : le nouveau 
vice-roi , homme très adroit , rusé et intelli- 
gent , sachant faire ses affaires et aimant 
fort à s'enrichir , ue larda pas à pénétrer le 
génie et les plus secrettes inclinations des 
Sardes. C'est le témoignage que le marquis 
de Saint - Philippe lui rend dans ses mé- 
moires (i) , contre le sentiment de ceux qui 
ont cru qu'il avait été trompé par le comte 



( I ) yqyez Memorias para servir ft la biHoria d« 
Eapagba , (ibre quarlo. 



,-eM„ Google 



( «6 ) 
de Monte-Saniô et le marquis de Villasorf 
chefs du parti autrichien. 

Il est certain qu'il fut d'abord instruit de 
leur mécontentement ; mois il ne jugea pas 
à propos de le témoigner, n'étant pas ea 
éXaX de leur tenir tête, parce qu'it manquait 
de forces suffisantes pour se faire respecter. 
li en demanda plusieurs fois en France et 
en Kspagne; mais M. Amelot , alors am- 
bassadeur de France à Madrid , méprisa le 
danger, d'autant plus qu'il ne faisait aucun 
cas de laSardaigne, prétendant qu'elle était 
inutile à la monarchie , et qu'au contraire 
elle lui serait à charge si l'on était obligé d'y 
entretenir des troupes* 

Les ministres espagnols qui coijnaîssaiedt 
mieux l'importance de cette île , étaient d'a- 
TÎs contraire dans le conseil du roi ', mais 
comme on n!avait d'autres soldats à y en- 
voyer que ceux que la France fournirait , 
Amelot , malgré son ignorance , était en ce 
point l'arbitre des résolutions. Au reste , il 
manda au marquis de la Jamaïque que le 
roi recevrait ses excuses , s'il perdait la Sar- 
daigne faute de troupes suffisantes pour la 
défendre. Celui-ci prévoyant l'impossibilité 
de se soutenir par la force en cas d'attaque 
des ennemis , se flatta- au moins de pouvoir , 



..gniaOb, Google 



( "7 ) 
par son habileté et son adresse , la conserver 
pendant sa vice-royauté. 

II essaya de gagner le comte de Monte' 
Santo et 4? se l'attacher^ mais celui-ci ne 
le cédant pas an vice-roi dans l'art de feindre 
et de dissimuler , sût se maintenir dans la 
faveur des deux partis , avec tant d' adresse , 
que le succès répondit enfin à ses désirs. Il 
montra plusieurs fois du marquis de Valero 
et ensuite au marquis de la Jamiû'que , - des 
lettres du comte de Cifucntes son frère, 

, qui l'excitait à la révolte , mais il leur cachait. 
les plus importantes. Il sacrifiait quelques 
émissaires tandis qu'il en protégeait d'autres, 
au point- qu'il passait pour un sujet fidèle à 

, Paris et à Madrid , pendant qu'on le regar- 
dait à Barcelone comme très-attaché à l'ar- 
chiduc. 

Il connaissait tous ceux qui étaient de son 
parti , et ne se fiait à eux que bien à pro- 
pos , persuadé qu'il ne 'devait compler- 
que sur ceux qui étaient dévoués à sa mai- 
son. Il se défiait beaucoup des partisans du 
roi Philippe ; et quoiqu'il y eût parmi eux 
des personnes d'un grand crédit, il avait su 
le dimioder aux yeux du vice-roi , au(juel 
il voulait persuader que sa famille (itait la 
plus puissante de l'île , et la seule qui pût 



,-re^l„G00glc 



( I3g ) 

défendre le toyaume qui était, diiaît-il , 8ttf 
le penchant de sa ruine , par i 'indifférence! 
que la plus grande partie de la noblesse avait 
pour les intérêts du roi^ et parce qu'il man- 
quait de troupes pour rassurer les habitans 
de l'ile qui étant accoutuoiPS à vitre tran- 
quilles, depuis quatre siècles , auraient peine. 
à contenir leurs craintes aux premières me- 
, naces d'une guerre. ■ 

Le comte de Cifuentes avait d<?jà dressé un 
plan pour la conquête de la Sardaîgne , dans 
lequel 11 exposait l'ulililé qui en résulterait 
pour les alliés , par la situation dçs ports et 
la fertilité de l'ile. Il fut approuvé à Vienne 
et à Barcelone, et ne fut pas désapprouvé 
à Londres; les Anglais seulement ne vou- 
laient pas être" obligés de fournir des troupes, 
de débarquement pour celte expédition, ai 
qu'elle retint long-tems leurs forces navales. 
En attendant leur arrivée dans kt Méditer- 
ranée , l'archiduc ordouna au comte de Q- 
fuentes de cultiver les intejligences qu'il avait 
ménagées en Sardaîgne ; car il se vantait 
d'en avoir beaucoup , et assurait que le 
comte de Monte-Santo son frère , ne mao- 
(juerait pas de Taider puissamment. 

Les premières étincelles de la révolte se 

manifestèrent à la Galluxa, où k comte avait 

envoyé 



( i29 ) 
fenVoyè de Barcelone quelques moines Sarde» 
chargés de diflFérentes lettres. Cinquante 
hommes qui pa89èi;ent en Corse avec D. 
Gaspard Mugira et un certaiii Borras dtt 
Cagliari , jetèrent les première» semences dé 
la rébellion à Tempio , capilaîe de la Gal- 
lura (i). 

Quelques nobles , et plusieurs des princi-^ 
paus babitans de cette ville , se mirent' à là 
têle des révoltés , et proclamèrent l'archiduc 
le 20 janvier 1708 , dans cette prorince j 
après avoir surpris la lourde Longo-Sardo 
et le fort de Castel Aragones , aujourd'hui 
Castel Sardo , qu'un nommé LucquesMan' 
conl; avait promis de leur livrer (2). 

Le marquis de la Jamaïque , iuformé do 
ce complot, de la touche même d'ua de» 
conjurés D. Etienne Serafino de Tempio, 
envoya le comte de Moute-Santo pour ap- 
paiser le feu naissant, dont celui-ci , comme 
le principal auteur, avait pleine connais* 

(1) Province laplus puisa^nledel'tle ptirsa.siluation 
•t par Le géaie guerrier de ses'habilans ; elle fait parlîe du 
lnarc|iHsat d'Oraai, possédit^srte duc d'Htsar, espagnol. 

^2) Lucques Manconiélalt un misérable cfue ta pau- 
vreté portail irecouriràdei meyem aussi làcheapoiv* 
•'•nriçhiix , 

Tome I. I 



i-reM, Google 



( iSo) 

6ance(i). Le comte se rendit à Tempio avec 
la qu£i)ité de lieutenant du vice-roi , ce qui 
surprit tous ceux qui le connaissaient fort 
mécontent du gouvernement eepagdol ; mais 
le'yice-roi avait voulu le gagner par une 
marque de confiance, et il se trompa. Le 
comte se voyant maître de conduire cette 
graçde affaire selon ses vues , retint les sé- 
ditieux dans Je royaume, et se contesta de 
les faire comparaître juridiquement devant 
le vice-roi , avec promesse de ne point être 
inquiétés : il se borna à leur faire donner 
la ville de Çagliari pour prison. .Ceux qui ne 
voulurent pas se fier à la parole du comte 
se sauvèrent à Barcelone j il s'en ven- 
gea en détruisant leurs maisons et en confis- 
quant leurs biens, pour les punir, plutôt de 
leur peu de confiance que de leur crime. 
' Cette apparence de châtiment appaisa les 
troubles de la Gallura^ mais elle ne servit 
qu'à avertir les conjurés, que l'on retenait 
dans l'He , de remeltre à une occasion plus 
favorable le projet de faire éclater leurs 
mauvais desseins ; et lorsqu'ils crurent qu'elle 

(l) Mancoiii lui avait fait leDÏr par sou fils dèj lettres 
(lu comte CiFuenles, qu'il n'eut garde de montrer aa 
vice-ioi , comme toutes celles de moindre importance. 



,-reM„G001^lc 



( i3i ) 
ëiail arri\^e ', ils s'évadèrent de Càgllari j où 
ils (étaient- prisonniers sur leur parole. 

Le roi'Philippe V, élaat ioformé'detoni 
ces évènemens, ordonna au vice^roi d'en- 
voyer à la Gallura , en qùaiilé de lieutenant* 
général D. Vincent Bacallar , gouverneur* 
du cap de Cagliari) lequel «'étant trans* 
porté sur-le-champ à Tempio , sut gagnët 
l'affection de la province , et força les sédi* 
tieux de se retirer en Corse^ 
■ -Cette conjuration, au reste, nVlait pa4 
capable d'çiilever le royaume à la couronnô 
d'Espagne , puisqu'il fallait , avant tout , se 
rendre maitre de Cagliari ; or , quoique le» 
conjurés eussent des partisans dans plusieurs 
villes , là capitale donnait la loi j et cette 
ville étant éloignée de cinquante lieues de td 
Gallura , dont les habitaiis étaient lails crédit 
et sans moytms , il ne leuf" était pas pdâsîbîg 
de traverser le-pays sans,être par-tout re- 
pousses par les partisans du roi Philippe^ 
qui étaient en plus grand nombre dans tout 
le royaume. - ■'■■•' ^ 

En iostfuisant le procès des coupables? 
D. Vincent Bacallar. découvrit la source 
de la révolte de Tempio , et trouva en rtié^é"^ 
tems , qu'elle s'étendait jusqii''à Cagliàri-t l ' 
-écrivit en conséquence au vice-roi , lé iS 
I a 

■ uiriieob, Google 



f l35 ) 
m^i , ' qu'il était très - important de faire 
sortir sur-le-champ du royaume, et d*eoT 
yoyer en France le. marquis (Je .Villasor , 
le comte de Monte Santo , le marquis de la 
.Guardia , le;mai'(|Vis;de,Ias Conguistas, IX 
Michel de Cerbl-Iloq , et D. Gaspard Car- 
nicer, iplendant du domaine , royal ; pour 
flue la flolle cnnemîe ne trouvât -plus dans 
Vile les conjuriiîs sur lesquels elle comptait ; 
que, guoi<|u'iI en restât encore d'autres, ils 
étaient moinsaccrt'diiés, et seraient intimides 
par le châtiiîipntdes premiers ; qu'eu consé- 
quence .il- fallait, en Mme tems, et àla-même 
lieure-, faire arrêter el tenlbarquer sur les 
vaisseaux les plulôt ipréls., 'quelque nobles 
de Saasarij'd'Alguer, de' Caste! Aragones 
Çt de Tempio,;.aËn que l'île étattt ainsi pur- 
gée d^ .partisans aulfichiehs., 'elle n'eut 
rien à appréhender., à moins ^ue la flotte 
n'amenât des tBoypes nombreuses de débar- 
quement. 

Xê marquise 'là'. Jamaïque manqua de 
courage pour exécuter ce qu'on lui.propo- 
sajtif'ou il, pensajpeut-étce que ce coup d'au- 
torité. précipiterait' )a peffe de l'ile. II négli- 
ge^ oetavis-;-niaiS' voyant que la cour persis- 
iaità lui refuser des troupes, il résolut de li- 
vrer Ga^iari aussitôtque la flotte paraîtrait. 



1-reM,, Google 



( .33 ) 

et de capituler pour obleoir sa libnté. Ce 
parti qu'il prit seccètemeot , l'attacha encore 
au comte ds Monte-Sanio ^ et il éccrivit A 
forlement au roi en sa faveur» que le luartiuia 
de Villasor, son beau -père, fut fait grand 
d'Espagoe. Cet honrKîujf , qu'il souhaitait 
avec tant de passion , ne le gagna point au 
roi , et ne fît point re^rep-Ie comte dans son 
devoir, parce que l'aFcliiduè lui en proxoetbait 
autant, si appuya,Qt ses intérêts, ilréusûssai.t 
à lui livrer la Sardaigne. 

Les afifaires état«at. i^ns $et éiat, loraquo , 
le 9 du m.o\^ d'août d« la même £mQ<^e i la flotp 
anglaise commandes par l'îttnif&l. l^ti^Ct pa- 
rut sur les côtes de la S^i^Ialgne : elle çott!^ 
lait en quarante vaisseaux e\ t^m; ^^ilai^4r?8, 
et elle uc portait de troi^pfta e^p^ii^Ijesqu'ui} 
régiment □ouvellemeat levé ^ Bafcelpp?* 
Le comte de Cifuente^ Xpx^ Vaïchiduc avflit 
nommé vice-roi , était ^f Ifi ll^ttc , 9t ï^k^ 
avait ordre de ne débar-quer que le ïségiïWflt, 
et de tétcher de se rendre maître ^ Ç^glifiri 
sans mettre d'autres troupe^ à terre. Il lui 
était aussi çnjojnt , au ç^s qup les pr-op^ç^sc? ■ 
ducomtp de Cifuentes f^^içnt sans solicité.) 
de bombarder la ville etdp reprendre la rçutp 
de Barcelorie , après appîr enypyé le com^p 
prisonnier à Fiq^ sur ^ny^s^au, ainsi qua 
13 

LH.-reM„G001^lc 



( i34 ) 
D. François Pez, et D. Jeail Valentirio d© 
Tempio, auteurs du premier soulèvement d© 
la Gallura, et qui étaient embarqiiés aveo 
hii, C'éraient eux, en effet, qui avaient as- 
suré que leurs parlîsans marcheraient au 
nombre de 2000, bieïi armés, pour faciliter 
le débarquement près de Cagliari ; et ce fut 
«ànsi que le vice-roi le manda àD. Vincent 
^acallar , ep lui apprenant que la Sotte an- 
glaise avait paru dans le golfe. 

D'après cette nouvelle, celui-ci posta ses 
troupes de manière que non - seulement les 
irioijtftgnards "rebelles ne pouvaient sortir de 
la province, mais même il leurét^it impos- 
sible (Je s'éloigoerde la montagne de Limbara^ 
où ils s'étaient réfugiés. Ainsi il assura le 
marquis de la Jamaïque, que les rebelles ne 
pourraieot rien entreprendre contre la ca- 
pitale ; et il ajouta que quand même on per- 
drait cette ville, si le vice-roi se retirait à 
Sassari avec la noblesse qui voudrait le sui- 
vre , il n'y avait point de doute qu'on ne 
fût encore en étal de conserver l'île ; qu'il 
avait envoyé à Cas/el ^ragortes D.Joseph 
Dec, homme affidé, pour garder la forte- 
resse, et que D, Michel Ruit» veillerait avec 
d'aulant plus de soin sur la ville d'Alguer, 
Vj\£'û était ennemi personnel de I>. Aloo» 

UirireM,, Google 



( .35 ) 

Bernarel de Cespedes , gouverneur de la 
place , et qu'il se proposait de le faire arrêter 
comme ayant trempé dans la conjuration. 

Laflolle anglaise reparut le 12 août, entre 
le cap Carbonara et le cap Pula , faisant ef- 
fort pour gagner le port de CagUari , quoique 

. elle eut le vent contraire. Aussitôt la ville se 

r remplit de trouble et de confusion, sans que 
personne songeât à la défense. Le comte Ma- 
riant, milanais, commissaire-général d'ar- 
tillerie, se disposait à remplir tes devoirs de 
sa charge; mais au lieu de trodver les ca- 

■ nonniers sur les rempn."ts, il n'en trouva pas 
un-seul, parce que dépendant tous de D. 
Gaspard Camicer,^ directeur de la monnaie, 
pour lequel ils travaillaient , ils étaient ins- 
truits d'avance de la manière dont ils de- 
vaient se conduire dans l'occasion. A l'égard' 
des autres, le marquis de la Guardia et le 
comte de Monte-Santo les avaient gagnés par 
le moyen de quelques personnes attachées à 
leurs familles ; ainsi les remparts se trou- 
vaient sans défenseurs au moment où la flotte 
ennemie était déjà à la portée du canon. 

Cette négligence préméditée consterna le 
yice-roi , et prouva clairement la conjura- 

, tion. Ce qu'il y avait de plus considérable 
parmi la noblesse, accourut au palais, ea« 



(.36) 

tr'aufres le marquis de TTillasor, le comte 
de Monte-Santo , le marquis de la Guar- 
dia, le comte de Saint- Antoine, sicilien , 
et plusieurs aulres qui , partisans secrets de 
la rëvolle , et n'étant pas disposas à le secon* 
^ der dans la défense de la ville , lui en exagé- 
raient l'i m possibilité et le pressaient de so 
rendre. Au contraire, le comte de Moniaifo , 
son lils aine D. Félix, et D.Joseph Masones^ 
le comte de Saint - Laurent, et son fîls le 
comte de Saint-George , D. François Jï/ancd, 
et le comte idel Castilîo , D. Félix Nin ,. s'of- 
frirent de la meilleure grâce pour l'aider à 
repousser l'ennemi. Ce dernier, sur-tout, plus 
entreprenant que les autres , sollicitait vit-e- 
ment Je vice-roi de prendre un parti , et de 
donner ses ordres; mais le marquis de la 
Jamaïque, craignant peut-être de perdre lea 
trésors qu'il avait amassés, ne mettait aucun 
ordre dans tout' ce qu'il commandait ; et 
d'ailleurs quatre compagnies d'infanterie qui 
composaient toute la garnison de la place, 
ne lui obéissaient déjà plus. Deux capitaines, 
savoir D. André Alberto, espagnol, et D. 
Antoine Pereyra , portugais, du nombre de» 
conjurés, et secondés de D. AotoioçVieZf 
portugais, sergefit -major de la ville, esci» 
talent le peuple à se soulever pour faire on» 



..BnieOb, Google 



( >37 ) 
vrir les portes. Oa ordoDaa à la cavalerïs 
milicienne de marcher; mais )e comte do 
MoDte-Santo qui la commandait,' les révo" 
qua, et elle lui obéit , voyant que soa crédit 
et ses desseins prenaient ie dessus. 

L'amiral anglaîs-eovoya parune chaloup» 
parlementaire, nne lettre au vice-roi, dont 
le contenu était injurieux à la France et au 
roi Philippe Vj il demandait avec menace» 
la reddition de Cagli^ri, à la quelle il pro- 
mettait , au nom de l'arefaiduc , la confirma- 
tion des privilèges accordés jusqu'au règne 
de Charles IT inclusivement. Le magistrat 
de l'audience royale, auquel le, vice-roi fit 
part de cette lettre , protesta de se conformer 
à ses ordres, et offrit de faiie défendre la 
ville par des sujets fidèles qui s'offraient de 
tous côtés; mais le marquis de la Jamaïque 
prenait déjà, avec le comte de Monte^anto, 
D. Bernard Cariguena , archevêque de Ca- 
gliari, et le comte de Saint - Antoine , des 
mesures pour capituler. L'archevêque ne 
s'était pas déclaré ouvertement en faveur 
de la Maison d'Autriche; mais il n'avait 
pas été fâché qu'on le crût à Barcelone 
partisan de l'archiduc : il était vérilable» 
ment indifférent pour l'un ou pour l'autre 
parti; et ne cherchant ^u'à jouir de son ar» 



i-reM-, Google 



( i38 ) 
chevêche , il vivait Uen avec tout le ihonde , 
et s'accomodait à tous les partis. Le marquis 
àe la Jardaïque ne demaudait que la liberté 
de se retirer en Espagne avec son riche 
équipage} du reste il laissait au magistrat 
de l'audience royale le soin de régler avec 
les ennemis ce qui concernait tes iutérêts de 
la ville ; il ajoutait qu'on devait permettre 
la sortie du royaume à tous ceux qui le dé- 
sireraient : c'est ce qu'il déclara verbalement 
au comte de Monte-Santo, en le chargeant 
d'obtenir ces conditions de l'amiral anglais. 
Le comte ne s'oublia pas dans cette eon» 
joDcture; et pour vendre plus chèrement ses 
services à l'arcbidnc , Il se garda bien de 
faire envisager à l'amiral la reddition de l'île 
comme une chose aussi- prochaine et aussi 
facile. Le vice-roi avait demandé vingt-quatre 
lieurês pour faire réponse à la sommation de 
l'ennemi ; Monie-Santo cacha adroitement 
le pouvoir qu'il avait de lui pour conclure : 
et afin que la chose parût plus difficile , il 
conseilla à l'amiral anglais de bombarder la 
ville, celle nuit même, sans attendre la ré- 
ponse du vice-roi. On prétend que ce conseil, 
donné par le comte , était le résultat de ce 
qui avait été arrêté dans une assemblée tenue 
chez l'archevêque , à laquelle assistèrent 



..gniaOb, Google 



(13,) 
François Esgrechio , chef du magistrat ; t). 
Gaspard Carmceret.\e comte dnS. Antoine, 
et où il fut résolu de se servir de cet expé- 
dient pour sauver l'honneur delà ville, afin 
qu'il ne parût pas qu'elle eût capitulé sans 
être attaquée. Ce furent les mêmes qui con- 
seillèrent à l'amiral de faire le débarquement 
près de la hauteur dû cap Saiiit-Elie , et ils 
lui promirent que les habitans du faubourg 
de la Marine ouvriraient les portes de la ville 
Neuve afin que les ennemis s'en saisissent , ce 
qui rendrait la défense de la place impossible. 
La ville demandait seulement la conserva- 
tion de ses privilèges , et six mois de tems 
pour ceux qni voudraient sortir du royaume, ■ 
consentant à ce que leurs biens fussent con- 
fisqués , s'ils se retiraient dafls les états du roi • 
catholique.' 

On choisit pour porter ces propositions à 
Lake, dom Jérôme Saini-Just , à cause de 
son intimité avec la maison de Vilîasor. Il 
se rendit pour cet objet à bord de l'amiral , 
et comme le comte de Monte^Santo le con- 
naissait pour un honnne sûr , il se servait ds 
lui pour instruire le comte de Cifuentes des 
offres du vice-roi, car telle était la finesse 
de' sa politique , qu'il voulut . paraître fidèle 
jusqu'à la dérnièpe extrémité. 



,-reM„G00glc 



( HO ) 

Le peuple croyait que la capitulation étùf 
déjà rëgMe , et dormait tranquillement , lors- 
~ qu'à quatre heures du matin il se réveilla 
avec effroi au bruit des grenades royales que 
Lake fitjeler sur la ville et qui y causèrent 
quelque dégât. La confusion se mit bientôt 
parmi les habilans peu accoutumés à de 
semblables dangers j et la noblesse aban- 
donnant ses maisons , sortit en foule par la 
porte dite Boncamino. Tous, excepté D. 
Joseph Masones et le comte de Castillo , 
abandonnèrent le vice-roi , qui s'était relire 
dans le dehors de la place, à l'endroit ap- 
pelé le Bastion du Vent. Les Anglais dé- 
barquèrent au point i\\x'on avait marqué : 
on, ouvrit la porte de Ville-Neuve , quelques 
autres séditieux ouvrirent celle du Mole, et li- 
vrèrent en méme-temste fort qui la défendait 

Ces faits arrivèrent le i3 août avant le 
jour , et le vice-roi n'avait pas encore ca-r 
pitulé dans les formts , que la ville et la ci- 
citadelle étaient déjà au pouvoir des enne- 
mis. Les soldats qui gardaient les portes de 
la dernière enceinte les ouvrirent ; et Lake 
promit de remplir les conditions qui avaient 
été proposées , quoiqu'il n'y eut point de ca- 
pitulation signée. 

Les rebelles acrêtirent ensuite le vice-roi 



..gniaOb, Google 



( u- ) 

dans le palais même , parce que le bmil cou- 
rut qu'il voulait se sauver par le chemin qui 
conduit aux montagnes à'^ntzo pour aller 
joindre D. Vincent Sacall^r, comme le - 
comte d© Casiillo l'en pressait vivement , en 
lui remettant les lettres de ce gouverneur ; 
mais le marquis de la Jamaïque jugeant que 
sans troupes il lui serait impossible de se 
maintenir dans quelqu' endroit que ce fût, 
ke rendit a Lake , qui l'envoya à Alîcante sûr 
un vaisseau de guerre. Il traita de même tous 
ceux qai voulurent sortir du royaume, mais 
le nombre en fut très-petit ; il se réduisit au 
-comte de Casiillo, àD. Joseph JUasones, 
et à deux capitaines d'infanterie. D. An- 
-toioe de Navas fut le seul homme de robe 
qui suivit cet exemple j les autres restèrent 
,pour continuer à exercer leurs emplois sous 
-le nouveau vice-roi , comte de Cifuentes j 
qui prêta, tout de suite, le serment de vice- 
-rqi. 

La distribution des récompenses qu'on iît 
.aussitôt après , fit connaître tous ceux qui 
•avaient participé à laconjurationisn se ren- 
dant infidèles à leur roi légitime. Le mar- 
quis à.e.Villasor tîbtiilt les honneurs de là 
grandesBe : on donna au marquis de la Guar- 
4ia le gouvernement du cap de CagKari et 



,-eM„ Google 



de Galliira : le marquis de las Conguistas 
fut coufirmé deius sa charge de procurateur 
royal ; D. Gaspar Camicer fut conseiller 
d'Arragoii ; et l'on créa des titres pour D. 
François Pez et D. Jean Kalentino. • 

Le nouveau vice-roi comte de Cifuentes', 
expédia aussitôt des lettres circulaires dans 
toute l'île, qui se soumit saus résistance. D. 
Alonzo Bernard , gouverneur d'Alguer , li- 
. vra la place , et parce que dom Michel et 
D. Antoine Ruitz vpulurent s'y oppposer, 
on les arréla, et on les envoya chargés de 
chaînes à Cagliari. Castel Âragouès se sou- 
leva ; le gouverneur que D. Vincent Ba- 
callar y avait établi fut obligé de se sauv^ 
par mer. D. Vincent Bacallar ayant ap- 
pris cette nouvelle, et voyant que tout le 
royaume , excepté le lieu où il se trouvait , 
obéissait déjà à l'archiduc', quitta la Gal- 
lura, et s'embarqua .à Porto Torres d'où A 
passa à Boniface en Corse, et de-là à Ma- 
drid , où le roi Philippe V ■, en récompense 
de sa fidélité, l'Iionoora du tit^e de marquis 
de Saint -Philippe. Il donna pour la même 
raison la charge de gentilhomme de sacham- 
bre au comte de Casiilio , et D. Joseph 
Masones eut le titre de marquis de l'Ile Rossa. 
Ce fut ainsi que l'amiral Lake, presqu» 



,-,-eM„Gooi^lc 



( 143) 
sans hostilités , et avec deux lettres seule- 
ment , conquit le royaume de Sardaigoe . 
taadîs que pour le conserver il n'aurait coûté 
que de fermer les portes de Cagliarï i mais 
comme il u'y avait point de troupes de ligne 
dans l'Ile , le peuple se laissa séduire par le» 
suggestions de ceux, qui , par des vues parti- 
culières , et poussés par leur ambition /desi- 
raient de changer de souverain. 
. Après avoir laissé à Cagliari le nouveau 
régiment de Clariana , la flotte anglaise prit 
la route de la Sicile pour tâcher de soumettre 
cette île avec laDiême facilité. 

E01710, le conseil de Madrid ayant ré- 
solu de recouvrer la Sardaigne , on confia la 
conduite de cette entreprise au duc d' Uzeda; 
. et Von fit passer à Gènes le marquis de iSoin^ 
Philippe avec le comte del CasiiUo , afin 
qu'après s'être assurés des intelligences qu'on 
avait dans ce royaume , ils travaillassent de 
concert avec le duc ', auquel on 6t passer de 
l'argent et les munitions nécessaires pour trois 
mille hommes de débarquement. 

Le duc âeMedina-Celi, premier ministre 
du roi Philippe V , et tiont la trahison n'é- 
tait pas encore découverte , entra pour cet 
objet en^^correspondance avec le duc d*£7- 
zeda , et pressait en apparence l'exéGUîioa 



L) il- raM,, Google 



( »44) 
de ce projet. Il est certaia qUe ces drax srf- 
goeure élaient d'accord cotr'eux , et i! D*e«t 
pas moins vrai que' à'Vzeda ne traraillait 
pas eo fateur du rot Philippe V , qu'il faisùt 
profession de servir, puisqu'il tira en Ion* 
gueur l'expédition de la^ardaigne, jusqu'i 
ce que la flotte ennemie , qui transportât sept 
mille homtnes à Barcelone fut prêta à partir 
de Vado.Q'^X ainsi qu'il trompa les espé- 
rances des' Sardes qui souhaitaient at^em- 
ment de rentrer sous l'ob^ssancé du roi 
Philippe. 

Le duc à'ITzeda entretenait sout main une 
correspondance suivie avec le comte de 
Xhaun , gouverneur général de la Lombap- 
dieàMilan, et avec la comtesse â'Oropeza 
ca sœur, retirée à Barcelone auprès de l'ar- 
chiduc , à laquelle il révéla le dessein qu'on 
méditait. Il faisait même travailler k Gêne* 
ei publiquement aux préparatifs nécessaires 
à cette entreprise , qwe personne n'ea pou- 
vait plus ignorer ta destination. 

Le marquis de Saint-Philippe qui avîijt pé- 
nétré d'abord les mauvaisesinten tiens du duc, 
manda à la cour de Madrid une partie de ce 
qu'il en pensait , maie on n'en voulut rien 
croire. Alors le duc d'Uzeda ne négligea 
lien pour faire échouer cette entreprise ; sur- 
tout 

UiBnieObyCoÔi^lC 



( H5 ) 
tout lorsqu'il vit arriver à Gênes le marquii 
de Laconi , désigné vice - roi de l'île. Le 
<conile de Montalvo , D. AnXmax: Manca ^ 
marquis de Fiicntecilla, D. François De- 
litaîa , et quelques autres gentilshommes d« 
Sardaigoe. 

Pour tirer l'affaire en longueur il prétexta 
qu'il n'y avait pas à Porto Longone ua 
nombre de troupes suffisant pour faire l'em- 
barquement , en sorte que le marquis dé 
Saint-Philippe et le comte del Castillo fu- 
irent obligés de lever à leurs^ frais ^ un régi- 
ment auquel On donna le nom de Bacallar, 
D. Manuel Bacallar qui , quoique encore 
enfant, était prisonnier à Barcelone, en fut 
nommé colonel par le duc à'Uzeda ; en son 
absence, on en donna le commandement à 
D. Dominique Loi , officier très - expéri- 
menté. 

Le comte de Fuentea j arrEtgDnab » avait 
succédé au comfede Cifuenies , daai^ia. vice- 
royauté de Sard ligne. C'était un hqmnïe 
faible et sans énergie. Les chefs: dej^ £a£,tiprx 
.autrichienne n'étaientpas alors dansîe.-paysi 
Le marquis de Villasor, le comte AcMonte' 
Santo etD. Gaspar Carnicer étaient passés 
à Barcelone ; il eu restait bien quel^i}e?;.aU- 
Tome t. K 



LTigniacib, Google 



C.4<) 
très à Cagliari et à la Gallura , mais ils n*^' 
taient pas zissez puissaos pour défendre l'ile. 
Plusieurs des partisans du roi en étaient éga- 
lement absens^ les uns Taraient àbandcmuëe 
en 1708, et le comte deCifucntes avait exilé les 
autres. Du nombre de ces derniers étaient D. 
Antiogo Nin, D. François Guesada , au- 
diteur de l'audience royale , les frères Ruitz, 
et quelques genlilshommes de la famille Ma- 
sones , d(i at le comte de Cifuentes ne voulait 
souffrir personne dans l'île , pidsqu'il exila 
jusqu'à une dame qu'il fit passer à Naples 
avec d'autres gentilshommes de la Gallura ; 
la plupart des autres s'étaient réfugiés en 
Espagne pour éviter la persécution. 

Jl se trouvait dans l'île des gens de considé- 
ration dévoués au roi Philippe V, tels que les 
comtes de Saint-Laurent , de Saint-George^ 
et le vieux comte de Montalfo avec plusieurs 
individus de la nombreuse famille de. Ma- 
sonés. D. Pierre Amat , baron de Sorcoy 
D. Dominique Vîco, marquis de Sole- 
ptfittts , D. Michel Oli^'cs , baron de la 
Ptanar^a et d'autres gentilshommes étaient 
encore à Sassari , mais les présens et les ab- 
Sens n'y étaient pas asser riches pour pou- 
*oif entretenir des troupe» en campagne à 
leurs frais. 



i-reM,, Google 



( U7 ) 

On aurait à la vérité assemblé quelques 
Volontaires , mais on n'en eût tiré aucun ser- 
vice , parce qu'ils eussent été contraints de s^ 
retirer chez eux dès que leur» provisions au* 
raient manqué. Ainsi le succès de l'entre- 
prise dépendetit uniquement des troupes qup 
Je roi catholique devaiit envoyer, sans compr 
ter sur lesintelUgencea qu'on avait dans Tile , - 
comme le mandèrent plusieurs fois<à la cpor 
le marquis de Saint-PhiUppe et le. comtç d$I 
Castillo j chargés de les cultiver» 

Ils soutenaient qu'elles étaient inutiles , ^ 
qu'on pouvait se passer des Sardes pourvtf 
qu'an débarquât assez de troupes pour faitp 
le siège de Cagliari | et comme le r« , oc- 
cupé d'une guerre plus importante, ne pou- 
vait pas les fournir > on conyint de faire en- 
-trer par Terra-Nova , lieu affectionné au roi 
Philippe V , le comte de Mpntalvo arejC 
quatre cçnts hommes, le cpmt^ del Castillo f 
t>' Fraiiç6i5 éf\ Jielilfilff , les fcères fii^ts! , 
■et les Seritp.no. DeMX çent^^^u^'es ay^ {t 
jeur tête D. Joseph ^^p, dpV$ieptdé|}arquer 
sur la côte de Ca«tel - Ar^ojçieB ; \9 mte, 
«u tiombre de qvùn^ç ctmi^ .^ ç w^Hits p^r ief 
jnarqtùs de Laçojfi ,.(ïe! ^^nt-pkiUpp9y ^ 
iuentecilla et quelques autres geptiU^V»™?.* 
desQnés k cette expédition , (ievaientpp^drp 
K 2 



.iriîeM,; Google 



( 148 ) 
terre à Porre-Torre : au moyen de quoi , ea 
se saisissant de la partie supérieure de l'île' 
'on aurait fait tomber, par un simple blocus, 
les places de Castel - Aragones et d'Alguer. 
Le roi promettait de nouvelles troupes pour 
le siège de Cagliari , car celles" qu'amenait Je 
lieutenant-général D. Josepb d'Armendariz , 
21e suffisaient pas pour cette entreprise. 

Le roi PhiUppe V nomma le comte del 
C'astillOj.géDétal de la iavalerie Sarde , au 
cas qu'on pût s'établir dans l'île , et le duc 
d' TJzeda donna le rang de maréchal de camp 
au comte de Monialvo. Les troupes étaient 
dans des barques de transport, escortées des 
galères du duc de Tursis et de celles de Sicile, 
commandées parD. Charles Grillo-, quoique 
le marquis de Laconî eut la commission de 
général, ce qui fut le prétexte dont il se ser- 
vit pour quitter la cour. 

Il ne dépendait que du duc d'Uzeda de 
.faire partir les galères avec les bâlimens de 
-transport , mais il n'en donna l'ordre qu'a- 
près, que les ennemis eurent envoyé de Final, 
en Saï'daîgne, un secours de 600 hommes j 
jque le colonel Naboth y en eût amenésco de 
Barcelone, et que la flotte anglaise fût prête 
de mettre à la voile, afin qu'elle pût suivre 
la route des galères et faire échouer l'entre-'^ 



.irireM,, Google 



( U9 ) 
prise. C'était ainsi qu'il en ^tait convenu 
avec les ennemis par l'entremise du marquis 
d'yJriberti , envoyé de l'archiduc auprès de 
la république de Gênes, et du ministre d'An- 
gleterre, auxquels il donnait souvent, la nuit, 
des rendez-vous secrets dans une maison de 
campagne au faubourg de Saint - Pierre 
é'Arena , où il se trouvait déguisé. 

Les galères sortirent enfin , le i5 mai 1710, 
■ du port de Gênes } mais rien n'était encore 
prêt à Porto-I,ongone et à Lîvourne , ce qui 
causa une perte de tems- très-préjudiciable. 
On partit de Porto - Longone , le 2 de juin : 
cinq jours après ou arriva à Boniface , port de 
Corse , le plus près de la Sardaigne , et dont 
il n'est séparé que par un canal de trois 
lieues ; là , on fit les détachemens projettes 
pour 'J'erra-Nova et pour la plage de Castel- 
Aragode«. 

Le comte de! CastiUo débarqua heureu- 
sement à Terra-nova , et se logea à Saini- 
Simplicien; mais D. Joseph Z>tfo fut obligé 
de reprendre sa roule , à cause du mauvais 
tems , qui, pendant plusieurs jours, empêcha 
les galères d'aborder à PorioTorre , et les 
força àe regagner Boniface. La flotte en- 
nemie , commandée par l'amiral Norris 
arriva dans cet intervale , et débarqua miUe 
K3 



f iSô) 
hommes à Terra-Nova : ils attaquèrent les 
Espagnols postés à Saint- SimplJcien , firent 
prisonniers les 400 hommes qui y étaient , 
avec leurs chefs , et les embarquèrent poiir 
Barcelonne. 

Après avoir' accordé une capitulation au 
, comte del Castillo , quoiqu'on l'eût trouve 
en rase campagne , où il n'avait pas eu te 
tems de se retrancher, l'amiral Anglais remit 
à la voile , pour donnerlachasseaux. galères 
et aux bàtJmens de transport. lU étaient 
déjà partis de Booiface pour l'île de 1'j4-^ 
sinarfi , lorsqu'un officier , envoyé à Ter-» 
ra nova , pour savoir ce qui s'y passait, leur 
apprit que les ennemis avaient fait prison-, 
niers les Espagnols et les Sardes, et qu'ils 
poursuivaient les galères. 
- Sur cet avis on tint conseil de guerre , 
dans lequel quelcjues officiers opinèrent, avec 
le marquis de Saint-Philippe , de retourner 
à Boniface, pouF attendre le départ de la 
flotte Anglaise , qui portant des troupes à 
Barcelone, ne pouvait pas s'arrêter long-, 
tems dans ces mers ; d'autres , comme le 
duc de Tursis , furent d'avis de faire force 
de rames , et de se retirer à Gênes , parce 
que la mer étant calme , les Anglais n'au* 
wietit pu atteindre ae$ galères : cet ftvis fut 



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( 'Si ) 

adopté. On laissa les troupes et les viviet 
à \Ajaccio sous les ordres du vicomte 
del Puerto , qui mit les troupes à terre et 
lea sauva ; mais les Anglais sans égard |>ow 
la neutralité de la république de Gênes , 4 
qui la Corse appartenait ,- prirent , jusquçi 
60US Je canon à'Ajaccio , les bâtimens qui 
s'y étaient réfugiés. A l'égard des galères , 
le duc de Turiis les ramena heureusement 
dans le port de Gênes , où le peu de trou- 
pes et dé Sardes qu'elles portaient , se reu^. 
dirent le 23 juin. 

Ainsi s'évanouit une entreprise , qui , cODf 
çue avec trop peu de maturité , trop pré-r 
cipitée par ceux mêmes qui en désiraient 
le succès , dépourvue de troupes suffisante» 
pour la seconder , et trahie par le duc d'U- 
zeda, ne pouvait avoir une autre issue. 

Ce fut alors que la Sardaigne éprouva 
toutes les calamités qu'entraînent ordinai- 
rement après elle une opération de cette na'* 
ture,lorsqu*elle échoue. Les vengeances qu'oa 
a coutume d'exercer, en pareilles cunjonc- 
tures , furent sans bornes } et tous les prin- 
jcipes d'humanité furent cruellement oubliés. 
Ce n^auvais succès fut cause que plusieurs 
familles des pins illustres, et les personne» 
les plus eu état de contribuer à l'av^tage 
K4 



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( ,sO 

et à la tranquillité de la Patrie , furent obli* 
g^es de fuir , et de demeurer errantes dans 
les pays étrangers , tandis que leurs biens 
devinrent la proie du fisc , et servirent à l'ea-» 
tretien des plus grands ennemis du royaume. 
On vit plusieurs gentilshommes et des dames 
également respectables , par leur naissance 
et par leur honnêtelé, mourir dans les pri- 
sons. Les familles les plus anciennes et les 
plus capables de transmettra à la postérité le 
souvenir des entreprises mémorables des 
Sardes , .se sont éteintes depuis ces malheu- 
reux tems. Enfin telle était alors l'horrible 
bouleversement de l'île , que la nation écra- 
tée sous le poids du malheur , et plongée dans 
Une funeste apathie , paraissait insensible à 
son anéantissement. 

Cest dans cet état que la Sardaigne de- 
rint l'objet des spéculations politiques du 
congrès de paix ouvert à Utrecht e,t dans lé- 
quel on concerla de donner la Sardaigne à 
l'électeur de Bavière , en dédommagement 
d'une partie de ses états. Mais on s'apperçut 
dans les conférences , que l'Empereur ne voui 
lait point consenlir à ce qui avait été cqn:. 
cfu dans celle du 23 mars, où cet article 
avait été proposé. On apprit même par la 
fuite, que le pape n'y voulait pas donneç 



i-reM,, Google 



( iS3) 
les mains , soutenant que celte disposition 
np pouvait être au pouvoir de la France , ni 
de l'Espagne , ni de l'empereur , sans un con- 
sentement exprès du saint siège , qui pr^-> 
tendait en être seul le maître absolu , et le 
souverain légitime. 

Le prince Charles d'Autriche était ea 
Catalogne , où il disputait encore à Philippe 
V , la couronne d'Espagne , lorsque la mort 
de l'empereur Joseph , son frère , lui en donna, 
une autre. II fut ëlu roi des Romains le 3 oc- 
tobre , et couronné empereur le 23 décembre 
171 1 , à Francfort , où il s'était rendu (i). 

Le nouvel empereur s'opposa forlementà la 
paix j et y forma le plus d'obstacles qu'il put. 
Néanmoins , voularit par politique se con- 
former aux vues générales de l'Europe qui 



(r) L'archiduc «'embarqua le »7 seplembre sar la 
Ilolte anglaise, commandëe par l'amiral Noirît. Les 
Catalans ftirenl Irès-sensîbles à son départ, <]Uoi<]ueca 
prince lâcbât d'en adoucir l'smerlume en leur accordant 
de nouveaux privilèges, daus lesquels il les prêterait 
aux Castillans. Ces marques stériles d'une vaiue recon- 
naissance ne tendaient qu'à tromper les Catalans, qui 
nommèrent le» comtes de Zaballa et de Finos leur» 
«gens auprès dp l'archîduc, parce qu'il leur promellaildft 
pepasle:soubliçrT 



,-re.t,, Google 



( 154) 
désirait la fîn de la guerre, il envoya dc^ 
pit-nipoleotiaires au congrès y mais il les char- 
gea de faire des demandes outrdes , afin de 
rendre la paix impossible. Cependant les prë^ 
liminaires fiu-ent signés, le ii avril lyiS, 
entre la France, l'Espagne, l'Angleterre, la 
Savoie ] le Portugal , la Prusse et la Hol- 
lande ; et enl r' autres dispoûtions, on accorda 
au duc de Savoie l'ile de Sicile, avec le titre 
de roi (i). On vint à bout,le 5 septembre delà 
même annt^e, de conclure à Utr-echt une paix 
définitiveentre les deux principalespuissances 
belligérantes , moyennant la cession, en fa-- 
veur de l'empereur Charles VI , du royaume 
de Naples , des places de la Toscasne , de la 
Flandre , de la Lombardie , et du royaume 
de Sardaigne , qui était resté à l'empereur , 



(r) Victor A me de e ducdeSavoie, pril publiquement 
ÀTuri[ijl« A2âep)«nïbre, le lilre de roi de Sicile, dé- 
clara le piince dePicmoat'ton fils aia^,duc de Savoie, 
,et donna au duc^'Aosl, «on second £ls, la qualité da 
priuce de Fiémonl, Le nouveau roi-el la reine son épouso 
parti) ent, le leademain pour la Sicile. Ils s^mbarquè- 
rent lea ocJobre avec leur çourà Wice, escorlés par 
cinq vaisseaux ttnglais qui se trouvaient à Villefranche, 
XU arnvèreni le lo i Falemne , où leurs majesiés furent 
ponroouéesle 20 décembre ; etiçs v séjouiBèr«it,l<P« 
(timéeenlière. 



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( i55) 
depuis la conquête qu'il en arait faîte sur le« 
Espagnols. 

Ce traité , ainsi que la convention pour 
révacuation de la Catalogne , avaient établi 
entre l'empereur et le roi d'Espagne Philippe 
V, une espèce de trêve , ou plutôt une sus- 
pension d'armes ; de sorte que ces princes , 
eans iouir d'une paix parfaite, n'étaient plus 
en guerre , d'autant mieux que leurs état» 
n'avalent aucune autre raison de s'attaquer. 

L'empereur ayant épousé, en 1716 , la 
querelle des Vénitiens avec les Turcs , le car- 
dinal Alberoni (i) , premier ministre d'Es- 
pagne , et maître absolu de l'esprit de Phi- 
lippe V, jugea, dans les accès de sa noire 'po- 
litique , que le destin lui offrait l'occasion la 
plus favorable de témoigner son zèle au roi 
qu'il servait , de se rendre nécessaire , et de 

(i) Jules AtberoDÏ, de simple prélr«, fils d'unjarT 
dinîer de Parme , devint , h force d'intrigues ^ premiei 
ministre de Philippe V. Après avoir arraché, des mains 
du pape , le chapeau de cardinal auquel il visait depuis 
•oa élévalion auminislère d'ispagne, ilse livra entière-. 
menl à ses projets 1 <|ui n'avalent lous pour objet que de 
lui procurer de la gloire. 71 faut avouer que la iialîon 
espagnole acquit beauconp dVnergîe de son tems, et 
que les armes du roi eurent de la réputation sous son 
'pli ni s 1ère. 



rrKl.jCOOi^lC 



( ,56 ) 
réparer les brèches que la dernière paix avait 
faites aux anciens domaines de la couronne 
d'Espagne. Il forma en conséquence le graud 
dessin de réunir à cette couronne , celle de la 
Sardaigne et celle des Deux Siciles-Tout fa- 
vorisait son entreprise : la guerre des Véni- 
tiens contre les Turcs , avait armé l'Espagne 
à la prière de ces républicains , appuyés par 
le pape , qui , dans deux induites , très- 
amples , avait accordé , à sa majesté catho- 
lique , une levée de deux millions et demi de 
piastres fortes sur les biens ecclésiastiques 
des Indes ; et une autre de cinquante mille 
ducats sur ceux du clergé d'Espagne.' Une 
«scadre qui passa au Levant , sauva Corfou , 
.et fit beaucoup parler à l'avantage des Es- 
pagnols qui avaient donné, en cette occasion, 
des preuves signalées dé courage et d'ha- 
bileté. 

Alberoni n'ignorait pas le besoin que les 
Vénitiens avaient d'être secourus ; mais il ne 
songea plus à tenir la parole qu'il leur avait 
donnée , et !1 s'appliqua tout entier à per- 
fectionner l'armement qu'il projellait. Il fit 
passer en conséquence à Barcelone , avec 
une autorité sans bornes , D. Joseph Patigno, 
intendant de la marine ; et celui-ci avec son 
ftclivité ordinaire, mit en état en peu de jours, 



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( >57 ) 
un grand vaisseau construit à Saini-PIdUce^ 
et six autres, vaisseaux, de ligue, sortis des 
chantiers de Biscaye. 

Cet armement qui parut bientôt n'être pas 
destiné contre les Turcs , inquiétait pfcsieurs 
princes, l'empereur sur-tout, qui s'en plai- 
gnit au régent de France : mais celui-ci l'as- 
sura qu'il n'avcdt aucune part à ces prépa- 
ratifs, et qu'il en ignorait entièrement la des- - 
tinalion ; car dans le tems qu'AIberoni fai- 
sait travailler publiquement à des auges pour 
la cavallerie qu'on devait embarquer , il as- 
surait froidement quela fiotteserait employée 
contreles Turcs. Il est certain qu'à l'excep- 
tion du roi , de la reine, du duc de Popolij 
et du père Daubenton , jésuite ,' confesseur 
du roi , personne ue savait son véritable ob- 
jet : le cardinal le cachait même aux secré- 
taires des dépèches universelles, envoyant 
souvent les ordres écrits de sa main ; et d'ail- 
leurs, pour activer l'armement il n'était pas 
nécessaire d'expliquer à quoi on le desti- 
nait. 

Le ministre qui résidait à Gènes donnait 
fréquemment des nouvelles de ce qui se pas- 
sait en Sardaigne ; le cardinal s'en servait 
sans lui ordonner de continuer. Il était déjà 
informé que le marqms de Rulti venait de 



.igniaObyGoQglc 



( ,58 ) 
prendre possession de lavice-royauléde cette 
ile, et qu'on enavait retit-é presque toutes les 
troupes pour les envoyer à Naples , où l'arme- 
ment des Espagnols faisait craindre une inva- 

' sion. L'empereur avait aussi ordonnéà ses mi- 
nistres enltdie et à t'admiaistratiou de Milaa 
en parlicutier, de faire passer des troupes à 
Mantoue , s'ils voyaient débarquer à Gênes 
uu corps considérable qui put menacer la 
Lopibardie j car on était persuadé à la cour 
de Vienne , que le duc de Parme était de 
moitié dans le secret , et qu'il était presquo 
l'auteur de cette guerre , quoiqu'il soit cer- 
tain qu'il n'en savait absolument rien. 

Tout étant prêt , le roi ordonna au mar- 
quis de Leide de se rendre à Barcelone pour 
y prendre le commandement des troupes des» 
tinées à celte expédition et il donna la cou- 

, duite de la flotte au marquis Mari, chef d'es- 
cadre. Elle coDsisteiit en douze vaisseaux de 
guerre et centbâtimens de transport, pourtant 
huit mille hommes d'infanterie , et six cent» 
de cavalerie. Les lieuteaans - généraux do 
ceUe armée étaient D. Joseph d'Ermen' 
dariz et M. de Gaston ; le comte de Monte:- 
mar, le marquis de Saint-Vincent , et le che* 
valier de Leide , servaient en qualité de ma- 
réchaux de camp. On eqibarqua sur la flotte 



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( ■% ) 

cinquante canons de ballerie , douze de cam- 
pagne, un attirail de siège , avec des vivre» 
et des munitions pour trois mois. 

Ce ne fut que le 9 juillet qu'-Alberoni dé- 
couvrit*, dans une lettre au marquis de Saint- 
Philippe à Gênes, le but de cette expédi- 
tion ; il lui recommandait fortement le se- 
cret, et lui ordonnait-, de la part du roi, de se 
tenir prêt à passer en Sardaîgne dès qu'on lui 
enverrait un vaisseau , afin de travailler à la 
réduction de cette île. Comme le'marquis de 
Saint-Philippe était Sarde , et qu'il avait une 
grande connaissance du pays et de ses com- 
patriotes , le cardinal le crut très-propre à eh 
faciliter la conquête. Le roi lui donna une 
autorité absolue, excepté sur les armes, et 
ou lui envoya copie des instructions remises 
au marquis de helde , dans lesquelles on re- 
commandait à ce dernier de se servir en tout 
des conseils du marquis de Saint-Philippe. 

Aussitôt que la flotte fut sortie du port de 
Barcelone, le marquis de Grimaldo, secré- 
taire des relations extérieures, fit part, par 
sa lettre du 9 mars 1717, à tous les ministres 
d'Espagne dans le cours étrangères , des mo- 
tifs qui déterminaient le roi à reprendre les 
hostilités contre la maison d'Autriche;, quoi- 
qu'elle fut alors occupée contre les Turcs. Il 



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( ,«0 ) 

exposa toutes les infractions que l'empereiitf 
avait fedtes à la neutralité de l'Italie , et 'îa 
mauvaise foi avec laquelle il avait évacué 
la Catalogne : les secours qu'il avait fournis 
à Barcelone et àMayorque} et qui avaient 
eiilretenu la révolte deux ans de plus qu'elle 
n'aurait duré , au grand détriment de l'Es- 
pagne : les invasions considérables ,qu'it s'était 
permis en Italie, ajoutant que, même depuis 
que le roi catholique avait envoyé contre les 
Turcs une escadre qui contribuait à la sûreté 
et aux victoires de la maison d'Autriche, on 
avait eu l'audace inouïe d'arrêter prisonnier 
l'inquisiteur général d'Espagne qui traversait 
la Lombardie Autrichienne sur la foi d'un 
passe-port du pape et d'une parole donnée 
par un ministre Autrichien : queTD. Joseph 
Molines ayant été pendant plusieurs années 
chargé des affaires d'Espagne à Rome, on 
s'était emparé de ses papiers , violant ainsi 
la foi publique et rompant ouvertement la 
convention de la neutralité : sa majesté ca- 
tholique concluait que l'empereur en ayant 
le premier enfreint les dispositions , elle était 
libre de continuer la guerre, n'ayant point 
fait de paix particulière avec l'empereur (i). 

(i) .Voyez Roussel, les îul^râU des puissances d« 
l'Europp, tom. II. 

Cette 



, •,..!., Cooi^lc 



(iSi) 

Cette espèce de manireste , répandu dans 
toute l'Europe y et dont les ministres d'Es- 
pâgae donnèrent plusieurs copies, eut, suivant 
les intérêts et les sentimens respectifs , ses 
approbateurs et ses censeurs. 

L'empereur se plaignit vivement à Rome, 
et en termes qui semblaient exiger une 
satisfaction éclatante. Il voulait que Is pape 
destituât Albcroni de la dignité de car- 
dinal , et révoquât les bulles accordées au 
roi catholique pour la levée du subside suc 
les biens du clergé , puisqu'on en employait 
les sommes à faire la guerre aux catholiques , 
contre l'intention du saint - siège , qUi ea- 
tendïdt qu'elles fussent employées à repous- 
ser les infidèles. Le pape s'emporta contre 
Alberoni , mais il ne crut pas de sa politique 
d'accéder à la demande de l'Autriche. 

L'empereur ordonna stir-le-champ qu'on 
envoyât de Milan et de Naples des troupes 
en Sardaigne , ainsi que le marquis de Rubi 
l'en sollicitait; et il résolut d'y faire passée 
encore de Milan six cents hommes, pour 
lesquels il fit demande* le^passage aux Gé- 
nois , parce qu'on avait dessin de les em- 
barquer à Saint-Pierre d'Arena. On pré- 
parait aussi à Naples- un secours de quatre 
ceints hommes pour la même destination. 
Tomel. L 



, .Ki,Googlc 



La flotte espagnole était partagée en deux 
escadres; Mari les commandait, et il partit 
sur ta première , prenant la route . en drot- 
tore par le golfe, de Léon à Porto-Scuso. La 
seconde aux ordres. du chef d'escadre D' 
Balthasar de Guevara ^ prit celle des côtes 
de France, arriva la première en Sardaigne, 
S'arrêta à Pula , un des caps qui forment la 
betie de Cagliari. La première escadre ne 
joignit que vingt jours après, à cause des 
calmes qu'elle essuya dans les mers de Ma- 
jorque, ayant même été obligée de faire deux 
fois de l'eau au port de Palma , pour la ca- 
valerie. L'escadre de Guevara ne put com- 
mencer les hostilités, parce qu'il était su* 
bordonné à Mari : ainsi le marquis de Rubi 
eut tout le tems de se préparer à recevoir les 
Espagnols; lorsque les premiers vaisseaux 
parurent , il n'avait pas encore une seule 
pièce de canon montée; le château manquait 
de vivres ; et si îoreque Guevara arriva , il 
eut fait son débarquement, Cagliari se serait 
tendu sur-le-champ , puisque la place n'a- 
vait aucun moyen de défense. 

Toute la flotte arrira enfin le 3o aDÛt.-D. 
François' Gnmau la suivait avec les galèrea 
d'Espagne , qui seiriient à protéger k dé- 
barquement : il fut exécuté le 33 presque 



,-reM„G001^lc 



( i63 ) 

sans opposition > sur la plage de S.-Andr^t 
La Viile avait six cents hommes de garniioa, 
commandés par le colonel D. Jacques Car-' 
teras. Une partie de la noblesse avait aban- 
donné la place ', mais ceux qui étaient dans 
les intérêts de la Maison d'Autriche , songè- 
rent à se mettre en défense , et firent entrer 
dans la ville les milices- du pays, dont une 

' partie était entrelciiue par D. Antoine Geno* 
l'es , marquis de la Guardîa, gouverneur du 
Cttp de Cagliari) homme riche, et -partisan 
déclaré de la Maison d'Autriche. Il y avait 
en outre , une compagnie de Catalans et de 
Valenciens , et 2oo hommes de cavalerie. 

Les troupes espagnoles marchèrent d'a- 
bord pour former là. ligne, et campèrent sur 
la pente du Mont Z7r/ïn, entre l'église de là 
Vierge du Pluch et celle des religieux de la 
Merci. îl n'étîiit. pas. possible d'ouvrir la 
tranchée,' faute de fascines qu'on était obligé 
de faire venir par mer des environs du cap 
Pula j car le pays ne s* étant pas encore sou- 
mis à M. de Leyde , qui n'était maître que 
d'une lieue à la ronde , ses partisans ne pou- 
vaient pénétrer plus avant 

Les routes qui conduisent dam l'intérieur 

'de l'île étaient occupées. par les milices di( 
pays , auxquelles on avait domié quelques 
L-â 



i-raM,, Google 



(t«4) 
vieux soldats pour les commander. Le ché- 
nÙD principal i^tait défendu par le château 
de Saint -Michel , dit de ïa Comtesse, qui 
est à un demi • miile de la ville , et qui avait 
été fortifié parles Sardes. L'armée espagnole 
était trop peu nombreuse pour former une 
ligne de circonvallalion , et le canon de la 
place ne permettait pas à leurs vaisseaux 
d'approcher du port. Mais comme la baie 
est sûre à quinze milles à la ronde , ils y je- 
t&rent l'ancrej et tandis qu'on débarquait l'ar- 
lillerie et les mortiers , les troupes de marine 
dressèrent une batterie contre le petit fort de 
la Daree. 

Les Espagnols s'étaient déjàrendus mattres 
des couvens de Bonaria et de la Trinité \ 
leur dessein étant d'ouvrir l'attaque derrière 
le couvent de Jésus jusqu'à l'église de Saint' 
iMCifero , ils s'avancèrent pour, battre le 
bastion de Montserrat , qu'on appelé l'Epe- 
royi , et celui de la Zeca , où l'on devait ou- 
vrir la brèche j la place ne pouvait être atta- 
quée que par-là, à cause de sa situation qui 
û rend très-forte; car elle est bâtie sur ua 
rocher escarpé et fort élevé, dont le château 
est environné dé tous câté» , eniorte que pour 
en faire les approches il faut auparavant Be 
Mûûr d'ua faubourg fortifié, <^'op appelle da 



\)i,-Ki,Gooi^lc 



(i6S) 
hMarîne.'L&axxtKsia.ubouv^ideSfampece 
et de Villa-nova sont ouverts et séparas de- 
là ^lace qui, du coté de l'ouest, est défendue 
par un fo8së large et profond, contre lequel 
ou ne peut ouTTir de tranchées ni faire des 
approches, tant à cause de l'ëlëTation du 
rocher, que parce que le sol est fort pierreux. 
L'enceinte du château et du faubourg est 
fort grande , et il n'était pas possible d'ea 
faire le siège dans les règles, le terrein ne 
Itermettant de l'attaquer que par le côté 
le plus fort La place d'ailleurs ëtant irrëgu- 
lière , les ingénieurs ne se conduisaient que 
. par coD)ectures, et l'on perdait beaucoup de 
tems. 

On ouvrit la tranchée dans la nuit du i3 
septembre , sous les ordres du lieutenant- 
général d'Armendariz et du chevalier do 
Jjeide , maréchal de camp. Cette nuit arriva 
le marquis de Saint-Philippe sur un vaisseau 
qu'on lui avait envoyé , commandé par D. 
Gaétan Pujadas. Il ne fit point usage de 
l'autorité dont le roi l'avait revêtu , afin de ne 
pas causer de jalousie aux Sardes : il se con- 
tenta seulement d'aider de ses avis le marquis 
de Leide dans les objets qui ne regardaient 
point les opérations militaires. Il, écrivit 
aussitôt différentes lettres dans le royaume, 
L3 

DiiTe-.lyGOOglC 



et en peu de jours tout le plat pays se soumit 
au roi catholique, ainsi que les villes, à 
l'exception de celles qui avaient garnison et 
des forts, telles que Cagliari , Alguer, et Cas- 
tel - Aragones. Tous les gentilhommes qui 
n'étaient point dans ces villes , prêtèrent ser- 
ment de fidélité au marquis de X,eide", soit 
en personne , «oit par écrit. Les partisans du 
roi Philippe tentèrent à Sîissari d'arrêter le 
marquis Bénites, qui en était le gouverneur. 
Les auteurs de ce projet étaient D. Domi- 
nique Vico , marquis de Soleminis ; D. 
Pierre Amat, baron de Sorsoj D. Jean 
Guyo , baron d'Ossi ; D. Antoine Michel 
Olives, maquis de Monte-Negro, et quel- 
ques autres qui, ayant confié le secret à un 
hooime qui leur manqua de fidélité, furent dé- 
couverts. Quelques-uns se sauvèrent^ d'autres 
fucpnl pris et envoyés prisonniers à Alguer 
dans la tour de VEperon. Bénites n'osa pas 
tentej" la fortune avecle peu de troupes qui 
lui restait, et la ville fut remplie de troubie 
et de confusion. 

Le marquis de Monte-negro se mit en cam- 
pagne , à la tête d'un nombre considérable 
de troupes du pays , et se déclara ouverte- 
ment en faveur du roi d'Espagne Philippe V. 
Pour soutenir ce soulèvement, on envoya les 



i-KlyCOOi^lC 





( i67 ) 
galères à Porto - Torre , et le i6 , le mar- 
quis de Montalegre arriva avec trois ceota 
chevaux et un régiment d'i^f^mterie. On 
poussa en même tems le blocus de Cagtiari 
jusqu'au village del Mas et à XEscafa^ afin 
d'empêcher les barques qui pouvaient venir 
ô^Assemini et à'Uta, de traverser l'étang 
pour porter des vivres don» la ville. 

L'iatendant de la marine y Patlgno , ne 
cessait d'envoyer des vivres et des provisions 
de Barcelone , avec la plus grande activité ; 
et d'ailleurs ,- l'abondance régnait dans le 
camp , parce que la retraite dii marquis de 
Rubi f vice - roi de l'île , qui abandonna la 
place pour se retirer à Algueiç avait répandu 
la consternation dans les environs. 

Le i8, on reçut dans le camp la nouvelle 
de la fuite du vice-roi, et le comte de Pezueîa, 
colonel des dragons , fut commandé pour, le 
poursuivre. Il le joignit à im village appelé 
Slammanna } mais favorisé par les naturels 
du pays, le vice-roi se sauva : on fitseulement 
prisonniers D. Pierre Branchifort , comte 
.de Saint -Antoine, général des galères, et 
plusieivs gentilhommes de sa suite. 

Le commandement de la place de Cagliari 
demeura à D. Jacques Carreras. On battit 
la place avec trente canons et vingt mortiers^ 
L4 

LHireM, Google 



( i68 ) 
et déjà l'on arait ouvert une brèche considé- 
rable au faubourg de la Marine , lorsque les 
Allemands l'abeutdoonèreat sans attendre 
l'assaut On avait aussi fait brèche au bas- 
tion de la Zeca et à 'M Eperon , mais elles 
zi^ëtaient pas encore praticables. D'ailleurs , 
en s'y logeant, on n'aurait pas gagné l'en- 
ceinte de la place où la garnison s'étût re- 
tirée, après avoir gand les bastions nommés 
Sainte - Catherine , du Palais et du Vent. 
Les assiégeaus, tirèrent au pied de la pre- 
mière courtine du château, une coupure de- 
puis la tour qu'un appelle de l'Eléphant jus- 
qu'à celle de Léon , sur la place de Bâck , 
et il leur restait encore beaucoup à faire, 
- lorsque le .soir du 3o,.le marquis de Saint- 
Vincent étant de tranchée, 4a place battit 
la chamade. Le i^'"* octobre, on convint 
-que la garnison sortirait sans armes , et qu'on 
lui fournirait des barques pour' être trans- 
portée à Gênes. Le 3 on occupa la porte de 
Saint- Pancrace; le lendemain les troupes 
du roi catholique entrèrent deuis la ville ; et 
le marquis de Saint- Vincent resta dans la 
place , parce que Armendariz était malade. 
On y laissa pour garnison les régîmens de 
Bustamente et de Basiîicatej avee cent 
dragons. 



.p-iieObyGOOl^lC 



Le 6, le comte de Montemar fut détaché 
avec mille grenadiers, pour aller se saisir 
des postes importans pour faire le si^ge 
d'Alguer. Trois jours après, le reste de l'ar- 
mée partit avec le marquis de Leide, et Ar- 

. mendarîz resta en qualité de commandant 
dans le cap de Cagliari. Cette marche de 40 . 
lieues , d'un bout de l'ile à l'autre, était pé- 
rilleuse, à eause du changement d'air, et 
parce qu'il fallait passer dans des endroits 

' inal sains. Le marquis de Siiint-Philippe qui 
connaissait le pays, fut chargé de la con- 
duite des troupes et de leur subsistance pen- 
dant la marche ; et pour éviter te mauvais 
air du Cajitpidano d'Oristan , qui est le plus 
dangereux en été, l'armée prit sa route par 
Guilarza, et de-là, passant par Iteri , elle 
arriva devant Alguer le 20 octobre. 

Le II , un corps de quatre cent quarante- 
sLs Allemands du régiment de ValUs, avait 
-débarqué à Terronoi>a , veneuit de Naples 
sur les galères de ce royaume, dont le comte 
de Foncaladd était le général. Celui-ci se 
-contenta de leâ mettre à terre , et tout de 
-suite il remit à la voile ,- sachant que ces 
mers étaient infestées de vai^eaux et de fré- 
gates d'Espagne. Les habitans des lieux où 
ce» troupes débarquèrent, étaient fort affec- 



L) il- reM,, Google 



( '7"} 
tionnés au roi Philippe V, pour lequel ils 
avaient beaucoup souffert dans le tems de la 
malheureuse expëdition du 1710, au point 
que plusieurs de ceux qtii s'étaient montrés 
contraires à la maison d'Autriche , avaient 
péri du dernier supplice. 

Quoique cette plage ne fut pas de la juris* 
diction de la Gullura, e]le était gouvernée 
sous les ordres du marquis de St.-PhiUppe , 
par D. Jean-Baptiste Sardo de Tempio. Il 
av2iit pris les armes pour le roi , s'était as- 
suré de la Gallura, et veillait à la garde des 
côtes les plus voisine» de Tempio , où se 
trouvaient soixante hommes lorsque les Al- 
lemands débarquèrent. Ces Sardes feignirent 
d'abord d'être de leurs amis , et pour mieux 
les tromper , ayant mis à leur tête un prêtre 
que le hasard fit rencontrer dans cet endroit 
ils s'écrièrent : P'ive ' l'Empereur, Sur ces 
apparences , les Allemands persuadés qu'ils 
pouvaient se fier à eux, leur montrèrent les 
les ordres qu'ils avaient de secourir la ville 
d'Alguer eu de soulever la Gallura contre 
les Espagnols , sous les ordres de D. Fran- 
çois P^z, marquis de yiUamanina, ou de 
D. Jean J^alentino, comte de St-Martin, 
auteurs de la première révolte, comme nous 
l'avons déjà rapporté. Ceux-ci de même que 



.irireM,, Google 



(170 
les autres chefs du soulèvement de la Gal- 
lura j dont nous avous parlé , s'étaient retirés 
à Bonifazîo , aussitôt après la prise de Ca- 
gliari , et n'avaient aucunes troupes en cam- 
pagne. 

Toute la province s'était déclarée pour le 
roi catholique ; ainsi , c«s ftoisante Sardes 
trompant les AUemtDtk, les conduisirent 
par les gorges des Montagnes ; et lorsqu'ils 
les eurent amenés dans un défilé fort étroit 
qui n'avait point d'issue par les flancs , ils 
tournèrent leurs armes contr'eux. Les Alle- 
mands quoique armés, ne s'attendant point 
à cette attaque imprévue, et se voyant en- 
fermés au milieu d'un défilé qui leur était 
inconnu , se rendirent au prêtre qui condui- 
sait les Sardes. Peu de tems après D. Jean- 
Baptiste' Sardo ayant appris cette nouvelle 
se rendit sur les lieux et régla la capitula- 
tion', par laquelle il leur accorda la liberté 
de retourner à Naples. Mais le "marquis de 
Leide ne se crut pas obligé d'observer celte 
convention , parce qu'elle avait été convenue 
par un officier qui n'en avait pas le pou- , 
Voir ; ainsi , les troupes impériales furent 
■ conduites prisonnières de guerre à Sassarj. 

Cet accident découragea beaucoup la garniî 
son d'Alguer. De 600 hommes qu'on leur avait 



i-reM,, Google 



C 173 ) 

cnvoyfe de Milan , ils ne reçurent que cent 
quatre-vingt hommes du régiment A'HanùU 
ton , qui, dans la nuit du lo à celle du i3] 
s'étaient introduits dans la - place à l'aide de 
quelques felouques, et d'une galiotte : le reste 
ne put y entrer, à cause de quelques Tas- 
seaux EspagDols qui croisaient sur les côtes 
vers Porto-Conte. Les saïques et autres bâ- 
timens qui les atraient transportés , restèrent 
dans .les ports de Corse les plus voisins de la 
Sardaigue , d'où l'on fit p<assër sur des felou- 
ques cent quarante hommes du même régi- - 
ment à Castel-Aragones; et cela, avant l'ar- 
, rivée des galères d'Espagne au port d' Alguer; 
car depuis il ne fut plus possible de jetter 
aucun secours dans la place; et ces troupe* 
qu'on y destinait retournèrent à Gênes. 

Malgré ce renfort , la garnison d'ÂIguer 
n'était pas encore assez forte 3 en sorte que 
le marquis de Rubi en sortit la nuit du 3i 
octobre dans une galliotte , qui le conduisit 
à Castel-Âragones : de-là iUe retira en Corse* 
abzuidonnant le royaume qu'il ne pouvait plus 
défendre , et le commandement de la place 
' resta entre les mains de don AIonse-Bernard 
de Cespedes t qui en était gouverneur, (i) 

(i) La place d'AIguer e*l un ouTiage couioosé «t 



.irireM,, Google 



( '73 ) 
Le s5 octobre , le marquis de Leîde 
lomma le gouverneur de se rendre. H de- 
manda trois jours pour délibérer. Ou lui 
accorda sii beures , et dans cet intervalle il 
envoya le major de la* place pour capituler. 
Jjc même jour ou détacha huit cents grena- 
diers aux ordres du marquis de Saînt'Vin- 
centf pour aller investir Castel-Âragones. 
On accorda à la garnison d'Alguer de sortir 
avec ses armes, à condition qu'elle les quit- 
terait en s'embarquant , car elle avait ob- 
tenu d'être conduite à Gênes. Le 39 on se 
mit en possession de la place. Cette nouvelle 
clétermina la garnison de Castel-Aragones à 
capituler le 3o , et on lui accorda les mêmes 
conditions, (i) 



régulier, mais petit , garai d'uD ttaté wns chemin gou> 
vert : on ne peut Taltaquet que d'un côté, car Umec en- 
nrouneplnsdela moitié de la ville. 

(i)'Castel -Aragones, aujourd'hui]! Castel-Sardo, 
est une petite place forte, énvinnoée de bastions et 
bâtie sur une haatanr, ensorte <}ue l'on ne saurait y 
faire brédie. Toute la montagne ^taol de roc , la ville 
Be peut étreprise que parfâmine ou par la disette d'eau, 
car il y a très - peu de citernes , et la fontaine dont !• 
peuple se sort , est hors do l'enceinte de le place; enswl» 
^ue le» «anégeani peuvwl s'en rendre matlres. 



..rireM,, Google 



( -74 ) 

La reddition de Caslel-Aragones , mit ïe 
foi d'ËspagDC , dans l'espace de deux mois, 
et quelques jours,eD possession de toute l'îie. Il 
accorda un pardon général, et la permission, 
à qui le voudrait, de sortir du royaume. Tous 
ceux qui, en 1708 , s'étaient déclarés pour 
la maison d'Autriche en proStèreut , eûosi 
que quelques autres Sardes , soit par incons- 
tance , soit pour avoir reçu quelque grâce 
de l'empereur. D. Bernard Fuster, arche- 
vêque de Sassari , aima mieux quitter l'île , 
que de faire chanter !e Te DeutHy dans sa 
cathédrale , en action de grâces de ce succès. 
On saisit son temporel et toutes ses renteç, 
et il se relira à Bonifazio (r)'. D. Antoine 
5(;//-rnZ,évêqueauxiIliaire de Cagliari, sortit 
aussi volontairement de l'île. 

Le marquis de Leide laissa Ssoo hommes 
pour la garde de l'île , sous les ordres dé D< 
Joseph ^rm^nf/nriz, auquel il donna la qua- 
lité de gouverneur général. Le toi perdit à 
cette. expédition six cens hommes. Le mar- 
quis de Saint-Philippe retourna à son am» . 
bassade de Gênes , avec le reste des troupes, 



(t) C'était un chaDoiae de Valence , grand partisan 
âes Autrichien!, que l'empereur avait nOmm^ à c«l 
archevéchâ. 



..BnfeJbyGOOl^lC 



( t^5 ) 
les galères et les vaisseaux rentrèrent dans 
leurs ports. 

■ . L'heureux succès de cette entreprise ser- 
vit d'aiguillon au cardinal , pour l'encou- 
rager, comme il disait , à profiter du vent 
Javotahle de la fortune. Il crut que rien ne 
I>ou*ait plus lui résister ; ou bien il eut la 
faiblesse de s'imaginer , que les puissances 
qui n'étaient pas directement intéressées dans 
cette nouvelle guerre, ne s'y opposeraient 
point , taudis qu'il ne négligeait aucun soin 
pour Se mettre en état de la soutenir. 

Cependant l'attention de toutes les autres 
puissances se réveilla , peu-ce qu'on craignit 
qu!un reste d'animosité , entre l'empereur et 
Philippe V,ne rallumât en Europe le feud'une 
guerre difficile à éteindre. L'empereur n'ayant 
rien obtenu du côté pape Clément XI > 
s'adressa à la France et à la Grande Breta- 
gne , comme garantes de la neutralitéenitalie. 
Elles employèrent aussi'tôt leurs bons offices 
pour amener des voies de conciliation. Le 
duc d'Orléans , régent de France pendant la 
minorité de Louis XV, envoya à Londres 
l'abbé du Bois , pour prendre , à ce sujet , 
les mesures nécessaires avec les ministres du 
roi Georges. 

Ce prince avait conclu, le 5 mai 1716, 



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( 176 ) 
avec l'empereur , un traite d'alliance défen- 
sive j ensuite un autre , le 4 janvier suivant , 
avec le même prince , le roi de France et les 
Ëtats- Généraux , qu'on nomma de la triple 
alliance , dont le but était de concilier les 
difiFérends de l'empereur et du roi d'Espagne; 
et de faire un traite particulier , entre l'em- 
pereur et le duc de Savoie , nouveau roi de 
Sicile , le tout , pour suppléer à cçque le traité 
à'Utrecht et celui de Bade 3.\aûÈeoi laissé 
d'imparfait. 

Les puissances médiatrices jugèrent , que 
contre im ministre tel qu'Alberoni , U fallait 
s'unir par un traité plus précis que celui de la 
triple alliance, Elles deVin2Lient les préten- 
tions de Philippe Vj mais craignant de ne 
pas pénétrer tous les ressorts que sou minis- 
tre devait faire jouer pour les soutenir , eUes 
dressèrent un nouveau traité , qui portait , 
pour conditions de la paix définitive entre 
leurs majestés impériale et catholique , que 
le roi d'Espagne , conformément à ceux à'U- 
trecht et de Bade , pour remettre les choses 
dans leur premier état , rendrait la Sardai- 
gne à l'empereur ; que le rpi d'Espagne , en 
dérogeant , à cet égard , aux dispositions de 
la pais à^Uirecht^ consentirait que la Si- 
cile retournât à l'empeieur, qui, céderait en 
échange 

n,,. ..L.OOgIC 



( *77) 
échange au. dac de Savoie W rûyamne dé 
SardaigAe (i)', que sa: maieslé.catlu^qae 
renoncerait au droit de réunion de la Sicile 
à la coiffOltae d'E^gne^ laSanJaigné de- 
▼aot refoutner, en éohaOgeyà cette coufoone; 
au défaut des héiltiers Diâle!^ de la andson 
de Savoye j qu'après l'eséculion de ces coù-' 
dilTtooft prétinnnaire» , - on zisiembleraît ml 
cDâgrès , pdûF ré^r les aOtres détails dd 
la paix. Quant au traita de paix cotre VHiti^ 
peretir et. le duc de Soroye , on proposerait 
Jeg ihêmçs dondition» , c'est-à-dire Tiécbangé 
de \& Sicile coatre^lâ Sardaigne ;' et an 'y 
rénouTellërJiit les autres dispositiooa.de 1a 
pait à'Utretht^ qui regardaient ce ptiocei 
Milofd Stanoppe , envoyé par" la eoufdi* 
Londres , à Madrid > mit tout -en Ceurce poav 
y faire goûter ce proiet-^mais les oirCOtiS'^ 
tî».nces n'étaient pas favOralïles. *Alberai4 
enflé du succès de l'invasion de la Sardaigne , 
faisait de grands préparatifs pour covaLir 
la Sicile. En effet , il envoya une ilotte cdn- 
ûdérable sou» les ordres d« D. Aôtoioe d« 



- (ï) PersoBDQ [w prévoyais aJt/rs, cpie la SardaijB* 
dûl êlr« )q prix de» aUrmM do la Matacni da SavoM'- Oft 
ett preiqiic toujottra entraîna par lesriyinenMtM. <tnt< 
remeal on les dirige. ' 

ToJM I. M 



,-Ki,Cooi^lc 



( <78 ) 
Çastagneiia yt^, en 1718, s'empara bientôt 
de Païenne et de quelques autres places de 
cette Ile. 

Malgré ces entreprises ^ te cardinal-Diinis' 
tre i n'ayant pu empêcher les turcs de con- 
sommer leur paix avec l'empereur Charles 
VI , par le traité de Passarowits j ni susciter 
la. guerre civile en France (i) et en Angle- 
terre , comme il l'avait tenté ; il vit , à la fois 
l'Empereur j la France et la Grande-Bre- 
tagne ^ se réunir contre lui. Le duc d' Or- 
léans) régent, de concert avec les anglais^ 
fit attaquer l'Espagne du côté du Roussillon ^ 
avec une armée de quarante mille hommes , 
sous les ordres du maréchal de Berwik. Une 
flotte Anglaise , envoyée dans la Méditer- 
ranée , sous les ordres de l'amiral Bing-, 
battit complètement celle d'Espagne , à la 
hauteur de Messine , fît entrer des troupes 



(l) On d^couvril en France une conipirtlion formés 
par ce minislre , «t ronduile par le prince de Cellamaret 
ambassadeur d'Eapagae, poiir enlever la régence au 
duc d'Orléans, et la faire donner, par les é fais de la 
nation , à ^ilippe V. Ce fut le secrétaire de l'ambas- 
sadeur, qui , dans l'ivresse du viu et de la débaucbs, 
laissa surprendre , par une courlîsaDe> les papiers qui 
coDteoaîeDi cet împortaiit secret.. 



,-Ki„Gooi^lc 



ÀûtrichieQQes dans la Sicile , 6t tous Ui pto* 
jets dû câ,rdiDal furent déconcertes. 

Ce miuistre , qUi , six mois aupararant -, 
était regardé comme le plus grand homme 
d'état , qui eût jamais existé , ne passa plus 
que pour un téméraire , ua ambitieux et ua 
brouiltoD.Ije duc d'Orléans ne voulut accor- 
ôer la'paixà Philippe V, qu'à condition qu'il 
renverrait le cardinal. Il fut livré , par le 
roi d'Espagne -, le h' décembre 1719 , à un 
détachement de troupes Françaises , qui l'es- 
cortèrent jusqu'à Antibes y sur les frontières 
d'Italie (I). 



' (1) Philippe V se voyant conlroiDt de discontinuet 
la guerre que le cardinal Alberoni l'avait forcé de re- 
commeQcer, quitta brusquement Madrid pour se rendre 
DuPrado,le5déce[nbre,avec la reine et le prince royal, 
laissant ud décret , écrit de sa propre main , au marquis 
de Tolosa, secrétaire des dépêches universelles de guerre 
et dea)arÎDe,avecordredelecoinninDiquer au cardinal. 
Il coBleuaiir* qu'étant oblipé de procurer à ses sujets les 
m avantages d'une paix génërala , qu'on cherchait, pat 
a tous les moyens possibles , k rendre solide et durabl*, 
» et pour lever tous les obstacles qui pouvaient retardée 
« un ouvrage si imporlaat au bien public , comme aussi 
» p3ur d'autres motifs aussi justes , il avait résolu d'éloi- 
a gner le cardinal Âlheronï des affaires où il avait eu 
■ pari, lui ordonnant en même lems de sortir de Ms-> 

M a. 



i.,Cooi^lc 



«<80 
I,e8 opéràlions de la qûîidi'tiplé affiadee ' 
conclue à Paris, Je i8 juillet, e( signée à 
Londres-, le 3 août de 1718 , powr" forcer ie roi 
d'Espagde à lapais ,-i'»raoeèreril depuis rà-» 
pidement ; d'aiitant plus . qtie l'Mï^reirt 
aT.ait déjà donné, le 18 septetabre., sa rè-» 
nottcialiob formelle àUÀ états dé la mobâN 
fcbie d'Espagae , possédée par Philippe V* 
On- dressa le pi-oîet dé paix , de do^éft ateô 
Ja cour de Vienàe,' ({m consentit , à la fin , îl 
tout, aussi- tôt qu'ori eut proposé l'expédient 
d'eûgage* le dac de, Savoie à lui retneftre la 
Sicile en échange de la Sardaigne", et qu'oii 
obligerait le roi d'Espagoç àJa. céder à son 
allesse royale. 

' Ce projet dé pacification partit juste et 
équitable à toutes, les puissances ; et Philippe 
V, qui n'éfait plus conduit prtt les conseil» 
d'Aïbeconi , aequiesça dc'fifiitiTertieM à un 
trailé ^ qui fut coneîu et sîgtié à Londres , le 



it ana dahs harl Joiits,'6l déS ferres i'Kspagne dans Irois 
■ srimàiàei , aVec ddl'ensd de se mèlèr eii rien de ce qui 
1- coTicérmrït ISgouV^rnebaètil, élderêparaiireà Id cour 
*■ biièntdtriaiifre' tieïioîi te ml ,1a l'eine, ciU un prince 
3 delà maUdtl royale poilrraiise rencontrer, s Par ce 
Sicm , tlrilippe V acheva de convaincre l'Europe dt 
lu droïtùrd de sèS iUtèDlîdns. 



..gniaOb, Google 



79 janvier 172.O , en rfirlu jliiqu£| l'Espiigiw 
restitua ]a Sardaigne à l'Empereur Charles 
VI, qjTL ta':céda,«n;jnèinè tfms au ^uc de 
Savoie. 

On conrint en içêwe-temside J'éyecua^Jon 
du royaume de Sardaigne, en vingt-quatre 
articles de la même tçneur que Cjeuif: ,q,ûi 
avaient été stipulés pour l'évacualion de la 
Sicile I et par un article séparé , le plénl- 
potepliaire de l'empereur promit que l'ori 
conserverai^: à cette île tous les privilèges 
dont elle jouissait , tant e.n général qu'en 
particulier. Du reste , quoioue la cession ei^ 
fyt faite à l'empereyr , on déclarait .que ce 
n'était qu'à conditipn qu'il en ferait up trans- 
port au duc de Savoie. En conséquenqe P, 
Joseph de M/rf/m, prince 4'01layany,é1ant 
passé en Sardaigne, en quîi.lité de commis-: 
saire impérial, D. GonzalesChaçonliji remit 
ce royaume , en vertu du traité dqpt on vient 
de parler , et de l'ordre, qu'il efl .avajt wçii 
du roi j le prince |e céda aussi .- tôt aprèç 
au sieur Louis Desporteg , qui en prit pogaesr 
sion^ au nom du duc ,d.e S-ayojej y.ictoc 
Amédée, qui y enyoy'a le baron de Saiot- 
Kemi pour résider en quaiité de vice-rtîi (r). 

- '■ ' '. : r u i!{ . . .|.' ' '■ ' t * .l - 

M 3 



CHAPITRE VIII.' 

Gouvernement espagnol en Sardaigne. 

Ol la- SardEiignc, toujours sounûse à des 
puissaoces étrangères , souvent troublée par 
(les guerres civiles et par mille autres évé-- 
nemens qui l'ont désolée pendant plusieurs 
siècles , n'a pu conserver l'état de splendeur 
qu'elle présentait au tems de Polybe ( i ) et 
de Pausanias (s) , elle a encore moins réussi 
à le rétablir sous le gouvernement Espagnol, 
quoique cette couronne ait possédé paisible-^ 
ment cette ile depuis l'an i333 jusqu'à 1708, 
La Taste étendue de la monarchie Espa- 
gnole , ne permettait pas à ses souverains de 
donner tous leurs soins à chaque royaume 
«n particulier ; et sur-toitt à ceux qui eq 
éteùent séparés par la, mer. L'asseQiblagQ 
même de tant d'états , en rendait la domi.. 
nation très-f2dble ; éi la négligence du gou- 
vernement pour ses propres intérêts parais-^ 

(0 Folyb.lib.I.pag.a 

(ç)'f etuaiiiB«in Fboc lib. ^ n. jq,, 

uiriieob, Google 



( >83) 
«ait un effet de sa puissance, où du mcôns ,* 
ies miaisires tâchaient de le faire croire. ' 

Le gouvernement Espagnol a Writable" 
ment , pour prindpe , la génA^isit^ et le dé- 
«iatëressemeot , mais il est fort inapliquë j et 
les profits des sujets éloignés qui lui obéis- 
sent , sont fondés principalement sur la né- 
gligence de l'administration. De là 'Tient que 
l'Espagne ne profita de la possession de l'I- 
talie et des Pays-Bas , de l'Inde et de la Sar- 
daigne , que pour s'affaiblir et se dépeupler. 
Les princes trop éloignés , de leurs états , 
ne connaissent les vertus et les vices de 
leurs sujets, que sur les rapports toujours înk 
téressés , et le fdus souvent infidèles des mi- 
nistres ; et lès intentions des rois ne parviens 
neut aux oreilles des peuple-, que par' des 
bouches intéressées à les tromper. 

La Sardaigne était trop éloignée du 
royaume d'Espagne , pour être considérée 
de son monarque. Il l'availsipeuàcœur, qu'il 
laissait le soin de la gouverner à des vice-rois , 
envoyés ordinftirement de trois en trois ans , 
avec une autorité illimitée. Les vice - rois 
n'acceptaient ce gouvernement, et ne quit- 
taient la cour, pour s'y rendre, que dans 
la vue de s'y enrichir , et de tourner toutes 
les oJ>ératioi]8 au profit de leur charge , afiq 



(i84) 
â'et fttigphenter les reveixm. Lu cûar à'Es- 
pagne m'agie&ajQt sur Ja Sardaigoe que par le 
-cadaLdes vicè-rois , s'en rapportait toujours 
■à eux , eoh <pi'â fût qiiesjioji d'accorder dc9 
:,grâce6 , ou de r«iidre juetioe ; ce qui obhge«. 
Jee Sardes , dès le commenccaiefit , de s'at- 
■tacker prinrapaJeincnt aux vice-roi» , et de 
se conformer eaiout àleur^oie, te flatt«&t 
JevF peueiiant ^puisque toaite la politique /dfi 
Ja equr se r>éduisait à soutejilr leur autoriM. 
, 1 lyOPsqu'ils arrivaient dans le royauoie , lé» 
.Sardes tÂeibaient de ctniiiaître letir côté fai- 
We , afin de. gagner leur e(i»dS.ajjce et de 
•Dïérili^ leurs bonnf?. ^âces. Aussi trouygieH- 
j^ .bientôt ies xaoyeos de iSiaiMer leur avâ«ce , 
4^r. ^a géjuéirosité. et les dons ; leur or^ieil , 
^i^r dep toBpêtetés et de» souplesses , ,et leur 
hypocrisie par J'aflectatioa et l'impostwe, 
, :■. Comme' la face du gouvCT»ement ciwn- 
-geait ordinairemeiatà J'arriyépiCfHi* wouy^aiU 
ITiçerFoi , qui ,' par l'ambitipff jOn^tiUFeU^ à 
l'hompie , prétendait mieux .gouffereer qi^e 
, son. prédécesseur , en «cliangeanl tout £e (^i 
. avait été fait jaYant;lui, CQmmeÀnâU'VâiiS, il 
n'a jamais été possible d'y établit' aucun «p- 
tême fixe et solide jd'admini&trajîon. Ausfi 
l'on trouve ,.daiis ce royaujaie, une c^piité 
si|)rodi^ei^e4e kÀs>e|td'pr4pnaanceS'^crMf$ 



.igniaObyGoOglî: 



( t85) 
*n langue Cgialane et Castillane , que ]*on 
peut (lirei|ae les abus et le relàciieaieat de 
l'oçdre , ije sont veijius daos ceite île , x^ue de 
la multitijde et ^ie la diversité de ses lois. 
£Ue3 sont comfi^iâçs dans la grande charte, 
^appelée Carta de togu (i) , dans les cha- 
pitres des Cartes (2) , daiis les pragn^iques 
du royaume (.3J) , les édits du roi (4) , et les 
ordonnances du vice - roi , qu'on appelle 
, Pregooi (5). 



, (r) Carta de logu ou charte locale , écrîle cd langue 
sarde : c'esl Touvrage d'Etéonore , jugesse d'Arborée , 
laqnedf est coosldérée comme la loi foiid a mentale du 
l'île , pour avoir ël^ embrassée de loirt le royaume. 

(*) Ce sont lea lois ela.ljiUes par Jes trois ^tals du- 
joyauuie, appelés stamentf dans l'assemblée gén<ïraie 
ou ëlal.s-générauy cor/es , lestjueLtes après l'approbolion 
du roi, ont force obligatoire , el s'appèlent chapitres d^a 



(3) Xxi pragmatiques forment un corps de lois'com- 
posiîea de celles contenues dans la charte de logu , daoa 
les cho-pitret des aortes el dans des ordre* précédens. 

(4) Les ledits sont-des ordonnances du roi , qui ont 
force do loi. 

(.^) Leapregonisoïiliei ordonnances des vice-rois, 
qui ne peui'ent avoir Ibrce de loi que lorsqu'elles sont 



..gniaOb, Google 



( i86 ) 

Au défaut de lois locales , on y suit le droit 
romain. De - là , cette multitude presque in-* 
nombrable de loix qu'on a laissé arbitraire- 
ment s' accumuler les unes sur les autres, 
fout autant de fois qu'il s'est présenté des cas 
imprévus. A la vérité, si leur multitude pou-r 
vait contribuer au bonheur des peuples-, la 
nation sarde serait certainement la plus heu- 
reuse qu'il y ait sur la terre. Mais malheu-- 
i^usement, rien n'est si difficile dans notre 
législation , que de saisir les dispositions qui 
règlent le droit dp chaque individu , droit si 



approuvées par tes |de^s codm|1s assemblés , et qu'op 
dit alora a sale unité , c'esl-à-dire , à chambres unies. 
Toiilei ces lois ont eu descommenlateurs, La cbarle 
ioca!ea-él(;cominenlëeparD..Terome Olives, d'Aigter; 
les chapitres des cortes l'onl été par T>. J6an Sexarl da 
Cagliari ; et les pragmatiques par D. François Vico , d» 
fiassari, qui l'entreprit par ordre du souverain. Leséditt 
jet pregonj ont été niis dernièrement en or^re par D. 
François Pez , et publiés en trois gros volumes i/iVô/io. 
Parmi celle masse énorme de lois , il y en a de trèd- 
bonnes contre les vagabonds , les joueurs , les oisifs , et 
il y en a même pour l'encouragement de l'agriculture, 
^ais comme elles na procèdent pas de la copstituliop 
politique deVétat , elles restent sans elTel , comme daqs 
plusieurs pays de l'Europe. Voyez ce que je dirai ci» 
#pr(;sa,U£bap.VII. 



L) il- reM,, Google 



( -87 ) 
simple et si clair dans sa source sacrée , puis* 
qu'il ëmaoe de la justice pure et naturelle , 
qui est la volonté constante et perpétuello 
Àe rendre à chacun ce qui lui appartient. 

Les AIghérais ne contribuèrent pas peu à 
cette confusion de lois ddns le royaume. Al- 
gher ayant été considérée par les Catalans 
comme une ville originaire de Barcelone ^ 
ils la regardèrent toujours avec prédilection , 
en lui accordant tous les |H-ivilèges qu'elle de^ 
mandait, quelques contraires qu'ils fussent 
aux lois fondamentales de l'état. Les autres 
, habitans de l'ile en conçurent de la jalousie , 
et voulurent à toute forcé y participer ou en 
avoir d'équivalens : ainsi les vice - rois se 
virent contraints de consentir à leurs deman* 
des, et d'accorder,sans aucune mesure, d'aui' 
très privUèges aux mécontens. 

Entr'autres privilèges , il en est un très-re-. 
marquable , qu'on accorda àla noblesse du 
royame dans les cartes tenues en iSlo, et 
qui est toujours respectée. Aucun noble no 
peut être condamné à mort par les tribunaux, 
ni par les vice-rois, pour quelque crime qu& 
ce soit, pas même pour celui de lèse-majesté^ 
Leur procès doit être instruit par une com-i 
mission de sept gentilhommes , qui ont seuhi 
)e 4roit de Gondamner ou d'absoudre le coi^ 



..gniaOb, Google 



( >88) 

pable; aussi arriye-t-il bien souvent , que toute» 
les Toix s'accordent à l'absolution du crimî-- 
ne). Les nobles n'appréhendent presque ja- 
mais de peines Ccipitales , et ils en sont or-^ 
dinairement quittes pour quelque bannisse- 
ment. Un priviLège aussi abusif a fait naître , 
en tout tems ,aux geus aisé«, oq protégé du 
vice - roi , l'enrie d'acHelffr de la cour i 
des lettres de noblesse , qvip l'on a eoutuiue 
d'accorder très - facilement et et à très - peu 
de frais i ce qui a rendu le» Wibles au^ point 
^Unsdansçèroyaupie, qu'ils le sopteioPp- 
lo|^e et en Hongrie. 

Celte jioblesse , aussi nombreuse que pau- 
vre j pour la plupart, parce qu'plle se proit 
obligée de rester oisivr, «e s'occupe qu'^ 
-briguer, sans autre mérite que celui d'une il- 
lustre naissance , presque toiis les ei^wloî^ 
njilitaires, civils £t ecclé^astiques, auxquels 
sont attachés les revenus les plus considéra- 
bles. D'ailleurs , exempte de ,1^ peine de iport, 
et sujette seulement à qu(elqt*e peine «lodique 
qu'on peut lui infliger , et dPPt elle-çefia rpdi- 
ro.ée par un nouveau vice-rpi, (iet,te ç^oblfisse 
tient le peuple dans un tel abrutissent çiot. «t 
dans une telle abjectioin,qi}'jl n'a preac^e pa» 
la hardiesse de lever Ici tiM* , pi d'owvrir la 
bouche : il est , p&r ppujsë^^t^ , contr4Û}t die 



(■69) 

Sdtiffrii:' les iriàtiTaiS traiteiiiens , les corvées 
H toUlés sortes d'oppressions qui le rendent 
îficàpablé de faire Un pas pour se tirer de la 
misère dont il a toujours été accablé. 

Ne Semble-t-il pas que ce préjugé absurde 
«oit UQ dogme politique dans presque toute 
l'EUrope ? I.a carrière des honneurs et des 
places est ouverte à la seule noblesse : le mé- 
rite qui n'est pas appuyé de parchemins, 
reste dans la médiocrité et dans l'oubli, si 
blême il n'est pas persécuté. Je ne parle pas 
de ce mérite transcendant , qui perce malgré 
la jalousie et les cabales , et que cependant 
elles éfoufiènt encore quelquefois; mais de 
telui de l'homme lîônnète, qui, sans être 
iin héros, parce que peut-être on ne lui en a 
pas fourni l'occasion , est un citoyen utile et 
respectable. Oluî-là on le néglige toujourr. 

Les dispensateurs des grâces , les seigneurs 
en place font sonner bien haut cette vieille 
maxime, enfantée par la paresse, l'orgueil et 
l'ignorance :,d mérile égaille gentilhamma 
^oit être préféré. J'adopte la maxime : cette 
préférence est raisonnable , parce que le* 
égards qu'attire à l'homme de condition si 
qualité , le mettent à même de faire plus de 
bien ; mais quand on le préfère à cent can- 
didats , dont les talens sont bien supérieurs 



..gHiaOb, Google 



( I9Ô ) 
fiux siens » c'est j je pensé , cpuper la racine 
de rémulatioQ daas les autres classes de Yé'^ 
tat, c'est faire rentrer le mérite dans I0 
nëant. (0 

Les. fardeaux publics, augmentés par les 
exemptions de la noblesse , et que le peuple 
supporte, deviennent encore plus pesans par 
celles dont jouissent les ecclésiastiques, tant 
séculiers , que réguliers , qui sont en très-grand 
nombre dans cette île , et tous puissamment 
Jriches. Tout ecclésiastique est privilégié , et 
exempt de gabelles, de péages , de contribu- 
tions , et de toute autre charge publique : aussi 
il n'y a presque point de famille qui n'ait 
quelque enfant à qui, depuis l'âge de*sept 
ans, on ne fasse recevoir la tonsure, aBn dâ 

(l) J'entends la noblesse se récrier & celle réflexion 
nalurelle el sen»^ , et rappeler , pour appuyer ses fré- 
leotions indiscreUes, le tems qù le peuple n'ë tait compté 
pour rien; oit tes seuls nobles composaieul par- tout 
léetlemenl les nations, le reste étant serf, c'est-à-dire, 
marqué du sceau de l'esclavage et de l'infamie. Cet 
siècles d'horreurs el de ténèbres devraient être elTacéi & 
jamais des fastes de l'Europe i il« ne sont propres qu'à 
faire rougii la noblesse des excès abominables auxquels 
■es pères 38 sont livrés. C'est vraiment dans cetemsoJi, 
le fanatisme de l'honneur faisait aulanl de monstres d» 
chaque possesseur de fief. 



..BnieOb, Google 



(•90 
l'exempter de toute charge, et de faire passef 
les revenus sous le nom du patrinioiae du 
clerc. C'est doue au peuple à remplir par sa 
sueur et par ses travaux , les impositions aux- 
quelles les nobles et les ecclésiastiques de- 
vraient contribuer pour les besoios de t'ëtat j 
et c'est encore le peuple seul qui paie à ce3 
mêmes ecclésiastiques , les dîmes et tant d'au- 
tres casuels dont on le surcharge : en -sorte 
qu'il est très-pauvre , pour ne pas dire abso- 
lument esclave. 

Cette misère du peuple n'est pas peu aùg- 
mentëe par les droits féodaux , qui s'exercent 
en Sardaigne dans toute leur rigueur. Les 
pauvres vassaux y sont chargés de mille cor- 
vée en faveur du seigneur , au point qu'il ne 
leur reste que très-peu de tems dans l'année 
pour travailler à leur compte (i). Plusieurs 



r (l) Ces corvées , fléaux des peuples dans tous les 
élats , et que le despolisme féudal a mis en usage en Sa» 
daigne , pour écraser les paysans , y sout exceuives , et 
s'y œontrenl sous des formes inconnues en Europe. In 
iàlibus inmiis (Sardinia et Siciiia) Bamnes, magia 
ipiam qHf-i tupprimendi sunt , quum situs locomm illia 
majoremquam alibi anaam novendarum rerumprm^ 
beat, et ingénia ad tiranaidem procUpes «un/. Campa- 
iwlla. De Monairchia Hispaa. juxta edil. elyer. 1640. 



..gniaOb, Google 



( '90 
familles espagnoles y possè-dent àc graddd 
fiefs qui soDtrëëis par des prorUreurs-géin?- 
i^ux qu'on appelle /Joc/u/a/-/, et qui ayant 
toute l'autorité des seigneurs , en abusent as- 
sez souvent , pour avoir c-e quoi fournir au* 
propriétaires résidans en Espagne, et poUï^ 
gagner ïa protection des vice-rois et des ma- 
gistrats , qui s'aveuglent sur leur conduite ty- 
fannique dans ï'excrcicc des droits seigneu- 
riaux (i). 

Il n'est pas douteux que l'excessiVe exten- 
sion de ces pfivlli^gés , qui a toujours aug- 
menté et entretenu la misère du peuple , no 
soit la principale cause de la dépopulation d« 
ce royaume , et du peu de revenu qu'il rap- 
portait alors aux Bnances du rm. C'est à ce 
défaut d'attention que la cour de Madrid H 
constamment fait paraître pour ta Sardaign^j 
qu'on doit attribuer l'oubli toiai, et pour ainsi 



(i) N'y aurait-il pss iBoyen d'obliger )e» possesseurs 
eipagnols de laal de riches Sefs es Said^gne , d'aller 
' taire leurrésideiice daDs l'île, au moiDS pour s« mois 
deTariDée? Ce qui ae coulribuerailpasmoias aux hitd^ 
Fais des seigneurs t^a'k l'avantage du royaume , puÎBqM 
les revenus considérables qoe produisent ces Sets ne son- 
tiraient plus du pays pour ëtr» conAommës à Madrid «b 
lésident les propriétaires. 

dire, 



.ireM.yGoO'^lc 



('93) 
dire, W mépris qu'on a toujours montra pour 
cette île : on l'a abandoonee , comnao ua. état 
iautile^à la discrétion des vice^rols^qui ext 
tiraient > par toutes sortes de moyea», tout la 
pull possible, sans se soucier dekmatioii) 
oî,de l'avcEiir. 

Le royaume entretenait , à ses frais , unie 
•scadre de sept galères , qui servaient ^ bo»- 
seulement à donner la chasse aux corsaires 
de &urbarie , et à les tenir éloignés des côtes 
de- l'île , auxquelles ils sont continuellement 
très-incommodes 3 mais encore pour empèi 
cher la contrebande. Comme la chiourme de 
çeS' galères était ordinairement composéd 
de ceux qui, par leurs crimes , étaiest eoo* 
danuois à la rame , elles étaient la tepreur det 
Wiéehans , en même tems qu'elles sepvoietqÇ 
à, l'utilité publique. Malgré ce dou^ .ftvaq^ 
lagq , le» vice - rois souffrireat la des- 
truction de cette escadre , en la laissant 
dépérir (f elle-même, sam la réparer ^ lors- 
que les ^galères étaient vieilles , et eu eo 
faisantbassement vendre les bois et les agrêts, 
sans ordonner de nouvelles constructions. 
L'anéantissement des galères n'empêcha pas 
cependant les vic*^rois de continuer l'exac- 
tion de Ift ta^te doslinée pour leur entretieii , 
et à la charge dee particuliers. 

TomeL N 

■ L) il- reM,, Google 



( 194 ) 
Les ravages continuels <que les Barbaresques 
faisaient sor les côtes d'Espagne et de Sar- 
daignCffîrent imaginer un genre de secointf 
trè8*utile , à la vérité ; mais très-mal com'- 
binë en politique. Ce fut de profiter de Tins- 

. titiition de l'ordre des religieux de la Merci , 
pDurlarédemption des captifs (i). Les papes, 
pour exciter la ferveur et le zèle des Castil- 
lans et des Sardes , y ont attaché des indul- 
gences ; et renonçant à leurs propres intérêts , 
ils ont cédé à cette institution les produits des 
dispenses du carême. 

Cet objet fit , tout d'un coup , un fonds 
considérable. Les espagnols et les Sardes ont 
vu «Venir leurs parenset leurs amis de l'es-' 
tlav'age ; mais les rois d'Espagne s'appropriè- 
renl par la s'jile ce revenu , et se chargèrent 

.. eux-mêmes de la drfense des côtes, en y 
employ-ant l'argent qui provenait de la bulle , 
qu'on appelle de ta Croisûde. 
■^<i)éUB bulle permet de manger de la viande, 
du b£%iri'e et des œufs en tems decarême , 



(i) Cetordra religieux, doQt le fondateur a élé Saint 
JéàndeMatla, nalilde Bercelonnelle , en Daupbîo^ ,a 
jlë instilii^ pailcpape iDuocenlIII , en 1I99, sous la 
d^DominationdeTriiii'taireSianlrenient dits de la Merci. 
Il y en a deux couvws en Saidaigne. . 



,-,eM,C001^IC 



( »95 ) 

jiuycjQiiÉtQt la rétribution de 20 sols j et il s'en 
distribue annuellement pour la somme d'en- 
7iron3400oL On ne doytapas alors que le roi 
d'Espagne n'eût le droit de s'en^parer de 
cette imposition, pourTu qu'il en remplit 
î'objet^et que pour gî|.rantir les Sardes de 
la surprise des corsaires de Barbarie , il emr 
ployât ces fonds à l'entretien d'une egcadre 
contre les Barbaresques. ^ 

Mais en attendant l'accomplissement ^e 
cette condition , qui n'eût jamais lieu , les 
pôtes delà ^ardaigae demeurèrent par. - tout 
sans défense ; et les (ïesceiites .et les ravage^ 
des corsaires furent malheureusement .fret 
quens. Les tours qu'on. avgit établies autour 
de l'isle , n'avaient pag as^z de force contre 
une attaque vigoureuse , çt les habitans ifl" 
fortunés se virent eiilevés as.sez souvent par 
ces cruels ennemis , inç|,l£ré; les sacrifices, 
qu'ils étaient obligés de faire , pour.p't^ 
garantir (i}. ,, 1 ! 

' (r) ï.e gouveroeiàenl piëmonlais a su se niaiiilenjr 
dans ce frétenâà droit : (à Santâigne paie encore au- 
jourdliuicétlepieiiNco&tribulioQ deUhuDè'àeU.criîU 
tade, etfanaée dernière 17^8, des corsaircis-AI};^(nis 
ont impunément arracha de leurs liUrprçscjue- tous lesj' 
babîlans de nie de Sainl-Pierte , sans que le.gouverne-. 
njent ioipiéyoj'antail puy opposer la moindre réais la nce^ 

N a ■ 



,-reM,C001^lc 



LéS sciences et les beaux arts se htp» 
portaient à l'état civS de la Sardaigne. La 
première imprimerie y fut établi** en 
tB66 , par Nicolas Canelles , chanoine 
àe Cagliari , depuis ëvêque de Sosa ; la 
seconde, ven l'an i6i5 , à Âassari , par 
Anlcfînfe Cânopolo , depuis archevêque d'O- 
ristano j mais ni l'un ni Vautre n'y firent 
des progrès. , 

Les jésuites qui y éfâîeot très-puissans, 
enseignaient les sciences dans leurs collèges ; 
Ils avaient le privilège exclusif de conférer 
le», degré» dli ddctorat en |urisprudence y 
en théDioçrft et en médecine', par le moyen 
d*un acte pablic tju'on' ftiisàit soutenir dans 
■ leur église ; i( éiaîl présidé , avec beaucoup 
de gravité, par le recteur du collège, qui 
avait seul le droit de donner l'anneau , et 
de mettre le btSnnet doctoral sur la tète 
de tous deux qUl désiraient cet honneur. 

La cour d'Kspagne toujours Hlal iostriiite , 
supposait les Sardes plus misérables qu'ib 
n'étaient^ et les cioyant, par cette raison, 
incapables de remplir aucune de» clttegea 
du pays , elle ne les donnait qu'aiux Es- 
pagnols ; ainsi les Sardes n'espérant plus 
de réCMiipeoses , négligèrent la culluré de 
I^prit , qui s'était j ea qudque façon rouillé 



,-reM„G0l")glc 



( '97 ) 
et abruti. L'induririe et le oommew e ^ 1% 
base la plus sûre, et le moyen le plus sa- 
lutaire pour la ooQsen'atioD et la prospérité 
des habitans et du pays , y furent entière- 
tnent anéatilis. 

La maison d'Autriche , qui , comme nous 
l'avirm-Ta , cm tamcad cbapKre , n'ayant 
possédé la Sardaigoe. que l'espftce de h\M 
ans , n'arait pas vu 1« tenu de c^iAt^r Ja 
Kort de Dé rojûuïoe , le Jaiséa et jb mnk 
h la maison de Savoie dftt» h même tétai 
où elle l'arah ttauré. 



N3 

uiriieob, Google 



CHAPITRE IX. 

Gouvernement Pie'montais en Sardaigne. 

Xja Sardaigne dépoun>ue des .mo^''eiis de 
résietance aux entreprises des deux puis- 
sances qui se disputaient, au cpmmencement 
du dernier siècle ''; la couronne . d'Espagne ; 
souvent déchirée par les partis que suivaient 
les iiabitans l'orqu'on changeait de gouver- 
nement ; et par les mêmes circonstances, ja- 
meiis libre d'émettre son vcèu pour la puis- 
sance , ou pour le genre de gouvernement 
qui pouvait mieux lui convenir ; elle fut 
enfin donnée à la cour de Turin en 1720, 
en échange de la Sicile , et passa ainsi , 
dans un moment , du pouvoir de l'empe- 
reur , dont elle commençait à être satisfaite, 
à celui des princes de la maison de Savoie , 
dont elle attendait, son bonheur. 

Ses espérances ne furent pas vaines , 
quoique l'éloignement de son nouveau sou- 
verain ne la laissât pas jouir de tous les 
avantages qu'elle se flattait d'obtenir de la 
droiture de son cœur et de sa bienveillance. 
Les vice-rois y arrivèrent sur le même pied 

Up-iieObyCOOl^lC 



(199) 
quêdu iem» des Espagnols ; les lois y furent 
confirméeset les tribunaux gardèrpnt l'aocien 
système surrexercice de Ja justice ; mais la 
police y fut mieux réglée , et les abus de 
l'administration civile' y diminuèrent consi- 
dérablement. 

Le roi Charles ËDunanuel , guidé par les 
sages conseils de son premier ministre le 
comte Bogino , un des plus grands hommes 
d'état de son lems, s'^pperçut bientôt du 
parti qu'il pouvait tirer de la Sardaigne et 
de ses habîtans , au moyen du rétablisse- 
ment de l'ordre , et par l'encouragement 
donné aux sciences et aux beaux arts. S'il 
ne put toucher aux privilèges inconsidé- 
rément acéordi-s par les Espagnols , et que 
malheureusement dans l'île on regacdecomme 
sacrés , du moins il en diminua l'influence 
sur l'ordre public, par une administration 
plus exacte de la justice , qu'il confia à des 
hommes du premier mérite. 

Après avoir pourvu à Ja sûreté intérieure 
du royaume , par la défaite de plusieurs 
bandes de malveillans , qui , ayant encouru 
la disgrâce du gouvernement par leurs cri- 
mes ,■ s'étaient- retirés dans les forêts et sur 
les montagnes , pour se soustraire à la pour- 
suite des luis) le roi Charles limniauuel 



.irireM,, Google 



( 2<I0) 

s'apptiqua soigaeusement à eaetnrragcr fa*- 
griculture , par le rétablissemeot de plu- 
sieurs mafiasius de blé d'emprunt en faTear 
Ae%cukivtdeunApfdésMentiGmnativHt)i 



(i) L'augmentalicm de l'agriculture A delà popula- 
tioaen SardaignefOeke dbil^uW «âge étabiissemeid 
de ces DUgBsitu de prâl,ërig4( en 1767, par ^dâ dti 
roi , du I". février. Chaque particulier peut avoir d« 
bU de ces magasina, saoa autre obligation que de U 
rendre en nature, à raison de la quantité qu'il en a 
prise , après la recolle. Le savant P. Hintt , professeur 
de langues orieutales dans l'iinivfersîtë deCagliari, nous 
donue une id^ de cette augmentation (fagricuhure , 
dans nne TnNcription très-éUgante , qu'il publia à ht 
mort du roi C%arl« Emmanuel. 

Carolo Emm. B.egi. 

Toto. regoo, 

Agris. natura. perbonii. colendis. 

Censoribus crealis. 

CuUionï. operam. daslibus. subsidiîs. furibui, 

ÔrnaliB. donatii. 

Cellis. fruDimenlariis. «emenli. 

Annous. duriori. providendn. 

Extruc lis. 

Sla^ioDum. jugeribus. ad. 0001333 , au c tin. 

De. uberlale, publica. 

Optime meiito. 

Accad. CarLDD. 



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( MI ) 

S pôiirToir à Védaeatian publique, par la 
•dotation de plusieurs séminaires et ccdléges, 
où l'-on reçoit la jeunesse dépourvue de 
jnoyens pour acbevcr Je cours de ses étu- 
des {i) f à secourir la misère , par la fon- 
(kitioa -de? hôpitaux dans plusieurs villes du 
jwyaume ; à donner un nouvel essor à l'es- 
prit des Sardes , par la Téforaae des dcoles 
{jubUqnes , et l'institution de deux universités 
pour l'étude des ciences et des-beaux arts (3)j 
à' encourager le conimcrce , et à mainte- 
nir la bonne-foi parmi les négocians par la. 
création des tribunaux de commerce et par la 
publication des lois nécessaires à leur exer- 
cice dans l'administration de la justice (3) 3 
a retrancher les abus introduits dans les com> 
munes des villes , par la publi cation d'uo 
nouveau règlement qu'on leur donna sur 
tous les points d'administration tnunîci» 



(ij Dans loules les' villes ëpîscopaiss, on a établi 
les séminaires , où loi) reçoîl des jeunes gens , auxquels 
(Li enseigne loiiles les scieDces gratis , et auxquels 00 
lonne en oulre la nouriiture et l'habîllemeBl. 



(2} L'uaiversltë de Cagliari a été rétablie en J764, 
dans le même syslùme que celle de Turin ; celle de Sas- 
#[irL futriSlabUe suriemémepieden lyÔS. 

(S) Far un édil du 3o août 1770 « on Singea dmu Ut 



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( 202 ) 

pale (i) ; à dresser les Sardes au métier de 
la guerre , par la création d'un régiment 
national , qui sert sur le pied des troupes 
étrangères à la solde du roi (2) ; en un mot , 
à procurer le bouheur de ses nouveaux ni- 
)els , par la restauration des mœurs , qui , 
pendant son régne , s'y soutint d'une ma- 
nière si sensible, qu'on peut dire avec assu- 
rance , que la Sardaigne a changé d'aspect 
sous cet heureux gouvernement , en deve- 
nant uoe des nations les plus policées de l'Eu- 
rope. 
La' mort du roi Charles-Emmanuel , ■ et la 

villes de Cagliarî et de Sassari deux tribunaux de com- 
merce, appelés 77iajûfra/(iJWco7ifii7<3/o, avec des règles 
très-sages pour l'admiDisIratioa de la justice , et la déci- 
sion des causes mercantiles. 

(i) On a aboli l'aucienne méthode de faire dépendre 
l'élection des olficiers municipaux de chaque conununej 
du caprice du sort. On a classifié les citoyens de mérite 
et chacun administre à sou tour. 

(2) le régiment sarde , composé de deux bataillon» 
passe pour un des meilleurs des troupes du roi. Il s'es 
beaucoup distiogué dans la dernière guerre , sur le: 
montagnes du comté de !Nice , oùil a fait des prodige: 
de valeur. J'ai entendu moi-même 'es éloges sans ne 
hre que plusieurs ofiîcîers-généraux français lui 
donnés en plusieurs occasions. 



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(•503) 
retraite du comte Bogiao qui suiyit de pi-èa 
cet éTènement , fareat deux malheurs irré- 
parables pour la Sardaigoe. Le roi Victor- 
Amédée , qui, en 1773 , suceéda à la cou- 
ronne de son père , avec la meilleure volonté 
de. procurer le bonheur de ses états , dé- 
pourvu de ce tact fin , qui donne la con- 
naissance des hommes, d'ailleurs, trop fai- 
ble, pour déjouer les intrigues des courtisans, 
ne fut pas heureux: dans le choix des minis- 
tres qui devaient l'aider à supporter le poids 
du gouvernement. I.a Sardaigne se ressentit 
bientôt de cette faute. Les emplois , depuis' 
cette époque, ne furent donnés qu'à la fa- 
veur , et s'y multiplièrent sans nécessité, 
pour contenter l'avidité des intrigans. On y 
admit peu-à-peu les sujets Piémontms qui 
s'emparèrent bientôt des places les plus lu- 
cratives dans toutes les branches de l'admi- 
nistration civile et économique; et jamais on 
ne pensa à accorder aux Sardes la récipro- 
cité dans les emplois des éfats en lerre ferme. 
Par ce moyen , l'autorité publique , sage- 
ment di7isée selon la constitution du royaume, 
entre les différens magistrats et les tribunaux, 
allait se concentrer toute entière dans le pou- 
voir des Piémontais, et de-là, entre les mains 
du vice-roi. Cet officier, avec le prétexte des 



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( 204 ) 
dîsposilions économiques et provisoires (c'é- 
taient les formules qu'on avait adopta, pour 
couvrir les atteintes à la constitution ) , atti* 
rait à lui toutes les affaires, en reccTaut 
toute espèce de réclamations , sur lesquelles 
il prononçait lui -même (i), au simple rap* 
port du secrétaire d'état, qui s'était arrogé 
depuis quelque tems un pouvoir sans bomeh 
Toutes les affaires quelconques devaient scbott- 
tir au bureau de ce secrélaire j et le dernier 
piémontais qui l'a régi , avait porté si haut 
la prérogative et l'éclat de sa place , que la 
forme et le mode de ses réponses affectaient 
l'autorité du ministère, et l'empire d'un ora- 
cle (2). 

(i) Parmi les vice - rois cjiii ont voulu frauchir dan» 
les derniers lems les limiles ddfermîn^es à leur autorité 
par la coDstilulion du royaume , on dislingue sur- toii4 le 
comlede Thaon de Saînl-Acdré, qui y a ^lë vice-roi 
pfndant les années 1788 , 89 e( 90. L'amtHlion la plu* 
révollanla , unie à l'avarice ef ii l'ignorance la plus ca- 
ractérisée , furent les seuls guides de son gouvernement. 
Aussi le secrétaire d'état fesail pour lui toute la beso- 
gne , tandis qu'un nommé Plenli , sscrélaire parliculîflT 
du comte, négociait les grâces qu'il devait accorder au 
plusoflranl, et refusait même quelque fois les pièces 
d'or qu'on lui donnait , lorsqu'elles n'étaient pas de 
poids selon le tarif. Note commt^iquée. 

(s] Celait un es-jéniitede Turin, inlrignit, smbi- 



..oogic 



(20S) 

C'est (le cette autorité altérée etcorrompne^ 
et que l'on peut appeler le foyer de la discorde, 
«jue devaieat partir tous le» décrets sur tou» 
les objets possibles, et particulièrement sur 
celui d'accorder des grâces et des saufs-con- 
duits aux criminels (i), dont ott faisait un 
trafic «eandaleux. Ce bureau tenait aussi 
<kms la plus humiliante dépendance tous les 
corps administratifs et Civils , et très-souveot 
dictait la loi au magistrat suprême de l'an-. 
dienee royale. II parvint à la fin à s'ériger en 
commission ministérielle, puisqu'on y arrêta 
pour maxime qu'on ne pourrait plus adresser 



lieux, sans aucune conoaissaoce des altaires du royaume, 
M voûtant s'enrictiîr en peu de tems, Note communi- 
quée. 

(i) Pour se soustraire & la peine qu'un criminel fu- 
gllifa encourue par m condamnalîoa, il n'a qu'à se pr^- 
imiter aa vice-roi pourlui oîtrir l'arrestation d'un ciintî- 
Ml'tfMi'déiriMà'Ianiêniepeiue que laî, et obtenir à cet 
Ob^t va sauJ^-cdDdtiit , par le moyen duquel il pcùl 
VojAgâ- dans lout le royaume, aans crainte d'être t^ôté. 
C'est à lui ;ilairs ^ nietlreen (puvre la mauvaise fut, U 
traliisoD , el tous les moyens les plus horribles, pour at- 
tirer daiisles pièges celui qui Sott lé remplacer Tla po^ 
tettce; PeiUJ<m Imagine^ un système plus affreua de 
Mrraplioa pww l^spril public et poar les mœuri d'ua 
peuple? 



..BnieOb, Google 



aacune requête au roi , si elle ne passait pat 
ie canal de ce bureau.Par ce moyen,, le mi- 
nistre des affaires inlérieures à Tupin ,■ se 
déchargeait d'une grande partie de ses at- 
tributions , et par conséc^uent , on ne se 
pourvoyait jamais en demande^ , que selon 
l'avis du secrétaire d'état en Sai-daigr.e. 

Les vice-rois se mirent par ce moyen à 
l'abri des inquisitiona et de la censure rigou- 
reuse de leur conduite pendant leur gouver- 
nement , quoiqu'ils y fussent assujétis par les 
lois foodameotales, du pays. Ces abus s'-ë- 
taient accumulés avee le tçmsj et celader 
vait arriver dans un gouvernement qui avait 
scu se soustraire coastamment à t'inspectiott 
des représentans du royaume (0*.ln® ^^^y 
qui , par sa bonté naturelle , croyait que tp.ut ^ 
était au mieux, ne s'appercut pas , que, la 
nouvelle politique de ses agens Pigmentais, 
en Sardaigne , lui frayait le chemin au vrai 
despotisme, taudis qu'il est à présumer , que 
dans son cœur , il ne voulait être réellciment 
que le père de ses peuples. Celte politique ,' 
enfiû', au bout de quelques années, par-' 

(i) Quoique noire conslitiilion portât <jim les étals- 
gjnëraux devaient se convoquer tous les dix aoa , la coor 
de Turin n'a jamais voulu les peiaiellre. 



..rireM.,"G001^lc 



( 207 ) , 

yint à renverser le bon ordre et la tran- 
quillité publique , par le relâchement des 
. mœurs , et par la mullipUcatioo des crimes 
qui se commettaient impunément sous les 
yeux qiême de l'administration. 

L'expérience est tout-à-la-fois l'épreuve et 
le juge des gouvernemcDS, et quand ils ne 
produisent que des effets pernicieux , on est 
en droit de condamner leurs principes. Or, 
quel tableau offre la Sardaigne depuis lamort, 
du rui Charles -Emmanuel, jusqu'à 17.(^3? 
Affaiblissement dans toute les parties de 
l'administration ; honteuse négligence dans 
tous les départemens ; l'intrigue détruisait 
Tamour de la gloire et opprimant le mérite j 
le bien public sacrifié à une basse avidité ; 
!es places données , arrachées pour ainsi dire 
par l'esprit de facliou; tout devenu vénal, 
et chaque suffrage, chaque décision l'objet 
d'uu calcul public presque mercantil. 
^ Ce système de gouvernement qui prépa- 
rait les Sardes au plus affreux esclavage , 
indisposa beaucoup les esprits contre la na- 
tion. dominante; d'autant plus que le mépris^ 
de celle-ci pour les naturels du pays, suivit 
de près la perte du crédit et de la cpqsidé- 
ration qu'elle s'était acquise , dès les premiers 
tems , dans toutes les parties de l'île. Toutes 



..BnieOb, Google 



(508) 
les réclamations furent inutiles, t* mécon- 
tentement était universel , et il ne fallait qu« 
l'occasion pour le Voir éclater. 

Le république Française ayant déclaré la 
guerre en ijyS a la cbur de Turin , elle 
enToya bientôt une escadre de quarante- 
cinq vaisseaux de guerre, et trente-un bâ- 
fimens de transport , sous les ordres da con- 
tre-amîreJ TrUguet , pour s'emparer de la 
Sardaigne.' Le roi ayant perdu le. comté de 
Nice et la Savoie ; soutenant la guerre la pitas 
malheureuse pour sauver le Piémont , se 
trouvant vivement attaqué par les armées 
Françaises toujours victorieuses, et ne pou- 
vant donner le moindre secours à cette fle j 
qui était menacée d'une prochaine invasiODj 
ïes Sardes se trouvèrent réduits àlatdfcrmère 
extrémité , et forcés , ou de se rendre à l'âp-" 
proche de l'escadre ennemie , ou de se dé- 
fendre par eux-mêmes, au défaut dé secours 
étrangers. Le second parti fut préféré comm» 
le plus glorieux pour la nation. 

La première division de l'escadre Fran- 
çaise parut à l'entrée du golfe de CagUari , 
le 28 décembre 179Q , et après avoir occupd 
le 8 IHe de St. Pierre , et le 14 l'ile de St. 
Antioco , elle reparut de nouveau le 22 jan- 
vier i7y3. Le 23 , elle se rengea en bataille, 
et 

uiriieob, Google 



; ( 209.) 

et forma le 37 le siégede la ville , qui répotldit 
vigoureusement à toutes les attaques. 

Les premiers jours de février, une se- 
conde division , sous les ordres du contce-t 
amiral Latouche •'Tré ville , parut dans jç 
golfe de CagUari, et réunie à la première ^ 
elle fit les préparatifs de la seconde attaque 
de la ville et des fauxboUrgs. Oa comiujeoçct 
à bfdtreeii brèche te 12 ,.et en mème-teirtsiin 
Ëtundébarquemént surla plagede Quarto^ 
au point . appelé de St. André , qui ,éfaat 
désert, n'opposa aucune résistance. Mais, 
l'ennemi ayant voulu attaquer le^ diverse» 
positions défendues par les Sardes , sàus la 
conduile de plusieurs chefs nommés par le» 
Stamenti, qui avaient fait les frais de l'ar- 
mement, il fut repoussé sur tous les points^', 
et obligé de se rembarquera la bâte , après 
avoir soutenu- le feu dea-batleries- pendant- 
plusieurs jours avec toute la bravoure inna- - 
gînable. Il fallut donc enfin se résoudre à 
lâcher prise , et à abandonner entièrement la 
Sardaigne , après y avoir perdu beaucoup de 
inonde , lé Léopard , vaisseau de 80 pièces- 
de canon, et plusieurs bâtiqiçns de trans- 
port (i). - . , 

(i) Voyez le poëme puWié & cell»occ<iw»n par M. 

Tomeî. O 



.irireM,, Google 



(3") 

Le roi , cbarmé de la gloHeme conduite 
des SardM (i^ > en marqua sa uttisfaction 
pu plusieurs lettres remplies de» expretsions 
kw plus flatteuses et vraiment pateroelles. 
S. M4 iovitait la natiou à proposer ses de^ 
mandes BUr tout ce qui pouvait être ti(il« 
aux vrais intérêts du royaume et contribuer 
âa bonheur deshabitans. 

Malgré l'étendue de cette offre de la part 
d'tm monarque géDércux , les Sardei ne pen- 
sèrent qi^'aux objet» qui pouvaient intéresser 
la félicité publique^ à l'extirpatiou desabuk 
dont la patrie était accablée, et ils binèrent 
ainù leiff» demandes aux cinq articles tui- 
Tans : 

i*. La convocation de» Cottes , ou étate 
généraux, pour y discuter toi^ IfS ol^et» 
d'utilité publique. 

J««D Mari» DeHori , qaî a pour tilre : H ùw^ délia 
Sardegna^ doal le* notes Haut trô>-«Dl4 rossante* pottC 
aerrir à l'histoîie ^ ce si^ge. 

(l) Ce tout les expressions très - remarcpiabW du 
pape Fie YI, centennes dans son breF, qu'il expétUa à 
cesujelle3oaoAl 1793, ibi: Cum omm'liut regni ineo- 
lis enLte congralulamur de egregia cômparafa san^ 
nomini nanquam inlermoritura gloria, ohnUnUttt 
regfdebUamJidem palam o m mi ht ufi t e t am ae prapoA' 
tmm aéoimilÊm tmtkUUmài*, «te. 



M,,Gooi^lc 



C 51. ) 

H". La confirmatiaii de touW Ira lois 
coutume» et pririlëgwj même de celle8qnl 
n'étaient plus en vigueur; attendu la prëro- 
galive naUonalequi veut, que le non usage 
ne puisse empêcher d'en rappeler l'exercice, 
toutes les fois que la nation le croira utile ou 
nécessaire. 

3*. La nOminaUon aux emplois en fa- 
veur des nationaux. 

4°. L'établissement d'un conseil d'ëlat an- 
pris du vice-roi, pour être consulté dans tou- 
tes les affaires qu'on faisait dépendre de la 
seule volonté du secrétaire d'état. 

5°. La création d'un ministre particulier 
auprès du roi à Turin , pour les affaires d< 
la Saïdaigne. 

Pour présenlerau roi ces demandesaveeplul 
d'efficacité , le royaume crut de son intérêt 
d'envoyer à Turin six députés choisis des trois 
ordres de lanation. Ces agens ayant été reçu» 
de 9a majesté avec les témoignages de «abonté 
ordinaire , ils furent assurés de ses disposi- 
tions favorables pour l'objet de leur mission; 
on leur promit l'établissement d'une commis^ 
lion particulière pour l'examen de leurs de- 
mandes avec la faculté d'y paraître et d'y 
être entendus. 

J'ignore par quel «rMce le comte Gra-* 
O» 



•,..i,Gooi^lc 



( 212 ) 

neri, alors ministte de l'intérieur, put réussir 
à empêcher le roi de faire en ce moment I» 
bonheur des Sardes ^ et par quelle raison ,. 
pendant plusieurs mois de résidence inutile 
à Turin , on ne permit jamais atix députes 
l'entrée des séances de la com^iision ; pour- 
quoi ils ne furent point consultés sur l'éclair- 
cissement des faits ■■, et comment enfin on osa, 
sans leur communicjuer les décisions royales^ 
congédier des députés autorisés par la na- 
tion entière, en verlu de pouvoirs et de lettres 
de errance , reconnues authentiques par le 
même ministre et. par la comiitission. 

Les choses furent poussées au point, que 
Iç^ députés connurent, les derniers, les inten- 
tions de sa majesté qui furent envoyées par 
le Courier ordinaire gu vice-roi ,,;avec ordre 
de les communiquer aqx chefîj des trois or-^ 
dres de r<Hat , auxquels, on adressa trois dé^ 
pêches semblables. .I..e ministre parlant au 
nom du roi s'y expliquait d'une maniée si 
confuse et si équivoque, qu'on n'y apper- 
çevait clairement qu'une réponse négative 
à toutes les demandes du royaume. Telle fut 
cette lettre fameuse idans laquelle le .comte 
Graneri crut se mettre à l'abri de. tout re- 
proche , en prodiguant les promesses pour 
l'avenir , et en les enveloppant encore 4* 



..gniaOb, Google 



(=i3) 

termes si obscurs qu'il ëtaït même inipos- 
sible d'y reconnaître lestile dubonsens (i). 
, ■ Le royaume fut saisi du plus profond 
étonnèment à la vue de ces dépêches aussi 
Contraires aux espérances qu'il avait con- 
çues sur l'iavitatioa et sur les promesses rëi-- 
térées dé la cour, qu'opposées Au bien pu- 
^blic; et il eut la douleur de voir combien:' 
avaient été inutiles les dépenses énormes oc- 
casionnées par l'enVoi de la députation au 
roi. 

Tous les habitîCns de l'ile très-persuadés , 
avec raison , que le mauvais succès de leurs 
justes demandes, n'était que l'effet des in- 
trigues du ministre de l'intérieur , d'accord 
avec les. employés piémonlais résidans dans 
le i;oyaume,ne purent cacher leur mécon- 
tentement ; il éclata en plusieurs occasions,' 
par des disputes et des plaintes, assez expres- 
sives pour avertir le gouvernement de réfor- 
mer sa conduite , et de ne pas pousser à 
bout des esprits fort irrités et prêts à se por- 
ter à quelques violences. 

C'est un point de politique malheureuse- 
ment consacré dans presque loue les gouver- 

(i) Voyez les pièces jtiatificatives à la fia de ce vol. 
B», VIII. 

O 3 



.1, Google 



nenun» inoBaïchiquc» , de ne jeter que le re- 
gard de l'indifférence sur les plaintes du 
peuple 3 de le« accueillir avec de grandes dé- 
monstrations de zèle et d'assurance d'y 
faire droit , et de renvoyer ses représentans 
avec de belles promesses et de grandes espé- 
rances. Les ministres ayant la force en main, 
c'est-à-dire, ainsi qu'ils le pensent , le droit 
de commettre impunément toutes sortes d'in- 
justices , ne peuvent se persuader que le 
mécontentement doit tôt ou tcu:d détacher le 
peuple du gouvernement , et qu'il osera sai- 
sir l'occasion d'en changer la forme , for- 
tout lorsqu'il ae flatte que de ce changement 
il peut on résulter pour lui de grands avan- 
tages. 

Les employés piémontais , loin de prendre 
des mesures modérées pour calmer les es- 
pril9 , ne firent au contraire qu'augmenter 
le ressentiment , en prodiguant toutes les es- 
pèces de mépris , d'injures et même de me- 
naces. Le secrétaire d'état, constant dans 
ses mauvais principes et dans sa politique ab- 
surde, eut l'imprudence de faire courir le 
bruit qu'on allait lûeutât désarmer tous les 
habitans du royaume. 

La journée du 28 avril 1794 j fut Tépoque 
fatale où l'effervescence nationale parvenue 



lAioo'^lc 



( "S ) 

à son oomble , ^olata da» toute ion <ii«rgi«. 
Le gouvernement crut arrêter ieb progrè» âfi 
l'émotion presque gés^rals qui ta manifesta 
dans les faubourgs de la ville ' de Ca^ia» 
ri, par l'arreslatioa de deux oitayeos qui 
avaient la confiance du peuple , «t par eella 
de quelques autres que l'on menaçait de falr» 
exécuter b jour' mime. L'appareil le plut 
imposant fut la suite de oc premier pas aussi 
imprudent que-mal combla^. 

Les portes de la ville furent fcrm^ , «t 
les ponts levés ; la garoison prit les aripes . 
on doubla les oorps-de'garde, et le canon du 
château fut mis en batterie eontre les fau- 
boui^s. 

Toutes ces démonstrations d'hostilités no 
firent qu'allumer l'incendie , et donneront 
enfin le signal da l'insurrection générale, 
■ qui éclata le même four au fauboiurg do 
Siampace. Le peuple s'arme , enfonce le* 
portes de ce faubcnirg et de celui de la Mai- 
rine , prend d'assaut le second , chasse les 
troupes qui gardaient les deux autres portes 
du Mole et de la Darso , tt M'empare de toua 
les bastions des environs, ps-là , marchant 
en bon ordre vers la porte de VilUî^euve , 
qu'il trouve gardée par un gros détachement 
d?, troupes royales , ii l'pbligp de mettre 
O4 

II,, ... lL-ooi^Ic 



(5.6) 
bas les armes après plusieurs combats frrfs- 
vifs. Aiosi maître de la porte de commuoi- 
catioD entre la ville et les faubourgs, il pousse 
ses exploits jusqu'au château ; les troupes 
noyales qui s'étaient postées le long des rues , 
et dans les carefourè^Ëreat un feu très-vif sur 
le peuple , mais sa contenance et son courage, 
suffirent pour repousser l'ennemi sur tous les 
points disputés ; on se saisit ensuite du ca- 
non des remparts , et l'on désarma la grande 
garde doublée du vice-roi , qui fut bientôt 
assiégé dans son palais. 
' Les insurgés , maîtres du cbâteau et du 
sort du rice-roi , modérèrent leur fureur, à 
la vue des deux citoyens arrêtés qui furent 
à l'instant mis en liberté. Des personnage» 
distingués par leur naissance et par leur sa* 
gesse , réussirent enfin à ramener le peuple 
au calme , et à prendre des mesures de pru- 
dence pour arrêter les progrès du désordre. 
II promit de se rendre et de rentrer dans, 
l'obéissance , à condition que l'on renverrait 
horsduroyaumele vice-roi et tous leapiémon- 
tais employés ou non. dans l'île,. à l'excep- 
tion de l'arcbevêqiie'de Gagliari et des autre» 
prélats de la même nation qui jouissaient de. 
la confiance publique. Il protesta en méme- 
femsj avec lesinaïqùesdy plusgrjind respect, 



("7) 
pour la personae du roi , de se soumettre k 
ses ordres, et de continuer à vivre sous ses 
lois. 

Le magistrat de l'audience royale , com- . 
posé des seuls membres Sardes restans , se 
réunit immédiatement après , prit les rênes 
du gouvernemeat , selon la constitution du 
royaume et les voeux du peuple , pendant 
que les trois ordres de la nation , ou Sia- 
menli s'assemblaient pour prendre , de con- 
cect avec le magistrat suprême , les mesures 
nécessaires au rétablisseihent du bon ordre 
et de la tranquillité publique. 

Le vice-roi , accompagné des trois dépu- 
tas choisis par les trois ordres de la nation , 
et de plusieurs autres personnes de distinction 
filt embarqué , le lendemain, ainsi que tous 
les employés et les autres individus Piémon- 
tais, avec leurs eflets, en plein jour , et ea> 
présence d'un peuple innomblable qui, dans 
oelte circonstance, toute à son avantage, se 
tiat dans la plus grande réserve , sans donner 
la moindre marque de mépris ou de haine. 
Les autres villes du royaume suivirent 
l'exemple de \!\ capitale,, et au bout de quel- 
ques jours , il ne resta dans toute l'île aucun . 
Piémontais , que quelques évêques digues de 
celle honorable exception. 



L)i.-raM,,Goaglc 



( 3l5 ) 
Les trois ordres de !a nation envoyèrent à 
la cour , en date du 3 mai , un rapport très- 
circonstancié de tout ce qui s'était passé dans 
' le royaume j et comme le peuple , après le 
départ des Piémontais , était rentré parfai- 
tement dans l'ordre , ils demandèrent au roi 
l'oubli entier- de cette émotion. Le roi par 
ses dépêches du 14 mai, confirmant provi- 
soirement 1" autorité vice - royale au ma- 
gistrat national, coiifonnément aux lois du 
royaume , en attendant l'arrivée d'un autre 
vice-roi , désapprouva la conduite des Sar- 
des , se réserva de donner ses ordres lors- 
qu'il aurait vérifié lés faits , et se déclara 
très-disposé à accorder un pardon général (i). 
Les trois ordres de la nation , par leur re- 
montrance du 3o mai , se plaiguirent forte- 
ment de l'expression de pardon , dont le 
roi s'était servi dans la dépêche , et de la 
conduite du ministre, auquel on attribuait 
avec raison les évènemens du 28 avril , en 
ajoutant qu'on le croyait l'auteur principal 
des^désordres du royaume j ils renouvellè- 



(i) Site roi ^tait sincèrement rfwpoje' à accorder «« 
pardon général , à quoi servait-elle la «Ct^rcir de domur 
If s ordres, el de vouloir véryierleijails ? 



,-Ki„Gooi^lc 



( "9 ) 
T^nt en cpns^uence leurs supplicalion* pour 
obtenir définitivement les trois demandes 
suivantes : 

l". Que S. M. Soignât le ministre Gr«- 
neri , des aifaires de la Sardaigne , ainsi que 
les subalternes qui avaient eu ime part ac- 
tive à la rédaction de» dépêches dont j'ai 
parlé (i) , et de les remplacer, au gré du 
roi , conformément aux anciens usages du 
ïoyaumej »e réservant en même-tems de de- 
mander contre le ministre une satisfaction 
proportioDoée à la perfidie de ses intrigues, 
que l'on mettrait en évidence. 

2"*. Qu'on ne parlât plus de l'émotion po- 
pulaire du 28 avril , en la laissant entière- 
ment dans l'oubli. 

3". Que S. M. daignât accordera la Sar- 
daigne les cinq demandes déjà présentée» 
par ses députés , dans les mêmes termes 
qu'elles étaient conçues ; en assurant que 
c'était l'unique moyen de ramener le peuple 
au ceilme , et de rétaUir entièrement l'ordre 
et là tranquillité publique. 

(1) C'ëtaiect le baron Chïonio , premier ofBcier an 
miuislère de l'inlërieur, el un nommd Gallîna, secré- 
taire , homme vil et affamé, sans autres talens que ceux 
dé savoir intriguer auprès du minislre, pour faire doiuicr 
les empJoii en Sardaigne au plus ofirant 



.,reM.,G001^lc 



( 220 ) 

La nouvelle de la nomination faite par le 
roi , ]e i^''. juillet de la même année , de 
quatre sujets Sardes aux quatre premières 
charges du royaume , pouvait faire espérer 
à la Sardaigne que ses demandes seraient à ■ 
lafio exaucées. Cependant comme cette nomi- 
nation attentait aux privilèges de la nation , 
qui avait le droit de présenter les candidats, et 
que deux des sujets nommés à ces places 
n'étaient point agréables au public , le ma- 
gistrat imagina de suspendre l'exécution de 
la nomination royale , jusqu'à ce que les 
trois ordres de l'état eussent envoyé une liste 
de candidats pour les emplois vaquans. 
Mais s'appercevant que le ministère s'était 
fait des partisan? pour faire accepter les 
quatre personnes nommées, malgré Tinfrac- 
lion des privilèges ; et afin d'éviter les troii- ■ 
bles qui pouvaient éclore de sa résistance , ' 
il admit les quatre sujets nommés, quoique 
illégallement par le roi; mais il représenta.' 
à la cour, que, par la suite, il n'accepterait 
plus aucun individu nommé sans la projio- 
sition préalable du magisirait de l'audience 
royale, conformément à la constitution du 
royaume. 

La cour promit en apparence de se con- 
former aux privilèges ) relativement aux em- 



L)i.-reM„G001^lc 



("I ) 

plois qui , selon les lois , étaient réservés aux 

, nationaux , et les quatre employés furent 
maintenus dans leurs charges. C'étaient D. 
.Grai>ino-Cocco y nommé régent de la chan- 
celierie royale, le marquis de la Planargia^ 

.général d'armes; le chevalier P/ïzo/o, in- 
tendant général du royaume , et le cEevalier 
Santuccio , gouverneur du cap de Sassari et 
jde Logndoro. 

On fit partir en même-tems de Turin, 
pour nouveau vice-roi , le marquis Vivaîda^ 

_ que le roi avait destiné à cette place. II - 
s'embarqua à Livourne avec le marquis de 
la Planargla , sur une corvette Espagnole , 
le 3[ août, et arriva à CagUari le 6 sep- 
tembre 1794, où il fut reçu par le peuple 
et par tous les ordres de la nation, avec les 
plus vifs transports d'acclamation et d'atta- 
chement envers Je roi. 
. Malgré ces bonnes dispositions qui fai- 
saient espérer de voir bientôt renaître le 
calme dans le royaume , des malveillans et 

ides ambitieux , guidés par l'envie de domi- 
cer sur toute la nation et de s'emparer du 
gouvernement , firent tout leur possible pour ■ 
semer la discorde parmi les Sardes. Ils ca- 
lomnièrent les uns auprès de la cour, en me- 
nacèrent d'autres de revenir sur l'émotion du ■• 



..rireU, Google 



C 222 ) 

a8 avril, quoique le roi eût promis de la 
laisser dans l'oubli j ils discréditèrent le vice- 
toi , dont la prudence à ménager les esprits^ 
fut peinte tous les couleurs d'une coupable 
faiblesse ; ils tournèrent en dérision la re- 
présentation nationale , et enfin , ils semèrent 
la méfiance entre le peuple et les magistrats, 
ainsi qu'entre tous les ordres de l'état. Par 
ces moyens , on amena le ministère à pren- 
dre des résolutions vigoureuses , aussi défa- 
vorables au rétablissement de la trzmquillité 
publique, qu'opposées aux vrais mtérêtâ du 
roi , que l'on trompait toujours , en lui per- 
suadant , ou de ne pas accorder les demîtn- 
des du royaume , ou de se borner à donqer 
des réponses ambiguës et indécises , afin de 
gagner du tems. 

Cependant, l'agitation dans tous les esprits 
augmentait considérablement de jour en 
jour j le mécontentement universel fut à 
son comble le 6 juillet lyyS, au moment où 
le peuple fut informé de la réponse que le 
nouveau ministre , comte Galli, donnait par 
ordre du roi , en dale du lo juin , à la re- 
montrance des Stamenti , sur la nomination 
de trois juges (i) à la chambre civile de l'au- 

(i) Ce furent D, André Flores , D. Antoine Sircana, 
' D. Pierre Louis Footana. 



,- -.M, Google 



(223 ) 
diebce itoyale , faite sans la pT^sentation ou 
' liste préalable des candidats du royaume. 
Dans cette réponse ,.le ministre ordonnait, 
■ans aucun ménagement , et avec menace , 
la prompte installation des trois employés 
de sa Domination. 

.Le peuple ayant »çu , à l'arrivée des dé- 
-pêcben de la cour, que le général d'armes, 
, marquis de la Planargia , et l'intendant gé- 
néral Pc^zo/o avaient inBué , par leurs faux' 
rapports et par leurs mauvais conseils , sur 
une réponse aussi tranchante et aussi inat- 
tendue ; et voyant tous les préparatifs hos- 
tiles qu6 ce général d'armes ordonnait dans 
ht château et les fauboai^s , pour faireexé- 
cuter à force onrrrte les ordres de la cour , 
Il ne respecta plu» rien ', il s'arme à la hâte, 
se porte avec fureur pour s'assurer de la, 
personne du général d'armes , et de cdie de 
fintendAnt général , justement soupçonnés 
d'intelligence avec le ministre , au préjudice 
des intérêts de la patrie. Le premier «e laissa 
arrêter tranquillement ; mais le second ayant 
fait faire résistance par les gens armés qu'il 
avait apposiés chez lui, et qui eurent l'im- 
prudence de tirer quelques coups de fusil 
Air le.peu(^}il fut tué de plusieurs coups 
de jpistolet , ainri qu» ks ci^onel de la mi* 



..BnieOb, Google 



C 224 ) 

lice nationale, D. Augustin Melont, qui fâ- 
chait de le défendre et de le soustraire à la 
fureur du peuple. 

Si le général d'armrs , en se rendant sans 
résistance , échappa à la mort dans la jour- 
née du 6 juillet , il ne put cependant s'en ga- 
rantir dans la matinée du 12 du même m'ois. 
Le peuple présent ce jour-là à la lecture pu- 
blique qu'on faiseiit dans la salle des séances 
des siamenii , des papiers s'aisis chez lui , au 
moment de son arrestation, ainsi que chee 
l'intendant général ; et s'étant conraincu des 
trames que ces deux magistrats avaient our- 
dies , de. concert avec le ministère du Turin , 
pour lui ravir toutes ses prérogatives et pour 
l'accabler, il entra en fureur , se porta aui 
prisons où le général était retenu depuis la 
journée du 6, pour l'en arracher de force, 
et le traîner dans la cour où il fut fusille dans 
un instant, sans que le vice-roi, ni les chefs 
des trois ordres de la nation, aient pU réussir 
à le sauver (i). ■ 



(i) le marquis de la Flanargia , malgré ses laleus et 
son expérience dans l'arl du gouvernemanl , dont il 
avait donné des preuves non équivoques dans les dîlfe- 
Tsnles places où il avait commandé , se trouva entraîné» 
tan* s'en douter , dans la cabtde mitùstérielle ,' pu lo 

Quand 



,-reM.,G001^lc 



Quand les souverains , ou plutôt leurs mi- 
nistres c6niprêndront4ls donc qu'ils doivent 
respecter les lois et les droits imprescriptible* 
des peuples ? Quand les monarques seront-ils 
convaincus qu'il est de leur intérêt de régner 
sur des nations braves et généreuses , et non 
sur des nations-lâches et avilies? Qtiand les 
^ouvernemens feront "ils attention que fe 
peuple , comme l'a. dit Voltaire , ne paraît 
petit ^ que parce qu'ilestà genoux ,fXk{xii& . 
lorsqu'il se lève, sa force', dont l'action eîtt 
redoutable et funeste à. celui contre lequel il 
la dirige , par la compression qu'elle a éprou- 
vée , produit , en éclatant , l'eflet terrible dé ' 
la foudi-fi 

înlrigues de sod fi's aiaé , qui se trouvantdansce lemSr 
là à Turïu , potir brîgiier la place de gentilhomme de la 
ichambte du roi, accéda facilement à loul ce qu'on ijnel- 
laîl en oeuvre conUe U co asti lu lion et les vrais intérêts 
de la Sardaigue. Far ce moyeu , que la seule ambition 
el l'inexpénence lui firent aveuglément adopter pour te 
iàire valoiràla cour et en imposer à ses c mjitlnôtes, 
il n'a rëussi qu'i sacrîGer son père à la haine publique , 
et à se faire dé lesler dans sa patrie. Xncidit in Jbvear^ 
tfftamficit. Y oyez les journaux officiels publiés àcette 
occasion , et les Mémoires suivans : Ragia/iamento 
compitalo d'ordine dei trs stameuti del regno (fiiSflf^ 
degna. Cagliari , délia slamparia reale , 1795, lUly(4• 
in-4•'- d'où j'ai tiré ces lait». . . ,• 

TomeX. P 

I),, -...i.Aioo'^lc 



(226) 

Les r^pr^sentans du royaume , sâus iottii 
des boTues de l'attachement et du respect 
qu'ils ont toujours montréa pour la personne 
du roi, envoyèrentà la couruaê remontrance 
Vivement raisonnëe sur les ëirénemeos du 6 
et 32 juillet , et ils publièrent en même tems, 
par U-voie de l'impression, un mémoire 
juslifitalif de leur conduite, appuyé de pièce» 
origintdeS} qui prouvent jusqu'à l'évidence , 
la, réalité de tout ce qu'ils avaient exposé à la 
«our, et annoncé ou public. : 

Persuadés d'ailleurs de la juste Indignation 
du nA pottt les excès auxquels le peuple s'é" 
tait pDtlé 'j et assurés que , quoique rien ne 
fût plus propre à rappeler la tranquillité pu- 
bHqne, que l'obtention de leurs demandes, 
elles ne seraient point écoutées sans les bons 
ofiîcesd'un puissant médiateur j ils envoyé- . 
rent à Rome l'archevêque de Cagliari(i)f 
avec les pouvoirs nécessaires pour ioroquer 
U médiation du S. Père auprès de samajesté. 

Malgré tous les soins que le vice-roi avait 
pris dans ces circonstonces f pour assurer le 
calme dans le royaume, des malveiïlans s'a- 
gelaient de tous côtés pour en empêcher les 

C I ) Monseigneur Stelauo de FortuU , maiDleDanl 
^vfqiie d« Noraja, prélat digae de U confiwiM du 
Tsjanms, par au wtus et pur waltunîinst 



.p-iieObyCOOl^lC 



( 327 ) 
boQs eÇeb. Une lettre anoayme , ëcrite de 
Cagliarj , ea dale du 9 iuillet , et adressée à 
un des partisans de la faniille de la Planargia, 
résidant à Sassari, annonçait, avec beaucoup 
de mystère, .qu'après la malheureuse catas» 
trophe du 6 et 22 , la ville de Cagliarî avait 
invité le gouvernement français d'envoyer 
u<ie escïidre de Toulon , pour s' emparée da 
la.Sardaigne. 

Cette lettre communiquée avec adresse ai| 
gouverneur de Sassari , produisit l'effet qu'on 
en espérait, sur l'esprit faible d'un vieux mi-> 
Utaire , qui, quoique honnête homme, n'en* 
tendait rien à la politique, ni aux intrigues 
du jour. Embarrassé par cette grande nMi- 
velle ,. quoique dénuée de Traisemblauée et 
d'authenticité, le gouverneur, aptes aroî^ 
consulté le magistrat de la ville , prit la ré-* 
solution la plus eiogulière ', et la plus propr0 
h diviser les deux, corps et "allumer le feu 
de la guerre civile dans le royaume. Il expé. 
flia, en conséquence, deux courriers : un en 
Corse, pour en prévenir le vioe-roi anglais^ 
Vautré à Turin , pour en inforiper la cour ^ 
' et demander les ortlres nécessaires à ce sujet; 
et il se contHita, plusieurs jours après, de 
rendre compte au vice-roi à Cagliari de se? - 
opérations. 

P3 



, L-ooi^lc 



( «8 ) 

Celui-ci , de concert avec l'audïeace royale, 
et les siamenti , sentîmt l'impradence de' 
la démarche du gouverneur de Sassari , 
en prévoyant les suites fâcheuses , prit de 
suite toutes les mesures imagiaables pour 
disçuader la cour de Turin elle vice -roi de 
Corse. Le vice-roi de Sardaigae ordonna en 
même tems au gouverneur de Sassari, de 
faire arrêter D. André Flores , assesseur ci-. 
TJl du magistrat, principal auteur des mesu- 
res .prises par le gouverneur, et qm étant in- 
liniément lié.avec la famille dn défunt, mar- 
quis de la Vlanargia , cherchait à se venger 
de la ville de Càgliari, par la haine qu'il vou- 
lait inspirer à tout le royaume contre elle. 
■ Flores, ariiêté; pendant la-nuit du 3 août 
pour être conduitau châteasde Castel-Sardo, 
étant arrivé au villagedeSorso, fut arraché, 
par des particuliers armés., des mains des 
dragons xjui l'e«;ortaienf : il sesauyaen Corse 
avec D. Antoine gircana , auteur de la lettre 
anonyme, d'où ils, passèrent à Livom"De,et 
de-là à Turin. ■ . .' , 

La ville de Sassari, alarmée de l'ordre du 
TÎce-roi , et plus encore des bruits qw'on fe- 
sait courir exprès sur diverses . arreslattOna 
. que le gouvernement de Çagljaci. méditait 
contre les principajesfamilles de la vllje, ei 



..gniaOb, Google 



C 229 ) 

indignée de l'espèce-de lirannie'-que le TÎce- 
roi voulait exercer, disaient les iotrigans ^ 
dans tout le royame , expédia un courrier k 
Turin, pour demander au roi, si danscescî»- 
constances critiques, elle devait obéir aux or- 
dres du vice-roi. Cette remontrance étant ar- 
rivée à la cour avant les rajiports du vice-roi 
et des stamenti , qui mettaient en évidence la 

_, vérité des faits , et l'imposture , le ministère se 
laissa tromper, et persuada le roi de. permets 
tre à la ville de Sassari de ne plus exécuter 
les ordres du vice-roi , ni-ceux de l'audience 
royale, et de s'adresser immédiatement "ati 
ministre à Turin. 

Les meneurs de cette'cabale , encourages 
par le succès de leur première demande , en 
firent une, non moins absurde et non moins 
im politique, par leur requête^u igseptembre- 
lyyS , dans laquelle ils demaoBèrent ouverte- 
ment que la ville et le cap de Sassari fussent 
entièrement détachés de la dépendance du 
vice-roi, et qu'on y érigeât un tribunal su- 

■ prême, comme celui de l'audience royale, 
auquel î|,boutiraient en dernier ressort toutes 
les affaires des déparfemcns de la Gallura , 
du Logudoro et du Goceano. Plusieurs villai- 
ges de ces départemens , qui n'avaient pas 
pU la mpiodre part à ce projet de divir 
P 3 



( 53o ) 
&ion , imaginé pour mettre la discorde dans 
le royaume , protestèrent contre cette de- 
Inaode , et envoyèrent leurs députés à Ca- 
gliari , pour assurer de vive voix les stamenii^ 
de leur obéissance aux ordres de la capitale^ 
Le» feudataires qui résidaient à Sassari , 
I encouragés par la démarche imprudente de 
la ville , et se croyant délivrés à jamais de 
la dépendance du vice-roi et des états gé- ^ 
.néraux. qui pensaient sérieusement au rachat 
des fiefs , augmentèrent tes taxes et les vexar 
lions à un point si révoltant , que plusieurs 
villages refusèrent de les payer , d'autres s'in- 
surgèrent et prirent les armes. 

Quelques mal intentionnés profitant de cci 
troubles et de la mésintelli^nce entre les 
deux, caps , persuadèrent aux habitans de» 
villages que lamétention delà ville deSas- 
sari de se renfte indépendante , n'était que 
l'ouvrage des feudataires qui l'habitaient et 
■pour mieux exercer leur puissance féodale. 
Cette seule considération suffit pour armer 
plusieurs milliers d'habitans des campagnes, 
lesquels , sous la conduite de chefs hardie et 
entreprenans , se portèrent sous les murs de 
Sassîtri , y mirent le siège le 28 décembre 
179a j et après une courte résistance de la 
part des assiégés , s'emparèrent de la till* 



..oogic 



(i3i) 
y arrêterait le gouverneur ^antuccio et l'ar- 
chevêque Me'- de la Torre , pi^montais , 
qu'on croyait avec fondement un des prin- 
cipaux auteurs de la division , et les tradui- 
sirent à Cagliari pour y être jugés. Tous les 
feudataires qui se trouvaient daps la ville 
eurent le tems de se sauver en Corse et h 
Livourne, étant persuadés que ce n'était 
qu'à eus que les gens de la campagne en 
voulaient. 

Plusieurs villages qui avaient eu part à . 
cette expédition , prévoyant , dans le cas dû 
retour , la vengeance féodale , se lièrent en» 
semble , et par un acte public, auquel iU don^ 
nèrent le nom d'acia de confédération , ils 
s'engagèrent avec serment de répandre jut- 
qu'à la dernière goutte de leur sang plutôt 
que d'obéir à l'avenir à leurs barons (i). 
Pour calmer les esprits vivement agités et 
mettre fin à la dissention qui régnait enin 
les deux villes de Sassari et de Cagliari , 
eu attendant les ordres de U cour , le vice- 
roîf pressé par les états généraux f nomma, 
pour gouverneur et commissaire général de 



(i) Vt^ezcel actoàU fio du volume « pîècei }ui» 
tificalivesj n'.XV. 



.irireM,, Google 



( =3= ) 
In, ville et cap de Sassari , avec le titre dVif- 
iernos, lechevalier Angioy, un des membres 
les plus distingués de l'audience royale ; le 
roéiné <jm s'éteAV montré dans plusieurs oc- 
casions le plus ardent défenseur des droits 
de la nation , et qui contribua efficacement, 
par 'ses soins personnels et par des dépenses 
considérables à la défense du royaume , 
contre J'altaque de l'escadre françaisp (i). 

L'activité et la prudence du chevalier 
Angiqy dans l'exercice de la place impor- 
tante que le vice-roi luî avait confiée, ré- 
tablit le calme dans le cap : tous les villages 
qui s'étaient insurgés contre la tyrannie féo- 
dale rentrèrent dans l'ordre, d'après la con- 
€â(icë que la réputation et les manières 
francbes et douce» de VAltemos leur avaient 
ipspirée.' 

. , i^e;sdaiit ces-sages opérations du chevalier 
'Angjoy ,. les ennemis de la tranquillité pu- 
.bUque et les fauteurs de l'anarchie féodale 
surent tellement intriguer auprès des états 
^éoérawï et du vice-roi , homme faible et in- 
lérèssé, qu'ils réunirent à indisposer les prin- 
cipaus' membres du gouvernement contre 
la conduite de XAlternos. Le rachat des fief^ 

[") Voyez pièces justificatives, no.XIII. 

LHi-reM„G00glc 



( 333 ) 
que celui-ci proposait pour le soulagement 
des vasseaux, et pour éteindre à jamais leî 
germes d'une guerre civile , fut représenté 
comme un projet conçu de démocratiser le 
royaumfe. La confiance que tout le cap de 
Sassari avait en lui , fut interprétée comme 
un manège criminel pour se faire un parti 
d'insurrection afin d'abattre le gouverne- 
ment monarchique. 

L'arrestation du chevalier Angioy fut en 
conséquence décrétée par le même vice-roi 
qui l'avait dirigé secrètement, par des ordres 
positifs et des instructions dans les tentatives 
du rachat des fiefs : la nullité et la mauvaise 
foi du vice-roi permirent que l'on sacrifiât 
l'homme estimable et lé vrai citoyen à la 
haine féodale. Le chevalier Angioy aur&it 
pu facilement braver ces menaces, il avait un. 
parti assez puissant pour détruire en un clin- 
d'oeil ses ennemis; mais il voulut éviter l'effu- 
sion du sang, et il aima mieux sacrifier tous 
ses intérêts au bonheur de la patrie : il 
" quitta son poste malgré les instances el les 
pleurs de tous ceux qui voulaient la félicité 
du royaume, et il s'embarqua pour la Terre- . 
Ferme, oïi il est encore, éloigné de trois jeu- 
pes fiUes qu'il chérit , privé des biens qu'il 



,-.eM„ Google 



(534) 
a m^pris^s t et vÏTajit chez retraiter en vrai 
philosophe. 

CependaDt la cour mieux ioform^ par 
le» dépêches du vice-roi et des stamenti, 
ImprpUva la conduite de Santuccio ,' gou- 
verneur de Sassari, révoquâtes ordresqu'elle 
avait donnés à son égard , et la municipalité 
de cette ville ayant reconnu , par les expli- 
cations du chevalier Angioy, l'absurdité da 
ses démarches , se départit de ses prétentions; 
et par la voix de ses représentaoB , elle fît as- 
surer leH siamenti de l'entière soumission de 
la capitale. Tout parut alors rentré dans l'oo 
dre , et les deux villes se donnèrent récipro* 
quement les marques les moins équivoques 
du plus p'arfait accord. 

Dons cet intervale , le succès de la dépu- 
talion de l'archevêque de Cagtiari à Rome, 
fut très-heureuY. Le pape prit à cœur la de- 
mande des Sardes, et employa tes bons offi- 
ces auprès de la cour de Turin. \js roi n'é- 
coutant plus la voix de l'intrigue , qui lui 
avait caché jusqu'alors la vérité des faits , 
prit en considération tout ce que le même 
prélat lui exposa sur la violente fermenta- 
tion qui agitait les esprits en Sardaigne. Ce 
prince instruit enfin des cabales et des ma- 
nèges de la malveillance , (Kiur l'éloigaei do 



L)i.-reM,C001^lc 



( 235 ) 
là concession des justes demandes faites paf 
les trois ordres de là nation ^ y-accMa pat- 
un diplôme esp^dié de Turin, en date du, 6 
juin 1796, et par lequel il ordonna ei pt-o- 
mit pour lui et pour ses successeurs , ^ 

i**. L'ïibolition du souvenir des faits arri'^ 
irés dans la journée du 38 avril ( abolitioit 
déjà accordée par ses décrets des 8 et 5 août 
1794 ) , lùnsi que des autres excès des 6 ^t \ 
33 juillet 1795 , et de tout autre fait relatif 
aux préoédensj prononçant à cet égard U'i 
oubli général pour tous les hahitans du 
royaume. 

2°. La célébration périodique des CorieS-, 
ou états généraux , tous les dix ans , sous la 
présidence du vice-roi. 

3°. La ë&nlîrmation de toutes les lois t 
' coutumes et privilèges du royaume ; révo». 
, quant à cet effet le décret du 39 août 1795) 
afin que, désormais^ pti put former la liste 
des candidate ^ que les trois ordres vou- 
draient hoinmei^ pouif leâ places Vacanteâ 
des trois jUgeà de la chambré civile de l'au- 
dience royalâ $ qttoîque déjà iiomtnés par le 
roi^et fiar àeâ patentes ^ du 37 àyril 1796 » 
dé blême tp.è pôtiil les tiutreS placés de jn^ 
ge qui pouvaient se trouver vacantes. 

4*^. La nomination) eâ favèUr des nallo* 



( 236^; 

naux, aux évêchës , réservée dans le dernîev 
parlament de 1698. 

S". La faculté exclusive de nommer des 
Sardes à tous les emplois du royaume , par le 
moye^ des Ternes f ou listes de candidat» 5 
S. M. se réservant seulement la nomination 
libre du vice-roi. 

6*^. L'établissement définitif de la milice 
nationale , qui avait si bien mérité de la pa- 
trie, par son activité à maintenir la trau-r 
quillité publique , ainsi que l'organisation du 
conseil d'état auprès du vice-roi , pour l'objet 
qui avait élé demandé (i^. 

La Sardaigne rentrée par cet acte de jus-r 
tice et de bienfaisance dans les bonnes grâ- 
ces du roi , et dans la jouissance de ses pri- 
vilèges , donna des marqués de la plus vive 
satisfaction ^ par des fêtes publiques , et 
par des remercimens très-distingués qu'elle 
^dressa à la cour , et qu'elle répandit ensuite 
avec le plus grand soin p,ar la voie de l'im- 
pression. Le roi de son côté exécuta ses pro- 
messes , en ordonnant , par un décret du 9 
juin de la même année , l'ouvertqre des Cor- 
. tes, ou états géqécaiiï, sous la présidence du 
vice-roi , et il invita les trois ordres à s'oc- 

(i) Voyez pièces jusliGcalivBS, no.XIY. 



ouper dans leurs séances , des moyens pro-^ 
près' à rétab^r -dans le royaume le bon or' 
dre , la tranquillité et la félicité de la natiou. 
Le roi Victor Amédée, qtii avait accordé 
les detuândes de la Sardaigne , étant^nort 
en octobre de 1796 , le roi Charles Emma- 
nuel, son fils et son successeur , n'osa pas at- 
tenter. sur-le,-chà.mp aux dispositions de son 
père.. Les Français s' étant emparés du Pié- . 
mont en 1798 y et le roi ayant reùoncé so- 
^ei}iaelleinent-aux états qu'il possédait dans 
le continent , il se retira en Sardaigne , où 
il fut reçu en 1799, ainsi que toute sa fa- 
mille et toute sa suite, avec les égard» dûs à 
SOn;r^ng~et àses malheurs. 

L'arrivée de ce prince dans le royaume, 
qiii. aurait du être l'époque la plus favora-; 
ble pquc procurer le bonheur de la nation, 
ne fut' malheureusement que celle dé la dis- 
corde;jet,du mécontentement universel. La 
cour s'étant entouré^ des Piémontais dont ■ 
el|e_,ei,yait été suivie, et des feudataires du 
roy^yne^, on profita de la bonté naturfellè 
et dt^i'tpiHf périence du roi , pour lui suggérer 
des démarches contraires au bonheur na- 
tional , et à ses propi^s intérêts. Il commença 
en conséqupnce par protester contre la con- 
vention qu'il avait faUe à Turin , avec le 



,nifo t., Google 



( 238 ) 
g^nér^] Français Joubert; il adressa aux 
puissances de l'Europe cette proteslatioo , 
contre tout ce qu'il avait signe en Fîëmont 
avant son départ pour la Sardaigne. 11 n'est 
pets ponant que ce premier pas l'ait en- 
traîné dans d'autres démarches, qui ont été 
par la suite aussi funestes k lui-même et à 
toute sa famille , qu'à la nation 3arde. 

Malgré la promesse solemnelle qu'il avait 
faite de fermer les ports do la Sardaigne 
aux Anglais et aux autres puissances en 
guerre avec la France , il permit à tous les 
corsaires Mahonais l'entrée libre dans tous 
les ports , et l'approvisionnement des esca- 
dres Anglaises stationnées dans la Méditer- 
ranée j les Français au contraire ^ ayant été 
pliasses de toutes les villes du royaume , et 
aucun bâtiment portant pavillon tricolor, 
n'étant plus reçu dans nos ports , il déclara, 
par cette conduite imprudente, la Sardaigne 
en état de guerre avec la France. 

"La politique qu'on lui fit adopter dans 
l'intérieur, ne fut ni moins inconsidéi^ , ni 
moins funeste à la nation. Tous ItA^feùda- 
taires furent maintenus dans la totalité de 
leurs droits vexatoires : les impôts réels et 
personnels , directs et indirects , furent aug- 
mentés; de nouveaux en fuient établis 3 la 



..gniaOb, Google 



(539) 
caisse d'amorlissemeat^ et celle destinée poUf 
le rachat des captifs , furent vidées, et le më- 
cojiteotement devtut uoifersel^mais ce qiU 
fit fermenter les esprits , ce fut la révocation 
de ce diplôme ^ du 8 )uin 1796) accordé par 
le roi Victor Amédée, son pèrC} àla nation 
Sarde, et qu'il avait promis de mïiintsnîr 
dans son iotëgrité , k l'arënement au trône* 
C'est depuis cette époque fatale que l'ittâ'- 
tituiion du conseil d'état fut abolie ; que les 
emplois rentrèrent au pouvoir des Piémon- 
tais; que les séances des états généraux fu' 
Tent fermées ; que tous les anciens abus se 
renourellèrect ; que les bons citoyens furent 
persécutés, emprisonnés ou exilés, et que 
tout est en Sardaigne dans le plus grand dé" 
«ordre. 

Le roi instruit en Septembre (789 , que les 
Austro-Russes s'étaient^mparés duPiémontj 
invité même à ce que l'on dit , par le général 
Suwarow , de rentrer dans ses anciens états 
du continent , quitta , avec la reine et le 
duc d'Aoste, son frère , la Sardaigne pour se 
rendre à Turin ; mais étant arrivé h Livourne^ 
il trouva de nouvelles difficultés pour rentrer 
en Piémont , de la part de l'empereur d'Alle- 
magne , qui avait pris le Piémont en son pro- 
pre nom. Ce malheureux princ« se voyant 



.irireM,, Google 



( =40 ) 
ainsi ]aaé par ses alliés , se retira à Florence , 
de-là à Rome, et à Naples, où il se trouve 
actuellement vivant en simple particulier. 

Deux princes , frères du roi , sont^ restés en 
Sardaigne ; un à Cagliari en qualité de Vice- 
roi; l'autre à SaSsari , en qualité de gouver- 
neur de la ville et du cap. Fasse le ciel que ce 
nouvel état de choses procure à ma patrie ïe 
bonheur et la tranquilUlé que je lui souhaili^ i 



CHAPITRE 

■ ■^■oog\c 



CHAPITRE X' 

Projet des réformes à faire en Sardaigne* 

V^uoiQUE éloigné de ma patrie , et presque 
sajis espoir de rentrer dans son sein , malgré 
le désir et la liberté que j'en ai , je vais tracer 
mes idées aur des réformes que l'on pourrait 
se proposer de faire pour la félicité de no* 
tre pays. 

Mes concitoyens voudraient sans doirte 
que riea n'échappât à leur zèle pour tout ce 
qui a r&pport à la prospérité publique ; mais 
des détails immenses sur les abus accrus par 
la faute des précédens législateurs (i), peu- 
vent se dérober à leurs recherches. Si je vou- 
lais aujourd'hui les développer tous à leurs 
yeux, je passerais de beaucoup les bornes 



(i) C'«9)>ce<|ui devait arrivordaaii ud goiivern«meQf 
qui avait su se soustraire à l'iaspection conslaolc dei 
rftpréBetilalisâfa ta Uation. Quoique noire conslïtulion 
poil&tqaslos clats-gëaéraux devaient se coi)voqiier. loua 
^3 dix ans, pour reviser les lois, e1 réformer célies qiiî- 
en anraîeal besoin , la cour de Tuiiii n'a jamais voulu 
le permettre. Voyez tout ce que j'ai l'apporté à g« sujet ' 
au chap. "VI. cï-dessus. 

Tome I. Q 



, Kl, Google 



-(■>*>) 

que je me suis proposées dans cet ouvrage î 
je le ferai peut'être dans un autre ; je me 
contenterai donc dans ce chapitre d'en ana-^ 
lyser quelques uns , ceux en particulier qui 
ont rapport à réconomie politique j de leur 
en proposer la réforme j et d'indiquer les 
moyens d>n rendre l'exécution non moins 
Facile qu'agréable à la nation entière. 

Notre intérêt en ce moment est que les 
grands chemins soient établis, etiescommu' 
hications assurées d'un bout à l'autre du 
royaume (i). La première des conununica- 
tious avec l'étranger est la mer. On préjuge 
d'avance à quel point il faut établir la liberté 
au commerce , et mettre eu œuvre tout ce 
qui peut faciliter la correspondance entre 
nous et les contrées étrangères qui nous 
environnent , et même les plus éloignées. 

L'opihion est la reine du monde y et la loi 
est la mère de l'opinion. Des règlemens gê- 
naos , des prohibitHms accumulées , des for- 
uimté» multipliées, jettent dans l'esprit de 



{l)liyàplusieur»aiiii^e3qiisls iiation-pai»aiieci»' 
tnltution imposa exbaoïdkieireaientpourla oonatruc-'' 
liondeponUetichemms. Onalroavé les mojsna d'em- 
ployer les fonds de cette caisae à d'antrai objets «et tes 
chemins m satit pas encore sominsncés. 



..gniaOb, Google 



( 24Î ) 
toutes les Bâtions des idées de contrainte et 
de timidité qui s'impriment de façon qu'elles 
influent sur leurs pensées. 

Ijl liberté du commerce, tant intérieur 
qu'extérieur, liberté inséparable du droit de 
propriété , doit donc être regardée comme 
une des lois fondamentales. L'établissement 
de cette liberté ne fait que nous ramener à 
l'ordre naturel et primitif de notre véritable 
constitution. 

Oh ! mes concitoyens , je vous répète ici 
ce qu'on a dit cent fois : l'agriculture est 
le soutien desétats^ la base du' commerce 
et l'aisance du peuple. Il importe d'avoir 
. toujours devant les yeux ce principe simple , 
mais universel : Que la terre , Men ou mal 
employée, et les travaux bien ou maldèri* 
gésy décident de la richesse et de l'indi- 
gence des nations. Le pdiysique du climat 
obéit aux précautiiuis du l^ialateur , l'in* 
dustrie des habitans se plie h sa vc^nté , et 
la terre eti'ouvrier s'animent À sa voix bien- 
faisante. - 

Ces réflexions no sont pas des nouveautés, 
ni le fruit de mon imagination. Les routes de 
la force et de l'opulence . des états, sont tra» 
cées depuislong-tems.Pourquoi en recherclier 
de QouveUes dans liiaqudles on pourrait t'é- 

9» 



,-.Ki,Googlc 



(544) 
garer ? Choisissons les plus connues et les 
moins éloignées. L'attention , l'expérience et 
le bons sens nous conduiront plus en sûreté 
que l'esprit d'invention. 

Si la Sardaigne est aussi fertile que je l'îd 
démontré ; si la fécondité des terres produit 
plus de fruits que n'en demande la subsis- 
tance des habitans , pourquoi nous sommes- 
nous trouvés quelquefois obligés d'aller cher- 
cher dans les ports des deux cootinens voi- 
sins, la denrée la ^plus précieuse et la fAu$ 
nécessaire ? N'y a-t-il pas lieu d'être surpris, 
que les états qui produisent je moins de 
^ains, soient ceux, qui nous en ont fourni - 
le plus ? Dans le tems de la disette de 1779, 
livouroe et Gênes noiia servirent de greniers 
pour la partie septentrionale de l'île ; les côtes 
de lâ'Baïbarie , cet état si mal policé , vint 
au secours de la partie méridioneJe. Cepen- 
dant dans ces pays il n'y a point de lois par- 
ticulières pour la police des grains j et la Sar- 
daigne en a de permanentes et de momenla-> 
nées , suivant les occurences. Cette seule 
réflexion peut faire penser qu'il y a quelques 
vices dans les règlemens sur lesquels nous 
fondons l'administration et le commerce de 
nos grains. 

£n vain nos lo» seront-elles dictée» par la 



,- Kl, Google 



(04S) 

prudenc* et consacrées par les usages ; si 
nous sommes plus exposés aux idconvéaiens 
de la disette que des états moins fertiles, on 
ne saurait s'empêcher de croire que ces lois 
si sages en apparence , sont cependant dé- 
fectueuses, et qu'elles ne favorisent point as- 
sez ou la culture des terres, ouïe commerce 
des grains. ; 

Je ne vois pas sur quoi ceux qui cdnvien- 
dront des principes ci-dessus exposés, et des 
avantages de la liberté du commerce en gé- 
néral , pourraient se fonder , pour refuser au 
commerce des biés eu particulier , la jouis- 
sance de cette liberté. On ne peut dire que 
les possesseurs des terres à blé ne soient pas 
pleinement propriétaires de leurs domaines 
et de leurs productions : ce serîiit une absur- 
dité d'autant plus révoltante , que pour la 
démontrer, je ne voudrais d'autres raisons 
que celles mêmes par lesquelles on voudrait 
essayer de la justifier. 

Ces raisons consistent à dire, que les blés 
sont une denrée de première nécessité ; qu'il 
faut par conséquent ne point le» laisser sortir 
du royaume , ou du moins n'en permettre 
l'exportation qu'avec des précautions qui 
empécheot la subsistance du peuple d'êtro 
Q3 



,-re.t,, Google 



( 24« ). 
CoDipromise par des disettes réelles ou par 
des chertés excessives (i). 

Cette considération politique paraîtrait 
excusable , si elle pouvait s'accorder avec 
l'ordre physique de la reproduction des blés; 
elle paraîtrait excusable, si les blés croissîtient 
annuellement , sans frais de culture , et sans 
les dépenses préparatoires ; si l'abondance 
deâ récoltes annuelles n'était pas dépendante 
des avances faites par les propriétaires fon- 
ciers et les cultivateurs ; si ces avances ne 
se mesuraient pas toujours sur les moyens 
et l'intérêt qu'ils ont de les faire ; si ces 
moyens et cet intérêt n'étaient pas invaria- 
blement établis sur le débit constant et le 
bon pnx habituel des blés. 

Que l'on médite un moment sur. la justice 
par essence , celle dont les lois sont établies 
sur la nature même des chçses , et l'on par- 
viendra bientôt à se convaincre que relative- 
vement au corps social , le juste et l'utile 
sant inséparables ; que chaque inlé'rêt par- 
ticulier, tel qu'il est réglé et déterminé par 
cette justice, est toujours ce qui a été plus 

(l) Tetesl le préambule dér^dil djiqi, publia en 
SardsigDe le Xç juillet 1764,^0111 nous parlerons dans 
peu. Voyez les pii ces fustiScatives,»". XVI. 



..BnieOb, Google 






C '47 ) 
conforme à l'intérêt commun de la sooWhf. 
Je dis donc que la liberté du commerce des 
blés est jessentiellement juste , parce qu'elle 
est nécessairement utile à tou£ j et qu'elle est 
nécessairement utile à tous, parce qu'elle est 
essentiellement juste. 

Cette façon de Toir et de placer la justice 
dans l'intérêt commun , me conduit à fixer 
ici , d'une manière précise. les points que je . 
dois examiner. Quels sont les e0els qu'on 
peut attendre de la privation de cette liberté ? 
' quels sont ceux qui doivent nécessairement 
résulter de la liberté absolue du commerce 
des blés ? Si ceux - ci sont toujours avanta- 
geux à tous les membres du -corps politique , 
et ceux-là toujours contraires à leurs vérita. 
blés intérêts , il me semble qu'il ne resté plus 
aucun prétexte pour attaquer , dans les pos- 
sesseurs des terres à blés , un droit de pro- 
priété , dont U justice et la nécessité sont dé- 
montrées. ■ , 

La disette survenue en Sardaigne ep 1764, 
réveilla l'attention du gouvernement. Le roi 
publia un ëdit le 2^ juillet de la même an- 
née , et qui sert depuis de règlement gé- 
néral à -ce sujet. Il y a apparence que le 
xHe du conseil du roi à Turin , guidé par 
Q4 



les seules lumières de la jurisprudence (i) , 
alla chercher* dans le droit Bomaiù ce qui 
sVtait pratique à Rome , pour prévenir les in* 
coiiT^nieus de la disette. Il aura trouvé, en 
effet, dans le digesie et dans le code, les 
précautions que la république et les empe- 
reurs peuaient.pour t'approvisioDuement des 
greniers publics; les règles établies pour les 
transporis des grains ; les défenses d'en faire 
des amatt ; les peines infligées aux monopo- 
leurs ; etenfin toutes les entraves qu'on met- 
tait au commerce des particuliers (2). 

Mais ces lois que les Romains ont cru né- 
cessaires à leur politique, sont-elles appU- 
catiles à notre position actuelle et aux cir- 
conslances de notre île? 

A Rome , tout se décidait par les largesses 
de blé et de pain que l'on faisait au peuple 

(i) La cour de Turin n'a jamais admis dam soa 
conseil suprême de Sardaigne, élabUauprèsd'elle, qu9 
de vieux jiirbconsiiltee, laligit^s d'avoir jugé des pro- 
cès dans les difTerens tribunaux qu'ils avaient parcou- 
rus. Les écoDomisles, les philosophes, les puMicistea 
en snnt toujours exclus, et regardés tnéma comme des 
impies- 

(2) Voyez la loi 6 ff. De exlraord. crim. et fat, til, 
^ff.adlegemJuliairidç annona^et lit,a,Z,^, 2$Gl37i 
l(b. XI , çod. Justin. 



..gniaOb, Google 



C 249 ) 
pour mériter son suffrage. L'élection d'ua 
magistrat , et l'élévation à l'Empire dépen- 
daiiput (te ces libéralités mal entendues, 
sources de troubles et de divisions. Pour se 
concilier la bîenTeillance des citoyens; pour 
contenir uu peuple oisif et tumultueux , it 
importait à l'état , que tout le commerce des 
blés fut entre les mains de la république , et 
par la suite , dans celles des empereurs (l). 
De-là vinrent ces précautions si multipliées, 
pour en assurer la manutention à ceux à qiii 
l'on confiait le soin de l'approvisionnement 
des greniers publics. C'est à ces circonstances 
que l'on doit imputer la sévérité des lois 
Romaines contre ceux qui voulaient se mêler 
de ce négoce , et les bornes étroites dans les- 
quelles on les renfermait. 

Il est rare que l'on songe à se précaulion- 
ner contre les besoins quand on se trouve' 
dans l'abondance j et en effet, l'édit du roi 
concernant la police des grains n'a été rendu 
que dans un tems de calamité. Il n'est point 
étonnant que, dans des circonstances criti- 

(i) Quoquo modo vaDOSpopuliconcitet^mures 
Gnanis , el îrariim causas , et summa lavoris 
Anaoaa moraenla trahi 



,-reM„Gl"X")glC 



qu^ , la nécessité ne permette pas d'exami* 
□er les moyens les plus efficaces pour se dé- 
livrer de la misère, ou pour la prévenir-; et 
l'on se persuade aisément que les précau- 
tions les plus sages doivent être celles que 
présente l'hisfoire des autres, nations. Les 
niurmures des peuples prévalent alors sur les 
réflexions les plus sensées , quand même on 
serait en état d'en faire ; la pitié se prête à 
leurs discours turbulens; elle a même, de tout 
tems, adopté leurs préjuges ; et les préjugés 
et les travers et les fautes ont été de tous les 
siècles. 

Un des plus judicieux écrivains de l'an- 
tîquilé (i) raconte que les démons causent 
souvent la famine pour faire périr les hom- 
mes. D'autres ont cru que Dardanus , fa- 
meux magicien , disposait à sdn gré des 
moissons , et pouvait par son art amener la 
stérilité ou l'abondance (a); Ainsi c'est de 
tout tems que l'esprit humain s'est formé 

(i) Flutarchus in Oraculis. 

(2) Dardanûe veniant arles. Colum. De cutt. Ub. X , 
V. 35S. Alque «alas alî» vidi Iraducere messes. Vù^. 
Eclog.H , V. 99. Frugurn quoque «gestas el esorla ex 
ea famés Îd prodlgiumaccipiebalur. Tacil. Annal., Ub. 
XII, f, 43. Séoèqiie se mçqiie delà trop crédule 



,-re.t,, Google 



( =5i- ) 
tuccessiTement divers fantômes , enfantés 
par l'ignorance et par la ccéduHté. Quand 
l'idée des démons et celle de« magiciens s'est 
évanouie , on a cru troaver des causes de di- 
sette plus vraisemblables, dans les maDœu> 
vres des usuriers , des avares, des monopo- 
leurs, et autres espèces de monstres pour qui 
les joriscunsultes ont conçu tant d'indigna- 
tion, qu'ils ont inventé denoureauxnoms(i), 
pour, accabler d'io)ures les marchands de 
graias , sans rapporter aucunes preuves , et 
.tans songer à mettre à profit la cupidité des 
liommes , toujours avantagueuse au public 
lorsque les lois savent la gouverner. 

Depuis que l'esprit de commerce à éclairé 
quelques nations sur leurs véritables intérêts, 
on ne les entend point invecliver contre 
ceux qui font des magasins de blé: au con- 
traire, elles les protègent et les encouragent, 



antiquité tioces termes :Apud nos ia XTI tabiiliscave- 
tiir ne quis alienos fructiis incanlassit ; rudis adhuc antî-- 
quitas credebal. Nalural. queest. lia. IV. 

(l) Dardanarii, Seplasigrii, Panlapolse, Pantome- 
taboli , Sitocapeli , Cociatores, Cociooes , sive Coquîni, 
Ariblatores , Sirectarii , Acaruacatores , annooie fla.< 
gellatotes. DacaDge,I)îct. Cujaccius, Lib. X> observât, 
cap. 19. Gotborr. ad leg. 6 S. De extraord. cnmio. 



i-TUyCoOl^lc 



(252) 

par une sage prévoyance que nous çrons be- 
fioio d'imiter. Si la Sardaigoe a conservé se» 
anciens et funestes préjugés sur ce point, 
c'esf que nos lois les autorisent, en imputant 
la cherté/ des blés, en tems de disette, à 
ceux qui font ce commerce , plutôt qu'à l'in- 
tempérie des saisons qui en est toujours la 
vraie cause. Lisez l'édit du roi susmentionné 
sur la police des grains , et vous verrez qu'il 
commence par une déclamatioil outrée , qui 
indique la source où il a été puisé, et fait 
paraître en méme-tems l'esprit qui animait 
ses compilateurs (i). 

Ou ne peut plus douter , après la lecture 
de cet édit , qu'il ne règne en Sardaigne une 
prévention générale contre ceux qui se mê- 
lent du commerce des blés. La voix des lois 
s'élève contr'eux, avec celle dtf peuple j on 
y est fermement persuadé qu'on ne peut 
prendre contr'eux trop de précautions j et 
la crainte du monopole a enfanté cet édit 
rigoureux , qui n'annonce que des formalitési 
des restrictions et des peines. Cette crainte 
est-elle fond'Je? et*n'est-ce pas plutôt, des 
contraintes et des entraves que nous donnons 



(r) Voyez les pièces jusfificalivesà la ffo du volume, 
i-.XVI. 



.irireM,, Google 



à ce commerce , que naissent les désordrei 
qui nous altarment avec raison? 

Écoutez une grande vërité qui vient d'être 
proclamée par un des plus savans écono- 
inistes de nos jours (i). « Les prohibitions , 
3> au cpnlraire, sont toujours impolitiques j 
» elles irritent les passions par l'obstacle 
» qu'elles y opposent; elles éteignent l'ému- 
V lation en détruisant la rivalité ; elles don- 
ï'nent naissance a l'odieux commerce de 
» la contrebande ; elles entretiennent parmi 
» les citoyens la haine contre la classe 
» d'hommes chargés de les faire exécuter, 
» et contre le gouvernement qu'elles rendent 
» persécuteur. » 

Le premier moyen ft le plus eiEcace, pour 
prévenir les trop grandes chertés et les di- 
settes , c'est de favoriser chez nous l'agricul- 
ture. Elle est par-tout l'aliment des hommes 
et des arts , et la base la plus solide de tou- 
tes les opérations d'un gouvernement quel- 
conque. 

Le second c'est de permettre que les parti- 
culiers aient dés magasins , où nous puissions 



(l)' De l'inllueace du goiivernemeni sur la prospérité 
du cammeice, pat Vital RouS) part- Ij chap. Y, p. iC3. 



rre-t,, Google 



(=54) 
(oujûurs trouver à propos , ce que l'incons- 
tance des saisons refuse quelquefois aux tra- 
vaux, les plus pénibles. 

Notre police s'oppose constamment à la 
' marche naturelle de ces deux moyens bien- 
faisans , en défendant les amas de grains ; 
et il ne faut les attendre d'aucune loi prohi- 
bitive, dont l'effet forcé est toujours insuffi- 
sant. Les besoins et l'intérêt gouvernent l'u- 
nivers ; unissez ces deux ressorts , et les 
hommes , par un instinct naturel , se porte- 
ront de concert vers les objets de leurs be- 
soins , et de leur cupidité. 

Si nous regardons ce qui se pratique à 
présent en Europe , nous verrons que les étals , 
qui n'ont point de lois,' ou qui en ont de con- 
traires aux nôtres, pour pourvoir aux be- 
soins des peuples, sont toujours les mieux 
approvisionnés. Les magasins publics, et 
toutes les précautions alimentaires ne sont 
donc pas aussi utiles qu'on le pense. Il se- 
rait plutût à souhaiter qu'un grand nom- 
bre de particuliers pussent faire un grand 
nombre de petits magasins , et que les régle- 
mens fussent favoraUes à leurs entreprises. 

Nous convenons d'un grand principe ; c'est 
que la liberté eçt l'âme du commerce j et ' 



ot,, Google 



( 255 ) , 
ccpenc^aot nous croyons defoïc la bomei? 
quelquefois, et sur-tout pour le commeree 
des blés que nous gênons le plus quHl -nous 
est possible. Nous ne voyons pas que ce 
niênie commerce enrichit nos voisins ) et que 
la liberté, non-seulement approvisionne les 
territoires les plus ingrats , mais qu'elle les 
met aussi en état de fournir des grains au* 
nations qui en recueillent. 

Regardons en effet autour de nous : nous 
Verrons par - tout régner la liberté du com* 
inerce des grains, excepté peut-être en Es- 
pagne. C'est cette liberté qui alimente de 
grains étrangers les côtes de Provence , de 
Gènes et de Toscane. C'est elle qui les porte 
dans les stériles montagnes de la Suisse et de 
la Savoie. C'est elle qui les entasse à Dantzic, 
a Stetin, à Hambourg, à Gênes, à Livourne, 
à Venise , à Trieste; et qui les entretient 
dans les bumides magasins de la Hollande. 
C'est la liberté du commerce qui a défriché 
l'Angleterre; et changé ses terres incultes, 
en fertiles guérets : c'est au contraire le man- 
que de liberté ,' qui dessèche l'Espagne , et 
qui' amaigrit quelquefois la Sardaigne. 

Quand jouirons-nous de cette bienfaisante 
liberté du commerce, pour donner un nou- 
vel aiguillon à notre culture; une valeur 



.irireM,, Google 



(556) 
plus Welle à nos terres, et uae émulation à 
nos concitoyens? Voilà les seuls moyens de 
les engager k devenir eux - mêmes les pour- 
voyeurs de leurs besoins. La liberté du com- 
merce des blés , saisie dans son véritable point 
de Tue , ne nous présente qu'un moyen cer- 
tain de mettre en mouvement l'industrie de 
notre pays ; d'associer solidement nos ré- 
coltes des blés à celles des autres peuples de 
l'Europe , dont la plupart en consomment 
très - peu en nature, et en recueillent beau- 
coup ; de nous ménager , par cette associa- 
tion tacite et de fait, une grande abondance 
habituelle , une grande uniformité dans les 
prix ; uniformité qui devient avantageuse'au 
peuple, aux cultivateurs des blés, et par 
contre-coup , à tous les autres genres de cul- 
ture, auxquels notre sol et notre climat per- 
mettent de nous livrer. 

L'exportation des grains n'est défendue 
dans aucun état d'Europe., si ce n'est dans 
des cas extraordinaires : elle est au coQtraire 
permise et facilitée , même chez les nation* 
les plus attentives à leurs vrais intérêls. II 
n'y a qu'en Sardaigne , où , par un excès de 
précaution mal eutendue , elle soit toujours 
suspendue , et où les blés ne puissent , sans 
permission , avoir un libre essor. 

La 



.p-iieObyCOOl^lC 



(2Î7) 
La crainte de la, disette , le désir de l'a- 
Iiondanre les retiennent dans une inaction 
iafrucfueuse , et souvent très - préjudiciable. 
Nous mettons desban-ièresaux bienfaits de 
la providence ; nos. blés s'accumuleat , dé- 
périsient, et nous deviennent à charge (ï)^ 
Alors les vils prix des blés, la' difficulté des 
recouvremens , le vide dans les revenus pu- 
blics et particuliers , nous avertissent que 
nous avons trop long-tems gardé des biens 
dont Dous n'avons pas su faire usage. 

C'est sur des indices aussi mjfrqués , et 
trop long-tems attendus, que l'on se déter- 
mine à permettre la sortie : chacun, dans 
l'instant, se félicite, comme un captif déli- 
vré de ses fers. On s'empresse de vendre, ou 
croit ne pouvoir assez-tôt se débarrasser de 
ses blésj on les donne à très-bon marché. J,a 
permission, qu'on appelle sacca, est le signal 
'de l'abimdaocê et du bas prix. 1.,'étranger en 
profite pour mésoffrir, et le propriétaire se 
croit trop heureux de.se délivrer d'une mar- 
chandise avilie. 

(i) En 1782 la Sardaigne étah lellement surchargée 
de bUs , qu'à. la récotle , les propiî^laircs éiaieni obli- 
. gés de donner aux cbarreliera autant de blé qu'ils eu 
apportaient en ville, pourlepaiemeoldesironsporla. 

Tome I. R 



,-T,i,Cooi^lc 



C 5S8) 

Maiscu 'Change, le ciriUralftlr décourage 
m. iaierrompu ses travaux , ou dénature sefe 
terr« : il h'a pas ieu les moyens de donnetr 
tous les labours nécessaires ; il à mal ctiltîTéf 
ou IdisHi despcprtioHs en friche j il a convertf 
«a cultm'e en denrées dont la veMe est Ubre , 
quoique moin'i profitab4èv Ainsi , sans itucun 
accident pfaysttjiie, il faut s'àtteinke au moins 
k une rareté aprèfs quelques riches moissons j 
et l'expérience s'accorde ici avec le raîsoQ' 
nement : les disettes sont teufouits précédées 
de quelques années abonduites; et les {«r" 
missions générales «mt. toujours eu un mau- 
vais succès. Laraison eb est «évidente. 

C'est le priï des grains qui anibie tm qui 
décourage le fcultivateuï. S*ils s*avîlisseût, ïl 
a un intérêt sensible à ne plus souhaiter uâe 
a boiine récolte; et s'il ne veud point à-pro- 
pos, il ne peut pas faire les avances d'une 
houvelle culture. C'est à propcfftîott de l'es-- 
pérance du gain présent , qufe ses travaut 
augmentent ( i ). S'il â langiri daos l'attenle 
de la permission, il a perdu ses ft^ces et ses 



(j) InVitus <à , ta&qua'm vulnera altii^o > qAa niai 
■acia , taraclalaqus ssbttïitidti poMûni. Tile^th'. iii. 3lS, 
c<v- 7. 



,-reM„G001^lc 



ressources : le mal a déjà fait des progrès, et 
p«ite permifiBioB n'est plus qu'un topique ha- 
sardé , qui pallie k mal «ans le guérir (i). 

II est idiâù^le eu effet , qu'en suivant notre 
loi , ou pijisse appliquer le remède à-propos. 
Taujaws iatiiHiclé« par la pratique de la 
catitraiote , et par les dispositioas de l'édiC 
de 1764 , «qfaoté par la peur , et par la di- 
sette , BOUS éa gardoBs toutes les impressions. 

La crainte de manq).»^ àa. uëceasairi: ^ ne 
permet die ee détermÀBw à. des sotties géaë- 
ralefij'qu'aprèe&'^tre-biea assuré, porlesavis ' 
dtis offîoûre de JHstice de toutes lescoflauiu-i 
nautés du royaume^ auxquelles les partiicu* 
Uers soAt obligés de doener la consigne de 
leurs récoltes , qu'il y a une abotadaace 
supOTÉue. £lle n'Ast jamais constatée, ;que 
loi^que le vil -ptàK des igr«ùo3 ne laisse plus 
Ueu -d'eu douter^ et le cri général ea an- 
nonce la néceeuté , plutôt que VaietH que 
l'on attend avec io^patience. C'est tr<»p tard 
qu'on a recoure auremède , la plaie est alors 
pr-esqu'iocurablejet une partie des laboureurs 
a négligé sa <;ultur& C'est le pris, etnaa^ 



( t ) Nemo eriim salitis âebtl véUe InpcBsam ao 
ntiHpIinn ■fetert in cirttuwni , si -videt tion posa* rc- 
fioi. Vwro , De P.B.tib, t. c. a. 8M1. ». 

R 3 



,-Kr„ Google 



. ( 26o ) 
(juântUé, qui règle ses travaux, et qui ledé- 
termiae à tracer plus ou moins de sillons 
dans sa terre. Il ne faut pas espérer de 
Ëièilleurs effets des permissions particulières 
accordées à quelque contrée de l'ile. 

Si les quantités ne sont point limitées, elles 
peuvent épuiser une province , avant qu'on 
s'en apperçoive. Un essaim d'acheteurs peut 
se répandre dans l'instant, arrher enlever 
tous les blés , et faire naître la disette an 
seiii de l'abondance ; car les marchands ne 
peuvent se jeter que dans les endroits où 11 
leur est permis d'en lever, et ils se hâtent de 
profiter d'une permission momentanée. 
■ Si les quantités sont fixées , tous lés ven- 
deurs s'empresseront d'avoir la préférence 
pour le débit. De -là , le bas prix enlèvera 
nécessairement au cultivateur le fruit de ses 
travaux , qu'il aurait pu recueillir , s'il avedt 
pu se débarrasser à-propos de son superflu. 

Le même inconvénient se rencontre dans 
les passeports que l'édit permet d'accorder 
à des particulirs ; ils éont même dans le cas 
du monopole. Le vendeur ne trouvant qu'un 
SÉul débouché , l'acheteur -devient maître du 
prix, et tout le bénéfice tourne à son profit, 
, faute de concucrens. Faut-il s'étonner qu'il 
excite si souvent des murmures? Oa ne 



L)i.-reM.,G001^lc 



06. ) 
Toit point tranquillement un privilégie s'en- 
richir de nos dépouilles. 

Ainsi toutes nos mesures , de quel côté 
qu'on les envisage , ne tendent qu'à affai- 
blir la culture des grains , et les avantages 
que nous donne la fertilité de notre sol. Cea 
passe - ports et ces permissions , accordés 
à quelques particuliers , sont des interdic- 
tions pour les autres ; ils tournent rare- 
ment au profit de la culture ; et ils sont 
la proie du plus adroit. Ce sont des digues- 
qu'on oppose au niveau qui s'établirait de 
lui - même entre les différens départemenii 
du royaume. Il semble que la Sardalgne 
soit toujours en guerre aVec elle-même par 
rapport aux blés. 

La méthode de laisser agir l'émulation , 
et la concurrence , a produit par - tout de 
bons effets. Pourquoi donc douter de son 
efficacité sur le blé , qui est la denrée la 
plus nécessaire , et qui doit être la plus cir- 
culente? Faut -il en retarder la marche, 
et que les lois s'obstinent à la paralyser y 
quand elle devrait voler au-devant des peu- 
ples? C'est celte activité qui engagera les 
marchands à faire passer promptement des 
blés où , ils seront chers ; et à ne les tirer 
que du canton ou ils seront à vil prix : 
R 3 



, L-ooi^lc 



Double avantage qui favome cehii qui a 
faim , et celui qui *st aocablé par Tabon- 
dance : inopgm nttf im&piafecit. 

Cett du négociant libre qu'on doit \sA' 
tendre , et non du cultivateur , qiri n« peul 
s'occuper de ce scnn ; et qu'il est d'ailleort 
important de ne point détoupatr de xm 
travail journatier. Enfin , si c«s néfgovAaxi* 
profitent de l'abondance de nos récolte» , 
en les faisant passer à propos à f ëtrangec , . 
ils enrichiront le royaume ; <A ils sauront 
aussi , dans 1« teois de disette , en feiire en- 
trer par les voies les plus sûres , et les moins 
coûteuses , parce qu'il» seront plus au fait 
de ce comHkerce. 

Quelle inconcevable manie , que de ré- 
duire une nation à la dure nécessité de ne 
pouvoir vendre aux étrangers que des blé» 
à très-bas prix ; et de ne pouvoir acheter 
d'eux , que dans des ciFcoostances qui reot 
dent les blés très=-cher8.0h ! mes concitoyens ! 
rendez la liberté naturelle, dont le commerce 
des grains doit jouir , vous les veodrei tou- 
jours aux étrangers k un bon prix , et vous 
ne ks achèterez plus d'eux , comme vous 
faites souvent , à des prix onéreux. L'équi- 
libre se mainlJendra toujours, entre le prix 
de vos productiam , et celui des marchan- 



..BnieOb, Google 



( 563 ) 

dises qu'ils tous donneront en paiement. 
Au moyen de cet équilibre , tous assurerez 
l'aisance du peuple , vous augmenterez 
la richesse des propciélaires fonciers , la 
puissance du gouvernemeat , et la félicité 
de toute la nation. 

la rigueuf de notre édit , nous prive de 
tous œs ETantages, noi^ (l'avons ni né- 
gocians , m magasins. Ce sont les étrangers 
qui achètent nos bt^, lopsqu'ib sont à vii 
prix i ce sont les ^tvapgera qui nous les re* 
Tendent loraqu'ils pont ehers. C'est ce qui 
BOUS e«t souvent arriré j et ee que nous 
poiurions éviter, si, loin de eestreindre te 
eommepoe des grains aux; marchands de 
' pFt^ession efulement., nous le permettions 
à tout le monde indistinctement , labou- 
reurs , nobles et autres quelconques , sans 
ïésepTe , en tout tems , en tout lieu , et avec 
toute l'étendue de la bienfaisante liberté. 

.Si la culture est la première base et le 
fondement du commerce , de la force et de 
la richecsedes état8,avecquel «oln ne doit-on 
pas entretenir , et les prodaolions de la terre , 
et eexix qui les font éclore? Peut-on veiller 
avec trop d'attention sur ses causes et ses 
effets ? C'est du seip de notre mère com- 
mune que les hommes tirent leurs besoins : 
R4 

L) il- re^t, Google 



( 564 ) 

c'est la terre qui enfante , et qui entretient 
les objet» de leur industrie : c'est, dam les 
campagnes que se trouve la force physique 
des élata et la source des revenus publics et 
pai'liculiers. L'agriculture est donc la base 
la plus solide des avantages , des commodi- 
tés , de la richesse , et de la puissance d'un 
peuple. La négliger, c'est laisser affaiblir 
un état 

C'est l'agriculture qui nous donne lea 
grains , les fruits , les plantes , les bois et les 
productions de tonte espèce , alimens des 
hommes et des arts» Sans ses soins , nous ne 
pourrions entretenir celte foule d'animaux 
domestiques qui soulagent l'homme dans 
ses travaux, qui satisfont son appétit et son 
goût , et dont la dépouille se convertit en 
commodités ou en ornemens. Elle est enfin 
la pépinière des ouvriers , des soldats et des 
matelots. 

Une nation , comme la nôtre , à qui la 
fécondité de son tqfreiu , son étendue , et 
son heureuse situation, assurent une abon- 
dante variété de productions naturelles , porte 
en son sein le germe de la force et de 1*0- 
pulence. Qu'elle veille à la culture , sur les 
cultivateurs et les occupations de ses sujets , 
elle ne manquera jamais ni de subsistances. 



..BnieOb, Google 



ni d'hommes , ni de richesses. Sa puissance 
étabhesurdesohdesfoDdemens, peut braver 
le torrent des siècles , et les révolutions de la 
politique. 

Loin de nous l'erreur commuue , qui ac- 
corde si aisément )a préférence aux arts 
agréables , et aux professions les plus re-- 
levées. Jéltons les yeux sur la bêche et sur 
la charrue , et intéressons nous à ceux que Je 
sortdestineàmanierces pénibles instrumens : 
le bien public et l'humanité nous y invitent. 

Si ces hommes , qui supportent la chaleur 
du jour , n'ont aucune part à l'estime pu- 
blique , ni aux récompenses , ils méritent 
du moins l'attention la plus suivie de la 
part du gouvernement. Il y a des citoyens 
plus précieux j il n'y en a guères de plus né- 
cessaires f et il s'en trouve beaucoup qui ne 
]eur sont pas comparables. 

Les hommes en efiet ne doivent être ap-r 
préciés , que par les valeurs réelles qu'ils 
produisent dans l'état , et par l'utilité dont 
ils sont à la, société (i). Tous ce# suppôts . 



(i) Ulilltas msgnoe bomines , deosque 
Efficit. 



Otid. dePotlo, lib. II. Eleg. IX, 
vers. 35. 



L) il- raM>, Google 



( »6«) 
trop DotnbreuK , des professioDS les phis re- 
cherchées , qui ne doiveot leur subsistance 
f^'vi betoÎD de l'état : ceux qui , saas au- 
cune fonction, ni marquée, ni nécessaire^ 
ioui^ent des revenus que leur assigna la 
bonté de nos pères ; ceux qui n'ont des pré- 
rogatives que pour se soustraire aux chvges 
et aux travaux de la société ; ceux dont la 
sagacité Be sert qu'à égu|Uoner la malice 
et la cupidité des hoounes ; ceux dont l'es- 
prit ne s'occupe qu'à chercher la sourCe de 
l'opulence dans des réglemens trop compli- 
. pliqués , et qui pourraient se simplifier ; tous 
ceux «ifin qui ne rendent aucun service à 
la patrie , par leurs occupations , leur ta- 
lens ouleur mérite , seront toujours aux yeux 
du sage polilique, très-inferieursà cet homme 
gpoasier , que le chaume couvre , et dont 
les mains ne sont occupées qu'à créer des 
valeurs qui n'exislerfùent point sans lui (i). 

Si un art est estimable en proportion de 
la beaulé , ou de l'utilité de l'invention , il ' 
n'en est aucun qui doive flatter davantage 
l'amouF-fwopre de l'homme, que l'agricul- 
ture , et qui mérite plus son estime. Mais 

(i Voyez ma disserlation ^H stalo naturale dfitp 
uomo, seconde partie. 



.irireM,, Google 



(367) 
e^t aTantftgc n'est riep en comparaison de 
9oit utiHté. Un moyèa sàt , pour le gouver- 
ncancnt y d'apfiarécier les difieieoa traTatut 
dei hamB^M , «Test de legarder cbaqtœ clasM 
de la société, relativement à la dépendance 
où etie est des antres ela^ses. Ce coup d'oeil 
faiia sentiE an goavemenwnt , que* lea der- 
niers doiTcnt èin les premiers dans sa bien- 
fàisaote attention. Le cttcraKev Temple com- 
pare Un gonreffnement éclairé , à une pyra- 
mide , dimt la haie fort lai^ occupe un 
grand terreâa ; etil dit , que l'autorité ve- 
nant k se ternatoeqr an pouvoir d'une seul 
bomme , fait aloreia pointe la plus parfaite 
de la pyramide ^ et forme ainsi la figure 
la plus ferme et la plus assurée qu'il puisse 
y avoir. Si le (urince , au contraire , ou le 
gouverqement , protègent et laissent étendre 
les rangs plus élevés , privatiTement aux 
phis bas, îns^isiUemeQt la pyramide devient 
une tour , et puis un cAne renversé qui tie se 
soutient plus que par miracle. 
Il est à considérer encore que chaque rang 
' supportant plus de fwt à mesure qu'il est 
plus près de la bcise , chaque pierre de notre 
hâtimenr politique voudrait quitter l'état le 
plus pénible , aimant mieux courir le risque 
d'être exposé aux coups de la tempête et de 



..Bn:eM.,d001^lc 



( î68 ) 
l'orage , que de soufiFrir l'affaissement conti- 
nuel que lui présente sa position. C'est donc 
cette portion de l'état qui doit être la plus 
soutenue parles ressorts de la protection et 
de l'encouragement. 

Parmi tant de règlemens faits pour la pros- 
périté de 1^ Sardiiigne, le seul qui, à mon 
avis, mérite d'être mis en activité, c*estcelni 
des premiers législateurs de cette île , qui , 
selon le rapport d'Elien , avaient établi des 
peines très-sévères contre la paresse et con- 
tre l'oisiveté (i). Ces lois ont été dans la suite 
renouvelées parles pragmatiques duroyaume 
coutre le même vice. Noua avons plu- 
sieurs règlemens, faits dans ce siècle , pour 
augmenter l'agriculture j malgré cet avan- 
tage , nos campagnes ne' sont point cultivées 
en proportion de leur fertilité , ni peuplées 
en proportion de leur étendue. 

C'est la disposition de nos lois postérieures, 
et particulièrement celle de l'édit 1764 , plu- 
sieurs fois cité f qui est la cause principale de 
ce mal : c'est la liberté absolue du commerce 



(i) Apud eosdem Sardos Eiojiistnodi lex eral : pœnas 
igoaviœ et socordiee consliluebasl ; el qtti olîosè viveret , 
enm ralionem leddere opporlebat , et undè vÎTerel oa- 
leadere, jUlianus, HisI, var. lîb. IV. cap^ I. 



..snieObyCoOl^lc 



C^«9) 
. de», grains et de nos denrées qui doit en être 
le seul remède. 

Les besoins de la vie tiennent le premier 
rang dans la police de la Sardaigne j etl'atten- 
tion que le gouvernement a toujours eue pour 
la subsistance de ses habîtans , ne permet paâ 
de douter qu'on ne la regarde comme une des 
parties les plus intéressantes de l'administra* 
tionj mais it ne suffit pas de vouloir faire le 
bien d'un pays^il fautaussi le savoir faire. On 
est , à la vérité , exactement informé toutes 
les années du prix des grains de chaque par- 
tie de l'île, mais on se trompe presque tou- 
jours sur le vrai montant des récoltes et des 
consommations: de sorte que, dans letems 
de cherté ou de disetle , les secours se me- 
surent plutôt sur la bonne volonté du vice- 
roi et de son conseil ( Giunta diocesana ) 
que sur la réalité des besoins. 

Le moyen qu'on a cru le plus propre , 
pour acquérir les connaissances nécessai- 
res, et De point se livrer sans précautioiis 
au cours des évènemens, a été .d'établir à 
CagUari un bureau de censeur général , 
qui ne fut.occupé que du soin de l'agricul- 
ture , de ses causes et de ses effets. Cet éta- 
biisiiement , moins utile que brillant , a. , sous 
l'autorité du vice-roi, une correspondance 



,-re.t,, Google 



( 27°) 

suivi? avec toutes les comimiDesdki ït^autup, 
par la voie des censeurs suhzUtentes -qui y 
rëgident. H cherche à la vérité les ttioyeos 
àe s'assurer cfa&que année de la quantité dfs 
récokes , de leurs qualités et des canaomBHb- 
tions , mais il ne pénètre pas les cftosts >de 
leur afi'aiblissemeiit et de leur snocèk. il 
examine s'ils dépendent des saisons , des ter- 
reins ou d'autres causes; mais il ne s'attache 
pas à deviner si c'est de la né^igeuioe des 
cultivateurs, a£n de l*exciter par l'énaular- 
tioD , en augmentant leur nombre « en ea- 
eourageant leurs travaux par l'expérience 
. des différens procédés, poio-approlbadir en- 
suite de nouvelles découvertes sm une ïml- 
ture plus parfaite , sur de nouvelles ptoduc- 
tions , sur la conservation des grains et snr 
leur circulation. 

Des spéculations , des raisonnemecs , des 
systèmes, dénués deslumières de l'expérience 
pratique , ne donnent point de connaÎManees 
précises. Ce sont des prismes qui fÎMt varier 
les objets et les couleurs suivant la maiaqui 
les a^te. Il faut des détails et des faits pour 
ne point tomber dans l'erreur ; aussi J'vnws 
pourra jamais parvenir à avoù* un guideiûr 
pour les difi'érentes opérations-de ceburcau 
de censeur général ,«ans faitu un déaoubre- 



.irireM,, Google 



( =7« ) 
«Mnt des terres , de la nature de leur em- 
{^oi, de la quantité précise des babitans , 
et de leurs difiFérentes professions. 

Ce projet paraît immense et difficile à ext^ 
cuter, il n*est cependant point impossible. 
Le cens romain nVtait autre chose , et il se 
faisait sur la déclaration que l'on était oblige 
de donner de ses biens , de ses esclaves et 
aifranchis, à peine de confiscation des cbo- 
«es non déclarées. Le censeur à Rome , et les 
censiteurs dans les provinces en tenaient re- 
gistre ; et sur ces détails la répuUique pou- 
vait juger de ses forcaes et décider de ses «o- 
Ireprises. Elle savait exactement les seooun 
qu'elle pouvait attendre tant en hommes 
qu'en argent. Les empereurs Claude et VeS'- 
|>asiea parvinrent à faire des déoombremeos 
de tous les citoyens de l'empire j objet inea 
plus considéraUe que ceux que l'on pourrait 
entreprendre aujourd'hui dans notre £let 

La Chine est une des plus belles porëest 
de l'univers) elle est plus étendue «t ^u« 
peuplée que toute l'Europe eosefftble : .ce- 
pendant l'empereur Caog-Hi , en fit faire le 
dénombrement , au commencement de ce 
«iècle (i). Comme toutes les terres y «ont 

(t) P. Duhalde , "descriplioa de la Cbrne lom. Il . 



..gniaOb, Google 



(271 ) 
mesurées , et que l'on sait le nombre des 
familles, on n'a nulle peine à fixer les tri- 
buis , et chacun sait ce qu'il doit payer cha- 
que année; méthode ais^e , et aussi avanta- 
geuse aux sujets qu'aux souverains. 

L'Angleterre , a , depuis long-tems , formé 
un cadastre , ou registre public des revenus 
de toutes les terres du royaume. 11 fut dressé 
sur les simples déclarations des possesseurs 
des biens fonds , qui se trouvèrent assez 
justes. Aussi la taxe sur les terres , qui est de- 
puis deux sous jusqu'àquatre sous pour livre, 
suivant les besoins de l'état , se lève sans au- 
cune difficulté , sans frais et sans inconvé- 
nient. C'est peut-être à l'égalité de celte fixa- 
tion que ce royaume doit l'augmentation de 
sa culture , de son commerce et.de ses habi- 
tons. 

On a de p'areils cadastres en France, en 
Piémont , en Lombardie et en Toscane. Ils 
servent à régler les impositions , et c'est une 
preuve qu'une commission qui s'appliquerait 
en Sardaigne à faire un cadastre général , et 
à le rendre le plus parfait qu'il serait pos- 
sible , ne travaillerait certainement pointsans 
succès. Si à la connaissance détailléedes ter^ 
res, de leurs revenus et de leurs productions, 
on joignait celle des différentes clasKes des 
habltaosj 

"■ ■^■oog\c 



(573 
babitans; avec quelle certitude ne se con- 
duirait-on p£ts daus les diffëreotes entreprises 
et besoins de l'état ? 

Out|% l'avantage d'assurer la subsistence 
du'peuple, sur laquelle on raisonue sans cesse 
Taguement et sans des données certaines, cet' 
ouvrage deviendrait la base de toutes les 
opérations du gouveru'ement et de tous les 
projets les plus utiles , dont on pourrait se 
promettre la réussite , non sur de vaines 
eonjectures , comme on a fait jusqu'à pré- 
sent , mais sur des connaissances assurées et 
des fondemens solides et invariables. 
. On saurait pourquoi une conjtrée de l'île 
est plus peuplée qu'une autre ; pourquoi ua 
bon sol ne rend pas quelquefois autant qu'un 
médiocre ; on verrait ce qui peut animer ou 
décourager la population , la culture et les 
autres arts ; et l'on saurait dans quel canton 
il est plus à propos de placer les différentes 
manufactures pour tes faire prospérer. 
' Voilà le guide le plus sûr pour découvrir 
quelle est la façon la plus facile et la moins 
onéreuse d'asseoir les subsides ; si c'est sur 
les terres, sur les personnes, ou sur les consom- 
mations qu'il convient de les augmenter ou 
de les diminuer dans certaines occurrences j 
qudlepartie il est à propos de soulager , pié^ 
Tome I. S 

I!,, .Ki,Googlc 



C =74 ) 
férableroeQt à une autre ; et l'expérietice ap- 
prendrait de qudie manière les tributs peu- 
vent se repartir arec le "plus d'égalité pour 
les rendre moins sensibles. 

Je me suis prescrit des bwnes qui me dé- 
fendent de tout dire j heureux si je pouvai» 
seulement désigner ee qui est plus pressant. 
Malgré cette discrétiou de ma part , je ne 
douté pas qli'oa ne me trouve hardi dans le 
peu que j'ai dit , et que cela seul ne me fasse 
beaucoup d'ennemis. Il est toujours dange- 
reux de montrer la ratisoa aux hoomies ea 
place et aux grauds; ih pardonnent raro- 
meot h celai qui dit des vérités faumiUcUites. 

Mais c'est bien autre chose quand c'est k 
des corpS' qu'on a à faire. Ce sont de lour- 
des maclnne» qui suivent péscmment et san» 
se d^uraer, la première impulsion qu'elles 
ont reçue. Ce n'est jamais la sagesse d'ua 
usage qiù les décide , ctest son ancienneté. 
Un im^irudent ose-t-îl l'attaquer? L'orgueuil, 
la paresse , l'opiniâtreté, trè»-BouTent l'igno- 
rance se réaDis.<ient contra le géoéreux don- 
neur d'avis. On n'examine passes preuves; 
on compenoe par se récrier Cfmtre sa témé- 
rité. Il iskUt que les nKetir» soient bien do»* 
ces , si Voa qs contente de déclamer contre 
l'écrJ^vaiA. 11 y a tel pajs où il nt mola» don- 



L)i.-reM.,G001^lc 



géreas. de cotaimettre des fautes essentielles, 
des crimes même, que de rire d'uae sottise 
consacrée par trois cents ans de vénération. 

Je connais assez ma patrie et me^conci- 
toyens pour sentir tous ces dangers. Mon 
unique ressource est d'en appeller au juge- 
ment d'un lecteur impartial; Je tâche de ne 
parler que d'après la raison, puisse-t-on ne 
me juger que d'après elle. 

Jene me dissimule pas non plus ,quel'onpeut 
me demander quelle est ma mission, pour 
me môlerdes intérêts d« la Sardàigne? Ma 
mission, je Utlais de lâ nature qui m'a fait 
naître Sarde , et qui , en m'itispitànt i'amour 
de ma patrie , m'a àtmaé le degré d'intelli- 
gence nécessaire .pdur coanetitre ses intérêts 
Jiropres et ses intérêts relatifs , et pour dis» 
cuter avec sens les uns et tes autrêd^ J'bi ac- 
quis d'ailleurs , dcptâs long-tetns , le dtoit 
d'exposer mes idépâ y étf prouvait ittes 4enti«- 
mens nion équifoquéft da'né plus d'Une cir- 
constance (i)^ et il me iti&t que dès preuTes 
de patriotisme excitent la sensibilité de inek 
coucitoyMie, et meooZtéilientktir^tpprôbfi.' 

(l) Vioyei Vépîlpe qui précèdif !a première Mitioiï do 
mon ouVîAge tur le di(Ht UarifkUa de PSurope , éHAoti 
dftFIgieiûe , 1795. , 

Sa 

I),, •,..!., l^iooi^lc 



( =7« ) 
tion et leur estime : c'est la plus grande et 
la seule rëcompease que j'ambitionoe. Je ne 
me lasserai jamais de faire des voeux pour le 
bien de ma patrie , et j'en feiis plus particuliè- 
rement , pour que le jougaccabIant,qui est sur 
le paysan de la Sardaigqe, s'allège ; pour que 
les coutraÏDtes, les. corvées et les vexations 
féodales ne les écrasent plus ; pour que l'ai- 
sance , qui est la mère de l'agriciUture règne 
parmi eux. J'en fais pour que le terrain im- 
mense qui est en friche soit employé aux 
moissons j j'en fais pour le commerce et pour 
la marine , et pour que l'industrie ne soit pas 
^èoëe mx des réglçmens trop rigides et trop 
multipliés, par les perquisition» vexatcùres de 
J'avidité fiscale, et sur-tout, par. des privilè- 
ges, excltisifs. , par des péages mal plaeés , et 
par df s douanes sans méthode. . 

Oh mes concitoyens ! si vpus êtes touchét 
j3es maux affreux qge le peuple souffre de- 
pi;i^ loDg-tems en Sardaig^e» par la. faute de 
^'^mi^istra-tion ; si you» êtes assez bons <»• 
^pyen^ pour desirei*. l'accroissement de l'ai- 
£a^ce publique , et. de la pnospérité générale 
dç Jl'éiatî si yotre_âme est asaex sensible pour 
.trouver sa satisfaction dans ce]le-.4e yos 
.cçmcitoyens ; ppuir .yous, applaudir de vmt 
, le bonheur et la joierenaitre , et embellir les 



..gniaOb, Google 



( 277 ) 
lieux d'où la misère 4es a banùîs , daignas 
lire ce chapitre arec attention ^ exaucez mes 
vœux et je mourrai content. Fuissiez-vous 
surpasser mes espérances , et mes vœux 
mêmes, s'il est possible! Dii/axint. 



.S 3 

U.rireM,,G00glc 






C H A FI TR E X I. 

. Tableau du commerce actuel de la Sar- 
daigne. 

JTOUB jug«ir deJft.vj:^* valeur et des res- 
sources d'un pays quelconque , il suffit de 
fixer la balance de son commerce ; c'est le 
thermomètre le moins équivoque. 

Je donne, ea conséquence ci-après , l'état 
des exportations et importations de la Sar- 
daigne , tiré des registres des douases en 
1790. On ne peut pas calculer l'immensité 
des productions de toute espèce qu'on ex- 
porte de cette île , sans payer des droits ; 
ainsi que tout ce que l'on embarque pour le 
compte des finances du roi ; Les cuirs prove- 
nans des boucheries administrées pour le 
compte des Tilles et des communautés ; les 
provisions des bâtimens étrangers , en un 
mot , tout ce qui sort en contrebande , tant 
pour la G>rse que pour la côte d'Italie et de 
Provence. 



,-Ki„Gooi^lc 



( 379 ) , 
S I". 

Du Commerce extérieur , actif ou d'ex- 
portation. 



Kénioiii (0- 

Blé en nature 6,o52,445 1* 

Blé réduit en pâtes de diffé- 
rentes espèces, et en amidoD. . 46,000 

Orge et légumes .... 5o,ooo 
' Fromage . . . . . , . 1,000,000 

Pêche du thoa ...... 600,000 

Salines. . . , . , . . . 260,000 

Tabac, peaux crues , cuira , 
laines , cornes et chiSons. . . 400,000 

Soude ......... 60,000 

- Vins , biscuils ^ viandes salées. 

Suifs , boeufs ^ moutons et hui- / 
les . . . , . . .... . * 3,00,000 

Droits sur la f êcl),e du corail. 30,000 

Galène. 5o,ooo 



Total. 8,738,445 f. 

Du commerce extérieur , passif ou ^im- 
portation. 
La Sardaign^ étant un pays essentiellp- 

<t) ' Ciniî lirres daîWmoBlifooI 6 lir. de ïranœ. 

UiBiveM,, Google 



(i8o) 
ment agricole ; et sa population actuelle nv 
iufBsant pas même pour mettre eu raleut 
la moitié, de son vaste territoire , il n'est pas 
étomiaot qu'il n'y existe que des manufac- 
tures de toile très-commune , de draps gros- 
siers , et des teintures propres à la qualité 
de ces mêmes draps. 

Il résulte de cela , que les Sardes çont 
obliges de tirer de l'étranger les draperies , 
les toiles fines , et plusieurs autres articles 
de luxe et de simple commodité. Cependant 
on ne peut guères évaluer ces objets au-delà 
de 3,000,000 liv. Le produit des branches, 
actives du commerce d'importation , excède 
donc l'exportation de 6,738,446 liv. en fa- 
veur du royaume : bénéfice très-solide , et 
à l'abri des, événemens , puisque les sources 
d'où il découle , c'est-à-dire les produc- 
tiolis territoriales de l'île , loin d'être ex- 
posées au danger de diminuer ou de tarir , 
ne peuvent, au contraire, que prendre de 
nouveaux accroissemens par la sagesse , et 
l'activité d'un bon gouvernement. 

S in. 

Des retenus. 

Les revenus des finances du roi conristant 

dans les impositioQsquel'ony perçoit actuel- 



..BnieOb, Google 



( îSi ) 
lemeat (i) , peuvent s'évaluer en monnaie de 
Piémont , comme ci-après. 
Donativo , ou don gratuit , 

impôt Tolootaire mixte de 

pei-soanel et de réel (s) . . 218,960 49 
Douanes , pêches , cens , 

emphytbéotiques . '. . 94,230 lï 3 

Trattes'sur les exportations. 44o,doô 

Salines 280,749 9 4 

Gabelles de tabac. ... 268,028 8 ' 

Mines. . . ... ..... £3,5^1 

Poste aux lettres .... 3,525 i 7 

Poudre . . . . . ... 13^640 

Bulles de la croisade. . , 21,760 

Subsides ecclésiastiques . . ï4,ii8 Se 

Casuels ....... 8,000 

Total. 1,412,553 17 7 
Les traites sur l'exportation que l'on y 

(i) Le roi y possède plusieurs terres qui apparie-^ 
noîenl h des Seigneurs Fisans, Gënoiset Sardes, et qui 
ont été confisquées après des rebellions de leufs pos- 
sesseurs ) ainsi que d'aulref biens ,- qui , par dilTérens 
notifà , ont été dévolus à la couroane. 

(2) Xa t^parlilioD de ce don gratuit se fait sur tous 
les babitans du royaame au prorata du bien d'un, cha- 
cun. Les babitans des villes ne paient point : c'est la 
ville qui paie poiir eux sur le' produit des douanes cl de^ 
capiltlioDS, laîUos ou tiibuls. 



..gniaOb, Google 



paie aux finances, «tînt perçnes en confor- 
mité de l'édit du roi du premier février 
1767 , comme par la note suivante. 

Note des droits d'exportation. 

Monnaie Sarde. 

Blé r ...... . u. I I 

Orge .. ....]...... . o 16 

^ Pour chaque 
Li^gumesdetoulel esterai. 

espèce , , . .t o M 4 

Biscuits t I 19 9 

Pâles \ . o 18 6 

\Pourchaque 
I quintal. 

Semuïe etfarinc.1. i i 

Son , pour chaque esterai ... 076 
Amidon pour chaque quintal . o 10 

Ghevainc , ponr chacun 5o 

Petits chevaux dits acchette 
Acheitoni et jumens, pour 

ch«ciu). i 5 13 

Anes .... 



Bœufs 



o 10 

2 10 

(Poni- chacun. 
Veaux. 
Mouflons •••.[. ^, >, ... . 5 



..rireM„Cl'ÎO'^lc 



( =83 ) 

Mout(M9 , chèvres , chevreuils , 
sangliers et autres tjuadfU' 
pèdes sauvages , pour cha- 
cun '2 6 

Viande salée de toute espèce ' 

, et graisse de cochon pour 

cha(]ue quintal o lo 

Vin pour chaque cent quartier b lo 

Eau-de-vie pour chaque quin- 
tal 04 

Outre ces impôts il en existe quelques au- ■ 
très , particulièrement affectés à l'entretien 
et à l'admiistrationdes tours qui envircnoent 
l'île (i) , comme on va le voir par la note sui- 
vante : 

Noie des droits que l'on paye à l'admînis- 
' tratiûn générale des tours , pourl'expor' 
taiion des articles suivans : 

Monoaie Sarde. 
Fromage.. .J«' • • • ■ . . o la 6 

\ pour chaque quintal 

Laine - . -( o i5 

Demi-Iaiue jj, ...,-.; 076 



(i) ta dispense annuelle pour l'enlrelien des lour» , 
moDie à 24,000 dcus Sardes. 



i-reM, Google 



( 284) 
Cuirs de bœuf . ) o i5.o 

> pour chacun 
De vache . . J . . .' . . . o 76 
Peaux de chè- . 



Se mouton 
De veaux . 
De marie . 



, pour 



chacune 



06 
3 8 
P î 

o 6 
06 



De reûard . . 
De lièvre et la- 
pin .... 
De cerf et de 
chevreuil . . . 
Par l'augmentation et la richesse nationale, 
et par une meilleure adniinistralion des finan- 
ces y ou pourrait doubler et même tripler 
cesrevenuSfSans surcharger les particuliers. 



iVo/a. Je viens d'apprendu que lous les droits royaux 
oat ëté aiigmenlés presque d'un tiers , depuis que le roi 
H mis les pieds en Sardaîgne. 

Fin du Premier Volume, 



..rireM.,G001^lc 



PIECES 

JUSTIFICATIVES; 

AVEC 

LEUR TRADUCTION. 



Tome I. T 

IHire^t, Google 



N*». T. 

GeUmer Jratri Zazoïti. 



E« 



IjxiffTlHO profeclo non Godam in Sardinia a nobû 
«]ericîeiit«in,|ed qucddam VaDdalorum hoc tempore 
iàlum, leque, ac cœlerosTortUsîmOs tnjhiaurripuisse; 
«xquo conligeril omnes Gigerîci opes, acboaasimul 
cormisse^noB enimut msaAam nobii scrvares, a Goda 
hiuc abiislî, sed ut Afficge totius Jusiinianus potiretur. 
Kam quod forliina pfius aibi voluil, nuDc licet ex 
evenlis judicaie. 



Belisarius igitur parvo adniodum exercilâ contra noa 
venit; virlus aulem solita Vandalorum omninô defi- 
' tiens, uoâ secum forlUDam elîam abslulil. 

Amalus enïm et Gibamundus ob nostrorum îgna» 
vîam et mollitlem perieruni; insuper equi cl navalia , 
oronis denii^ue Africa cum ipsa Garthagine ab bo»- 
tibus teoetur, quibus ntinc quiescere licet pro labore 
ac virlule bellica , filios , ac uxores , omnes deniqus 
opes nostras possidentibus : nobis taottim Bultc campua 
réliclus, ubi si qua reliqua spes, nos, vosque, de- 
fendat ac muDÎat. , 



Qna prepter t^rauuideiQ ac Saidiniam , omneinque 



,-reM„G001^lc 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



N°. I. T. r, p. ICI 

J K comprends irarfaitemenl bien que c'esl beaucoup 
moins au désir de puuir la révolte de Goda , qu'au coup 
dudeslia, quidana ce tems tiialhèureii:^ persëciile lei 
Vandales , qu'il faul attribuer votre absence de mou 
camp , de même que celle de (a::l de braves, don) les 
armes eusseni empêché la ruine des aflaires et la perle da 
loua les biens de Gigeric -, car le désir de combattra 
Goda a livré toute l'Afrique à Justinien , el l'événe- 
ment a expliqué eufiu les intenlions de la fortune. 

Apprenez que Belisaire, à la têle d'une armSe très-peu 
nombreuse, ayant marcbé contre nous, et la valeur 
ordinaire des Vandales s'élant bon teusemenf démentie 
nous avons tout perdu. 

Amatus et Gibamutidus, trahis par la lâcheté di 
troupes, sont restés sur le cbamp dé bataille ; vaisseaux 
cavalerie, bagage , Carthage , l'Afrique entière sont au 
pouvoir du vainqueur. C'est son courage qui lui a livré 
nos enfans, nos épouses et toutes nos possessions ; el pen- 
dant .que maître de tout, Belisaire peut se reposer 
l'ombre de ses lauriers, il ne nous laisse que le camp 
de Bula : c'est pour vous et pour mol le dernier asili 
c'est \h qu'il faut nous défendre et nous relever s'il nom 
reste encore quelque espérance. 

Abandonnant donc Goda , la Sardalgne et tout ce 

Ta 



..BnieOb, Google 



( =88 ) 




cirea isia loca curam deserens, ad nos ci 


m omni 


classe proliniis advola; nam quibus rei suœ 


mœ pe- 


riculum imminet , stiilluni esl alia curare. 





Simul eoim in fulurum piignantes coDira hosles , 
vel forliinam pristinam recuperabimus , vel boc sal- 
tem lucrifaciemus , quad simul eliam ferre casus , quoi 
«obis Deut iuflixerit, assuescemus. 



,-reM.,G001^lc 



(589) 

qui peul y avoir rapport , hâlez-vous de venir et d» 
m'ameoer voire (lolla ; car ïl y aurait de la Colie à a'arrÉter 
à tous ces détails, quand jl s'agit de comballrepoursoa ^ 
saint et de repousser les derniers naailieurs. 

"Venez , reprenous les armes ; ou nous recouvrtiron» 
la gloire ei la fortune, ou nous nous accou lu menons 
plus facilement ensemble h porter le joug que le ciel 
voudra nous imposer. 

Nota. Pour FinteUigence de cette lettre j il est néceMairedo 
rappeler qoelque* traits de l'Histoire de l'Empire d'Occident. 

En Sao , Gelimer , Els de Genzon , a'étant emparé du Irène 
^Ica Vandales et de la couronne de Surdaigne^ envoya dans 
celte île un Got , rominé Goda pour la lui conserver. 

Cet efficier instruit , huit ans après , que Jiistinien prenait 
les armes contre Gelimer , pour lui arracher l'Afrique , s& 
réiolle , refuse le tribut , s'empare de l'autovlié , prend le 
Dom de roi , assemble des troupes et envoie demander du 
■ «cours à l'eroppreur , qui l'appuie et promet de le maiotcnir. 
Cette usurpation se soutint pendant près de deux ans , c^'est- 
à-tliie jQsqn'i ce que Zaïon , frète de Gelimer, Tint enlever i 
Goila le sceptre et la vie. 

La flotte Vandale qui- avait amené Zaïon en Sardaigoe» 
l'aida à soumeirre, en peu de tems, l'Ile, et à la ramener 
k l',.bcissaiicc de son fière. 

Cependant, Gelimer, vainci. en Afrique par Belisaire, 
.yant' perdu Carih.ge, et ignorant ce qui s'était passé en 
Sardalgne , écrit i ton frère et le coDJure de Tûler a son se- 



T 3 

UigniaOb, Google 



( 'S» ) 

N». II. 

ùrfgoritis epiicopuj , àèrvus servûriim Ùei , O^ù* 
Éarbaricinorvm duci. 

OiALUTZK et apostolicam benedicllonem. 
Cum de génie vestrâ Démo chrieti&BAs sit ^ ia boe 
acio , qiiod o^ni génie tua es melior, «{uia (u in ea 
«hrisiiamis ioTeairis. Dam enim fiarbariejai onmcs ^ 
itt instJtlsata anittialia maut, dfliRb veruth tieKÎaiiI , 
ligna aulem, et lapides adorent, id éDi|)s6 quod v6-< 
Tum deutn colis, quantum 'omnes autecedas bsfeti- 
dis. 

Sed fidëtn quim jtferCepUtî , ériatd bonis actlbns « 
el verbis eitequi di^bes , et chmto , cili crédit, offer 
i]uod prœvaîes , et ad eum quoscusque potliëns ad— 
ducas , eosque baptisari fàcias ^ et laleruam ^ilam 
diligerè admoanai 

Quo^ s î fo1ias!iê ipse sgere iiori ^olfeâ , qtiïâ Bd âlînd 
occuparis, salulans peto , ut hominlbus noslrii illtc 

. fransmiuis, scilicet fratri, et coepiscopo meo Félici, 
filioque meo Cyriaco servoDei, solaliari in omtiîbus, 

. debeas, ut dum eorum labores adjuvas , devolionem 
tuam omoipotenti domino oslendas; eliam ipsi libi 
îa boliis actUtu^ adjulor sîl cujiu famulù eolalîarîa. 



..BnieOb, Google 



( ipt ) 

N'». I I, T.I, p. io3. 

Grégaire, évêque , ierpîieur det servi/eurs de Dieu ^ 
à Ôspùone , chef des Sarbariciena. 

Oatnl et bénédiction apostolique. 
Seul chrélîen , au milieu d'iiq£ nallon idol&tre, TOUa 
TOUS iDoutrez par là bien supérieur à tout ce qui 
vous enviroDde; car, tandb que votre peuple entier, 
semblable à des êtres privés de raison, et ignorant le 
vrai Dieu , prodigue des hommages à des simulacres 
de bois et de pierre , vous vous élevez au-dessus de ces 
insensés , par les adorations que vous adressez au maftr» 

Souvenez-vous cependant de signaler par de bonnes 
actions et d'utiles discours, celte Coi que vous avez eu 
le bonheur d'embrasser. Rendez gloire au fils de Dieu , 
en qui vous croyez , des avantages que sa religion vous 
aprocurés; conduisez àses autels, tous ceux que vous 
pourrez; qu'ils y reçoivent le baptême, et apprennent 
à chérir les espérances de l'éternité. 

Si vos occupations vous empêchent de vous livret 
à ce saint zèle, en vous renouvelant mes salutations, 
je vous prie de soutenir de toute votre autorité , les tra- 
vaux des apôtres que je vous envoie, ceuxdeinon frère 
et co-évéque Félix , de mon fils et serviteur de Dieu , 
Cyriaque, afin que l'appui que vous leur porterez, soit 
un témoignage éclatant de votre pieux dévouement à 
la gloire du Tout-Puissant, et afin qu'il vous soutienn» 
dans toutes vos entreprises, le Dieu dont vous ayez 
protégé et eootolé les humbles serviteurs. 

T4 

uiriieob, Google 



< 292 ) 

Idem duci Zàbarder. 

Oc R r P T I S fralris , et coepisropi me! Felicis , el Cyrinci 
■ervi Dei , gtorrœ veslrse bona cognovimiis , magnasciufl 
omoi^lenti deo graiias agimiia , qnod lalem ducem 
SardiDJa snscepit , qui sic sciât, qiiie lerrena stint 
Kipublicte eiolvere. , u( beDe etiam ooveril omaî- 
potenli Dei obsequia pairi» cœlesUs exhibere. 



ScripserunI elenîm mihi , qnod eo pacla cum Bar- 
baricinis facere pacefn disiioiiilï», ul eosdcm Barbari- 
clnos ad ehristi fidem addiicatis. Hac de re valde 
Jsetatus sum , el doua vesrra , si omaipolenli deo pla- 
cueril, citiua sereaissimis principibus iaDolesco. 



Vos ergo , qaod cœpislîs , explele ; omolpotenlt deo 
devolioaem veslrœ ineulis osleudite. 



Eos , qnositincad ronverlendos Barbaricinos tran»- 
■ misimus , quanlum poterilis adjnrate ; scienles quod 
talia opéra miilluin vos , et anlc lerrenos pnocipes , el 
coram coeleali rege pitevalcanl adjuvare. 



..gniaOb, Google 



( 5y3 ) 



Zff même , au duc Zaharda , capitaine général de 
la Sardaigne. 

T,es écrits de noire frère et co-évèqne Félix , el ceux 
der"yiiHque, lervJleiiT de Dieu, nous ont instriiil de 
voss;IorieuxMiccis, et de tout le bien donl vous êtes 
la si-irce.?<'oiis rendons de nolennellei! actions do grSco 
BU Toiit-rnissint, d'avoir donii^ à la Sardaigne, un 
chef qui, en cou&acrant ses soins au saUil de ta répu- 
blique terrestre, n'oublie ni les hommages dus au roi 
de l'univers, ni les espérances de la pairie céleste. 

Ces lettres nous onlappris que vous vous proposes 
de donner la paix aux Barban'ciens , foar pouvoir les 
gnjTDer à la foi du christianisme. Celte nouvelle nous 
a comblé de joie, et nous nous empressons de làire 
part h nos sérénissioies princes, d'un dessein, qui, 
nous l'espérons, réussira avec le secours de l'Être loul- 
puissaiit. 

Quant it vous , nous vous exhortons à redoubler 
vos eRorts pour son heureux succès, et à donner , par— 
)i, A Dieu, un témoignage authentique de votre dé- 
vouement, aux inlérêts de sa gloire. 

Aidez de toute la puissance de l'auloritê , les mission- 
naires que nous vous envoyons , pour travailler avec 
vous, à la conversiou des ■ Barbariciens ; el sovveaez^ 
vous que ces démonslrattons de zèle, dans uue œuvre 
aussi importante, vous concilieront autant le* faveurs 
des princes de la terre, que les abondantes béDédictiona 
^(Juroi des cîeus. 



..gniaOb, Google 



( '94 ) 

sr°. I ; I. 



JC-iGO BarisonusTcx Sardinùe , unÎTtiutatis JaDueDsIs 
amicitiam requîrens, experlus etiam quod animoMr 
et efficaciler me adjuvetiat in laest percaptlooe coro- 
née, et in confirmatioae ipsius , juro honorem io perp»< 
tuuin comtnuulsac cîvitalis Januœ , et quodproexer- 
cilibus, ac guerris, quos commune Janii» deÏDceps 
fecerit, dabo eU pro cfanlum millibus tibrit, el «n- 
gulis annis dabo commuDi JaDuœ, ad aalale domini , 
quadringeatas marchas argenti, 

f ro quibns assignabo commiiDi Janute lot introttus 
in uno vel in pluribus jiidicalibus Sardiui» , ut prsele- 
gerif. 

Dabo etiam operi S. Laurentii duas curiarias , qnas 
consules januEB prœlegerint in tola Sardinia , ex qua- 
Tum leddilibus ipsa ecclesia perficiatur ; qua ekplela 
unam habeat archieptscopus Janusej et alleram ca- 
noaica S. Laurentii , sicut consules Januœ uidinaverint. 



Elcdificabo mihiJanuœpalalium regium inira IrieD— 
nium , posleaquam coDSules predicii aream mibi de 
oommuoi voluerint providere. 

Et in omoi triennio semel Jaouam vbitabo in msa 



..gniaOb, Google 



(3,5) 



N". III. T. I , 



Mo 



I , Earisone , Toi de Sardaigne , recherchant 
l'amilU de la commiiiK de Gêaes , el rappelaol avec 
quelle énergie el quel succès elle m'a aide à la coD- 
quête el alfermiMemeiil de ma couronne , )e lui jnre ^ 
jamais bu n ne ur el dévouemenl;et afin de l'aider dans 
l'entretien de ses armes et dnraul ta guerre qu'elle aura 
isoiileuir dans la suite, je lui dunnerui cent n^ille 
livres ;el en outre tous les ans , aux fêles de la nais- 
sance de notre Seigneur , je délivrerai k la communs 
de Gênes 5oo marcs d'ai^enl. 

A cet eflet je lui accorde le droit de lever, à son 
progi , les reVenus d'an ou de plusieurs districts de U 
Sardaigne, à son choix, et ea paiement de ladito 
•oname. 

Je m'engage aussi ï donnera la fabrique de Saint- 
Lâlirent, deux domaines , à la désignation des consuls 
de GêuéS dans toute l'île, dont les fruits seront em- 
plojésàlabâtisseet dotation d'une église, de manière 
que là moitié appartienne à l'archevêque de Gênes, 
et l'autre aux chanoines de Saint-Laurent , ainsi que 
les consuls en oidonueronl. 

De plus , je me ferai construire k Gênes un palais 
rojal dans l'espace de trois ans , sur le terrain qu» 
les consuls m'auront accordé , i cet effet , dans la 
commune. 

Tous les tioîiansje Tendrai visite au peuple Génois, 



.irireM,, Google 



persoQa, nisî Temanseiit licentia coasulum commnms 



Acetiam juro qood si JatxieQses voluerini laborare, 
ul archiepiscojius eonim oblineal primatum, et lega.- 
tiones Sardiuiœ , boua Sde iode sibi auxiliabor. 

Item dabo casirum Atculenti, etMatnilleettanlum 
'lerrse in aureo slagao quanlum bene sufBciat Januea- 
aibus negolialoribus ad maiLsionesceDlum, iibihooorl- 
âce maneanlel négociai Joues suas eserceant. 



Hœc omnino convenio e1 promiUo , ego Barïsonu» 
Tcx , per me, elhseredes meos sina fraude ubservanda 
in perpetuum, el juro, corporaiiler laclis sacrosauclis 
evangetiis , complere siib pœna dupU , pro qua et Arbore 
ream et omne regnum meum commune Januse habeat 
deîTiceps pignori obligalum, el qiiod a me, et succes- 
aoribns meia perpetiio obserïelur. 

El faciam jurare arcbiup. de aitreo slagno, et episco- 
posomnes regnî me! erpreelalos ecclesiaruia, et usqiw 
in ceulum de melioribus et nobilioribuï terrée meae fir- 
mameutum pacii hujns , et ab omnibus {iliis méis , pos- 
leaquam iiddiiodecim annos pervenerïat ,elsimitilerab 
omnibus illis ad quos credidero regni mei successionem. 

Acium ânno doiuini M C UilY , XVI «p- 

Icmbriï. 



..gniaOb, Google 



c 597 ) 

en personne , t moins que les consuls de la com- 
mune ne m'en dispeuaenl. ,7e jure aussi qne si les 
Génois se proposent de faire obtenir à leur archevêque 
la primat et la légation de Sardaigue, de l'aider de 
bonne foi el de tout mon pouvoir. 

Poury coopérer je donnerai aux négociateurs Génois 
le chÂleau A' Arculenti e\ àe Manille , avec aolant de 
terrain dans Vélang doré, qu'il en faut à ce* envoyés 
et À leur suite au nombre de cent personnes , pour 
y vivre honorablement et y vaquer tranquillement aux 
soins de la ndgociation. 

Je promets louï les arliclss ci-dessus énoncés, mol 
Brisone, roi de Sardaigne , et pour mes descendans, 
pour être rempli à pi^rpétuité, sans frande ; je le jure 
la main appuyée sur les saints évangiles, me soumettant 
en ces de détaut , à la double peine d'être privé et de la 
judicalure d'Arborea , et du royaume de Sardaigne, 
lesquels j'oblige à la commune da Gênes, pour garant 
de ma promesse et celle de mes sucjcesseurs. 

Je ferai aussi intervenir le serment de l'archevêque 
de {'Etang doré ,t:e\oi de tous lesévêques du royaume, 
des prélats des églises , et de cent des plus notablei 
de l'Ile. 

J'ajouterai celui de tous mes fils , dès qu'ils auroiTt 
atleint l'âge de douze ans, et de tous ceux enfin qu« 
j'appellerai à la succession de ma couronne. 

l'ait le 16 Septembre, Tan du Seigneur , mil cent 
■oixanle-quatre. 



,-re.t,, Google 



C298) 

N". I V. 

]n I^omine Sanclœ et Individua Trinilatis. 



Wredericua dipina JaveT^e cl^mentia romanorutn 
imperalor augusius, 

Signilaset excelIcDtia romani imperlitaDtsboBÎtate, 
etpîelaJeuaqiieatlhscDOSlralemporaseinperexitberayit, 
ijiiod suunini mérita fidelium ocuio clemenliori respi- 
ccre, el largilalis siifc bénéficia eis pulius augert: , quam 
miiiuere cansuevil. Ibi enim merilolocaninr bénéficia et 
pnzmia honoris, ubi et devola .serrilia refiitgenl , et 
fideliias ipss absque ornai signo falUci» immobUis, 
el coDslBDS persévérât. 



fîujns Tei crniu , fisaDom civilatem , qu» ktler. 
alias civilalea per principaliitn dignilalUcaput ratulit, 
quseeliamabimpfrrii fidelitale temporeadverailatissicut 
prosperilalis, niiiiqitam recessil , liliilu honoris, el am- 
plioribeneficiolargilatisdigtianidujiimushonDraadaaij 
sicutin seqiiciilîbus evidcoter decUratur. 



CognoGcanl igilur univers! fidèles imperïi per Ttajiam 
consiituti prseseales el l'uluri , quod nos ex uosUâ Jiupe- 



lA'OO'^lc 



(299) 
N?. I V. T. I, p. 112. 

Au nom ie la Salnle-Trinil^. 
TrédéHc , pta- la clémence divine , empereur 



J_j'excxllziice et U digaitë de l'empire romain n'ont 
cessé , iusqiMS à nos jours, de donaeï à l'univers des 
marqnei éclalantes de la bouté et de l'aOectioD de ses 
touveraios pour leurs eajols , pour latteotion «qu'ils ont 
CDoalamment de jeter des regards de complaisance sur 1» 
zèle que ceux-ci font paraître pou* l«ur service , et d'aug- 
Bifiiilcr,àlAurégard, bien plus que de diminuer, le cours 
nou interrompu de leurs bienfaits; car il est notoire qua 
noïlib^ralitëaetnosrécompensesnouvelles ne manquent 
jamais d'aller trouver ceux qui se distinguent par un 
divouemeni i notre service, pleins de franchise, el in- 
capables de varier en aucune circonstance. 

Ce« dispositions impériales nous engagent k distinguer 
dans notre bienveillance , et ^ combler de nouveaux 
honneurs «tde nouveaux bienfaits la ville de Fise, qui 
«élève avec tant de dignité au-dessus des autres cités, 
et i^i invîolablement altachée aux inléréis de noire coU' 
ropue , n'a cessé de nous en donner dm lëmoigoages 
4cl?tans , dans les malheurs de l'empire , comme aux 
époques de ses prospérités les plus brillantes ; et c'est ca 
que nous allons déclarer par ces présentes. 

Oue tous nos fidèles sujets de l'empire , répandus en 
lUUc , et l«un diiceiulau , sachent donc que , nous , d« 



..gniaOb, Google 



( 3oo ) 

rîuli gratia , el largilale , ex consjlîo princjpum no«lro- 
rum , damiis et toncediraiia , atijite Iradimua in feudutn 
libi Ugiiccioni Pis. Civil, onsuli pro communi pisan» 
civilalis recipiecli. lolam însiilain Sardjois cum suo di»- 
Iriclu el perlinenliis, el Dominalim turrim, calarim, 
arboream, el galliiram. 

£t<)amus ,el concedimii$,et confirmamusinreiidiim 
tibiprocomm, Civil. PisaDoerecipieuli [jlf nam, oiniiem- 
qiie poleslalem atqiie jurisdictionem , et disiriclum , et 
tolum qnod in Sardioia est , et qiiod fiiliinim eM , et 
quod Regno, et imperio peflinel , aiil perlinuil, vel 
perlinebil. 

QuEB'omnia tîbi pro cotnmnni Pisanœ civilalis io feu— 
àiiiu damus , concedîmii.s el Iradimus , per vos , el ves- 
tros su ce essores in perpeiunm , el niillum jus aliciii, vel 
dalioDem concedinius aut .'aCiemui in ip^e inaiila, nec 
deipsa insiila iillo lempore conlca liberam volunlalein 
univerulatis Pisanœ. 

Ëtsi quam dalionetn alicui civilati , aulduci Guelpfao- 
ni , vel alii inde fecimus aul alicui persouee , cuî nos 
dedissemus, eam nunc rcvucamus , et libi pro coin— 
munis civilalis Pisanaa in reudiiot cuncedimus el damus 
libi coQsuli Pisano , et cceteris consulibus PisiAiia , poles- 
lalem ingrediendi in possesaionem omnium, quœ su- 
pra legunlur. 

Kl si per scepirum nostriim, el vexilliim te ITgiiccîo— 
nom consulem pisanum pro communi Pisane civitalïs 
înve.slimus. 

Concedimusqiioqiie libi pro communi Pisaiie civilalis 
in leuduiu , et damus bac omnia pr»dicla cum omoi 



..rireM>,G001^lc 



(3oi) 

largesse impériale, du conseil des princes de noire fa- 
mille , donnons e< accordons , livrons h tilre de iief , à 
vous tJgiiecioQ , consul de la ville de Pîse, acceplant,. 
toule l'île de Sardaigne, avec sou district et apparte- 
nances, et nominativement TarreSjCagliarigArboiea, 
ellaGallura. 

Donnons, accordons, et conËrmons , à .litre de fiefa 
k toi acceplanl pour la commune de Pîse , pleine et en- 
tière puissance , junsdiclion etdislrlcl , et tout ce qui est ' 
en Sardaigne , el y surviendra, tout ce quiyaappar- 
teou , appartient ou appartiendra, iknl à cette couronna 
qu'à celle de notre empire. 

Lesquelles tontes choses nous vous accordons et li- 
vrons , h tilre de fief , pour la comniune de Pîse , pour 
ses citoyens et leurs successeurs , à perpétuité , résolus 
de n'accorder, ni actuellement, ni dans la suite , aucun 
' droit ou aucune donation de la lolalilë ou partie de la 
Sardaigne, ^ qui qnecesoil,nî en aucun tems, contre 
la libre volonté de la commune de Fise. 

Et si précédemment nous nous étions, portés à faire 
quelque donation de , ou snr la Sardaigne , à une autre 
ville ou au duc Guelphe , ou autre personne , nous la 
révoquons à ce moment , et nous accordons de nouveau 
i vous j consul de Pise , el à vos successeurs , k tilre de 
Gef, et pour celte cité ,Ie pouvoir d'entrer en possession 
de tout ce qui a été ci-dessus énoncé. 

Ainsi, par l'autorilé du scepfr« et de l'étendard de 
l'empire , nous vous investissons , pour la ville de Pise , 
du fief de la Sardaigne , vous XTuguecion , consul de 
cette cilé. 

'Nous vous accordons aussi, à vous, pour ladileobm- 
nnune , à titre de 6ef» (ous les objets déjà détaillés , dans 

Tome I. V • 



, L-ooi^lc 



(3oO 

ÎDtegrilate, cunn oraoi jure, et pettinenliis suis , cum 
monribus, vallibut, planitiis, pralis , pasquîs , aquîs, 
aqiiarumque decurcibus , molendinîs , inercalis, ar- 
genli fodÎDÎs , piscatioDibus , paludibus , cimelis , et 
ineimelis , ripaticii , divisis et mdivisis , et cum omni- 
bus , quB dici , vel nominari possuat. 

El qiiod nos firmem tenebimiis atipradictam dafto- 
Dem , concASsionem , sive tradiliunem , Dec rumpemiis 
pei nos nec per alium , dileclus prlnceps nosler Ulde- 
riciis dux Boemife exnos tro mandalo ia nostcaprœsentîa 
«aciamentutn prœstilit. 



. / . 

Statuentes igitur jubemus, ut de œleto, DuUusarcbi&< 
piscopus , DuUa civitas, Dulla poteslas , nullum com- ' 
mune , nullaquc persooa magna, vel parva j prjedictos 
fidèles Dostros pisaDOs molestare vel inquietare in bac 
noslra 4^t!one aliquatenus prsesumat. 

Si quis aQIem haDc Dosiram auclorilatem inrader» 
prœsumpserit , mille libras auri optimi pra pœna , se 
composilurum cognoscat , dimidium Ësco iu>s(ro , et 
âimidium omnibus Sdelibus ooslris. 



Ut «ulem hoc verius credatur, et ab omnibus invio- 
labiliter obaervetur, prseenlem in paginam scrîbi , et 
*ureo nosiro majeslatis si^Ho jussimus eam ÎDSigniri» 
adhibilis idooeis lestibus quorum nomioa suni hsec. 

Thirillinus Trevoiensis arcbiepîcopus , Villelmu 



'( 3o3 ) 

toute leur int^grilé , avec loua leurs droits et ton (es iaurs 
appartenances, avec les moDlagoes, les vallées, l«s 
ptaioes , les prés , les pfilurdges , les «aux et leur cours , 
Jes marches , les mines d argenl , les pèches , lea marais , 
les terres semées et les Incultes, leScàlespartagéesouin- 
divisées, et enfin tout ce qu'on peut nommer ou spécifier. 

Kl afin que jamais nous ne soyons détournés de la 
ferme vulonté avec laquelle-, à cï moment , nous vous 
accordons cette donation et traditioD ; ni qu'on n» 
puisse nous engager à rentrer en possession de la Sar- 
daigoe , par nous ou par uh autre , nous avoua autorisa 
lebien-aimé, le prince Utric, duc de Bohême, à en 
jurer, en notre nom , l'élemelle et irrévocable con- 
cession. 

En conséquence, 'nous statuons et ordonnons qUo 
dstiis la suite, aucun archevêque, aucune ville, au- 
cune puissance, aucune commune, aucune personti« 
distinguée ou particulière, noae usurper , de quelque 
manière que ce soit , ni troubler ou inquiéter nos 
fidèles Pisaus , dans la jouissance de notre donalion. 

Si quelque téméraire attentait à l'aulorilé de celle 
concession , qu'il sache qu'il sera condamné à payer^ 
pour peine de son audace , mille livres dW pui , moi- 
tié au profit du 6sc impérial, moitié à celui de la ville 
de Pise. 

Fourrendre plus aulheulique cet elTetde notre muni— 
Ëcence et en faire respecter l'inviolabilité par tous nos . 
sujets, nous avons ordonné que l'édit en fut transcrit, 
décoré du sceau d'aï de la majesté impériale , et re- 
vêtu du seing de tâmotns'digneï de foi, dont les noms 
suivent : 

Thirilliaus , archevâque de Xièves : Yilhelm, évoque 

Va 

<:..: .,.,l,GOOglC 



( 3o4 ) 

Bambergensis episcopua , Hermauus HeriTeMenus 
Abbas jCurradus Falalinus Cornes RheiÙD Fredecîcus , 
dux Suevorura filîus régis Curradi, Uldericus ddx 
BoemiiB , MarquarduB de Brombach , Albertus comos 
de Dibingen , Gerardiu cornes de ITevïngen , comea 
Ollo d« Rubercb , Uuliicus de Horningen , Ver- 
chenu j de Huden , Bertoldus de Scowenbinch , Hen- 
ricus Marescalcus d^ Pappeniheim , Camerarius da 
MiDaesobergh,Curradu8PiDuenia,R«dolphuaI>apifer, 
Bodrigus Camerarius , Uvernerus de Bombauch , 
Everardus de Bbeuinburgh, Beitoldus d* Scamper- 
berch , et alii quaoïplurîum. 

loco + signi , 

Dôm.. Friderict Ramanl Imperatoris 
iuvictissimî. 
. Ego chrislianus cancelUrius vice Dom. Rainaldi colo* 
oieniis electi , Italia archicancellariî recognovi. 



'. Acia sunt heec autio Dominicse incarnalianis M. G. 
XXV. ludicil Xm Regnaote domino Friderico Roma 
imperal. Tnviclîssimo : anna reguî ejus X. Imperiî 
vero XI. An. Féliciter. Dot In regali curte iraiich- 
ftirli XV. Kal. Maii. 



;.Bn:e0t>,GoOl^lc 



. (3o5) 

de Bamberg: Henuaa,abb^ d'HerfeldentCunade, 
comte palatin du Rhin : Frédéric, duc de Souabe , 
fils du itù Currade:Ulric,ducdeBohéine; le marquis 
de Brombach : Albert, comte de Dilingen : Gérard , 
comte de N^zingen : le comte Ollo de B.uberch : Ulric , 
. de Homingen : Vuercher, de Huden : Berthold, de 
Scou'wenbîncfa : Hetui , de Foppeaibeim ( mares- 
calcus ) : Camerarius , de Minnesnberg : Currade ( Pi- 
permi) :_B,adolphe, Dapi^/;): Eodcngue( Caméra^ 
rius') Uveroer de Sombanch : JCverard, 4e HhiJuDt- 
buTgh : Berlold , de Scamparbercb , et une foule 
d'autres. 

flace du sceau. 

Du seigneur Frédéric, tr^s-îcvincible ^ 
empereur romain. ' 
Moi Ciidstian, chancelier, j'ai visé cet acte pour 
Te seigneur Raioald, élu archevêque de Cologne, 
archi-chaocelier dTlalie. 

Fait l'au de l'incarnation , nul cent soixante- 
quatre; indiclioD troisième, sous le règne du seigneur 
Frédéric, empereur romain trè s-in vin cible ; la dou- 
zième année de son tègne, la quarantième depuis son 
heureux avènement il l'empire (i). Donné au Falaîs- 
B.oyal de Francfort, le i5 des calendes de mai. 



. (>) Apparemment que l'on diuiDgaBÎt le nombre des année» 
iln règne de Frédéric en Ge manie d'*fec celles de celui de 
ce prince dâas l'empire mmain. 



V s 

r , .... I.,C001^|C 



( 3o6 ) 
N». V. 

Bonifâcius episcoput , servus sen>orum Dei , charUti~ 
mo in Chritto JiUo , Jacobo , SanUnke et Corsiem 
ngi iliiatrt. 



XA D honoiem Dei omnipolentis palris et filiî et spin- 
tus sancti e1 beal» et gloriosse semperque vir^tûs Ma- 
rie , bealomm quoque aposlolorum Pétri et Faulî , 
nec DDD at sanclae romaose ecclesise , de fratrum nos- 
tronim consilio et asseosu Vegaum Sardiniie «l Cor— 
sicse, quod ipsis ecclesise juris et proprielatis existit, 
cum juribus omnibus «t pertioenliis suis , et tibi et luis 
hieredibus , ex luo et ipsomm corporibus legilioie de»- 
cendentibus utriusque sexus , nalls jam el eliam nasci- 
toris in perpeinum feudiimgraliose coiiferimua,etez 
aposlolîc» sedis liberalitale coDcedimus. 

El (lonamus sub modo , forma- teaore , etcoDdîtî'j- 
nibus, et conventionibus coulenlis prgeseDlibusa vobis 
^Qostrisqiie succe^soribus canonice iotraolibus, dicta 
romana eeclesia teneoiJum in Teudutn. 

Et per cuppana auream te de «odem presenlialiler 
îiiv«slimus ; ila quod tam lu, quam quilibet tuorum 
b^redum ia dicto regno, pro ipso regDo Sarfiluioe, nobis 
et ipi romanae ecclesiîo prcestabilis , et prœslare leiie- ' 
bimini liglum homagium , vassallagium plénum, et 
fidelitatis juramentum sub forma inferjus adnotala , 
etc., etc.', etc. 

Daliim Romœ , apud S. Petrum pridie non , aprîlîs , 
an. M. ce. XCIX , ponlifîcatua aoslri anno IIX. 



L)i.-reM.,G001^lc 



(307) 
N». V. p. 117. 

Soni/àce , épêgae , serviteur des serpiteurs de Dieu , 
à son cherjih en Jésus-Christ, Jacques, illustre 
roi de. Corse et de Sardaigne, 

J:\. L'itONifECR du Dieu tout puissant ,. pSre , fîU et 
GainlTesprit , de la bien heureuse et glorieuse vierg« 
Marie , des bienheureux apQlres Pierre et FauJL, de 
la sainte église romaine , du conseil et consentement 
de nos frères , nous vous donnons gracieusement , à titre 
deSef peipëlueljdel'Butorilë et libéralité du siège apos- 
tolique ,, les royaumes de Corse et de Sardaign» , qui 
sont daus la propritfti et jurisdiclion de l'église , avec 
.tous leurs droits et appartenances, à vous et à vos 
héritiers et leurs descendans des deux sexes de légitime 
union , nés et à naitie. , 

Nous vous les accordons dans les modes, fonnes-, 
teneur , conditions et conventions expliqués en ces 
présentes, pour élre tenus lesdîts royaumes en fief, 
relevant de nous et de nos successeurs canoniquement 
élus , et siégeant dans la chaire de ladite église romaine. 

A cet elTet nous vous en donnons l'investiture k vou^ 
personnellement présent , par la coupe d'oi , sous la 
condition que tant vous , que chacun de vos hëriliers 
dans lesdits royaumes , vous serez obligé de prêter , pour 
leur possession, à cette église .romaine, l'hommage 
lige , de plein vassal , et le serment de fidélité dans la 
forn^e ci-dessus indiquée, etc. , etc. , elc. _" _ 

Donné àKome, dans l'église de Saint-Pierre, U 
veille des nones d'avril , l'an mil deux ceal quatre-vingt- 
dix-neuf, le troisième de notre pontifical. 

V4 



,-.Ki,Googlc 



( 3o8 ) 

Clemens, epUcoput , tervua servorum Deî. 

Dilecli filii JoBimes Burgundi , wcriila ecclesÛB 
Majoricensis , el Felriis Marliui de Godor , miles Iler~ 
densis , procuratores, nuntiî , el ambascia tores rêg^ 
pmdicti ad Dostram pnesentiamaccedentea ac recogao»- 
centes regoum prsedictttm Sardiniœ) ad omnia et 
singula obligatum , qun superius sunt expressa , pro- 
curatorio Domine ipsîus pro eodem regno in nostra et 
ftatrum nostrorum prieseotie , hujusmodi vassallagiura 
ligiuni et homagium infra aanum posltsaquam ad apï- 
eem fuimus aposlolalus assumpti , fecerunt el pnesd- 
teruDl in ipsiils régis aDimdmsimilejurameiituiii. 

Nobisqtie poslmodam inconlinenti pnesentaverunt 
et exbibuenint , ex parle régis ejusdem lilleras dicii regb 
ejus aurea bulla bullalas , in quibus non solum madi , 
condilionea , el conveolioDes pradicls , sed el (olus 
leDor lillèrarùtn dicll Eonifaclï praedecessons , super 
concessione Ëujusinodi conreelarum , lolalilerînserun- 
tnr. 

Becognosceodo el conEleodo pTocuralorio nomine 
dicti régis quod idem rex , regnum prœdictum sub 
ipsis modîs , coodilionibus et conTentionibus iu foudum 
receperat , ecl. , elc. , etc. 

Nos ilaque hujusmodi vassellegium ligium , el homtb- 
gium , recognifiones el promissîones , facla el juramenta 
proistiUi a dîclis sacrîsla et Felro milile procuratoribns 
dîcii régis nomlOe , ut prœfertur \ de praedictorum fra- 
Irum nosIroTiim consilio acceplamus , elc. 

Salum Eutdigalœ , Y kal. juuii pool, ooaln anno I. 



,-eM„ Google 



( 309 ) , . 

Cli'ment, éi>é<jua , setvUeur des serviteurs de Dieu, 

Nos chers £ls , Jean Burgucdi , sacristain de l^égllse 
de Majorque, et Pierre Martini de Godor, militaire 
de la viUe de Lerida, procureurs , envoyés et ambas- 
aadeiirs du roi susdit, se présentant devant nous ; et 
reconnaissant que le susdit royaume de ( Sardalgae ) 
est obligé à la chaire apostolique en toute et chacune 
de ses parties, ainsi qu'jl est ci-dessus expliqué , et 
agissant au nom dudit roi ( Jacques ) , ont prêlé foi et 
hommage lige de vassalité , en notre présence ef 
celle de nos frères , à la fin de l'année à laquelle nous . 
somtpes parvenus à celle ^minente dignité apostolique, 
scelanl leurh ommage du serment sur la vie de leur roij 

Lesquels ambassadeurs nous ont ensuite présenté et 
ïemb des lettres d6 Ce roi, scellées de sa bulle d'or, 
dans le contenu âeéqilAllesse trouvent rata tés non-seule- 
ment les modes, conditions el conventions, mais la 
teneur entière dps lellres dudît Boniface , noire pré- 
décesseur , sur U concession faite k ce roi desdits 
royaumes, 

BscoonaissanI aussi ces ambassadeurs , el avouant 
comme fondés de pouvoir , el au nom du roi , que ce 
n'est qu'en vertu de ces modes et conditions qu'il 
possède ces royaumes, elc>} etc. , etc. 

En conséquence, du consentement de dos frères, 
nous acceptons cet bOTnmage de, vassal lîge , les recon- 
naissances , les promesses, le serment émis au nom 
du roi par lesditj saoristain et Pierre, militaire , dont 
il a été parlé cirdessus , etc. , etc. , elc ^ 

Donné -à Bordeaux, le 5 des calendes de juin, la 
première année de noire pontificat 



i-reM, Google 



(3.0) 
N°. V I. p. i8i. 

Conditions de paix proposées dont le traité de Londres ^ 
duxaoûti^tS , entre S. M. tempereuretS.M.Ît 
roi d'Espagne. 

A K T. I. 

OEKTOissmus el potentissimus Hispaniarum rex oblî- 
gat se ad restituendunl su» majesteti Ccesares regniim 
Sardinite,în eo statu in quoeral lune cumillud occupa- 
vil, renuntMbilquê stisB majeslati Cœsareae omnia jurain 
dictum regnura , ita ut sua majestas Cceaaiea de îUo 
plene disponere pouit. 

Traité entre S. M. t empereur et If roi de Sicile , eoncht 
d Londres le a août tyiS, 

A R T. I I. 

Tioissim 3. M. Ctesaisa cedet régi Sîcïli» legnum 
Sardinia , rmunciabitque omnibus juribus iu dictum 
r<^um , pro se , suis hœredibus ulriusque sexus in fa- 
Tornn r^s Sicîlîœ , ejusque faieredum , ad illud , cum 
litulo regni , cunclîsque regio axiomati aouexis bono- 
ribu3poasidcnduni> salva regni Sardiniœ ad coronam 
Hispaniga reversione , quando , regi'am totam domum 
■abaudicam success^ribus masculis destilui contio- 
geret. 

Art, IV. 

Saa majealas Cœsarea agnoscit jus régis Skilin ejua- 
que domussuccedwdiinregiioBjspaiiiKelIadiuuiiif 



..rireM>,G001^lc 



(3i<) 
N». VI. 

. Conditions de paix proposées dans le traité de Zondres^ 
du 3 aaùttyt8 , entre S. Sd.Fempereur etS. M.la 
ni d'E^agne, 

Akticlx ïrehixk. 

J_i B s jrénisaîme et tràs-puissanlroi d'Espagne s'oblijre 
'à restituer à sa majesté impériale Ie~ royaume ds 
Sardaigae , dans le même état ou il était ioi'squ'it 
en a pris possessioD , et rendre ï S. M. împëriaie loua 
les droits sur ce royaume , en sorle qu'elle en puissa 
pleinemeal et librement disposer. 

■ Traité entre S. M. l'empereur et le roi de Sicile , 
conclu à Londres , le a août tytS. 

A K I. I I. ' 

néciproquemenl S. M. impériale cédera au roi d» 
Sicile le royaume de Satdaigne , et reDonCera à tous 
les droits sur ce royaume pour lui , ses héritiers des 
deux sexes, en faveur du roî de Sicile et ses bériliers, 
pour le posséder sous le lilre de royaume, avec tous 
les honneurs attachés à la dignilé royale, sauf la re- 
version du royaume de Sardaigne à la couronne d'Es- 
pagne, dans le cas ob arriverait le défaut total da 
successeurs mâles dans la maison de Savoie. 

Art. IV. 

S. M. impériale reconnaît le droit du roi de Sicile 
et de sa maison de succéder à la couionDc d'Espagne 



,-reM,G001^lc 



(3r2) 

ïn casu quorexPhilippusVejusqueposteri déficient; 
decUrationeadjecU, qiiod aiiUus piinceps è donto sa— 
baudia , qui ïn regoo Hispanîœ succedel, iillam ditio- 
iiero,ullo lempore, possidere in coDlineali Italiœ pos- 
ait ; el quod io eum caaum isl» provinciœ devolvcDlur 
ad principes colialeialei istius domus. 

A R T. V. ■ 

Sua msjestas Ctesarea , ei rex Sieîliffi mutiiatn garan— 
liam sibi prsœlabuDt pro provinciis quas aclo îd Tialîa 
possideot , aut quas vigoie iiujus traclatus eis obve- 
taient, 

'Arlitles séparas secrets. 

Art. T I I. 

Rex Hispaniaram , et rex SardiniEB , si postelapsnm 
trium meaaium termiuum , conditiooes pro eorutn 
satislàclione el pacîficatione cum sua majestale Csesarea 
propositas, acceplare abuaereut , sus majeslales chris- 
lianissima et britaunica , uec non slatua générales , suas 
cum viribus suœ majeslatis CœsarecB jungere promit^ 
luDl , quo illi ad acceptiouem diclarum condilioiiuna 
pacificatioois adiganluN 

Accession du roideSardaigne au traité de Londres. 

Begis Sardinîa ministri plenipole n liartestamus'; 
quod rex Doster dominus accedil arliculis insertii , 
qiiodqfiB , tam pro se , quam pro hscredibus suis , sese 
«bstringat , sese omnes couditioaea , cessïfmes f gunao- 



i.,Cioo'^lc 



(3.3) 

«I des Iodes, dans \b cas de la mort de Philippe V et 
d'exiînction de saposiérilé; déclarant que nul prÎDca 
de la maison -de Savoie , venant k succéder au rojaume 
d'Espagne , ne pourra , en aucun lems , posséder au- 
cun étal dans le coulinent de ITlalie , et que ce cas 
amvanl , ces pciïvinces seront dévalues aux princes 
collatéraux de celle maison. 

A R T. V. 

S. M. impériale et le rùi ^e Sicile se garantiront 
mntuellcmeQi les provinces qu'ils possèdent actuelle- 
ment en Italie , ou qui leur adviendrout en vertu <du 
présent traité. 

Articles séparés secrets. 

A R T. II I. 

Si après 3 mois le roi d'Espagne et le roi de Sar-> 
daigne refusent d'accepter les conditions présanlées pouc 
la satisfaction et pacification commune aVec S. M. im- 
périale , leurs majestés très-chrétien ne el Britannique , 
ainsi que les Étals-Généraux , promettent ào joindre 
leurs forces à celles de S. M. impériale pour forcer 
lesdites majestés à accéder auxdiles conditions et ar- 
ticles de pacification. 

Accession da roi de S ordonne au traité de Londres, 

I7ous, ministres plénipolentîairesdu roi de Sardaigne, 
BOUS attestons que le roi, notre seigneur , accèdeaux ar- 
ticles inscrits ci-dessus , et que , tant pour lui, que pour 
Msbéritieis , il a'oblîgei observer toutes les conditions et 



,-re.t,, Google 



(3.4) 

tias in (rfCtata expresses observalurum , eodem modo 
ac «paTscoBtraheDS abiDiiiofueiil. 

Loodini die oclavo Dovembrîs aono I7j;8> 

jiccetiion du roi <PEspagne. 

Cum ptr conTeDlionem , Hags comitis sigoatam , 
inter mîaitlros S^ S. Crasare» majeslatis , S. bii- 
laoDlc», et S. christ. M. M. coDveDium ait , ut S. 
M. calholica posait întra spalium trium meosium, 
à die sufascriptionis dictœ coiiTealionis ac cep tare 
traclalum Eondiai signalum' a auguslt 1718, frtiique 
tommodis in ejus favorem per dictum tractatum 
promissis : cumque S. M. catholica pure et pleuè 
acceplaverit convention em Parisii s Tac Ipm iSjuUi 1718, 
novi stïli , cujus arliciiU omnes , de verbo ad verbum 
iidem sunt , ac itii qui in (raclatu Londinensi conti- 
nentur, M. S. cathol. plenipolenliarius , tractatum T.on- 
dinensem , œquè ac couvenlionem Hag» > nomiae 
te^ Hispauiarum dominî mei accepto. 

Dat. Hagœ comiluffl febcuani 1720. 



,-Ki,Gooi^lc 



(3.5) 

garanties stipulées dans le traîlé , tout comme s'il était 
intervenu en qualité de partie contractaole au commen- 
cemenl de la négociation. 

A I^ndres , le 8 nbrembre 1718. 
'Accetsion du roi iTSspagng, 

La convention signée à la Haye entre les ministres 
de leurs majesiés impériale, britannique e1 très-chré- 
lienne, ayant déclaré que S. M. catholique pourrait, 
dans l'espace de trois mais , à dater du jour de la signa- 
4ure de cette convenlion, acceplei le traité signé à 
Londres le z août 1718 , et entrer en jouissance des 
avantages promis par ce traité ; et S. M. catholique 
ayant, accepté purement el pleinement la convention 
faite àParis , le 18 juillet 1718 nouveau style , dont tous 
les articles sont mol à mot les mêmes contenus dana 
le traité de Londres , le soussigné plénipotentiaire de 
S. M. catholique accepte, tfu nom du roi d'Espagne , 
son mahre , le traita de Londres el la G<»ivenlion de 
U Haye. 

Sooné it la Haye, le 17 ftviîr 1720. 



,- Kl, Google 



( 3.^ ) 
N». V I !.. p. i8i. 

Acte de cession du rojaume de Sardaigne ,Jait par 
Tempereur Châties Vf, au roi de Sicile Victor 
Amédée, duc de Savoie. 

V iCToa Amédèz, par U grâce de D.ieu, roi 
de Ssrdaigne , de Chypre et de Jérusalem , eic. , etc. 
A tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut : 
Ayant vu l'acte de cession et de réniissioa fait par 
le prince d'Ollajano , D.Joseph de Mëdîcis de Toscane, 
des grands d'Espagne, duc.de Sorno, au nooi de notre 
tr<^s-cher et trës-aimé frère l'empereur des Romains , 
en qualité de son commissaire plénipotentiaire, muni 
du plein pouvoir nécessaire , de l'île et royaume do 
Sardaigne et dépendances, et d'acceplBlioD de Louis 
Xlesporles , seigneur de Coinsiu , colonel d'un de nos 
régimens d'infanterie, et lieutenant-maréchal dans nos 
années, en notrenom ,elen qualité de notre commi»- 
saireplénipotenlîaire, en vertu du plein pouvoir que nous 
lut en avons donné , de ladite tie et royaume de Sar- 
dalgne et dépendances , duquel acte la teneur s'en suit. 
Nos D. Joseph de Medicis , de Hetmria , princeps 
de Ollajaoo , dux de Sorno, Campi-Venusti dominus, 
etinregnoneapolitanouniut mijitiarumcohortisduclor, 
el in hac parle commisïarius et plenipotentiarîus, à sua 
niajeslale ca»area el eatfaolica , specîaliler depulalus , 
' tenore prœientium noium facimus : cum in tractalu 
pacifinationis inter sacram caesaream catholicam ma— 
jeslalem, nec non inter chrisjianissîmum et Magn» 
Britanniœ reges , dîe a aiigusti iJiS. Londini inilo 
inter cseleraconventum fueril, ut quando Hipaniarum 



..oogic 



(2i7) 



J\j ouG s. Joseph de Hédicû d'Etrone, jinnc* 
d'OUagauo , duc de Soino , seigneur de Campi- 
' Venusti , colonel d'ua r ^gimenf au Bervice du roi â« 
lîaples, et dun çeite partie commissaire et plénipo- 
tentiaire spécialement d^[|Uté par Jeura majestés 
impériale et calhalique , en varlu des présentes , vous 
faisons savoir : qu'ayant été réglé , entr'au^es chose*, 
dans le traité de-pacificadaB witra 9. M. impériale 
Tome I. X 

L)i.-reM„G00glc 



(3,S) 

ladiarumque rex Phillppus V. Sardiniteque rex dic(o 
trac(a fuit iotra tem^us slatulum accedereot , regnum 
Sardiai» , su» majesUIÎ catsarete calhol. à rege His- 
jMDiarum Fhilippo V , reslJlui, idipsum regoum veto, 
cum ab eo dépend en tibus à S, M. ctesarea modo diclo 
Sardiot» régis pro se suisque hteredibus et successoribus 
masculis, Ïd dicto tractatu nontinalis illico cedi ac Îd 
ejus supremum regium dominium Iran aferri de beat. 

Forrô ulerque modo praefalus tex , dicto paciScalionii 
Iractatui Londinensi subiude iolra prtefisuai el respec- 
tive de commu&i conlrafaensium consetisu piarogaliim 
termiDus accesserit, quod nos Domine ac vice suœ 
majeslalis nés. calhol. vîgore specialîs mandaft, com- 
missionis , ac plenipolenlîœ a sua ntajeslate nobis 
clemeotissimè concessaC, cujus ténor în iine prseseotis 
actus legitur, praefatum reguum el insulam Sardioiee, 
una cum suis annexis et coonexis, et depeodenlibus, 
et eo pe rtinen tibus , sacrœ majeslatis régis Sardiniœ, 
Cypri et Jérusalem , etc. , ducis Sabaudiss el MoqIÏs- 
iérrati , elc. , Fedemonlium principis , etc. , vim , et 
executionem dicit traclatus Londinensis pro se suisque 
hœredibus successoribus masculis , ad manus doroini 
Xudovici Desporles , dominl de Coinsini , unius suarum 
legionum tribun! , locum-lenentis-mareschalli in suis 
Gxercitibus et ïui regïl commissarii hic praesentis el 
acceptantis , pro sua sacra majestale régis Sardinise , 
et suis JiiG'vedibus. et' successoribus prsedictis ad accep- 
tandum bocce regnum plena poleslate tnuniti, proul 
ex lenore ejus mandatî, pariler in fine hujus aelua 
appositi coDslat.per huoc aolemnem actum in perpeluum 
cum pleao supremo , et absoluto , dominio et omni 
jure regigcedimui^tradisaiu et aiïdici^live iranifenimus. 



L) il- reM,, Google 



( 3.9 ) 

et S. M' catholique , de même. qu'entre leurs majesléit 
très-chr^tieDDe et' britannique, signé k Londres, le 
2 août 1718 , que , quand Philippe V , roi d'Espagne 
el dés IrideSj accéderait à ce Irdilé, dans le lems prescrit, 
elr'ésiiliieiait à S, M. impériale le royaume de Sardaigne, 
a 11 même moment, celle inajeslé céderait'ce royaume, 
avec toutes ses dëpendaDces, audit roi de Sardaigne, 
pour lui, ses îiéritiers, et successeurs mâles nomin^s 
dans ce tiaité , el lui eu Temetirail le suprême domaine 
royal. 

L'un et l'autre roi , susnommés , ayan) acce'dé audit 
traité de pacification de Londres , dans l'espacée de 
lemS près c rit, el dont le terme a été prorogé, du commua 
consenlement des parties contractâmes , nous , au nom 
et place de leurs majestés impériale el catholique , en 
vertu d'un mandat spécial, et de la commission de 
leur plénipolenliaire , que leur clémence nous a dé- 
livrés , et dont la teneur est à la fin du présent acte , 
par cette tradilion solennelle, cédous el livrons, à 
perpétuité, avec plein , suprême et absolu pouvoir, 
el tout droit ro^al , el fiprès les susdites renonciations de 
Teurs majestés, lesdits royauine et ile de Sardaigne, 
avec ses annexes, connexes et appartenances, à la 
Sacrée majesté le roî de Sardaigne, de Chypre et de 
Jérusalem ,' duc de Savoie et Montrerral , prince da 
Piémonljcn ver lu et exécution dudil traité de Londres, 
pour lui , ses héritiers el successeurs mâles; remellôns 
lesdils royaume el tle de Sardaigne dans les mains du 
seîgneurLouisDesportes, seigneur de Coinsinî, colonel 
d'un des régimens de S. M., lieutenant-maréchal de Ses 
armées , et son commissaire rbyal présent et acceptant , 
luuoide pleins pouvoirs pour accepter ledit royaume 

X a 

U.rreM,,G00glc 



(3k) 

Seclarantea propterca absolulos , proul ytgore prx' 
MDlis9clii$Bl>solvîinU3,oiiiDesregiiiprdiiiesaqtiqcuip— 
que fidelîtatis e.t subjeclionis juramenio , ^u^ maje^' 
lali essais prfcstllo , cum asserlione per dicluoi dom, 
Ludovicum Desporles , nomîue siiae iD^jeslatis Tems 
Sardiaie fada , quod idem rex Çardiaîse , liberlî animo 
confirmabit et observabil prout ngora prœsentis aclu^ 
confirmai, legei , privilégia et atalula le^i pradicii, 
eodem modo et forma auibus observabaotiir , et 
Teperiebanlur in usa, lempore dominationis siue majes- 
tfllîs , cesarete hicceque cessionjs , traditiooî^ , a^ ti^at- 
lalionis, piOHl et acceplatioais actus, inlfa ap^tium 
duorum mensium aut cilius ai fieri ppterît à S. M- 
cteaarea catholica , magoe maj. regia Qardioi«e ratîbabe^ 
bilur , et latihabilionis instrumenta muluo estra.deDt*U- 

« If eus , ayant agréable 1« susdit acie de c^stûoti^ 
de témission , et d'acceptalion , et un çbi^c^p di^ poiptf 
qui j sont contenus , avons icelut ^ccepl^ , approuva, 
ratifie et confirma , accep(o|)s , appjrouvoijs çl confir- 
mons, et le tout prometlaQt, en. loi et parcile de roi, 
garder et observer iDiviolabletnenl , sans ^l|çç f^f T^*^? Vi 
contraire , directenaeDt ou indirectement , ^i pfiimeltre 
qu'il y soit conlrevepu en quelqit^ ^OT'tt ou maQtâc| 
que ce soit ; en témoin de quoi noua avons ûgn^ 
ces présentes de notre main , icelle^ (ait contre^gn^ 
par le marijuis de BoTgo , aecr^lairc <to notre oidre, 
et notre ministre et premier secrélaiie , ^t i, icelles ^ 
apposer le sceau de nos armea. ■ 

Ponné k Turin , ce 24 d'aoOt 1729, et d^ oolri^ 

tègnft le septième. 



..rireM>,G0'01^lc 



( 3îi ) 

mi nom de sa sacrée majesié le roi do Safdaigne, e( 
de ses héritiers et succeMeurs , ainsi qu'il conite pat 
Is teneur du mandai, également rapporta k ta fin de 
cet a de. 

DiclarànB' «n' conséqmace , en' vertu du présent 
acte, tous les ordres absous de tout serment quelconque 
de Ëdéblë et soumiuion jur^a à S. M. impëriale ; les 
iHsàiADi, ^aptia la d&TaÏEJliàti JiVdit sêigueur ïiOnis 
IBesporiés , t^é atf ih>m- dà' M de S'ârdaîgne , de la 
salisractîottf qu'a S'. M.' d'aObï.SA^éf , cblnme' ^1»' (w fait 
•èà vertu d'à iét itte , la cà^l^iïiafibn et 4b$tr^âllbn 
dés loii^^ ^t^rifl^s',' ^fuls' dVidff iayautaé ; daWs' l'e 
fitode et U- fcinàé àvé'6' l^squèls'ân les'obs^rVtf adlAeltd- 
mént , et feb Qu'ils oôt' été' tfortiég en usS^ sàus' la 
tfbiùWD-âfioA de s: M. îm^giîàle ,■ et à' ié mbmen't d« 
«esston , frà^ion , et IranslaliâD , dbiil les i^lHîc9lIbris' 
respediv'â^/ dié la part' de leurs iiiii)éstés' ibipérïalé ,' 
catholique, et sarde, seront mutuellement «Jcfaangées 
àfiûi l'espace dé deui^ mois / ou' plul&t , ai' fiiîre se 
peiitV 

Bonnf âCflgliari, le ffabûtiyzo, elt.',«lc. 



X3 



( 3") 
N". V I I I. 

H re di Sardegna, di Cipro e di Gemtàlemmél 



J-tiusTRi! marchese ai Laconi cugino peima voca 
dello slameDlo mîlilare del regno Doatro di Sardegna. 
Le segualale prove , cbe uella circostanEa massime délia 
(éclata loveaioDe de'Fraacesi in coteslo DosiroregDo» 
ha cotesto alamento militare rionovale del coslaolesuo 
zelo , ed attaccamento al Dosiro servizio , ci hanno di»- 
pesti ad accogliere co' seotimenti che ci aooo propri 
le rappresentanee cbe a nume dello stamenlo raedesimo 
sonoc^ alate qui rassegaale daiti depiilati del med. sla- 
mento, e degli allri due slameotieuieslasticoe leale. 

Abbiamo quindi ordloaload un partlcolare congresao 
1' esame di lali rappreseolanze , e délie domende in esse 
divisais , ed essendoci ora slato reso conto del parère 
del medisimo , et del progetio deîle riposie stateci pro- 
posie su cadnno de' capi dl esse ci siamo degoali di 
pienamente appro varie. 



Ora menlre »e parlecipîatno cod bigliello noslro del 
giorno d' oggi il nostro vicerÈ slimiamo lenerVeoe ancbe 
iiiteci col présente con farvi pericà traosmettere qui 
una copia di delli capi , e rispostt^ visala dat nosiro 
minisiro , e primo aegrelario di stalo per gli aflari in- 
tsrni, aOinchè per quanto vi appailiene siale in grade 



_.ooglc 



( 333 > 
N». V I I I. 

Ze roi de Sardaigne , de Chypre et de Jérusalem, 



E marquis de Laconi, cousin, et premièiir 
Toix du slamentl militaire d« noire résidence d^ 
Sardajgne. Les preuves signalées que nous a renou- 
velées , en ces cÏFConslances , le stamertti mililaice, da 
Ja constance de son zèle, et de son allachemeni à 
noire servie», principale ment lorsque les ïrançaia ten- 
tèrent de s'emparer de ce royaume , nous -disposent 
il'accueillir avec des seulimens qui nous sont propres, 
les représentations qui nous ont él4 faites par ce mênie 
stamepti , et par les députés des trois ordres, mili- 
taire , ecclésiastique et royal. 

C'est pourquoi nous avons ordonna , qu'une con^' 
mission particiilièie s'occupât des objets contenus dans 
vos méeioires et pétillons; et celle commissioa nou» 
ayant rendu compte de ses projels i cet égard , ainsî- 
qne des réponses ik faireà chaouiie,de vos demandes, 
nous avons daigné Us accepter entièrement. 

£n conséquence , ncrus faisons part de noire décisiotr 
à notre vice-roi , avec un billet parbculiar de ce joiir.- 
Ifous avons aussi jugé à propos de vous infomier du 
contenu de nos lettres , avec ordre de- joindre copie des 
chapitres de demandes des stamenti et des réponses 
qui y ont été faites ; le tout visé par notre minisire' 
et premier secrétaire d'ilat pour les alTaires intérieures ^ 
afiu que vous puissiez vous- conformer à notre délibéra^ 

L) il- reM,, Google 



(334) 

di uDifonnani 'atle nostre deliberazionî , e pieghianiQ 
il sigDore cbe vi conservi. 

Xorino, il primo aprile 1794. 

Solfoscrislo , Y. Ahxdâo. 
E Granxki- 

'Domaride degHstamenti icUesiaitico, miliiûre , e nalg 
àel regno di Sardegna. 

ÏXIIU BOHAHDA. RIPOSTE. 

La celebrazione dell« Frima che mentre S. M, 

corti generali calmale lo permette agli slementi eccW 

filliiali verleOEediguer- siasiîco.aiilitare et reale di 

la , e la loro periodica riassumeie le loro adunanze 

rinnoTazione ogni de- nel modo già praticato nell' 

(lenoio. anno scorao perdare com^ 

pimento agli oggetli di ffk 

■Dtrapreû, ed appiorali j»^ 

lativamente agli aSârî d) 

guena ginsia l'espodo oella 

loro rappreBentanza a taie 

lîguardo rassegnata , è pure 

sua reale intenzione cfae li 

oocnpino nel tempo aletso 

délie GOie ligaaidanli l'omi- 

iniDÎstrazioiie délia nustiaia 

eopra i varii artiooli negli 

atli dello slamenlo militare 

g^à eccilati non meeo cfae 

fie' ifiezzi di prorvedervi c^l 



..gniaOb'GoOgIc 



ition 
qu'il 



in'poUrtoiiteequî^'AuiCOâceriieielprioiisIeSeignei 
ril vous coùsetrti 



Turin, I. 



' avril 1794. 

SigTi^, V. Amédék. 



Demsndêi Jiùtst par Isa slamenli ecclétiastiqve 
militaire et royal du mj-aume de Sardaigne. 



VKBMIÉKS S1M1.NSX. 



B.tvasss. 



Qu'on pDJus tenir les 
- ^lats-g^aérauxouror/^f, 
loraqiK les ciiconstaticeB 
actuelles ds la guerrA 
•eront cessées ; et qu'on 
^isse les reooitreler 
Hgulièremeui tofis les 
^iz ans. 



Permet S;M. aux slamenli 
Mclésiasiiqua , militaire et 
Myal , de reprendre leur 
sâance , de la même manière 
qâe l'an passé. 



Four terminer la discnssion 
relative aux objets dont il 
s'«^t, el d^jà approuves , par 
rapport aux aSkires de la guer- 
re , d'après l'exposition que Içs 
statnentiça^Teay, veut S. M, 
qu'en même lem* ils s'oc-r 
oupenl de ce qui regarde l'ad- 
miaislration de la justice , en 
conséquence des divera ar-r 
llcles dont le stamenti an\i-. 
taire s fait U motion , aini) 



,-reM„G00glc 



( 336 ) 

maggior pubblico vaolaggîo, 
' e specjalnoente sul progcUo 
di stabilire i iribanali d'ap- 
pellflziono in ogni citlà e 
Juogo capo di diocesi ,di dare 
agU wfficj délie curie subal- 
lerne masâme baronali un 
syslema pid conracente al 
beoe délia giastizia ,. e per 
queslo slesso fioe a) magis- 
trolo délia reale governazione 
di Sassari una più efficace 
ed esleza giuiisdizioDe oelle 
materie si civilî che criœi- 
nali sulle appellazioni e aup- 
plicazioni , et sul modo di 
aisfemare colla erezlone di 
una terza saU délia leala 
iidieoza il proposlo consiglio 
di slato , e che ne formino 
un piano da rassegnarsi alla 
M- S. pel canale del vicerê 
alfioe di rapportarne le so- 
vrane deleiminazioDi. 



jRiserrandosî S. M. di per- 
mettere poi ancLe al tempo 
più opportuno , e sempre che 
1« ciisostanïe di pubblico 



i.Xiooi^lc 



( =27 ) 

qu'il paraît par les actes qu'il a. 
rédiges ; et de l'indication de 
moyeDsplusavantageuxpour 
le public ; et surtout le projet 
d'établir des tribunaux d'ap- 
, pel dans toutes les villes et 
chefs-lieux de diocèses ; de 
. donner aux tribunaux subal- 
ternes , principalement ceux 
des feudataires, un plan d'ad- 
minislrarion plus convenable 
au bien de la justice ; et , par 
le inSnie motif, de détermi- 
ner un ordre de jurisdictioB 
plus actif et moins borné dans 
les objeEs civils et crlraîoels , 
sur les appels et supplications 
au magistrat de la royale 
gouveroatlun de Sassari, ainsi 
que sur le moyen de régler le 
conseil d'état, par la forma- 
tion de )a troisièine chambre 
dans l'audience royale : qu'à 
cet effet, les j/nm^n/i présen- 
tent le plan qu'ils croiront le 
plus convenable , et qui sera 
communiqué à S. M. , par . 
l'ofgane du vice-roi, pour 
obtenir la décision royale. 
. S. M. SB réserve de per- 
mettre , dans un tems plus 
•pporlun , et chaque fois que 



, L.OO'^lc 



( 828 ) 

fi^e io ricbiederanno la {ot> 
maie celebraHone delle corti 
gcmerali ogni qualvolta non 
sia per adotlarsî corne pih 
nroficuo pe' motivi rilerati 
dàllo stameDlo ecclesîaslico 
nMIa sesûoae de* 7 maggia 
âell'anno scorso il sislemB 
in dal medesîmo su^erito, 
cbe dovrà pure da tutti • 
tce gli slameDii piendersi 
nnoTamente in malura dîsa- 
mlna per rassegaarne alla 
M. S. il loTo sentimenlo , e 
fislendo inlàolo le ulleriori 
eoDgregh^degltsIamentipre* 
âelti per tulli'i diyïsalî rap- 
porti al termine di mesi aei 
dal gioino ïn cul veiraiiDo 
ri[^liate. 

acotrox SOMlitsi. RISPO8TI. 

Zi'enervaDza d conter' Seconda cbe S. M. li ap- 

tnateioDe de' privilegî , é prôva pei quanio aoaa in uso , 

I«g^ faKâanwntali del e non contrariî al ben pubbU- 

Kjno. co , e si riserba dî prowedere 

anche pifi parlicolaimenle pec 

l'osservanza di queUi , cbe sî 

ravriseranno pîù util! , e 1« 

fêïanDO corne lali special- 

mente proposli. 



..oogic 



les circoDitaDces du bien ptf' 
bUc l'eiigeiont , la tenue so' 
lennelle des étata-géaéraux , 
su cQrtet , pourvu qu'on 
n'adople point, comme plus 
ii(ile «t plus avantageux , et 
paf les molifs exposés par le 
ttamentî ecdéûaslique , dans 
U séance du 7 mai de l'an 
IMWsé , le ^slâme suggéré 
par ce stamenti, et qui ac- 
tuellemenl doit élre discuté 
de naûveaa par les trois or* 
dru , afin d'en exposer les 
sentimens à S. M., laquelle 
donne, parce motif, six mois 
pofir termede ces discussions , 
. pendant lesquels on pourra 
a'a^mbler; datant ledit term* 
du jour de la première a>- 
seqiblée. 



fICOKDK DIIfUSDI. 



KiFOHSX. 



Qu'on observe, et S.M.IesapprouvD, pourra 

qu'on confirme tous qu'ils soient en usags, et noa 

les privilèges , et les opposés au bien public ; se 

lois fondamçnt^ln 4vt léserrânt de pnmoncef plus 

rçjrtmme. particuliètement sat l'obser- 

, . YAtionde ceux qui leTODt jugés 

plus utiles , et pnqMsés plus 

«f^HUemeiit comms, teb. 



..BnieOb, Google 



C 33o ) 



■XXatA nOWANDA. 



' la nomina 'de' nazio- 
Dali aile quallro mitre 
lùervate nelt* ultiino 
parlahiénlo det 16^ ; 
comepureariserva délia 
carica de! vîcerè agli 
impiegbi aecolari priva* 
livatiieatei 



Tena che S. M. rîguardo 
allé quatro milre , che agli 
impiegbi ael regao di Sar- 
degna preodeià io particolais 
considerazîone aile occor- 
reoze il merilo de' nazionaiî 
pei prelerîrli , ordÏDando al- 
tresî che veng.i a'queslo rî- 
guardo usservato l'uso delle 
' terne prescrillo dal til. 5 , 
cap. 5 délia legge pramma- 
ticà , e dalli $$. 5l e 58 del 
regjo regolameulo delli IZ 
aptile 1755 , le ([iwU deb- 
bansi poi comuaîcare al sii- 
prémo consigito di Sardegoa 
pieV suo senlimenlo in con- 
fonnilà delle determinaziooi 
già spiegate da S. M. ed unile 
al regio brgliello delli 12 febb. 
1773. 



QDARTA BOJCANDA. RISPOSTE. 

Io Gitbilimçalo di Quarts che S. M. è dis- 

nna lori» sala adla reale pos[a a secoodaro quèsla do- 

udieniaiohe sia il con- " manda «ulla quale perô si 

siglio di sti>to ordinario riserba di provvedere delli'- 

cui . yenga comunicala nilivaineiitc allorchè le yerri 



..snieObyCoOl^lc 



(33. ) 



TROISliHE DEMAKCZ. 



Qu'on nomme l«s 
nationaux aux quatre 
mitres réservées daos 
le dernier parlement 
de 1698 ; de mÉmc qu'i 
iDus les emplois sécu- 
liers de la Sardaigne , 
U vice-royauté exceptée. 



S. M. , tant pour les ivé- 
chés , que pour les autres 
places du royaume , aura , 
dans l'occasion , égard au 
mérite des nationaux , pour 
leur donner la prérérence ; 
ordonnant que, par rapport 
à cet objet, on observe U 
pratique de faire toujours 
les ternes, selon le rit pres- 
crit au litre 5 , chap. 5 des 
lois pragmatiques ; et aux 
$ 5 1 et 58 du règlement royal 
du 12 avril 1755 ; lesquels 
doivent ensuite être commu- 
niqués au conseil suprême de 
Sardaigne , léstdaul à Turin , 
pour en donner son avis , en 
conformité des intentions do 
S. M. , énoncées dans le billat 
royal du 12 février 1775. 



QUATRlilIIE SEUANDF. 



s. M. est bien dans la dis- 
position d'accorder celle de- 



Qu'on établisse une 
th>isième chambre dans 
la royale audience , pour mande , mais elle se réserve 
y remplir les fonction» de le faire définitivement 
d'uD conseil ij'élal ordî- lorsqu'on aura mis sous ses 



i-raM,, Google - 



( 33? ) 

}>«r avertie il parère qua- dagU stamenli raasegaaio il 

luuque supplioa » pre- piano che saranno pw for- 

eenli al vicerè aDcbe per mare laolo sa queslo che su 

iuollrarla a S, If. gli allri ogg«<li riguard^nli 

l'ammJDitlFazione délia giua- 

lîzia 3 seconda délie reali in- 

lenzioni giji «|ûegale alla pri- 

ma donunda, 

QVnnA IIOMAIIDA. XISFOSTE. 

I4 4^li9A¥¥>ne d'iiO Quiola cbe S. M. premu- 

QÙDÛleço , 9 3^gre(eii4 laxi sempre d'assjcurare e 

di stato piurlfcoja f^ p^t promuovere i maggiori van- 

gUqSf^ideU^S^r^e^. Iqggj , e la felicllà del regDo 

i persuasa délia coDveuienza 

d^ll' ado I ta ta sîslema dell' 

Ufljone degll afiari del regoo 

qi^esitno nella slewa segre- 

teija di slato slabilita pei 

qi^lli degli altri rcgj slati 

di Terra-Ferma. 

Vedula Gkarzri. 
P'ordiue di S. U. 



,-raM>, Google 



C 333 ) 

tiatre,el auquel on com- yeux le plan rédige par les 

mùniquera toutes les j^o/nenti, sur cet objet et sur 

pétitions présentées au les autres qui regardent l'ad- 

vice-tui , quoique des- ministrotion de la justic« 

tinées à être envoyées royale , en courorinhë de« 

à S. M. , pour avoir intentions énoncées dans la 

l'avis dudit conseil. première demande. 

CINQUIÈME DEMANDE. RÉFOKSI. 

Qu'on nomme un S. M. , pleine d'empressé- 
ministre ou secrétaire ment et de sollicitude pour 
d'étal particulier , pour assurer et procurer sans cesse 
les alFaires de k Sar- les plus grands avantages et 
daigne. le bonheur de la Sardaigne , 

a toujours été , et est encore 
persuadée de la convenanca 
du système établi , et par 
l<quel les aflaires de cetta 
fie sonldirigées par le secré- 
taire d'état , qui s'occupe de 
toutes celles -de Is Terre- 
ï-erme. 
Va, Grasibi , pat ordre de S. M. 



,1, Google 



,-reM.,G001^lc 



(335) 






..gniaOb, Google 



..BnieOb, Google 



( 337 ) 
N°. X. p. yS. 

Martre qu'on a traueé,en i562, en creusant pour 
JairelesJbndemenstTunboulevardauJortdcCagUta^l, 
avec Pifiscriplion suivante. 



DIVO. HERCULI. 

POST. CATACLISSiMVM.^ 

RESTAVRATORI. (X)NSERVATORL PHOPAGATORI. 

CnOÏAS. lOLE. 

D. D. D. 

AU DIEU HERCULE, 

APRÈS L'INONDATION, 

BESTAURATEDH, CONSERVATEUR, PROPAGATEUà, 

LA VILLE D-IOLE 

CONSÂCBE ET DÉDIE, 



..BnieOb, Google 



( 338 ) 
N?. Xl. p. i85. 

Caria de Lopt, 
En langue ancienne de Sardaigne. 



Capo XXI. V OLSiiTTSeloniiaamu>,i]ui3ÎaIcunu 
homiDÎ levare per forza muliere cojugada , over alcuna 
•terafemÎDa, qui esserel jurada, a ^ODielarît alcuna 
virme pei forza , etc., debal ester juigadu , et siat illi 
legadu uDU pèe , pro modu qui lu perdet. 

Capo XXII. Item ordînamus , qui si alcunu hominî 
intrarit per forza à domu d'alcuna femiDa cojugada, 
et tenerent elia , et non appât oppida camalimenle , 
et est inde btnchidu legilimamente , siat juigadu, ele,, 
débat essor juigadu , et seguent illi una origa tota. 

Capo XXUr. Volemus et ofdiaamus , qui ai al- 
cquu hoDÛiii véeret , over teoerel femina alcuua co- 
jugada palesamenti , cua sa quall haveret ad ragheré 
caroalamenli contra sa volnntadî de su maridu, et 
dimandandusilla e us«u maridu , débat esaer juigadu , 
uat iUi segada una oiiga in totu. 



i-re^byCoOl^lc 



(339) 
N?. X I. 

EXT R A I T. 

Chaï. XXI. XN on s voulons et ordoonona que , sï 
quelque bomme eslèvc , par force, une femme marina ^ 
' ou quelqu'aude femme ^ui^, ou épouse par violence 
une vierge , il Goit juge, e( qu'il perde un de ses 
pieds. 

Chap. XXir. Ordonnobs que , si un homme entre 
par force , dans la maison de quelque femme mariée, 
et l'ail charnellemmt connue , o|i non , il soit jugé , et 
qu'il perde une oreille eolièce s'il est convainca. 

CnAP. XXm. Voulons e( ordonnons que , si 
quelque homme vît avec une femme publiquement 
mariée , ou la refienl et a commerce avec elle , contre 
la volonté du mari, sur la demande de celui-ci, il 
soit jugé , et qn'«a le priva d'une oreille entière. 



Y3 

I),,- Kl, Google' 



(34°) 
N*. XII. p. 194- 

État des Tours établies en Sardaigne le long d» 
ses côtes maritimes- 



DISTRICTS. 


MOMS DES TOURS. 


DelavilledeCagliari 


De l'Escaffa ou de l'ÉtaDg. 


vers le midi et le cou- 


De la Magdahine. 


chant. 


D'AntigDor ( Golfe de Cagliarî ). 




De la noinie de la Serra. 
De la Grande Gard« de Pula. 






De S. Macharo au Cap Pula, 




DeCorlellazdePuta. 




De S. Diego , Cala de Hostla». 




De Guia. 




De Matfatla. 




De Pichinuri. 




De Budel à Taulada. 


De Is ville d'Iglesias. 


De Taulada. 




De Budell. 




De Porlo Scuso. 




Du Cap de Plomo. 




De Jenabafrapu. 




De Potlu-Escusi. 




De Portu-Pagiia. 
De Flumepdorg io. 






De Orri de Parlemontî*. 


De la ville d'Orisfaii. 


Du Porl D'Orislau. 




De S. Jean au Cap de S. Mate, 




De Cala Moscas. 




Du Port de la Mera, 



_.ooglc 



(341 ) 



DISTRICTS. 



NOMS DES TOURS. 



Cabo Maiino. 
De Sscala Sale. 
De Orfaau Paddu. 



De la ville de Bosa. 



De Cala S. Calferina de Jliào- 

nuri. 
De Cabo Negro. 
De Fogadolla. 
De lala Rugaa. 
De Colùmbaria. 
De Portu Bosa. 
De Areenlinaa. 
De Cala des Agna.' 



Da la ville d'Algue 



De Pollen. 
De Cap Galeta. 
Du Port d'AIeuer. : 
Du Cap de Lyrit. 
De Guilem German, 
De' la Guardiola, 
De Cala Genovesa. 
De Pena Maeslta, 
De Pbrlicciolo, 



De la ville de Sas^ari, 



Du Faucon. 

De la Pelosa. 

De l*île Piana. 

Du CasfellazzoCil'Asinara). 

De S. G iacomo (i Cala d' ArMia). 

De Cala d'Oliva. 

De S. Marina du Trabuccaddu. 

Des Salines de Sassari. 

De Porto-Torre. 

■^4 



, L.OO'^lc 



(34J) 



DISTRICTS. 


NOMS DES TOURS. 




D'Aba-Coirenle. 
De Cap-Blanc. 
De Ca^a Augustioa. 
De l'Almadrava. 


De la yiUe d« Caste) 
Saido. 


De Trixatio. 

De l'île Bowa. 

De Vienola. 

De Pedraa de !Fogu. 


De la Gallura. 


De la Testa. 

De IiODgo-Sardo. 

De Terra Nova. 


PePoudaelOroiey. 


De Sainte-Lucie. 

D'Arbataix do Tof toly. 

Du Port de Posada. 

Be Vaccaserri de Hollast». 

De Jacuri. 

De Bary. 

Du Mont Corallo. 


Du cbié de l-est de 
C«gliaii 


De Sarabus. 

De Saint-Laurent 

DeMontRuicio. 

Du Port Corallo. 

De Monte-Ferro. 

De Sainl-Antome de Calapera. 

De Saint- Louis de Cerpenraria. 

De Porto JuQcode Carbonara. 

De Saint-Michel delasColes. 

De Caia Calla una de Carbonara. 



..oogic 





c 343 ) 


DISTRICTS. 


NOMS DES TOURS. 




taVielie ForlereMeMo de Car- 




fa onara. 




Do Cap Boy. 




De MonlesienugD, 




De Cala Sarraena. 




De Nuraxi Anci. 




De Saint-Aodr*.. 




De la Foja Cioio, 




De Carganiolas. 




De Bocca del Eer. 




Du PoucheldeSMDt-Elw. 




De Cala Figuerq- 




Dfl Cala de Saint-Beiiuto. 



i-reM, Google 



( 344 ) 
N". XII I. 

s re ai Sardegna , di Cipra e di Gemjajemme. 



No: 



ij 1 marcliese don Filippo Vivalda , âei sigDori di 
Ceva , coDie di Castellino , ed JgliaDo , barone di 
MontebarcBTO, gentiluomo ^i cameia dt S. M. , teso- 
rîere del supremo ordioe délia Sanla-Annuiiziala , 
cavalière gran-croce , e conamendalore dell' ordiDS 
militare de' saotî Maurizio e Lazzaro, vîcerè, luogo- 
teneole , e capilano-geoerale del preaeole regoo di 
SardegDa. 

Lo slato atluale del capo superiore del regno , e 
spécial meute délia cilla di Sassari, e ville compooeuti 
li dicaslerj di essa , e Logudoro , dopo l'accaduto ia 
quella li 28 det precorso décembre , ha risveglialo la 
piil sollecile noslre premuie, a fiae di ristabiltrvî , » 
manlenervi il buon ordioe , e la pubblicà tranquiilîti. 



A quale oggetio abbiamo stimato ood solo comt- 
nienle , ma eziandio neccessarto , anche sulle vive 
rismostranze stateci rassegoate dai tre stamenti del 
icgno , che vi si trasferisca iin soggetio , che alla 
Raviezza , probilà , e coslante zcio pel regîo , e pubblico 
eervizio , unisca la capacilà , lumi , accortezza , e spe- 
rienza, e di manitio di tulla l'aulorilà necessaria, ed 
opporluna per presiedere , reggere , e provvedere ia 
detla cillà , e capo di Sassari e Logudoro provisional' 
mente si Del giuridico, clie uel polilico, cconomîco. 



..rireM>,G001^lc 



( 345 ) 
N'. XII I. p. 233. 

' lie roi de Sardaigne , de Cf^pre et de Jétuiàlem. 

j^\ o u s , le marquis dom Philippe Vivalda. , duc , 
seigneur de Céva , comte de Caalellino et Igliano , 
baron de Montebarcaio , geatilhomme de la nhambre 
de S. M. , Itésoriec de l'ordre suprême de la Sainte- 
Anoonciade, chevaliec graud- croix et commandeur 
de l'ordre militaire des Saiuls ft^aurice et Lftare , 
vice-roi, lieutenant et capitaine ' gë ne rai du présent 
royaume de Sardaigne. 

L'élat actuel du cap supëneui du royaume, et 
particulièrement de la ville de Sassari et des villages 
qui- forment le département de cette commune, et 
ceux du Logudoro , à la suite des èvénemens du z8 
décembre dernier, a réveillé notre plus vive sollicitude 
pour y rétablir et conserver le bon ordre et la sûiel 4 
publique. 

four cet objet , nous avons, cru , non-seulement 
ulile , mais encore nécessaire , surtout après K's près- 
aanlet pétillons qui nous ont été adressées par les 
trois slamenU du royaume , qu'on déléguât une per- 
sonne qui, à la sagesse, à la probité et au zèle cooslanl 
pour le service du roi et delà nation, joigne la capacité, 
les lumières, la sagacité et l'expérience ; et qui, investi 
Se loute l'autorilé nécessaire et convenable pour prési- 
der , régir et disposer de tout dans la ville et cap de 
Sassari et Logudoro , provisoirement, tant pour ce qui 
concerne la justice, que les objets politiques, écouo- 



( 346 ) 

e Tuililare, mdzb eccczzione di cause, ne limitaûoD* 
di casi. 

E Goncorrendo lutle quelle , e moite allre coin— 
mendevoli qualité nelta persana di ioa Giamaaria. 
Angioj, giudii^ délia reale udieaza , lanto pib vu- 
loDlîeri abbiamo , al medesimo nvolto leooslre mire» 
ia quanlo cbe eiseodo a piena cognùione dé' ludellî 
Ire slamenlî le acceooale 4i lui doti , c« n* i alala 
daî medeaimi Dominalamenle iostala la di lui deatir 
nazione. 

iEsseodo questo ptx noi un duovo motiro di p«r- 
«uaderci, che aaik egli per corrispoodere cop noat», 
e pubblica «iddiBrazioDe al tratto di coofidePEa , ch* 
îu esso lui ripoDiamo. 

Quitidi è che di oostra cerla acienza , e vioe legia 
autorité , ed avulo il parère délia raal« udienza a sale 
UDÎte , eleggiamo, nomiuiamo , e depuliamo il pre- 
falo giudice délia reale udienza dos Giammaria 
Aogioy, pei nosiro Bl^enlos, conferendo^ , com« 
colle preseoti g1i cooferiamo ogoî ampia, e pleDaria 
facollà, ed autorità , acciocche pbisa, e debba' nell 
aozidetla qualilà lanto nella ciul di Sassari , quanlo 
in tulle le allre cîlli, e ville corapooenti li sudelâ 
capi di Sassari , e Logudoio , ed in tutti quegli altri 
laogbi, che nel Iransilo devra passare, o lecania-am^ 
ministroTe lufto cempïmeuto di giustizia , seBsa eci:e— 
zione , ne limitazione di cause , si nel chs 

nel polilico, economico e mililare. 

Dichiarando in quelle , e p'X)vedeado in questa/ 
corne crederlt conveniente , e pib cenforiDe a ragione, 
a giustizia , e dando tulle quelle allre dispasixioiiî , 



( 347 ) 

miques , militaires , saas aucuae exception à'aSaina , 
de cas Ou d'évëncmeDS. 

' £t comme tohlbs ces ieuables qualités, et plusieurs 
sutres , se i^unisscEit daoB Is petaonue du chevalier 
dom Jean-Marie Angioy , juge de la royale audience , 
Qous nous sommes d'autant pllis porté à le choisir pour 
cet olïict;, qu'il nous avait é\é formellement et exprès- 
sémenidemandé à cet effet , par les (rois stamenti, qùï 
ont une connaissance parfaite desdîles qualités. 

Ce suffrage flatteur est pour nous un nouveau motif 
qui nous persuade , de plus en |)lus , que le délégué 
répondra à ce trait signalé de notre confiance , de 
manière à procurer notre satisiaclion et le bien public. 

fondés sur ces motifs, de notre certaine science, 
et vice-royale autorité , de l'approbation de toute la 
royale audience, et chambres assemblées, nous choi- 
sîssoUs , nommons «t députons ledit juge, chevalier 
dbm Jean-Marie Angioy, pour notre alternas, en lui 
conférant , comme nous lui conférons , la plus ample et 
pleine faculté et autorité , afin qu'il puisse et doive , eu 
ladite qualité , non-seulement dans la ville de Sassari , 
mais encore dans toutes les autres , et dans les villages 
formant les cap de Sassari et de IiOgudoro , et dans 
totis les endroits où il passera pour se rendre à sa 
résidence , odniinislrer pleine et entière justice , sans 
muèune exception ou limitation d'aOàires, lant dans 
le genre jndiciMr«,qtrdd«ni le politique , économique 
ou militaire. 

Qu'il puisse déclarer et donner toutes les décision* 
qu'il jagera nécessaires, et conformes à la raison et 
à la justice ; ordonner toutes les autres dispositions ' 
' qu'il jugeïa les plus cguyeoables pom le meilleur 



.irireM,, Google 



( 348 ) 

che riconoaceià opportune pel buon régime di detla cif A 
di Sassari, e capo supertore di queato regao. 

Colla spéciale &colU di poler subdelegare in tut(« 
quelle com , che slimerA opportune. 

Ed aSinchè netl' eseguimeulu di quanio sopra non 
osi alcuoo di reccaigU impedimento , od oslacolo , 
mandiamo ad ogni e qualunque persoua , sià u no 
preposta ail' ammiaistrazione délia giuslizzia lanto nelle 
città , cbe nelle ville suddelle di prestare al detEo gîudice 
don Giammaria Angioy, oella suddelta qualilà di 
alternos, (uKa l'ubbidienz3,assisleDza, sjulo,ebraccio- 
forte , che fosse per richiedere , e solto la pena di scudi 
cinquecento , ed altre più gravi a noi arbitrarie in 
caso di coatravenzione. Taie essendo la nostra Tolontà. 
Dat. in Cagliari li ^ febbrajo 1796. 
D. Flt.lFPO VlVALBA. 
VedutOt Cocco, regenle. 

Veduta, V. Delrio, A. F. B. 
RilHONQO DoHBSSlT , segretlario. 
Be^strata 

Patente di delegazione spedita in favore del nobile, ' 
e magoifico signo^ don Giammaria Augioy , giudice 
délia reale iidienza, per presiedere, repère, eproweder* 
prowi^ional mente în qualilà d'allernos nelia citli , a 
capo di Sa&sari , e X.ogudoro , corne sovra. 

VlwcENZO Pala , Dolario. 
R. DoK£DS0, ■egreltario. 



..BnieOb, Google 



(349) 

l^l^e de la ville de Sassari , et du cap supérieur d« 
ce royaume. 

Lui accordona la faculté spéciale de aubdéldguer 
l'exercice de loule l'autorilé à lui confiée, lorsqu'il 
le cioira nécessaire. 

El afin que , dans l'exécution de tout ce qui est dît 
«i-dessua, personne n'ose former empêchement, ou 
faire naitre des obstacles, nous conuuandoDS à loule 
personne , préposée ou non à l'adoûnislratian de la 
justice , dans les villes et villages susdits , de prêter 
«udit juge , le ctevalier dom Jean-Marie Angioy , en 
ladite qualité à'allemos, toute obéissaifce, assistance, 
. side et main-forte , lorsqu'il le requerra , sous peine 
de Soo écua, et autres peines plus graves prononcée* 
par nous, dans le cas de contravention, (elle étant 
sotre volonté. 

A Cagliari, le 3 février I796. 
D. Fhilipfx Vivalda. 
T'ité Cocco , régenl. 

Visé DiLHjo , avocat fisc4 royal, 
Baimokd Dohiddu, secrétaire. 
Registre 
Patentes de délégation expédiées en faveur du noble 
ei magnifique seigneur dom Jean-Marie Angîoy , juge 
de la royale audience, pour piésider, régir et pour- 
voir provisoirement , en qualité d'alfemoj , dans la ville 
«t cap de Sassari et Logodurô , comme ci-dessus. 
VxHCEBT Pala, notaire. 

R< PoHXDDtr , seerélaire. 



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( 35o ) 
îiK XIV. 

H^;h d^loma degli 8 giugno 1796. 

Vîttorio' Amedeo re ai Sardegoa , di Cipro e éi 
Gerusalemme , ec. , ec. , ec. 

XiTSHBO noi sempre riposta la félicita del trono in 
qtiella de' suddîlî , dod polè a meno di essere sétisibile 
al ooslro paterDO curore , cbe la publics tranquillité sîasï 
da qualche tempo întorbidala nel regao bosiro di Sar- 
degna fra quelia nazioue geaerosa , e sempre fiedéle at 
■uo fiorrano , la quale auche ib questi ullimî fempi ci 
diedelumiooseproTe di coasiantefedellà ed alf àcameiito. 



Percià îa mezzo ad altre moltiplici spiUose curé dél 
aostro govéroO abbiaiiio àncbe rivolto i pensieri a 
questa laggiiardevole dilelta parle de'suddîti dosIiî, e 
guidati non meno dalleinviolabili leggidellagiusliua, 
che dai doici impulsi délia clemenza uniche scorte dA 
Qostfo regiiSe. 

Ci siamo , sulle sapplichevoli domandc d«g1i sta- 
pitaù coo ogoi studio ^pUcati ai dmzeî di Ùcandur* 
in quel reguo la desiderata calma. 

E secondando di fauon gnido ]« amorevoU , e neiafn 
a noi pieuose premure del somma pootefice comun 
padre Dostro pervenuleci pel canale dello zelanlaaT- 
civescovo di Cagliari primate , ed orators del r^oo 
stato perciô a noi spedilo , coJle «eguentï detennina- 
KÏoui del lutlo consenlence ai sentimenli dell' animo 



..gniaOb, Google 



C3Si) 
N». XIV. p. 236. 

■ Diplême royal, du S juin lysS. 

Viclor Aoiëdëe , roi àe Sardaigne, de Chypre et do 
Jérusalem. 



A. 



Lyant toujours considéré que le' boaheur de la 
royaulé n'esipas difTérenlde celui de nos sujets , nous 
âvouous que noire coeur paternel a éprouvé bien de la 
douleur , lorsque nous nous sommes apperrus que, de- 
puis quelque tems , la tranquillilé publique de la Sar- 
daignc ëtaïtlruubiée, au milieud'une narjou aussi géné- 
reuse , loujours aussi fidelle à son roi , et qui ', dans les 
dernières circonstances , nous a donné les preuves lea 
plus éclatantes de son iuviolable altacbemeot à notre 
couronne. 

C'est pourquoi , parmi bien d'autres ëpïnes dont 
est semée Dolie carrière royale , nos regards se ioa t 
portés sur celte porlion vénérable et chérie de nos 
sujets , guidés beaucoup moins par les lois inviolables 
de la justice, que par le doux sentiment de la clé- 
mence , qui seul préside à tous les exercices de notre 
autorité. 

Ensuite des supplications à nous adressées par les 
atamenfi, nous nous sommes appliques, avec tout le 
loin possible , à chercher les moyens de rétablir dans 
ledit royaume le calme désiré. 

Secondant auSst bien volontiers, l'aimable et pour 
nous bien précieuse intercession du souverainpoDlife, 
liolre père commun, qui nous est parvenue par le 
canal du pieul archevêque de Cagliarî , primat et ora- 
teur de laSardaigne, à ûoiis député pour l'objet ci-dessusj 

Tome L 1 



..OO'^lc 



•(3JO 

noslro verso que' nosiri ben amati siidditl cï siamo 
dîaposli a dar loio quesU soleone teslimoDienza delta 
iioslra afTeltuosa propeDsione. 



Ji!pperi:i6 îa vigore del présente di cerla nostrascienza , 
Tegià aulorilà , ed avuto il parère del qosiro coDsiglio 
pçT noi , e pe' reali nosiri successori rinnoTiamo )' Ïd- 
liera gênerait^ abolmon.e di memoria già da noi accor- 
dala co' due nosiri viglielli 8 luglio et 5 agoslo 17^ ; 
e r accordiamo cgualmenle pei trascorsi segiiîli 1i 6, a 
22 Igglio , e 28 décembre 1795, e per ogni allro Tatlo 
B ci& rcUlivo , in qualunqae parle del regno sîa acca- 
dulo , e nella più ampia Ibrmà, 



s'^. Fermetliamo la periodïca celebrazione délie corti 
ogni deceanïo , e ne «rdiniamo sin d' ora l' apeitura nel 
modo , e forma portala dagli labilimenli , ei^ usi del re- 
gno , e a quesle corli generali cî riserviajno di desli- 
uare il presidenle nella personna dell'altuale vicerè , 
non dubitando che le rappresenlanze , che da quesia 
legiltima adunanza anîmala da sincero zelg del publico 
bese ci verranno rassegnale , tenderanno a ristabilîre 
veppib nel regno la giuslîzia , la concordîa , il buoD 
ordine , el la tranquillilà. l 

3^. Confermiamo tutle le leggî , cçosuetudini , e pri- 
vilegj del medesimo , rivocale percià le disposisioai 
. date co' nostrl viglielti delli 29 agosto scono , maadaDdo 
farsile terne lanlo pei Ire ullîmigindici délia sala ciyilo 
délia real, udienza slati da noi nominali cod patenli 
d« '27 aprile 179^, quanlo per gli allrî giudicidell» 



( 353 ) 

Bons nous sommes d^iermïn^s à donner, par les dît- 
positions siiivanles , parlailement d'accord avec les sen- 
IJmens de notre cœur, à nos bien aim^s sujets de la 
Sardfiigne, cet acte aulhenlique de noire dëlérence à 
l'objet de leurs demandes. 

C'est pourquoi, en verUi du présent diplôme, de 
notre certaine science , royale auforilé , et de l'aVli de 
notre conseil , en notre nom et à celui de nos royaux 
successeurs, décrétons, de nouveau , l'oubli entier et 
général dont nous avions déjà fait la promesse par 
nos billets du 8 juillet et 5aoi1t i794;rëtendon3 égal^* 
ment à l'égard de tout ce qui a été commis dans les 
journées des 6 et ,23 juillet et 28. décembre 1795, et 
sur tous les faits dépendans et relatifs à toutes les par-'' 
lies du royaume , et daçs la forme U plus étendue et 
la plus illimitée. 

a". Fermettousde tenir, loug les dix ans, lescortcj, 
et ordonnons qu'on commence à les ouvrir sans délai 
seloD les formes et les lois prescrites et les usages du 
royaume , nous proposant de destiner & la présidence 
de ces étals-génénéraux , le yice-roi actgel ; ne doutant 
point que les pétitions que nous adressera une assem- 
blée légitime, animée d'un. ziïlc sincère pour le bien 
public , leodront toutes à établir dans le royaume la , 
justice , la concorde, , .le bon ordre et la tranquillité. 

3"- Confirmons toutes les lois, usages et privilèges 
de la Sardaigne, et rétracions., à, cet effet , les dispo- 
sitions énoDcées dans notre billet du 29 août dernier^ 
. et ordonnons qu'on fasse (es ïe/-nej, non-seulement potil 
les trois places de juges de la chambre civile de la 
■ royale audience , dernièrement par nous nommés par 
les patentes du 2i avril IJ^S, mais encore pour les , 



, L-ooi^lc 



( 354 ) 

■lesso magistialo , i qtiali fossero altualmenle vacaAtL 
4°. Assicuriamo a favorede'nazioDali la Domipaalle 

mllre riservale nel parlamento <Iel 1698. 
5°. CôDcediamo pure ia perpeluo a'regnicoli la pi 

valiva per liitli gl'impieghi del rcguo alla riserva à\ 

quello del vîcerè , volendo pero che Veoga esaltameD;!) 

oservato il presciilto nno délie terne. 



6°. Mentre d ichiaria m o mérite vole del regio nostro 

gradimenlo l' alliiate urbana milizia del regoo pei saggi , 

cbe lia dali fîaora di lodevole interessameolo per la 

publlca e privala sicurezza , niaadiamo al vîcerè dj 

valersene a laie oggetto con darle quel' interinale sla- 

bilamenlo , clie crederà convenienle , e commeOÏamo 

aile corti di proporci un piano di slabile orgaoizza- 

one délia délia medesima , corne pure délia sislem»- 

)ue del presentanéo consiglio di slalo , la qitale cof 

iponda ai &ni salutaii , per cui aiamo slati suppitcali. 



Siccome poi în queslo Dosiro diploma riceve il regno 
va peguo ehigolarc délia nosira beneficeDZa , cosl siamo 
nctia ferma ^ducia , che sîa dessa un lielo , e sicurà 
annunzio dl quella slabile universale concordia , che 
a' âvanlagio del regno siesso desideriamo , e che cî 
sarà ID ogni tempo sommaraeote a cuore di promo- 
Tere colla noalra sovràna autorilà. 

Mandando intanto al nostro vlcerë, luogotenenle , 
e capilano générale del inedisimo,a tutti que'DOsIrï 
mJDÎstri , magUlrali , ed ulHziali, ed a chiuDque altio 
fia spedienle dî esatlamenle oiaervare , • &t osservàr* 
il dtsposta dal preaente. 

L) il- reM,, Google 



, ( 355 ) 

autres places au même Iribjnnl acluelkment vacnole^. 

4°. Assurons, en iiiveur des Dationaiix, lu nomination 
aux évéchés rûservés dans le parlement de 1696. 

5°. Accordons aussi, à pei^elulté , aux Sardes l'exer- 
cice exclusif de tous les emplois du royaume , à 
l'exception de la place de vice-roi ; voulant ncanmoias 
^ii'on observe exactement l'usage établi pour la cod- 
fectioD des ternes. 

6". En déclarant toute la satisfaction que nous avons 
ressentie de Ja conduite des milices aciiielles des villes 
du royaume , et les louantdes marques signalées qu'elles 
ont données de dévouement au service public, et à 
la sûreté particulière, nous prescrivons au vice-ioi d» 
s'en servir utilement pour les mêmes objets, et qu'il 
leur doane l'établissement provisoire qu'il jugera con- 
venable: chargeons les caries de flous, présenter un 
plan d'organisalion définitive de ces troupes , ainsi que. 
d'un système de formation du conseil d'état, de ma- 
nière, qu'il puisse correspondre aux salutaires inten- 
tions expliquées dans la pélion qui nous en a été faite. 

Par le contenu de ce diplôme , la Sardaigne, rece- 
vant un gage bien marqué de notre bienfaisance , nous 
^spérons qu'il deviendra le signal joyeux et le présage 
assuré du retour de celle concorde générale el solide 
que nous désirons vivement pour le bien du royaume, 
et à laquelle nous nous empresserons eQicacemeul de 
contribuer de foule la puissance de notre autorité royale. 

Et cependant commandons à noire vice-roi, lieute- 
nant et capilaine général de Sardaigne, à tous nos 
ministres , magistrats , ofiiciers , el k toutes autres pcr- 
«oones , d'observer exactement et faire observer |e con- 
tenu du présent diplôme, 

Z 3 



L)i.-reM„G00glc 



( 356 ) 
N». XV. 

Imtromento di alleanza , e conjhderazlone rogalo daî 
nolario pubUco Costmo Serra, H tj del meae di 
marzo delT anno tygS , e giuralo dagti abbUandi 
de' ptllaggi d'Itiri, Un, osUa , Sorto , Senneri, 
JJsini , Ossi , Tissi , Florinaa , Codmgkmos , Car^ 
gieghe, Muros , f^illanoua Monieleone, Padria 
Mara , Monteleone , Puzzumaggicre , Bonorva , Se- 
meslene, Reheccu , Mores , Ardara , Tiesi, Bessude, 
Queremule Bannari , Siligo , S. Lussusgiu , Sindia , 
Nulvi , Giape e CoMoine , etc. 



l'"*. X U' 



. UTTE le sudsile ville hanno nnanimcnte riso- 

lulo , e giuralo di non riconbscere più alcun feuda- 

tarlo , e qiilndi di riccorere prontamenle a chi spella 

- peresserredenti, pagando a lai eBello quel tanto, che 

dai soperiori »ara credi)lo giiislo , c rngionevole.' 

2". Sapeiidosi , che quesla risoluzione qiiaplo giusta , 
sllrellânto utile alla puBlicn fulicilà dcgiî abbiranll , ed 
ÏDieresai pare dî S. M. non ha incoulraio il gradimenlo 
de* lèiidalarj , e che pensaao fraporvi Inlù gli osiacoli 
possibili per tnezzo de' loro minislri , (attori , arrenda- 
lori, edadoili, cou avère er-iandlo promesao, e pagato 
cosiderabili somme didanaro per coront père alciiiieper- 
sone , hànno pure unaiiimeinen fe delerminato giuralo , e 
couvetiuto,clieinlerinalii)ente,efiiialanlocbepervea- 
sauo le risoluzipoi de snpcriori, e del sovraiio pel suddello 
riscallo , che »perano olleneré dalla quisli^iia e clemeDza 
del medesimo, di non perciielleio, cheessi feudalaij 



..snieObyCoOl^lc 



( 357 ), 
N». X V. p. 23i. 



Acte d'alliance et de confédération reçu par te 
notaire public Came Serba, le tj mars 'fjjS, 
et juré par les habitans des villages tf fliri , Drij 
Osilo, Sorso, Senoeri, UsiDÎ, Ossi, TIssi, Florinas> 
Codroogiauos , Cargieghe , Muros , Villiinova Mod- 
leleoDe , Fadria Mara , Monleleone , Fuzzti mag— 
giore, EoaoTva , Semés teoe , Rebeccu, Mores j 
Ardara , Tiesl , Bessude , t^ueremule , Bannari , 
Siligo , S. I.iismrgiit, Sindia , Nuivi , Giave", « 
Cossoioe , etc. 



:Lk 



i siisdils villages ont , à l'iinaDimité , r&olu 
el juré de ne plus recouoaîlre aucun t'eud'ataire, èl 
pour' cet elTel , de recourir promplemeal à qui il 
apparlient, pour se rachelet, en payant taËOmme qtii, 
pur les siipérieVirs," sera Jiigée'jusle et conVeoable. ' 
20. Comme on n'ignoré' pas qu'une pareille'rêso- 
Inlton , aii.<i9i juste en elle-rnâme c^u'àvanla^eUsè au 
bien public et aux inlérêlS de S, M. , n'a' pu'ptaire 
aux feiidataires, cl qu'ils se proposent de s'y Opposef 
el d'en empèclier l'cfTet , par te m'oyen de leurs mlnislres , 
agens , fermiers el adhérCùs j'ajahl aussi promis et payé / 
de» sommes considérables d'argealpôu'rc'oiTompre quel- 
ques persdnùes, lesdils villageà; à l'unanimité, 'ont en- 
core résolu, juré, et sont convènlisqué, provisoirement, 
et jusqu'à ce qu'ils reçoivent les décisions supérieures 
et du souverain pour lesdils rachats , lesquelles ils ' 
espèrent obtenir de sa justice et de sa clémence, de 

■■'■ ■ ' ■■, Z-4 



i-raM,, Google 



(.358 ) 

nominino ufSzziali , Tatlori , o qualiinqne sllro mJDisIro 
di giusiizziaDellesuddelle ville, perché allriaiemi , ne 
poirebbesi ollenere il desideralo riscallo. De sarebbe 
libero ai coD.iiglj comunativi , ed aire persoue zelanti det 
publico bene di rappresenlare glî abus! Invalai nell' am- 
mÎDiatrazioDc di giusliz^ia, la freqtietiza de' delilti , che 
rîmatigono înipunili tanto per l'igiwranza di essimi- 
nisltï , che per la prolezione , cbe i tnedesimi unila- 
menle ni feudaliri , e loro ammiuislralori lianno cas— 
lantemeule accordalo aile persooe 'malvivenli ,' e faci- 
borose , e finaimente le grandi innovazioni inirodolte 
neU' esazione di molli drttli leudali colla potenza, e 
jninaccie dî delli rainislri , annninislralori , e feudalari , 
corne di tutto a siio lempo , e presso chi convieoe si 
rîservano dare ov'è d'vopo le prove pii appaganli, e 
coTinceiiti. 



3". UDaDÎmemenle, lutte le suddetle ville confer- 
mano lulle le prales(e d' unione , e d' ubbidienza per- 
fella a S. £. sig. viccrè , al magislrato siipremo délia 
Teale udieiiza ,alli tre stninenli, ecclesiasiîco , milîtare , 
e reale residenli in Cagliari , e che a lenore délia noslra 
leggefondamenlalcpossanosalamenle rappresenlare l'in- 
liera nazione sarda , al' allernos preposlo al govenio 
di tiassari e Capo di Togiidoro riconoscendo come 
«avie , prudenli , ed nlilt a lulto il regno le loro delîbe- 
Tazioni, aile qnali percià si iiniforTOano inlieramcDle , 
coD smentire solenaemente qualunqiie siasi per spar- 
gece incoDtrario. 



'4° Siccome non maDcheranoo de'raggiiatori , 

LH.-reil.yCoO'^lc 



( 3% 1 

ne plus permettre que les feiidalaires nommenl dcn 
oHiciers , agens, ni aucun adinlnistraleur judiciaire;, 
piiisqn'ea ce cas , on ne poiirrail jamais oblenîr ledit 
rachat désiré, et qu'il ne serait pas libre an conseil 
communitatif e.i aux aitires personnes zélées pour le 
bien public , de repre'senref les abits qui se sonl glissé» 
dans l'exercice de la ju.iticc , la fréquence des crimes 
qui demeurenl impunis par l'ignorance des membres de 
ces tribunaux, ainsi que ta proleclion que les feudutaires 
et leurs ofticiers ne cessent d'accorder aux criminels 
et aux scélérats-, enfin, les graifdes innovations intro- 
duites dans l'eïéculion de plusieurs droits féodaux , et 
soutenues de la présence el des menaces de ces minisires , 
administrateurs et fcudataires ; desquels abus lesdits 
vHlages se réservent de fournir, dans sou lems , les 
preuves les plus mnnlfesles et les plus convaincantes, 
devant qui ii appartiendra. 

3". r.esdits villages , aussi à l'unanimilé, confirment 
les protestations d'union et d'obéissance parfaite, à la 
personne de S. E. monsieur le vice-roi au magistrat 
suprême de la royale audience ; à celle des trois sla- 
menli , ecclésiastique, militaire et royal, lesquels, 
cculs, peuvent représenter l'universalité de la nation 
sarde , conformément à nos lois fou dament al es ; à 
celles de Val/ernos prépof é au gouvernement de Sassari, 
et du cap_de logudoro ; reconnaissant In prudence, 
In sagesse, el l'avantage pour tout le royaume, des 
délibérations émanées de ces aulorilés , ils y adhèrent , 
et s'v conforment entièrement , eo démentant so- 
lennellement lous les brnils contraires qui se sont 

4". Comme îl ne manque ni de perfides , ni d'cnne- 



..Bn:e.t),G001^lc 



( 3^o) 

nemicî del piiblico bene , ï quati si sforzerano d'im- 
pedire Id qnalunque modo il buon esilo di quesle ulilî 
determinazioiii , hasDo percià hilte le siiddette ville 
unanimetnenle risolulo di sc.imbievolmenle ajuslarti, 
soccori-esi, e dî/Tendersi in qualuaquecvenlo , conres- 
pjngere ezîandio colla forza qualunq.ne violenza , cbe si 
leolasse Tare sia essa diretia coDiro te snddelte ville in ' 
générale , o conlro alciine dï esse , conlro i loro abbi- 
lanti o qualcuQO de' medisinaî direttameote , o indirella- 
menle sollo qualiinque prelessu. 

5°, Per impedire che qualche persona non venga 
sorpresa ^ o corroda , hanno pure delemiÎDatu di son 
permellere , che si lengano dii'corsi conlraij a queste 
iilili , e necessane risoliizioni e che chiiinqiie vi s' op- 
porià , o voira soslenere le parli de' feudalarj , o spar- 
Jerà dette providenze dt S. K. siipremo maglstrato deUa 
rea le udienza, délie deliberazioni.erappreseiilarsidJegU 
alameoli come anche dclle provideoze dell' allernos 
preposlD al governo dî Sassari, e suo capo , sarâ coo- 
sideralo come nemico della palrla , e quindi pcrpe- 
luatncnle bandito dalle med'essime ville solloscri.sie , 
dichiarando che nell' islessa pena incorreranoD allressi 
tiilli quelli che oseranno difl'enderti , proleggerli , o dar 
loro qualiiDque aiiilo ed asllo. 

6^. FiDalmenledicbiaranodi pienamenleapprovare, 
come approvano, e collaiidano liifle le opperazioni , 
pelizioni , proposic inollrate, e da inollrarsia S. M. a 
nome della naziooe sarda dai Ire ordinlrappresenlanii 
la medesimaisingolarinenteperoprolestano, che l'una- 
nime volo e desiderio di luJti gli abilanli dette iufra- 
serille ville è slalo sempre per l'assohila concessione 
di liUle le domande ialle alla prelllalla M. S. pec 



.p-iieObyCOOl^lC 



(3«. ) 

mis dir bien public , qui s'elforccrçnt d'cmpéchcr le 
bon elTel de ces iililea dcU'rtniiialions, lesdits villages 
ont unaiiimemeDl résolu de s'aider et se secourir mé- 
liiellement , el de se déftindre dans toutes les cîrcons- 
taoces , eleu repoussani aveclaTurceloiilesles violeoces . 
cl les atlenlals diriges coolre le corps desditsvillages , ou 
contre (]ue[qu*uD isolement, dire clément ou indirec- 
temenlj el sous quelque prélexle que ce soit. 



5". Pour prévenir la corrwplion , ou surprise de 
quelque personne, les confédçiés oui aasM résolu de 
ne permettre aucun discours public contraire à ces 
miles el nécessaires résolutions ; el que quiconque 
osera s'y opposer , ou piendre le parti des feudalaires , 
ou qui de'criera les ordres de S. E. le suprême ma- 
gisiral de la royale audience et de l'altemos pr^osé 
ail gouvernement de t^assari et de son cap, ainsi que 
les déliberâlions et r«préseittaiJonsdes trois stamrntî, 
aérait considéré comme l'ennemi de la' patrie , et , 
comme tel , à perpétuité banni desdils villages ; dé~' 
elaraol , en oulre , que Ions ceu^ï'qui oseraient les dé- 
fendre, les proléger, ou leur donner secours et asile 
quelconque , encourronl les mêmes peines. 

6". Finalement, déclarent approuver entièrement, 
comme ils approuvent et louent toutes les opérations 
el pélilions proposées, présentées, el qui se présen- 
teroul k l'avenir à S. M. , au nom de la nation sarde, 
par les trois ordres qui la représentent ; mais , parlî- 
cuUÈremenl, ils protestent qne le vœu unanime el le 
désir de tous les habilans desdits villages soussignés, 
a été toujours pour l'accession pleine et absolue ù 



Û il- raM>, Google 



( 362 ) 

mezza (Ici depnlato di essa nazione monsignorMelanv 
arcivescovo di CagHari , poichè lormano l'essenza délia 
noslra polilîca cosiiluzione, per 1' esada osservaDza,e 
<lÎ5sesa delta qiiale , corne ancbe di tulli i privîleggi iisi 
e leggi fbndanieDlali del regno n'cbianidno fortemeota 
e sono proali , e disposti a versare il loro proprio saa- 
gue , soggiungendo iqullre , cbe genza l'ioliero con- 
segiiicneuto di esse dimacde c délie altre che polraono 
proporsi nelle celebrazionî délie cortî non si poirà mai 
ollenere una vera félicita della palria , e per felfa calma 
degliabb!tonli,ricODOsceDdo ionlite , ed ineficace ogtiî , 
e qiialuaque allro inezzo , che si volesse usare e pro- 
porre 



Ed adinchè quesle daliberazioni possano esscre noie 
a hitto il regno , si rîdiicono in ptibltco , è solenae 
mslnimcnto obbligandosi i solloscrîlli coDsigli comii- 
nilaiivï , e dallri "abbilaotl delle siimenzionale ville 
d'osservare j e fare osservare esse deliberazioui me— ■ 
■liante gîiiRimenlo , che a lai eflello haiinoprcstalo celle 
maul dell' infrascritlo noiajo ed i reverendi sacerdoti 
manu in pectore more solilo , e si soIroscrivoDo del 
che. 

Siegiino soll.iscrizioni. 

Questo inslromento Ttt regisiralo negli achivi della 
re.tle insinua zione di Sassari il primo aprile 17^6, fol. 
478 del I. vol. numéro 22^ 



,-re.t,, Google 



( 363 ) 

tontes les demandes failes à S. M. , par le ir.oypn 
du député de la nation, monseigneur MéUuo, arche- 
vËque de Cagliari , parce qu'elles renferment l'esïeiice 
de noire constilntion polilîqne; el ils réclament iur— 
tement ponr son observation et sa défense, ainsi que 
celle de tous les privilèges , usages et lois fonda- 
menlales du royaume ; étant disposés, pour obtenir 
cet effet, à tous les eflorls , el jusques à l'eD'usioD de 
leur sang. Ajoutant , en outre, que, sans la concession 
entière desdiles demandes el de celles qui poiirront 
être proposées dans l'assemblée des états-généraux , on 
ce pourra jamais recouvrer le vraibonheiir de la patrie, 
ni la tranquillité patfaile de ses habilans; étant fer- 
memenl persuadés que tous autres moyens qu'on 
voudrait proposer ou adopter demeureront toujours 
inutiles et sans aucune eflicacilé. 

£[ aBu que ces délibérations puissenl êlre con- 
nues à tout le royaume, elles seront rédigées en 
acte public et solennel; les conseils commuoilalifs , 
soussignés, et les habilaos desdits villages s'obligent 
d'en observer le contenu , et de le faire observer ,, en 
exéculîon du serment qu'ils ont prèle à cet effet , entre 
les mains du notaire , soussigné , el les révérends 
prêtres , manu in pecto more aolito ; et ont signé. 
Suivent les signatures et souscriptions. 
Cet acte a éfé enregistré dans les archives de la royale 
insinua/ion de Sassari , le I" avril 1796, fol, 478 ■ 
du I" vol., n". 229. 



..rnio t., Google 



(364) 
N». X V T. 

EdiUo di S. M. de' S9 luglio 1764. 

Carto EmaDuele, re di Sardegaa, dî Cipro, 
e di Gerusalemme. 

-I_i' AKGUSTiosA coDtin^Dza , in cui non oslanle 
la copia délie naesù avuljsinei passait auDi nel regnO 
nosiro di Sardcgoa , e le' limilate eslrazioni permesse, 
si vïdero posie oella scorsa primavera diverse parti del 
medesimo di tnaocare de' generi di necessilè prima , 
sia per claDdesline imbarcazioni , aile qitali invilava 
siagolarmente la penuria de' lilorali circoDvicioi , cooie 
per l'iogordigia di taluni che iiella mira di accressere 
auir altnii miserie le proprie sostanze rennero occulli 
i loro graoi ; nell' aver portato il governo ail' impiego 
di varj mezzi per rlmediare al temulo dilTeKo, ed a 
éhiedere dagli slali nostri di Terra-l^erma un soc- 
corso , cbe Doi fàcemmo appreslare con la maggiore 
pronlessa a vista de' rappresenlali istantaaet bîsogni ; 
eccîlà pure le palerne solleelliidtni , colla quali rimi- 
siamo la couservazione e li vantaggi di que' noptri 
aroatissimi popoliyad andare con ognî possjbile elfi- 
caccia al riparo di si esiziati iosorgenze. 



E^sendoci per ciô falle presenrl le sagge disposîzioni 
di tempo in tempo slabililesi ad uo oggetio colaoto 
inleressante , dclle quali è pressocchè decadula l'os- 
servanza , ci dtlerminanimâ dî . ricliiaraarla , edi 



.p-iieObyCOOl^lC 



( 365 ) 
' N?. X V I. p. 246. 

Edil de S. M. du 29 Juillet 1764. 

Cbarles £miïiantiel , roi de Sardaigne , de Chypre 
et de Jérusalem. 

J_Ja malheureuse cire ans fa nce dans laquelle diverses 
parties de notre royaume de Sardaigne , maigre l'abon- 
dance des recolles des années passées , et la sévère 
limitation des extractions permises, se trouvent, par 
rapport aux objets de première nécessité ;elcellepénurie 
. occasionnée lani par les exportations cl an destin es, aux- 
qnelles la détresse des côtes voisines invitait particu- 
lièrement, que par l'avidilé de quelques habitans , 
qui , dans la vue d'augmenter leur fortune par la 
misère commune, cachèrent leurs blés, ajanl en- 
gagé le gouvernement à adopter dilTérens moyens 
pour prévenir le danger dont on était menacé , et 
pour demander à nos étals de Terre-Ferme, un se- 
cours que nous nous sommes empressés de donner avec 
la plus grande promptitude, pour le soulagement des 
besoins qui nous avaient été répréseiilés , ont excité la 
paternelle sollicitude avec laquelle nous veillons à la 
conservation et aux avantages de notre peuple bien 
nimé , afin de prévenir , avec toule l'eiEcacîté possible , 
des évènemens aussi désastreux. 

A cet effet, nous étant fait représenter les sages 
dispositions pratiquées de tems en tems , et relatives 
i un objet aussi intéressant, et dont l'observation était 
enliètemcnt oubliée, nous nous sommes déterminés 



_.qoglc 



( 366) 

comprendere oel présente nostro ed!tto le Provvidenïc, 
cbe ci sono parse più adalE^e ad assîcurare à detti 
|>opoIi una sussislenza aboiidevole senza piinio filar- 
dare qneglî utili , elle la ferlilili ed anipicïza de" 
lerreoi ha lora allre voile procurali col commer/io 
de' generi ridondaiili. 

£ siccome l'oUeiiimenlo di si provvïdo Gne dipeode 
non solo dail' avere annnalmcnte accertula coolezza 
délia quanlitù dellii granaglie , che si racculgono, e 
di quella necessaria al soslenlanienlo , e seniineri dut 
regoo, quanto altresi dall' awinre aile estrdtzioiii non 
permesse , le quali possono deludcre le piîi prudenli e 
giusie misure economiche , abbiamo quîndi slimalo 
diordinare, che d'ora in avvenîre debba sempreiàra 
in Inlto il regno ed in cadiin auno uu' esalta coa- 
Begna , sia délie persone, che de' grani , orzl , e le- 
gumi che si saranno seminall, e racolU nel tempo e 
modo infra espressi , ed aggiiiguervi le caulele propria 
a prevenire , le accennale consuete esporlazioni , con 
rooderare ancora le pêne prescritle dalle ordiaazioDi 
precedenti , in maniera peià , che servano di sufficieole 
coDiegno. "Pertanio di nosira cerla scienza , regia auto- 
rilà, ed avulo il parère del noslro consiglio ahbianw 
3labilito ed ordiualo corne in apiesso , ec, ec. 



.irireM,, Google 



C 3«7 ) , 

à les rappeler, e( à renfermer dans noire ^dil les 
mesures qui nous ont paru les plus nécessaires pour 
assurer auxdils peuples une subsislance abondanle, sans 
otibIi;er les autres avDnIagcs que la ferlUîlé el l'étendue 
des terres leur a autrefois procurés par le commerce 
des articles superflus. 

Et comme l'obtention d'une fin aussi cssenlielle 
dépend , non-seulement de la nécessild d'avoir , tous 
les ans , les élals cxâcls de la quantité de grains ré- 
coltée , et de celle indispensable pour la subsistance 
et les semailles annuelles , mais encore d'empêcher 
les extractions clandestines , lesquelles peuvent éluder 
les mesures les plus sages el les plus écouoiniques , 
nous avons, à cet elTel, jugé d'ordonner qu'i l'ave- 
.nir, on fera tous les ans, dans lé royaume , une consigne 
exacte , tanLde.s personnes , que du l>1é , de l'orge, des 
légumes semés cl récoltés , dans les lems et manière 
ci-dessus énoncés , et y ajouter les précautions propres 
à empËclier leadiles extractions frauduleuses, en mo- 
dérant les peines prescrites par les ordonnances anlé- 
xieares, mais de manière qu'elles puissent ccpendai^ 
servir de contrainte .suflisante. Parlant , de notre 
certaine science , royale aulorilé , et d'après l'avis de 
noire conseil, nous -avons établi el ordonné ( 
■ ci-dessus, etc. , etc. 



Tome I. 



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(Î68) 

TABLE 

DU PREMIER VOLUME. 



PREMIERE PARTIE. 



X^vERTisSEJiïifT, page " f 

Inirodiiction , ■ V 

I". PARTIE. Chap.I". Géographie de la Sàrtfalgiie ; 
son climat , sa population ; mœurs , h'abilfemeat dé 
ses habllaus; monnaies , poids et mesures; antiqui- 
lés , langues , t 

"CnAP. n. la ville et cap de Cagliari, son port, ses 
fortifications , Ses édifices , ses Iritmoaux , ses ma- 
gistrats , départemens , villes et seigneuries qui en 
dépendent , 42 

Chaf. III. La ville et cap de Sassbri, ses rorliCca- 
lions , seS édifices , ses tribunaux , ses magistrats ; de- 
parlemens , villes clseigoeuriesqui etidéptodeiil, 4^ 

Chap. IV. Silualion, étendue, population etproduc- 
lions des !les adjacentes, 56 

CbaE. V. Odgine de la nation Sarde , tams fabuleux , 
opiDlonsdeshislorieus , coujecturesdel'auleur, 63 

Chap. TI. Gouvernement des Carthaginois , des Ro- 
mains, des empereurs d'Orient, des Vandales, du 
Goths, des juges et lois Sardes, des Sarrasins, des 



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(369) 

républiques de Fise et de Gânea ; des rois d'Atragon 
et d'Espagne , 89 

Chap. Vm. Affaires de la Sardaigne depuis 1701 
jusqu'^ 1720 1 i^ 

CnAp. YIU. Gouvernement ^spagaol eu Satdaîgue , 
l8z 

Chap. IX. Gouvernement pi^naonlais en Sardaigne , 

198 

CnAP. X. Projet desréformesàfaîreenSardaigne, 441 
Chap. XI. Tableau du commerce actuel de la Sar- 
daigne , 278 
$. l^'. Du commerce extérieur , actif ou d'exporta- 
tion , , 27g 
$. n. Du commerce extérieur, passif ou dlmpoita- 
tion , ' idem. 
$. m. Des revenus, 280 
Pièces justificatives avec leur liaâuctioD , a85 



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